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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





jeudi 10 décembre 2009

Le programme nEURON





Le programme nEURON s'inscrit dans le mouvement initié par les drones X-45 et X-47 Pegasus (de Northrop Grumman). Ces trois programmes ont pour ambition de développer des démonstrateurs valides de drone UCAV (Unmanned Combat Air Vehicle ). A la différence près que les deux drones américains ont été lancés pour valider tant leurs versions terrienne que navale. Et c'est bien là la différence. L'Europe par le biais du programme nEUROn s'essaye à rattraper le retard sur les USA, mais pas sur les capacités aéronavales. Et cela malgré une certaine expertise européenne comme l'a démontré l'appontage automatique du Camcopter sur la frégate Montcalm.

Un enjeu : préparer l'avenir

Les programmes d'avion de chasse Rafale, Gripen et Eurofighter sont lancés. Le Gripen est pleinement entré en service et le Rafale sera peut-être bientôt présent dans des armées non françaises. Mais l'Eurofighter semble souffrir d'un profond désintérêt qui va croissant, surtout depuis l'avènement du programme JSF (ce qui n'est pas l'objet de l'article). Toutefois, se pose la question de l'entretien du savoir-faire des bureaux d'études aéronautiques européens et du maintien des compétences, permettant de garantir l'autonomie et la compétitivité de la base industrielle de défense de l'UE. On n'est plus à la période faste des années 70 où les bureaux d'études français, par exemple, fonctionnaient à plein : Mirage G, G4, G8, Mirage 2000, 4000, F1, F2... etc.
Il faut donc pouvoir continuer à développer les capacités des bureaux d'études en vue d'assurer la transition et la suite des programmes d'avion de chasse. Leur remplacement se pose d'ores et déjà aujourd'hui. Alors quoi de mieux qu'un démonstrateur européen, qui plus est un drone, pour faire ce travail ? Le démonstrateur est moins coûteux, moins dangereux à développer pour les pilotes d'essais. C'est un bon choix, mais également une pirouette pour éluder la question de l'avenir de l'aviation de chasse : avion de chasse piloté, non-piloté ou les deux, i.e. des avions pilotés travaillant avec des drones. C'est donc en partant de cette réflexion et de ce besoin qu'a été lancé le programme nEURON. Il est de la catégorie des UCAV : Unmanned Combat Air Vehicle et vise à répondre à trois grands défis (selon le site de Dassault Aviation) :
  • le développement des technologies stratégiques que les États-Unis possèdent - ou possèderont - et qui ne seront jamais transférées à l'Europe ;
  • le maintien de ses pôles d'excellence. L'industrie européenne a en effet développé des niches technologiques dans plusieurs domaines et, par faute de plan de charge, ce savoir-faire risque de disparaître ;
  • le maintien du plan de charge de ses bureaux d'études.
Est ici reproduit le discours officiel qui guide le programme nEURON : entretenir les capacités européennes et développer les technologies que les États-Unis ne transféreront pas à l'Europe. C'est un programme d'armement à visée politique. C'est aussi un choix contraire à certaines pratiques. Le but affiché est bien l'Europe de la défense et la plénitude des capacités européennes, leur autonomie au moins. Cette volonté explique l'absence du Royaume-Uni dans ce programme qui n'a pas fait seulement cavalier seul, mais qui se refuse surtout à le rejoindre par respect. De quoi ? Celui des traités signés avec les Etats-Unis concernant notamment le développement des capacités furtives. Cette absence expliquerait la participation du royaume dans le programme JSF. Ce sont bien deux choix stratégiques qui s'affrontent.
Revenons-en au nEURON. Le démonstrateur vise aussi à développer des capacités opérationnelles pour démontrer l'utilité qu'il pourrait avoir sur un champ de bataille :
  • l'exécution d'une mission air-sol, insérée dans un réseau C4I ;
  • la réalisation d'une plate-forme furtive, tant dans le domaine de la signature radar que dans celui de la signature infrarouge ;
  • le tir d'armements à partir d'une soute interne avec des délais très courts.

Un modèle industriel novateur

Ce programme regroupe la Suède, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, la Suisse et donc la France (la Belgique est attendue). Russes et Allemands ne se sont engagés dans aucun programme similaire. nEURON prend forme lors du du Salon international de l'aéronautique et de l'espace du Bourget en 2003. Il est formalisé alors par Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense. « Ces pays ont choisi de mettre en commun leurs compétences industrielles et technologiques dans le but de garantir l'autonomie européenne dans le domaine de l'aéronautique militaire, en renforçant les synergies entre les entreprises du secteur » nous dit la DGA. Cette dernière est en effet agence exécutive du programme et elle a notifié à Dassault Aviation la maîtrise d'œuvre (et non d'ouvrage) du programme (à comparer avec le rôle de l'OCCAR).

Il est mené en coopération avec Thalès et les industriels des différents pays partenaires : Saab, Alenia, EADS Casa, HAI et RUAG Aerospace pour le développement et la réalisation. La coopération entre les différents intervenants n'a pas pour but de développer de nouvelles capacités. Mais bien de tirer parti des capacités existantes des différents industriels pour que la somme de leur valeur ajoutée technologique permette la réussite du programme. Les différents intervenants amènent leur savoir-faire :
  • Alenia (Italie) qui contribue, entre autres, au projet par un concepteur novateur de soute interne d'armements (Smart Weapon Bay), les portes de soute et leur mécanisme d'ouverture, ainsi que par la conception et la réalisation du système électrique de la plate-forme, l'anémomètrie et une partie des essais au sol et en vol ;
  • SAAB (Suède) qui se voit confier la forme générale, le fuselage équipé, l'avionique, le système de carburant et une part des essais en vol ;
  • EADS (Espagne) qui apportera son expérience pour les ailes, le segment sol et l'intégration de la liaison de données ;
  • Hellenic Aerospace Industry (HAI) (Grèce) qui sera responsable de la section arrière du fuselage, de la tuyère, ainsi que des bancs d'essais ;
  • RUAG (Suisse) qui prend en charge les essais de soufflerie et les interfaces entre la plate-forme et les armements ;
Outre la maîtrise d'œuvre du projet, Dassault Aviation, est responsable de la conception générale et de l'architecture du système, des commandes de vol, de l'assemblage final, ainsi que des essais au sol et en vol.
Il faut bien comprendre que c'est un programme européen de « nouvelle génération ». On quitte la cacophonie des programme NH90 et autre A400M, dont le modèle industriel a montré ses limites. Ici on met en oeuvre un nouveau modèle. Il s'affranchit un peu des instances européennes puisque c'est la DGA qui en est l'agence exécutive et non l'OCCAR.

C'est aussi dans ce cadre que la pertinence industrielle de Dassault s'exprime grâce à ses suites logiciels CATIA et son « plateau virtuel ». Ce dernier permet à tout les intervenants de construire virtuellement la machine en pouvant y inclure les composants dont il est responsable, et voir si cela « rentre ». Cette façon de faire a été récompensée par le début de succès du Falcon 7X.

C'est donc peut-être la petite revanche de Dassault qui n'a pas été maître d'œuvre de l'Eurofighter (nous reviendrons dans un autre article sur les luttes et coopérations en matière de développement d'avion de chasse européen). Mais c'est surtout un schéma qui valorise les différents industriels européens parties prenantes et qui permet une coordination de la Base Industrielle et Technologique de Défense Européenne.

nEURON est désormais engagé, pour un montant total de 405 millions d'euros. Ce marché permet de lancer la phase de conception et de définition du système pendant trois ans, notamment sur les technologies de furtivité. Celle-ci sera suivie du développement et de l'assemblage du drone pour un premier vol en 2011. Les essais en vol auront lieu en France, en Suède et en Italie.

Et après ?

Pour demain, aucune suite concrète n'est encore dessinée à ce programme. On évoque des capacités air-air mais pas de mise en service opérationnelle du nEURON. Et encore moins de programme dérivé. D'ailleurs, les américains eux-même n'ont pas donné suite aux programmes X-45 et X-47. Pourtant l'Europe aura refait une partie de son retard sur les Etats-Unis, acquérant ainsi dans ce domaine crucial pour le futur une certaine autonomie. Et ce travail en coopération laissera de lourdes traces dans la tête des industriels et des gouvernement européens concernés.Ce programme ne fait pas grand bruit. Et pourtant, c'est l'avenir de l'aviation de chasse européenne. Les différentes technologies développées ainsi que le modèle industriel dessinent peut-être le "Rafale de demain". L'avenir sera-t-il un drone UCAV ou un Rafale de cinquième génération ? Le nEURON devrait permettre de commencer à y répondre. De plus, l'architecture industrielle et les différents partenaires préfigurent-ils le casting de demain ? Bien heureux celui qui pourrait répondre aujourd'hui.
Nous nous attacherons à essayer de montrer dans un prochain article la pertinence de ce genre de drone. Notamment dans l'aéronavale où il pourrait changer lourdement la donne. Nous espérons aussi montrer que le programme nEURON, outre l'intérêt capacitaire qu'il représente, est également une bataille supplémentaire dans la lutte pour le leadership des programmes européens d'avion de chasse.

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