Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





dimanche 16 octobre 2011

Marine Garde-côtière : du BIS au BMM

© Jacques MARQUET. BIS (Vue tribord & dessus).





Les BATRAL (BÂtiment de TRAnsport Léger) sont, à l'origine, des unités spécifiquement amphibies. Il ne semblait pas, a priori, prévu que ces flotteurs puissent servir mener des missions de police dans les ZEE (Zone Économique Exclusive). Bien au contraire puisque la mission originelle de ces navires était le transport et le débarquement d'une compagnie d'infanterie motorisée.

Cette présentation des missions est très, très largement inspirée de celle de Net-Marine. Un BATRAL est capable de débarquer sa compagnie d'infanterie motorisée ou son chargement grâce :
  • au "plageage" qui consiste à échouer le navire (grâce à sa coque à fond plat) pour libérer le chargement via la porte d'étrave. 
  • Depuis un quai grâce aux moyens de manutention du navire qui lui permet de charger et décharger sur son pont et dans son hangar plus de 400 tonnes de matériels. 
  • Une batellerie de deux embarcations à fond plat permettent également, chacune, de débarquer 50 hommes ou un véhicule léger. Une plate-forme permet l'appontage d'hélicoptères légers et le transfert de charges à partir d'hélicoptères de tous types.
 
Les capacités de stockage, de logement et de manutention, leur grande autonomie font des BATRAL des unités adaptées à de nombreux types de missions :
  • Amphibie :
    • transport d'une compagnie avec armes, équipements et véhicules ;
    • transport de matériel divers, en vrac ou en emballages conditionnés ;
  • Patrouille des ZEE : 
    • diplomatie navale via des missions de représentation dans les territoires, départements ou point d'appui français à l'étranger ;
    • mission de longues durées (15 jours) en haute mer et surveillance de la ZEE ;
  • Logistique : 
    • liaisons sans escale entre deux territoires, ou points d'appui français d'une même zone ;

Les BATRAL, de plus, sont adaptés au support d'opérations spéciales et possèdent d'importantes capacités de soutien humanitaire
.
Un BATRAL particulier dans le dispositif océanique français

Deux BATRAL étaient basés dans la Mer des Antilles. Un autre servait en Nouvelle-Calédonie où il ne pouvait être entretenu sur place faute d'installations suffisantes. Le dernier effectua des missions ponctuelles, au gré des besoins, notamment pour la Force d'Action Navale. Le BATRAL La Grandière effectuait l'essentiel de sa carrière dans l'océan Indien, au service des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) où il ravitaillait les îles Éparses (dépourvues de toutes infrastructures) et Mayotte.

Depuis 1995, c'est le Marion Dufresne qui remplit une grande partie de ces missions. Ce navire hauturier polyvalent (120m pour 10 380 tonnes à pleine charge) sert d'unité scientifique et logistique dans l'Océan Indien pour les TAAF et l'Institut Paul-Émile Victor (IPEV) qui sont l'affréteur du navire (CMA-CGM étant l'armateur). En outre, TAAF et l'IPEV disposent du navire de liaison polaire (à "capacité glace") Astrolabe. L'Albatros, une ancienne prise de la Marine, a été transformée en patrouilleur et devrait rester en service jusqu'en 2015.

Le remplacement nombre pour nombre de coques n'est plus nécessaire. À l'avenir, il serait plus judicieux de s'intéresser à des unités polaires polyvalentes quand sera venu le temps de remplacer le Marion Dufresne, l'Albatros et l'Astrolabe (après 2015). Le couplage entre patrouilleurs hauturiers et unités scientifiques faisant merveille pour garantir un bon tonnage et un financement innovant.

Bâtiment d'Intervention et de Souveraineté

Les BATRAL étaient admis en service actif au cours d'une période allant de 1974 à 1985. Il faut attendre mars 2006 pour que les débats se figent quand à leur remplacement. Le Service des Programmes Navals (SPN) lançait une Étude Technico-Opérationnelle (ETO) pour le stade préparatoire du programme du bâtiment d'intervention et de souveraineté (BIS). La cible du programme est le remplacement des BATRAL et du patrouilleur austral Albatros : six navires.

Par curiosité, voilà une reproduction partielle du marché public que la DGA avait lancé afin d'obtenir une ETO :
contexte :

Les bâtiments de transport légers (Batral) qui sont au service actif depuis 31 ans, et le patrouilleur Albatros qui est au service actif depuis 39 ans doivent être renouvelés. Les bâtiments d'intervention et de souveraineté (B.I.S.) sont donc destinés à remplacer dans leurs missions la flotte des Batral et l'Albatros.

La mission des BIS sera de fournir, d'une part, les moyens de soutenir des opérations interarmées de logistique, de renseignements et de transport de troupes et de matériels, et d'autre part, les actions de « souveraineté » et de « défense » de l'Etat en mer, principalement outre-mer dans les approches maritimes et dans les zones économiques exclusives rattachées aux DOM-TOM. Ils devront également participer aux missions de soutien humanitaire de la France, notamment par le transport de matériels et de personnels.

Objet du marché :

Dans le cadre du stade de préparation du programme BIS, il est nécessaire de disposer d'une étude technico-opérationnelle qui a pour but d'apporter des éléments de nature opérationnelle, technique, financière et calendaire permettant de faciliter la mise au point du dossier de lancement de conception des bâtiments d'intervention et de souveraineté. Cette étude est l'objet du présent marché.

Quantités (fournitures et services), nature et étendue (travaux) : détail des prestations :
Le titulaire devra réaliser les prestations suivantes :
une analyse fonctionnelle du bâtiment d'intervention et de souveraineté (incluant le retour d'expérience des bâtiments actuels) ;
une étude de toutes les solutions techniques possibles pour répondre au besoin (avec analyse et comparaison des concepts des autres pays) ;
une analyse des coûts de chaque solution technique trouvée (avec identification des surcoûts éventuels pour des besoins ne relevant pas directement des missions défense, et l'opportunité d'une spécialisation par zone des bâtiments) ;
une synthèse sur la meilleure solution technique et financière pour les bâtiments d'intervention et de souveraineté et le dossier technique associé.


Refus des variantes.

Unité logistique et de transport de seconde classe ?
Les BIS, comme les unités qu'ils doivent remplacer, seraient basés prioritairement en Outre-mer. Le financement de ces navires devaient être inscrit dans la loi de programmation militaire (2008 - 2013). Selon le ministère de la Défense (cité par Mer et Marine), ces unités auraient eu la mission de fournir «d'une part, les moyens de soutenir des opérations interarmées de logistique, de renseignements et de transport de troupes et de matériels, et d'autre part, les actions de souveraineté et de défense de l'Etat en mer, principalement outre-mer dans les approches maritimes et dans les zones économiques exclusives rattachées aux DOM-TOM. Ils devront également participer aux missions de soutien humanitaire de la France, notamment par le transport de matériels et de personnels».

Plus prosaïquement, cela se traduit concrètement par ces capacités : "accueillir, transporter et soutenir un sous-groupement tactique interarmées (SGTIA) ou un élément de gendarmerie équivalent à une compagnie de 120 hommes avec armement, munitions et véhicules (20 véhicules dont certains blindés)". Notons que la capacité amphibie ne figure plus dans la fiche technique.

Extension du programme BIS au remplacement des P400 ?

Au cours de l'année 2006, il était question de remplacer, entre 2013 et 2018, l'Albatros et les quatre BATRAL. La cible du programme s'est déjà réduite d'une unité. Mais le programme aurait peut être pu se voir augmenter son objectif de dix unités. En effet, Mer et Marine, dans l'article de 2006 précité, écrivait : "Le BIS pourrait également être retenu pour remplacer les patrouilleurs du type P 400, dont le désarmement est prévu au début des années 2010". Si cette phrase est la traduction concrète des bruits de coursives entendus par le site depuis l'état-major de la Marine, alors, oui, il existait bel et bien un flottement sur quels navires devaient être remplacés, et par quoi.

Néanmoins, un rapport du Sénat de 2009 sur le programme BATSIMAR laisse entendre qu'entre 2006 et 2009, les patrouilleurs hauturiers de la Marine nationale seront "tous" concernés par ce programme, et les BIS concerneront exclusivement les BATRAL.

Du BIS au BMM


Les BIS sont à l'ordre du jour de l'actuelle loi de programmation militaire (2009-2014). Leur cible est fortement réduite puisqu'il s'agit de remplacer désormais 4 BATRAL, et non plus cinq. Est-il toujours question de remplacer l'Albatros ? Vu le renforcement de l'escadre indienne, ce serait étonnant. Tout comme il serait plus pertinent que ce navire, s'ajoutant aux autres, fasse l'objet d'un remplacement par un véritable patrouilleur polaire. Ce qui explique également qu'il ne serait pas question de baser les nouveaux navires dans l'Océan Indien. Les discussions et débats vont bon train à l'état-major de la Marine. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela n'occasionnent pas beaucoup de remous à l'extérieur ! Sans crier gare, c'est un nouveau marché public (dont voici un extrait partiel) de février 2011 qui annonce la transformation du programme BIS en BMM ou B2M :

Quantités (fournitures et services), nature et étendue (travaux) :

Le marché consiste à acquérir 4 bâtiments multi-missions (B2m) hauturiers et polyvalents. A titre indicatif, les bâtiments d'une longueur de l'ordre de 60 à 80 mètres et d'un déplacement supérieur à 1 000 tonnes navigueront dans des zones Outre Mer et devront bénéficier de bonnes capacités de manoeuvrabilité. Ils seront équipés d'une grue permettant l'embarquement et le débarquement de conteneurs Equivalent Vingt Pieds (Evp). Ils auront la capacité de mise en oeuvre d'embarcations légères ainsi que de plongeurs. Ils pourront transporter des armes et des munitions. Ces bâtiments pourront avoir des missions d'une durée approximative de 20 jours sans ravitaillement.

En application de l'article 72 du code des marchés publics, le marché pourra comporter une ou plusieurs tranches conditionnelles. La décomposition précise sera indiquée dans le dossier de consultation.

En application de l'article 13- lll du décret 2004-16 du 7 janvier 2004 modifié, le marché, pouvant présenter des aléas techniques importants, comportera une part provisionnelle de prestations.
Refus des variantes.

Le résultat de cet appel à candidatures donne d'ores et déjà quelques résultats puisque Mer et Marine annonce le 7 octobre 2011 que la DGA notifierait le contrat en 2012 avec un financement dans la loi de finances qui est actuellement discutée à l'Assemblée nationale. Les unités commenceraient à être livrées en 2014 (dernière année de la loi de programmation militaire, il était temps).

Il est intéressant de relever que ces unités seront construites aux normes civiles, ce qui semble être désormais la marque de fabrique de toutes les unités qui sont ou seront affectées à la Fonction garde-côtes. Une chose en entraînant une autre, le financement serait interministériel, ce qui est logique puisque le Comité directeur de la Fonction garde-côtes est composé de toutes les administrations agissant en Mer. Toutes ces administrations bénéficiant depuis des années de l'activité des navires de la Marine nationale pour effectuer certaines missions de l'Action de l'Etat en Mer. Qui plus est, c'est peut être le début de transfert de tout les navires de l'Action de l'Etat en Mer à la Marine nationale.

Quid de la capacité amphibie ?

En 2004, lors d'une audition de l'amiral Jean-Louis Battet, alors CEMM, il répondait à une question au sujet de l'état de vieillissement des BATRAL : "Le BATRAL, les patrouilleurs de 400 tonnes et les avions de surveillance nord 262 seront bien remplacés dans la prochaine LPM. En ce qui concerne le changement des BATRAL ,le besoin opérationnel identifié consiste dans des navires Roll-on / Roll-off  RORO". La capacité amphibie des BMM est-elle « perdue » ? La capacité à « plager » est abandonnée. Les BMM auront une grue alors pourquoi ne pas emporter des chalands ?

L'ancien CEMM, l'Amiral Forissier, refusait une série unique de navires et souhaitait privilégier des unités spécifiques à leur théâtre. Il citait notamment l'intérêt d'adapter le choix de la motorisation au lieu d'opération du navire, afin de faciliter le MCO. La Royale écoutait son ancien chef d'état-major : il y aura plusieurs programmes. Elle ne l'a pas fait entièrement : il n'y aura pas de "territorialisation" de la motorisation.

Le Marion Dufresne, patrouilleur polyvalent, unité également logistique et scientifique, représentant un tonnage de 10 380 tonnes à pleine charge pour 120 mètres de longueur coûtait 33 millions d'euros.

Quels candidats ? Plusieurs chantiers français et étrangers se sont positionnés sur ce programme plus ou moins de manière implicite. Le MultiPurpose Projection Vessel est mis en avant par la CNIM après le succès des L-CAT/EDA-R. À en croire la médiathèque du site internet de DCNS, l'Ecoship était candidat pour le programme BIS en sa version monocoque. Piriou propose par exemple les M.OPV dont le 8000. Le chantier de Concarneau concourerait pour les programmes BSAH et B2M (Mer et Marine), avec des unités de 60m et 1000 tonnes, et 80m et 2000 tonnes. Rolls-Royce Marine faisait connaître le dessin du très polyvalent UT527.

Le Fauteuil prend le pari qu'au fur et à mesure que les programmes B2M, BSAH et BATSIMAR se développeront et verront leurs productions entrer en service, il apparaîtra aux yeux de tous qu'il n'y a, strictement, aucune différence fondamentale entre eux justifiant leur division. Au contraire, la polyvalence, la modularité des futures plateformes,et le choix de la construction aux normes civiles justifient une fusion des trois programmes.

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