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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 11 avril 2012

Marine nationale : Commando Carrier et Sea Basing français ?


© Inconnu. Le HMS Bulwark en opération avec des Westland Whirlwind au décollage.
Historiquement, Londres avait fait le choix de durer à la Mer. C'est-à-dire que les Anglais privilégiaient l'utilisation des communications maritimes pour frapper sur le continent là où cela fait mal à la puissance continentale du moment. Il s'agissait d'équiliber les puissances en Europe. La masse continentale était manoeuvrée par la puissance navale qui choisissait à sa guise le terrain. Cette stratégie nécessitait de trouver un autre puissance continentale pour porter le coup décisif à la première, ou une coalition de bonnes volontés.


La seconde option, si elle était choisie, est un exercice politique tout à fait périlleux car il faut pouvoir diriger un ensemble où l'on ne possède peut être pas le poids suffisant pour faire graviter l'ensemble autour de soi. Cela revient à dire qu'il faut trouver ces moyens qui obligent les alliés à passer par vous : cela peut être les moyens d'entrer (groupe aéronaval, sous-marins, et capacités associées) en premier sur un théâtre, de durer sur celui-ci (logistique navale et aérienne) ou d'entretenir la percée (capacité à durer à la mer grâce à la logistique en soutien aux instruments d'action), ou encore, de coiffer le tout, grâce à des capacités de commandement (et les hommes et femmes entraînés à ces opérations).

En ce début du XXIe siècle, il est possible de considérer qu'il y avait deux puissances, deux régimes à renverser -pourquoi pas, ce n'est pas l'objet du débat de ce billet- en Irak et en Afghanistan. Mais une fois que la mission a été accomplie, alors il est temps de chercher à se retirer, non ? Peut être que le paradigme a changé en Angleterre.

Ou pas, car les opérations en Côte d'Ivoire, au large de la Somalie ou en Libye -pour ne citer que celles en-ci- sont là pour remettre au goût du jour (de ce côté-ci de l'Océan) des concepts comme le Sea basing ou des unités comme les Marine Expeditionary Force Forward :
  • Le Sea Basing consiste, en quelques mots, à pouvoir agir contre la terre, depuis la mer. Contourner une puissance terrestre depuis la mer est une chose, mais se dispenser d'utiliser la terre pour agir en est une autre, assez nouvelle. C'est, par exemple, "construire" une base de projection flottante (qui peut être l'interconnexion d'unités navales diverses) au large de la côte d'un pays visé pour amener hommes et matériels, sans négocier un point d'appui proche du théâtre d'opérations -même si cela ne dispense pas, naturellement, de posséder un réseau de bases et de facilités. 
  • Les Marine Expeditionary Force Foward sont les bras armés des Etats-Unis sur mer pour agir rapidement contre la terre. Il s'agit d'un petit contingent pouvant être débarqué à la demande sur la côte désignée par le pouvoir politique.
    Ce genre d'unités permet de jouer sur l'effet diplomatique de son utilisation et de sa non-utilisation, et sur la réversatibilité de l'action car si les unités débarquent, elles peuvent tout aussi bien rembarquer à la demande.
La Royal Navy était à la pointe de ces capacités opérationnelles quand elle convertissait d'anciens porte-avions en "commando carrier/porte-commandos". Au fond, c'est l'idée de déplacer un "commando" (au sens originel du terme) d'un point à l'autre pour agir vite ou à la demande, en durant à la mer, sur zone, justement.

Dans ces opérations, il est bien question d'utiliser la libre circulation des mers pour pouvoir agir à terre, avec souplesse, et dans des actions "brèves". Rétrospectivement, les guerres "longues" (au-delà de l'année) sont peut être assez peu nombreuses depuis la seconde guerre mondiale.
La puissance navale anglaise a été engloutie dans ces aventures trop longues à l'époque où une de ses créations, le porte-commandos, forgée en parallèle des concepts de  l'USMC, revient au goût du jour, à une époque où le contournement des servitudes de la Terre est un impératif dans l'action mondiale.

De l'autre côté de la Manche, un aperçu de la Marine nationale macrocéphale navigue :
  • au large de la Somalie, avec un BCR (Bâtiment de Commandement et de Ravitaillement) qui prend la direction de l'opération navale européenne Atalanta. Le navire devrait ou a été rejoint par le BPC (Bâtiment de Projection et de Commandement) Dixmude. Le vaisseau embarque un détachement héliporté, des engins enradiés et un un petit contingent de l'Armée de Terre : il y a de quoi mettre à terre une sorte de commando.
  • Au large de la Côte d'Ivoire, c'était également un Bâtiment de Projection et de Commandement (le Tonnerre) qui stationnait, de même que en Libye. Dans les deux cas, le navire emportait de quoi agir vers la terre, au besoin, et sans nécessiter une base terrestre dans le pays visé ou son voisin (même si les bases de la région sont très utiles).
Tout comme aux grandes heures de la stratégie anglaise pour équilibrer les puissances en Europe, la Mer est utilisée pour contourner la masse continentale, jouer sur ses flux de communication, et agir contre elle. Cela ne dispense pas de s'associer aux forces de manoeuvres à Terre (troupes locales). Il était question de maîtriser les communications maritimes afin de pouvoir transporter hommes et matériels à travers l'Océan. Cela ne suffit plus aujourd'hui, car il est de plus en plus rare de pouvoir négocier un point de chute dans le théâtre d'opérations (problèmes politiques de l'engagement des troupes) ou à proximité (problèmes diplomatiques). C'est pourquoi la capacité à durer à la mer est exacerbée dans les marines : d'où la Marine macrocéphale. Du temps a été échangé contre de l'espace.

Le Commando Carrier n'est que l'illustration matérielle de la configuration stratégique actuelle où la projection de puissance se fait avant tout par la mer et depuis la mer. Cela permet de durer dans une crise, afin de peser sur celle-ci et de contrôler aussi bien l'engagement du feu que de tenter de contrôler les conséquences diplomatiques de l'action.

C'est pourquoi les Bâtiments de Projection et de Commandement sont une espèce en voie de développement : il serait très étonnant que la série soit limitée à 3 ou 4 navires, en considérations des capacités offertes par ces navires, pour être présent dans bien des crises, au regard de leur coût. Le BPC Dixmude a appareillé avec une chose plus grande que la mission Jeanne d'Arc : une sorte de Marines Corps français en gestation. C'était un autre BPC, le Tonnerre, qui avait embarqué et mis en oeuvre le détachement aéromobile face aux côtes libyennes (et qui avait été relevé par le Mistral), et le même qui participait à l'exercice Bold Alligator.

De même, le navire logistique semble appeler à évoluer à la marge avec un tonnage plus important afin d'emporter, notamment, des hommes et du matériels. Un radier pourrait faire l'apparition sur ces unités : de là, il est possible d'extrapoler l'idée jusqu'à prétendre que ce moyen de communication inter-vaisseaux servirait au navire logistique de "recharger" le navire amphibie en hommes et matériels pour agir contre la terre. En outre, de tels volumes supplémentaires permettraient à ces navires de supporter des divisions navales de chasseurs de mines ou de torpilleurs pour compléter les moyens d'actions d'une escadre, ou offrir à une division de torpilleurs les moyens de durer à la mer, tout comme de diriger une opération via des moyens de communication et de commandement. Ce démultiplicateur de forces est souhaité à quatre nouveaux exemplaires, il va sans dire que deux unités de plus iraient dans le sens de la réflexion actuelle, surtout au regard de leur coût, par rapport aux capacités offertes.

Il s'agirait donc bel et bien d'un Sea basing à la française qui serait en gestation : la Marine macrocéphale serait confortée. Cette éventuelle situation invite à repenser la conception des escorteurs.

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