Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 15 mars 2011

Les trois Richelieu


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© Inconnu. 

J'aimerais faire un court et petit billet sur l'état de la classe Richelieu en 1945 :
  • Le cuirassé Richelieu est de retour d'Indochine et il revoit la France pour la première fois depuis 1940.
  • Le cuirassé Jean Bart, après son évasion héroïque et sa courageuse résistance à Casablanca, finit parvenir lui aussi en France en 1945 (de mémoire).
Le troisième navire est le cuirassé Clemeanceau. Il n'est jamais entré en service et l'état d'avancement de sa construction ne dépassa pas 10% :

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© Inconnu. 

Le troisème navire de classe Richelieu était à peine en construction lors de l'invasion allemande de 1940. Ce qui m'interpelle, c'est qu'il ne semble pas qu'il fut étudié d'achever sa construction après la Libération. Non pas que je tienne absolument, dans un grand anachronisme, à construire des cuirassés. L'idée est plutôt de poser la question de la place de ce type de navire dans la France post-1945.

Le Jean Bart n'a jamais quitté la France achevé. Le Richelieu non plus, mais il était suffisamment construit afin de prendre part aux combats avec les Alliés et d'être modernisé à New York, prélude à cet engagement. Tout l'opposé du Jean Bart qui ne pouvait pas prendre part au combat, son artillerie principale n'était pas au point et les américains ne souhaitaient pas s'encombrer de la finition de ce navire (notamment parce qu'il ne fabricait plus de canons de 380mm...).

Mais à la Libération, alors que le règne du porte-avions, même navigant à 20 noeuds !, est consacré, la Marine fit le choix d'achever le Jean Bart en cuirassé, chose faite en 1955. Là est bien la preuve que l'on trouvait un quelconque intérêt à ce navire, et surtout d'en disposer de deux unités modernes. J'ai eu l'occasion de lire dans la Revue Maritime que l'on estimait à l'époque que c'était un bon investissement d'avoir un tel navire dans la Flotte. La chapelle du canon était encore très puissante. On estimait aussi que la construction d'un cuirassé de cette classe représentait un investissement de 45 milliards de francs (le HMS Dreadnought coûta 45 milliards de livres), alors, l'achèvement du Jean Bart était une bonne utilisation de l'argent public puisqu'il ne manquait plus que 5 milliards pour qu'il soit opérationnel.

Pour poursuivre dans la lancée, pourquoi ne pas en faire de même pour la coque du Clemenceau ? Il y a de l'argent pour deux navires, il y en a bien pour trois... Surtout s'ils sont si précieux à la puissance navale renaissante de notre pays ! La coque était là, les plans existaient, il restait peut être une petite partie de l'outillage industrielle : une bonne occasion de relancer l'activité des chantiers avec quelque chose de connu. Mais non, il ne semblerait pas que la construction d'une cinquième unité moderne (avec les Dunkerque et Strasbourg) fit partie des plans de la Marine. Parlons financement innovant : pourquoi ne pas financer à l'époque l'achèvement de la construction (où il manquait 90% de travail) via les finances glanées par la déconstruction de coques de guerre ? Par exemples, celles des deux croiseurs de bataille.

Je n'ai pas non plus eu -encore- connaissance d'une possible reconstruction des deux croiseurs de bataille. Cependant, ceux-ci étaient plus anciens, et ils n'avaient pas la même espérance de vie active que les deux cuirassés qui seront déconstruit en 1968 et 1970.

Poser la question du troisième Richelieu, c'est poser la question des deux premiers. Il n'est pas dit que ce fut un bon investissement de garder en service le Richelieu et d'achever le second. Ni même qu'ils furent bien utiles comme navire-école : la diplomatie du cuirassé ne me semble pas avoir été des plus convaincantes d'après mes recherches.

Pire, je n'ai pas l'impression que la "doctrine" faisait encore véritablement une grande place à ce navire dans la guerre sur mer. Les américains maintinrent quatre unités, les Iowa, dans une vie active plus ou moins continue dans l'US Navy. Ces navires avaient un rôle : appui-feu dans le cadre d'opérations aéroamphibies et capital ships au sein d'une escadre en tant que cuirassé lance-missiles.

Les cuirassés français ont-ils eu un tel rôle après 1945 ? Rien n'est moins sûr. Pourtant, grâce à des techniques ingénieuses d'armement (au sens très marin du terme), ils auraient pu effectuer des croisières à travers le monde afin de montrer le pavillon avec le meilleur des ambassadeurs. Il aurait pu constituer une réserve intéressante. A l'heure de la Marine Soviétique, s'ils avaient été encore là, la France aurait pu tenter la "manoeuvre Iowa" en laissant entendre qu'elle réactiverait bien ces vénérables navires. Ils auraient pu aussi finir comme musée, après tout, après tant d'investissements.

Paradoxe bien français : des navires mais pas tellement d'idées ? Rien n'est moins sûr. Dans la Revue Maritime j'ai aussi survolé un article d'un capitaine de vaisseau qui, en 1945 (de mémoire) proposait d'user des deux cuirassés modernes comme d'escorteurs anti-aérien pour les porte-avions. La proposition semble un peu grosse, comme ces navires. Elle ne l'était peut être pas puisque la suggestion du marin fut bien appliquée, mais avec le type de navire juste en-dessous dans la hiérarchie navale française : les croiseurs Colbert et De Grasse furent construit et équipés dans ce but : protéger les porte-avions. En réalité, le premier servit surtout comme navire-amiral de l'escadre de la Méditerranée et le second comme centre de commandement dans le Pacifique. Notre capitaine de vaisseau avait peut être bien raison en définitive : pourquoi ne pas disposer de trois cuirassés pouvant protéger les porte-avions plutôt que de croiseurs ? Vous me direz le coût de revient, c'est vrai, l'argument est juste, mais alors, que faisait un cuirassé comme navire-école dans la Marine ? C'est coûteux comme outil.

Donc, nous avons connu une situation où les deux navires n'ont pas eu un potentiel rôle guerrier très convaincant, ni une activité diplomatique très réaliste. Hors, ils devaient consommer des crédits à en faire cauchemarder Bercy... Donc, entre le rêve d'un soir que la classe aurait pu compter trois unités, et ce qui se passa, c'est-à-dire une classe à deux unités, je pense qu'il aurait peut être été plus utile de démolir les deux navires à la Libération.

Je parle beaucoup de cuirassés, ce n'est pas pour rien : les "mers fermés" posent la question de l'intérêt de tels navires. Il semblerait que l'USS Zumwalt soit la porte entre-ouverte à leur retour, sous une forme modernisée : ce que les cuirassés français non pas pu faire.

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