Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 26 décembre 2012

L'objectif du combat naval est-il la destruction du navire adverse ?



Animation Flash


Il va être tenté de répondre à cette question par un survol de l'histoire des combats navals. Tout survol est forcément incomplet et emprunte des raccourcis qui peuvent donner l'impression de la contradiction. Cet écueil n'est pas forcément erroné puisque pour répondre correctement à cette question, il faudrait réellement effectuer ce voyage et les prises de position ou les constatations ne manqueraient pas d'évoluer.

Néanmoins, et ces prudences prises, un retour en arrière dans l'histoire des combats navals peut amener tout à un chacun à être surpris par un constat simple : envoyer par le fond le navire adverse, c'est très compliqué. Pire, quand c'était à portée, cela n'était pas non plus une volonté assumée et achevée puisque la perte du navire, même adverse, signifie potentiellement la perte d'un éventuel gain stratégique (les trésors du navire) et de son équipage. Et même la perte de l'équipage adverse tout entier, ou celle de nos équipages, n'est pas un fait assumé. Pourquoi donc le « choc » a été préférée au « feu » pour en finir lors d'une bataille bien souvent, ou plutôt, pourquoi le feu est-il d'un usage si modéré en mer ? Les possibilités du feu ne sont pas entièrement exploitées. Ce qui en amène au sujet du jour : en quoi, après le schéma qui va être dessiné, les armes à énergies dirigées permettent de poursuivre la recherche de certains buts, dans une certaine continuité historique.

Depuis l'Antiquité jusqu'au début du XIXe siècle, les galères furent utilisées par bien des marines. L'historien Philippe Masson n'hésite pas à écrire que ce fut un "règne interminable". Dans l'un de ses ouvrages, "De la Mer et de sa Stratégie" (aux éditions Tallandier), il décrit la place des galères dans l'Histoire et les marines, pourquoi elles perdurèrent, pourquoi elles disparurent.

La galère est un navire fin, élancé, rapide et non-ponté. Elle est l'expression matérielle du milieu où elle est appelée à naviguer : les mers fermées ou étroites. C'est-à-dire des mers sans vents ni courants réguliers, et sans marées. Grâce à ses deux modes de propulsion, elle peut aussi bien se passer du vent qu'en profiter. Ce n'est pas un mince choix pour un navire qui servira dans des mers où il n'y a pas de vents dominants. Ces derniers déterminent plus ou moins bien les routes navigables dans l'Océan. Mais dans les mers étroites ou fermés où ces vents dominants sont absents, le navire le plus utile est celui qui est le moins soumis aux aléas d'Eole.

In fine, c'est l'idée de la manœuvre qui transparaît puisque, sans évolutions nautiques, il n'est pas possible de manœuvrer. La dualité de la propulsion (qui perdure de nos jours sous d'autres formes) permet ces évolutions, et donc, de manœuvrer. C'est l'avantage essentiel et millénaire de la galère. Cependant, cette manœuvre est très exigeante : à travers les descriptions qui vont être faites de l'évolution matérielle de ce navire, il va être possible d'apprécier la difficulté à manœuvrer ce navire, voir ces navires en formation de combat. C'était un art que la mise en œuvre des galères.

En contre-partie à ces avantages, il faut dire que la galère n'était pas le moyen le plus indiqué pour la navigation hauturière dans l'Océan. Il faudra attendre la Galéasse.

Les premières utilisations militaires des galères se basent sur l'attaque à l'éperon. Il s'agit alors essentiellement de trirèmes et de birèmes. La manœuvre est si exigeante que Philippe Masson dit bien que l'on ne peut s'étonner qu'à partir de l'époque hellénistique l'abordage prenne le pas sur l'éperonnage. Il faudra attendre l'arrivée de la poudre pour voir une autre forme de combat supplanter l'abordage.

Ce changement de tactique se transpose dans la construction des galères. L'abordage est ou non préparé par des tirs d'artilleries : balistes ou catapultes. Celle-ci, l'artillerie navale, sera presque toujours basée à l'avant des galères. Le besoin d'une artillerie plus lourde se transpose mécaniquement par des navires plus lourds. Cet accroissement du tonnage et de la taille permet une meilleure tenue à la mer, ce qui n'est pas pour déplaire à l'artillerie, et permet la possibilité d'embarquer une plus grande compagnie d'abordage.

Les romains perfectionnent la technique grâce au covus: une passerelle rabattable dotée de grappins. Le covuss'abattait sur les navires adverses. Dès lors, la manœuvre se cantonne de plus en plus à aborder l'adversaire de la meilleure manière pour développer un combat "terrestre" à son bord. Il ne s'agit plus de manoeuvre le navire dans l'optique de couler l'autre par lui-même.

Le meilleur compromis matériel est trouvé par les byzantins avec les dromons. Navire relativement léger et rapide, doté de 50 avirons de chaque bord répartis en deux rangées superposées. Il met aussi bien en œuvre un éperon que des armes de jet.

Le dromon se combine avec l'utilisation du feu, voire du Feu : c'est-à-dire le feu grégeois. Son invention est attribué à Callinicus et son apparition daterait de 670 après Jésus Christ. L'arme incendiaire se compose de salpêtre, d'huile de naphte, de souffre ainsi que du bitume. La particularité de ce mélange, c'est qu'il brûle, même au contact de l'eau... L'œuvre de Georges R. R. Martin, « Games of Thrones » a été portée à l'écran sous le contrôle de son auteur sous la forme d'une série télévisée. La fin de la deuxième saison s'achève notamment sur une bataille navale. Son objet est la capture de la capitale de l'union des royaumes par le prétendant légitime. Mais surtout, le défenseur de la capitale, lord Tyrion, utilise le feu grégeois à travers une galiote. La vidéo n'emprunte peut être pas toutes les rigueurs du travail de l'historien, mais elle peut donner un aperçu de ce qu'était le feu grégeois pour le combat naval...

Mise en oeuvre au combat

La galère est un navire offensif. La strucutre du navire impose certaines tactiques car tout l'armement du navire (éperon, catapultes, balistes et canons) demeurera presque toujours exclusivement à l'avant. De fait, une présentation classique au combat semblera toujours se diviser entre une préparation d'artillerie et l'abordage. A plusieurs reprises dans l'histoire navale, l'éperonnage aura été pensé, tenté et utilisé. Mais la manoeuvre est tellement exigeante, et dangereuse (venir à bout portant d'un feu qui finira par être capable de décimer un pont entier de marins) qu'elle aurait du couler assez vite dans les oubliettes de l'histoire.

Les galères ne peuvent se présenter qu'en ligne de front ou en formation triangulaire. L'exercice est exigeant pour tenir ces formations.

Le combat naval s'apparente trait pour trait au combat terrestre :
  • les flottes se structurent avec un centre et deux ailes. L'une d'elle est généralement appuyée à la côte.
  • Lors de l'abordage, il s'agit d'un combat au corps à corps.
Il faudra attendre la bataille de Lépante pour voir apparaîre une autre forme de combat où le canon deviendra l'arme principal pour couler les navires adverses.

En attendant celui-ci, la guerre navale ressemblera à une sorte de manœuvre générale où il s'agira d'aborder au mieux, de près ou de loin, les navires afin d'imiter la guerre terrestre. La capture du navire adverse deviendra même un des points cardinaux des habitudes de la guerre navale au temps des vaisseaux. Au temps des galères, il fallait aborder le navire adverse pour aller décimer son équipage, faute d'autres tactiques pour en venir à bout. Au temps des vaisseaux, la chose se déroulait parfois dans la même idée, non pas car il n'était pas possible de faire autrement, mais parce que, et contrairement aux galères, la construction d'un vaisseau était suffisamment longue et coûteuse en ressources pour considérer comme avantageux la prise du navire ennemi.
Au Moyen-Âge

La galère perdure jusqu'à cette époque. Aucun navire n'a encore pu la supplanter dans ces mers sans vents dominants. Il y a très peu d'innovation matérielle pour ce navire antique. C'est la propulsion qui se trouve améliorée avec l'adoption de la nage a zenzileau XIIIe siècle (trois rameurs décalés actionnent à partir du même banc trois avirons). A la fin de l'ère médiévale, c'est la nage scalaccioqui prend le relais : entre 5 et 7 hommes actionnent la même rame. C'est cette disposition qui perdurera jusqu'à la fin des galères : moins de rames, armées par plus d'hommes.

Le canon fait son apparition à bord des galères à partir du milieu du XVe siècle. Il sera une arme redoutable à leur bord, notamment à la bataille de Lépante (1571), mais il signera la mise à mort des galères quand il fut installé par rangées entières à bord des vaisseaux de ligne, percés de sabords.

Sur le plan militaire, la Galéasse apparaît au XVIe siècle selon Philippe Masson -"De la Mer et de sa Stratégie". Ce navire hybride est la dernière évolution d'un navire plus que millénaire : la galère. Cette tentative de conjuguer les avantages de la galère et des précurseurs du vaisseau fera merveille dans premier temps, en Méditerranée.

C'est une hybridation car il s'agit d'améliorer un navire qui se fait lentement mais surement déborder par les précurseurs du vaisseau. Sous de multiples formes, celui-ci commence à imposer sa domination navale aux autres utilisateurs de la mer. Les cogghe, puis les caraques, et enfin les galions (qui sont une évolution de la caraque) menacent définitivement le règne des galères. C'est l'artille navale portée par ces nouveaux venus qui menacent les galères : portée latéralement, elle accroit considérablement le nombre de bouches à feu à bord d'un navire -ce qui offrent accessoirement de nombreuses et nouvelles possibiltiés de manoeuvre et d'engagement.

Cette nouvelle disposition de l'artillerie n'apporte pas une puissance de feu théorique, mais bien réelle. Par exemple, à la bataille de Preveza (1538), le Galion de Venise résiste à l'attaque de plusieurs galères turques pendant une journée entière. Bien plus tard, en 1684, le vaisseau français Le Bon, un 50 canons, commandé par le compte de Relingue, brise pendant cinq heures l'assaut de 35 galères espagnoles. L'historien Philippe Masson ajoute dans son ouvrage qu'un vaisseau hollandais de 56 canons, La Licorne, sera capturé à l'abordage par six galères sous le commandement du français La Pailleterie, en Mer du Nord. Loin de réhabiliter la galère, cet engagement ne mettait en exergue que l'avantage de la rame quand il n'y avait pas de vent, et l'avantage historique d'équipages entraînés face à un équipage improvisé.

Dès le début du XVIe siècle, la galère ne peut qu'apparaître comme menacée. Elle est faite pour le combat singulier, et, définitivement, elle ne pourra plus jamais (sauf exceptions) venir à bout d'un adversaire conçu dans le Nord de l'Europe et portant une artillerie latérale.

Gênes et Venise, les deux grandes puissance navales de la Méditerranée, se doivent de réagir à cette remise en cause matérielle de leurs forces par les puissances maritimes montantes du Nord de l'Europe.

Pour parvenir à cette fin, il s'agit donc d'adapter aux galères ce qui permettra aux vaisseaux de les supplanter définitivement : l'artillerie navale fondée sur les canons. Depuis l'Antiquité, les galères embarquent de l'artillerie : catapultes, balistes, divers engins incendiaires et, enfin, des canons. Cette artille qui sert essentiellement, dans l'Histoire, à préparer les abordages, n'est installée qu'en chasse, c'est-à-dire à l'avant du navire. Dans cette partie se trouve de trois à cinq bouches à feu, dont la plus grande est généralement surnommée le coursier. Problème majeur, l'arrivée des différents navires nord-européens introduisent une artillerie latérale. Fatalement, à dimensions égales, le nombre de bouches à feu est bien plus importante à bord des navires du Nord plutôt qu'à bord des galères qui se trouvent très limitées dans l'emport de bouches à feu.

Loin d'abdiquer, la galéasse modernise considérablement son genre :
  • premièrement, la coque est arrondie à la poupe comme à la proue, à la manière des cogghe. Par ce biais une meilleure tenue à la mer est recherchée.
  • Deuxièmement, le navire est plus haut sur l'eau, ce qui s'accompagne d'un tirant d'eau augmenté.
  • Troisièmement, des châteaux sont érigés à l'avant et à l'arrière du navire, à la manière des carraques. Il En ce qui concerne le château arrière, la domination de l'adversaire par la hauteur est recherchée car la guerre sur mer est encore une guerre terrestre où s'affronte des forteresses flottantes. Et donc, l'avantage va aux archers et aux arbalétriers plus hauts sur l'eau que leurs adversaires. Mais surtout, le château avant sert essentiellement à porter une artillerie nombreuse, en plus de celle qui est généralement installée en chasse.
  • Quatrièmement : installation d'une artillerie navale dans les flancs du navire. C'est là le principal apport des navires du nord qui tranchent foncièrement de la galère par cette artillerie latérale.
Cependant, la Galéasse ne s'émancipe peut être pas suffisamment de la galère. Elle garde une propulsion à deux modes, ce qui semble indiqué pour les mers étroites et fermées sans vents ni courants dominants. Ce qui peut surprendre, surtout, c'est que le navire conserve un éperon. Le fait de porter cet arme n'était peut être pas une tradition très coûteuse. Mais cela relève une ambivalence dans l'utilisation militaire de la galéasse : ses concepteurs ne choisirent pas entre le choc et le feu.

Choix d'autant plus dommageable car la galéasse semble taillée pour le feu, justement. De facto, dès la mise à l'eau des galéasses, il y a un distingo à faire entre deux guerres navales :
  • la guerre navale héritée de l'Antiquité où un ensemble de plateformes navales manoeuvrent pour aller chercher le choc entre elles, et donc l'abordage. Souvent, la manoeuvre des galères, et d'autres navires, est semblable aux manoeuvres terrestres. En mer, il y eu également un centre encadré par deux ailes. Ce qui revient à dire que le combat entre navires ou entre équipages semble être une transposition de ce qui se fait à terre.
  • La guerre navale qui émerge grâce aux navires du Nord de l'Europe (caraque, galion, vaisseau) où le nombre de points de comparaison avec la guerre terrestre va tendre à disparaître au fil des siècles. L'abordage devient une méthode de combat tout à fait secondaire. C'est le feu qui domine, et l'on manoeuvre moins pour aborder le navire adverse afin d'aller en décimer l'équipage plutôt que pour immobiliser, voir pour le détruire. Sa destruction mettra quelques siècles à devenir un objectif préférable à sa capture.
A la bataille de Lépante (1571), c'est par l'utilisation du feu que la galéasse fera merveille. Il y aura à cette bataille la distinction entre le navire du feu, la galéasse, et celui du choc, de la mêlée, la galère.

En tout les cas, la création de la galéasse permet de renouveler intelligemment la galère en transposant les avancées de l'artillerie navale provantn des puissances navales montantes du Nord de l'Europe. La conservation des deux modes de propulsion de la galère permet aussi de conserver à cette hybridation, pendant un temps, des capacités manoeuvrières supérieures. Cependant, l'hybride ne prendra pas quand il s'aventurera dans des milieux qui ne sont pas les siens. Bien malheureux seront ceux qui feront quitter la galéasse de la Méditerranée pour l'emener affronter les caraques, galions et autres vaisseaux sur un terrain pour lequel ils ont été conçus. L'hybride n'était conçu que pour son milieu. En dehors, il était obsolète, et pire, il était moins bon que l'un (la galère) ou l'autre (caraque, galion) de ses parents. Dans l'Océan, la galéasse cumulait les défauts et perdait ses avantages.

Apogée au XVIIe siècle

L'apogée. Une galère ordinaire mesure 47 mètres de longueur, pour 6 de large et 2 à 3 mètres de tirant d'eau. Par rapport à la trirème antique, la croissance a été modérée (contrairement à l'époque de la vapeur). Le tonnage dépasse 250 tonnes (quand des séries entières de torpilleurs déplaçaient 50 et 77 tonnes).

Concernant la propulsion, les voiles latines se généralisent à leur bord (les galères en portent deux). Ce type de voiles est particulièrement bien adapté à la navigation dans les mers étroites et fermées car elles étaient plus pratique pour remonter au vent. Le navire avance aussi grâce à 25 paires de rames. Celles-ci sont actionnées par une chiourme de 250 hommes.

L'équipage comprend également 120 matelots qui sont dédiés à la manoeuvre et à la navigation. Ce qui tendrait à montrer que, par rapport à son équivalent antique (et ses 13 matelots), faire naviguer une galère du XVIIe siècle est un exercice bien plus complexe. Il y a toujours un corps d'hommes uniquement dédié à l'abordage.

L'éperon cède presque définitivement du terrain car il cède la place à une quille. Celle-ci supporte une plateforme triangulaire qui doit faciliter l'abordage.

Autre chose intéressante à relever, la galère s'est diffusée : elle n'est plus cantonnée à la Méditerranée, mais elle navigue également en mer Rouge, mer du Nord, dans la Baltique et dans la mer des Antilles.

Disparition des galères

Entre le XVIIe et le milieu du XVIIIe siècle, la majeure partie des galères sont retirées des marines. Certaines iront jusqu'à connaître le XIXe siècle. Il faut dire que fasse aux ponts garnis de sabords et de canons, les frêles galères perdraient toute mobilité après une bordée de fer dans leurs rames. Cette disparition donne même lieu à un échange géographique de témoin : la méditerranéenne galère cède la place au vaisseau du nord-européen.

Qui plus est, le feu grégeois disparaît avec les navires à rames. L'empire Byzantin aura emporter son secret. Ou presque car un certain Antoine Dupré en aurait rapporté la formule à la cours de Louis XV en 1759. Le roi ne choisit pas d'utiliser l'arme qui aurait donné pendant un « certain temps » un avantage monstrueux à la France dans la guerre sur mer. Après tout, il semblerait que personne n'avait réussi à enlever le secret du feu grégeois aux byzantins.



Avènement du vaisseau

Les galères, dromons et galéasses laissent place à des navires plus adaptés aux exigences de la navigation hauturière. Il y a une période transitoire où les deux types de navires vont cohabiter, soit entre le Xe siècle (apparition des cogues) et le XVII (voire le XVIIIe siècle de manière très épisodique). Ce navire qui nous vient des mers du Nord de l'Europe se transformera pour devenir la « nef », soit le vaisseau qui nous est si familier dans les guerres navales allant du XVIIe au XIXe siècle. C'est bien la capacité à emprunter l'Océan qui consacre ce changement de sceptre entre galère et vaisseau, mouvement appuyée par les grandes découvertes. Mais le fait que, l'architecture des vaisseaux est plus apte à l'emport de pièces d'artilleries en quantité et en lourds calibres qui achève la transmission.
Les guerres napoléoniennes consacrent le navire de ligne à trois ponts (soit trois batteries couvertes) qui est le roi des mers. En réalité, et comme l'auteur de « Trois ponts » peut nous l'apprendre, la place de ce type de vaisseau de ligne dans les flottes des XVIII et XIXe siècle est finalement assez marginal. C'est le navire de ligne à deux ponts qui est le roi des mers, et les guerres, de l'indépendance américaine jusqu'à celles de l'Empire (peu ou prou la période décryptée par Mahan et Corbett), montrent, démontrent la supériorité de cette formule architecturale sur l'autre.
Trois ponts expliquait la chose ainsi : le trois ponts est lourd, peu manœuvrant, lent. Qui plus est, sa batterie basse, celle portant les plus lourdes pièces d'artillerie, est la plus proche de la ligne de flottaison : à chaque fois que la mer est trop mauvaise, elle n'est pas utilisée. Tandis que le vaisseau à deux ponts, il a fini par porter deux batteries couvertes de canons au même calibre, aussi important que ceux de la batterie basse d'un deux ponts. La batterie du deux ponts étant assez haute au-dessus du niveau de la mer, elle peut toujours servir. Le navire étant dans l'ensemble plus manœuvrant, il peut se mesurer avec grands avantages face au trois ponts.

A travers l'arrivée des navires à vapeur, il faut distinguer deux grandes révolutions navales :
  • la propulsion à vapeur,
  • les obus explosifs.
La propulsion à vapeur est une Révolution Totale dans la stratégie navale. Depuis la nuit des temps, le navire ne pouvait se mouvoir que par la force des bras ou selon la bonne volonté des vents (d'où le fait de consacrer à ceux-ci un dieu est bien occupé par les prières des marins). Depuis que les bouches à feu se sont imposées à bord, elles ont pris la place des rameurs, ne restait plus alors que le vent. Ce dernier était une servitude incroyable dont on peut peiner à se rendre compte. Celui qui avançait avec un vent favorable pouvait espérer remporter la victoire puisqu'il avait l'énergie nécessaire à la manœuvre pour déborder et/ou enrober son adversaire, ou, au contraire, se dérober. Certains vents dominants étaient même de véritables obstacles invisibles pour espérer prendre le dessus sur un adversaire. Tourville ne peut pas profiter de sa victoire à la Hougue (1692) contre les anglais pour faire passer l'escadre à Brest ou St Malo. Une partie de ses navires ne dépassent pas le Cotentin faute de vent, donc faute d'énergie nécessaire, et la victoire de veille devient défaite. C'est pourquoi le port de Cherbourg existera, mais trop tard.

Mais depuis que la propulsion à vapeur existe, les navires ont découvert une liberté de mouvement totale ! Les nouvelles servitudes furent le charbon et le pétrole... Mais elles s'effacèrent, presque, devant l'énergie nucléaire.

Les obus explosifs "à la paixhans" (XIXe siècle) permettent de faire ce que l'on ne faisait pas ou plus (assertion qui renvoie directement à l'introduction et aux prudences énoncées) depuis le feu grégeois : couler des navires. Cela pouvait se produire, mais l'impression renvoyée par le récit des batailles est que cette finalité était trop difficile à atteindre.

Du XVIe au XIXe siècle, avant les obus explosifs, il était plus intéressant de "tirer à démâter" : c'est-à-dire que par diverses munitions et tactiques, il était question de faire tomber la mâture ennemie afin d'immobiliser le navire. Bordée par bordée, celui-ci pouvait encaisser nombre de coups sans broncher... tandis que l'équipage de faisait littéralement déchiqueter par les échardes qui s'échappaient de la coque. L'arrivée des caronades montra même encore une fois qu'il y avait un plus grand intérêt à annihiler l'équipage plutôt que de chercher à détruire le navire.

L'un des moyens de destruction était le brûlot : c'était une embarcation chargée d'explosifs. Tout le sel de la manœuvre consistait à réussir à faire approcher la bombe flottante du navire adverse en difficulté : c'est tout l'enjeu du livre d'un certain lieutenant de vaisseau Castex qui exposait que le feu devait désarmer le navire adverse (ce qui sous-entend que, en mer on arme des navires par des hommes, et que le feu agit en conséquence) pour ouvrir une brèche dans le dispositif afin que la galiote approche avec sa funeste mission.
La construction d'un navire trois ponts pouvant consommer de 2 à 2500 chênes et représentant une fortune colossale, il était relativement courant de chercher à capturer le navire adverse. C'était un moyen aisé pour étudier les techniques et technologies de l'adversaire, et pour augmenter sa propre flotte au détriment du perdant.
Finalement, c'était là une ligne traditionnelle du combat naval : depuis l'Antiquité jusqu'à cette époque, il était plus simple de "désarmer" le navire adverse (car il faut des hommes pour armer un navire) plutôt que le couler. Il était alors :
  • soit question de capturer le navire,
  • soit de le détruire par divers moyens.

Alors, quand les obus explosifs arrivent, les tactiques navales évoluent considérablement : quand il s'agissait plutôt de capturer le vaisseau ennemi, avec les obus à la Paixhans la destruction devient plus qu'envisageable. Et comment faire ? Le vaisseau est mû par la vapeur : il n'est plus question de tirer à démâter. Dès lors, une chose formidable se produit : le premier qui commence à toucher l'autre prend l'avantage au cours du combat. Et la propulsion à vapeur offre toutes les qualités requises pour avoir la liberté de manœuvre.

Finalement, Mahan ne fait que baigner dans cette époque où le fait naval va de révolution en révolution, tant sur le plan de la liberté des mouvements que sur des possibilités tactiques qui sont offertes. C'est à croire qu'il se focalise excessivement sur ce creuset où se réunissent des innovations alors que l'histoire navale montre d'autres pratiques. Par exemple, le feu grégeois n'a pas été diffusé de part le monde : si le secret l'explique en partie, il faudrait peut être avancer une absence de volonté pour se le procurer. Il n'est donc pas étonnant que l'amiral américain cherche à démontrer que pour obtenir le commandement des mers, il faut réussir à détruire la flotte adverse. La « bataille décisive » pourrait être un anachronisme qui se lit à travers le prisme des technologies de la seconde moitié du XIXe siècle et qui sert à regarder ce qui se faisait avant.
Le cuirassé Dreadnought n'est que l'accomplissement de l'idée la manœuvre pour détruire le navire adverse : tout les organes, ou presque, du navire sont tournés vers la mise en œuvre d'une batterie principale constituée de pièces du même calibre dont l'objectif est de détruire l'adversaire.

Ce que l'on pourrait oublier souvent, c'est que la propulsion à vapeur permet également l'émergence du torpilleur et du sous-marin. Ce sont deux types de navires qui vont considérablement perturber la constitution des flottes, et dès lors, il ne s'agira plus simplement d'accumuler un grand nombre de vaisseaux de ligne pour emporter la guerre navale, mais bien d'atteindre les buts de la guerre, malgré les systèmes de forces de l'adversaire.

Le porte-avions n'est que la continuation du cuirassé par ce plan là puisqu'il permet d'élargir l'horizon des armes en adaptant la puissance aérienne à la mer. Il n'y a pas de systèmes d'armes qui ait un horizon plus éloigné.

Quelque part, le sous-marin est le nouveau Dreadnought puisque les sous-marins d'attaque, en particulier, sont entièrement tourné vers la destruction de l'adversaire. C'est bien le premier qui entend (et non pas qui voit l'autre depuis la fin des submersibles dans les années 50 du XXe siècle) l'autre qui prend l'avantage. La torpille, par ailleurs, n'est pas une arme au feu gradué : dès qu'elle atteint sa cible, cette dernière a peu de chance de réchapper de la destruction. Le sous-marin d'attaquer pourrait alors apparaître comme l'aboutissement de la recherche de la destruction du navire adverse par le feu.

Autre sous-marin, autres destructions, le Sous-marin Nucléaire Lanceur d'Engins (S.N.L.E.) pourrait lui aussi être un autre Dreadnought : la portée de ses armes est intercontinentale et le feu nucléaire signifie autant destructions que terreur. Ce navire là s'attache plus à chercher à produire un effet sur terre : ses armes dépassent la seule recherche de l'obtention de la décision.

Mais ces deux vaisseaux noirs là atteignent le paroxysme de l'utilisation du feu dans la guerre navale : si l'efficacité dans la destruction de buts navals et terrestre est « totale », elle amène dans une impasse. Effectivement, le général Bauffre décrit la guerre comme étant un affrontement de deux volontés opposées (dialectique). Les deux belligérants n'ont que faire d'une monde purifié par le feu nucléaire, ce qui écarte le cas du SNLE dans les développements suivants.
Le sous-marin d'attaque pose bien des difficultés : s'il est désormais possible de couler la flotte adverse, est-ce souhaitable ? Il ne faudrait pas faire mentir l'Histoire : bien des guerres, bien des batailles ont vu des navires être emportés corps et biens par la mer sous les assaut de l'adversaire. Mais la capture tenait une grande place. La bataille de Lépante (1571) voit un « anéantissement » de la flotte turque, juste assez efficace pour qu'elle soit reconstruite en quelques mois. La guerre des Malouines voit le HMS Conqueror torpiller le croiseur Belgrano. Si les argentins pleurent l'orgueil de leur marine, cela ne cacha pas que le spectacle d'un équipage livré au feu et à la mer cruelle n'en provoqua pas moins un certain malaise en Grande-Bretagne. Les anglais se souvinrent peut être à cette occasion de l'émotion gigantesque produite quand le cuirassé Bismark envoya par le fond le HMS Hood : après quelques échanges de salves de 380mm, le Hood explose depuis l'une de ses soutes à munitions. Il y avait 1200 hommes d'équipages : il n'y aura que trois survivants. Si l'Argentine n'en avait pas les moyens, l'Angleterre de Churcill put se livrer à une fureur navale sans pareil pour exécuter l'ordre du Politique : « sink the Bismark ! »

Ce que l'on peut en retenir, c'est que, s'il est possible de détruire la flotte adverse, c'est au risque de provoquer une chose qu'il n'est nullement possible de réaliser : la montée aux extrêmes, décrite par Clausewitz. L'humiliation d'une défaite, qu'elle soit la perte d'un fleuron ou d'une flotte, est un puissant moteur de la revanche qui peut aller au-delà des intérêts du pays. Le sous-marin est binaire, par exemple : soit il détruit, soit il ne détruit pas. Le Politique ne peut se satisfaire d'un tel manque de souplesse, pour ne pas dire de subtilités. Ce qui explique pourquoi, d'une certaine manière (et encore une fois trop rapide) la guerre littorale prend un tel essor, pourquoi la guerre aérienne au servir des flottes ou permise par les flottes devient de plus en plus souple et pourquoi, enfin, le sous-marin produit autre chose que de la destruction de masse comme du renseignement et des opérations spéciales.

Les armes navales doivent permettre de peser sur la volonté de l'adversaire, pas de la raidir totalement à toute solution négociée.

Le cycle initié par les canons à la Paixhans, la torpille et le missile se termine peut être. Si jamais tel était le cas, alors il faudrait ne pas exclure totalement la destruction. Mais la possibilité de capturer tout ou partie des forces adverses redeviendrait un but à atteindre. La construction des navires -qu'ils naviguent sur ou sous l'eau- prend tellement de temps et de ressources que capturer ceux de l'adversaire pourrait être un gain stratégique non-négligeable. Ils peuvent permettre de gagner du temps ou de récupérer celui que l'on perdait vis-à-vis des avancées technologiques de l'adversaire : n'est-ce pas ce que l'Iran a fait en prétendant capturer au moins un drone américain, qui pourrait être un RQ-170 Sentinel ? Que ne fait pas la Chine en ayant rachetée des porte-avions occidentaux envoyés à la casse ?

Mais s'il fallait viser la possibilité de capturer et de faire des prisonniers, dans le but d'avoir de quoi négocier sur le plan politique sans provoquer une montée aux extrêmes, alors il faut des outils pour le faire. Les armes à énergies dirigées sont certainement ces outils.
Première chose, les flottes sont reliées à la terre sur des distances planétaires grâce au centre de gravité spatial. Une arme electro-magnétique bien dirigée et contenue dans une enveloppe géographique bien délimité pourrait permettre d'isoler un groupe naval adverse.

A ce moment là, l'assaillant, armé de navires de surface ou de sous-marins, pourrait achever de les isoler par divers outils : laser contre moyens optroniques, armes électromagnétiques, micro-ondes, etc... A la manière du feu des bordées, les navires seraient réduit au silence. L'équipage en subirait encore les effets : il serait la victime collatérale des dégâts que l'on cherche à infliger au vaisseau pour l'immobiliser.

L'abordage redeviendrait un art périlleux.
Imaginer qu'il y ait un état de belligérance intermédiaire entre les escarmouches para-militaires et la guerre de haute intensité serait, paradoxalement, un facteur de « paix » en Asie du Sud-Est. En effet, dans cette région du monde, les volontés s'affrontent, mais les moyens physiques non-cinétiques et cinétiques de la non-belligérance pour ce faire s'épuisent : au-delà, c'est la dangereuse montée aux extrêmes.

Au final, il y aurait bien à gagner à parvenir à cet ancien but de la guerre navale qui pourrait devenir « moderne » : la capture des navires. Pour l'un ce serait le moyen de gagner en savoirs, pour l'autre de contrôler ce que l'adversaire maîtrise réellement comme savoir. Même si aborder ne sera pas à la portée de tous (mais la guerre navale n'a jamais été un sport de masse).

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