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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 16 janvier 2013

Projeter les chars Leclerc au Mali ? Engagement à enjeux multiples

© Inconnu.
A travers les lignes qui vont suivre, il va être tenté de montrer que la projection de chars Leclerc ne relève pas d'une évidence opérationnelle folle. Mais le recours à ce matériel symbolique peut être l'accomplissement d'un processus politico-diplomatique où la France s'engage seule, dans l'urgence, mais avec la bénédiction de la communauté internationale. A ce moment-là, les vertus de l'intervention nationale vis-à-vis des coalitions reviennent sur le devant de la scène. Et le recours à des attributs de la puissance ne sont pas à négliger pour marquer durablement les esprits. Enfin, la place particulière d'un système d'arme comme le Leclerc peut en faire un enjeu politico-militaire quand il s'agit de l'utiliser. A ce moment là, le char Leclerc incarne la détermination nationale.

La France en Guerre
Cela est reconnu si rarement pour être souligné : la France est en Guerre. La chose s'écrit avec une lettre majuscule, d'une part, car c'est une position qui semble particulièrement assumée par le Président et son gouvernement. Ce premier s'est exprimé à Dubaï lors de l'un de ses derniers déplacements en répondant à une question : « Que faire des terroristes? Les détruire. Les faire prisonniers, si possible ». D'autre part, la classe politique est unanime pour soutenir cette intervention armée, même en tenant compte des nuances des différentes branches et des différents courants. Pendant quelques instants, on pourrait même y voir un semblant d'union sacrée : signe que l'enjeu de l'intervention dépasse les clivages (ce qui souligne que l'enjeu est perçu et compris de tous).

C'est un ensemble de faits, de réactions et d'actions qui n'existaient pas en Afghanistan : depuis la chute du régime taliban, les enjeux ne sont plus les mêmes : l'on passe d'un combat couplé foudroyant à une opération de reconstruction tous azimuts du pays au sein d'une coalition. La guerre au Mali, menée dans l'urgence, stimule le pouvoir politique français, manifestement, d'autant plus que la France "dirige" et mène la danse. En gagnant des marges de manoeuvre, l'Archipel France s'offre plus de liberté d'action. In fine, nous devenons pleinement un acteur stratégique là où en Afghanistan nous peinions à  nous élever à la strate stratégique, confinés comme nous l'étions au niveau tactique. Au Mali, c'est la stratégie intégrale de Beauffre qui est mise en oeuvre.

Mais est-ce que cette conviction politique collective se double d'un soutien populaire et d'une adhésion des citoyens à tous les enjeux ? Il est possible de supputer que les citoyens français, abreuvés des reportages de divers titres de presse, n'ont pas manqué d'être choqués par la violence politique des groupes islamistes qui sévissent au Mali. Contrairement à ce que peuvent dire des esprits chagrins : personne n'a forcé les membres de ces groupuscules à de telles exactions, et il est relativement difficile de les supporter, surtout quand il s'agit de forces étrangères qui violent la souveraineté d'un Etat membre de l'ONU (droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, chapitre 7, etc...). Entre la privation des libertés fondamentales et les sévices physiques, point besoin d'être constitutionnaliste ou autre pour comprendre que les valeurs de la France, qui se veulent universalistes, ont été bafouées allègrement au Mali.

http://www.geoatlas.fr/medias/maps/Etats%20du%20Monde/mali/m4i/mali_phy.jpg
© Inconnu.

Le contexte de cette intervention est suffisamment bien (et mieux) explicité ailleurs pour ne pas tenter de le réexpliquer ici. La moitié Nord du Mali est envahie par des bandes islamistes depuis plus d'une année (et ces bandes prennent racines dans la région saharienne depuis 1996). Ces groupes ont fait le choix, par divers moyens, de laisser traîner les tractations en longueur afin de renforcer leurs positions. Situation classique où les différents intermèdes diplomatiques sont autant de moyens de gagner du temps (chose apréciable à observer pendant l'opération Manta au Tchad).
Mais les combattants étrangers ont repris les armes et la route du Sud, non content d'avoir d'ores-et-déjà conquis l'autre moitié du Mali. C'est à croire qu'ils ont jugé que l'embarras qui sévissait à Bamako et les multiples signaux de faiblesses envoyés par son régime étaient autant d'indices pour agir et renverser le tout. Ainsi, vers le 10 janvier, la ville de Konna est prise. C'est un point clef entre le désert du Nord du Mali et la route de Bamako. Le pouvoir politique malien demande l'aide de Paris et la mécanique guerrière s'enclenche, alors qu'il y avait déjà urgence à agir en République Centrafricaine. Les troupes françaises envoyées sur place doivent donner un coup d'arrêt, c'est presque un classique pour des troupes tricolores engagées en urgence en Afrique (c'était encore le cas lors de l'engagement de la puissance aérienne française en Libye).

La configuration diplomatique était assez inédite dans la mesure où Paris intervient seul. Auparavant, il était question que la CEDEAO sous son propre égide et dans le cadre des résolutions de l'ONU forme une force de combat afin d'agir :
  • Paris poussait pour que les 3000 hommes espérés puissent reprendre le Nord.
  • Washington voulait en faire une force apte à défendre le Sud contre toute déstabilisation venant du Nord et stabiliser la situation. L'adversaire a finalement imposé son comportement aux parties.
Ce qui fait que si la force est toujours espérée, elle n'est toujours pas constituée, et la France agissait dans l'urgence afin de temporiser, au moins, en interdisant le Sud aux envahisseurs du Nord.

Mais cette situation diplomatique reste aussi inédite car la France est la seule engagée sur le terrain. Après toute la période des opérations multilatérales, qui doit commencer à la seconde guerre du Golfe (1991) jusqu'à la Guerre en Libye (2011), la France avait tendance à ne plus s'engager seule. Il y avait bien eu le Rwanda (1994), l'intervention en Côte d'Ivoire (2002) mais la ligne générale n'était plus aux aventures militaires en solo. Par défaut, l'intervention au Mali se fait comme au grand temps des opérations extérieures en Afrique depuis 1962 à 2002 (nonobstant la tendance multilatérale sur ce continent et ailleurs). Les Etats-Unis ne souhaitent pas s'engager, manifestement, tout en saluant notre intervention et la soutiennent sur le plan logistique, voire bientôt sur celui du renseignement. L'Europe tient à peu près la même position, sauf que, et ainsi que vient de le décrier crûment au Parlement Européen Daniel Cohn Bendit, elle avoue à peine un refus d'agir.

La France se retrouve seule et en première ligne comme le souligne Michel Goya : elle emploie ouvertement le mot de Guerre et prend ses responsabilités.


Manoeuvre opératiques

Les buts de guerre français sont clairs : stopper la progression adverse, stabiliser la situation et laisser à la future force africaine le soin de reprendre la moitié Nord du Mali. Le risque n'est pas trop grand à prendre en écrivant qu'il y a fort à parier que les forces françaises appuieront cette future reconquête.

Il va s'ensuivre une succession d'opérations qui risque fort de voir l'Armée française repousser ces groupes islamistes de leurs avant-postes dans le Sud jusqu'au Nord. Actuellement, pour pousser l'adversaire nos troupes se composent d'éléments de cavalerie et d'infanterie légère. Demain, les soldats français, aidés ou non des troupes africaines, risquent fort en cas de succès, d'acculer l'adversaire au pied du mur. L'Algérie ferme sa frontière Sud et il faut espérer ou croire que les autres Etats riverains tenteront de faire de même. L'adversaire, inévitablement, finira par s'accrocher au terrain.

Qu'est-ce que le terrain ? Ce n'est pas le sujet de ce billet mais, pour faire simple, ce serait au moins l'alliance du relief et de troupes combattantes. Ces dernières utilisant le premier pour démultiplier leurs forces. Sun Bim ne disait pas autrement quand il affirmait que l'aile la plus faible de l'armée doit s'accrocher à un terrain favorable à la défense, comme la montagne. Mais ce terrain peut aussi être la combinaison du relief, de l'adversaire et de la population civile. L'on pourrait y ajouter un dernier élément qui s'est régulièrement signalé en Afghanistan : les constructions humaines, et surtout celles qui encaissent relativement bien les coups des armes légères. Rien de nouveau à l'Ouest comme disait Erich Maria Remarque, certes. Mais ces quelques éléments fondamentaux laissent présager de potentielles situations difficiles :
  • une dilution de l'adversaire dans une population civile dense, comme une ville,
  • un éparpillement toujours du même adversaire dans un relief favorable à la défensive et aux embuscades.
Dans les deux cas, la progression de nos troupes ne manquera pas, peut être, et demain, d'être ralentie, voire bloquée, par des "points durs". Cas classique où l'artillerie ou l'aviation venaient supprimer ces abcès. Mais dans une époque où l'on supporte "assez mal" la perte de civils, nationaux ou étrangers, du fait d'actions de guerre, il devient relativement compliqué de crever ces abcès avec une projection de puissance trop forte et imprécise depuis l'artillerie ou l'aviation.

Guerre de positions ?

Traditionnellement, si l'on peut oser employer ce terme, cette situation se règle par le combat au contact. Il est possible alors d'engager à fond l'infanterie légère. Mais le rapport de force est défavorable puisqu'il y aurait environ 7000 combattants adverses quand l'Armée française affirme que ses effectifs monteront jusqu'à 2500 soldats français sur le terrain. Sachant que, traditionnellement, toujours, les troupes retranchées dans quelques fortins bénéficient d'un rapport de force de 1 à 3 en leur faveur, le coût humain risque d'être terrible (alors que la tendance n'est pas à vouloir accepter le sacrifice d'autant de soldats).

Qui plus est, il semblerait que les buts de la guerre français et/ou les choix opératifs ou stratégiques français font que nous nous tournions vers une guerre de position actuellement. Puisqu'il s'agit de stabiliser la situation alors il y aura bien création d'une frontière entre ce qu'il faut préserver et ce qu'il faudra reconquérir. Alors, de part et d'autre cette frontière sera utilisée soit pour préparer une stratégie défense ou offensive. Dans le cas français, il faudrait plutôt compter sur la création d'une ligne de démarcation qui servira de tremplin pour reprendre le Nord avec les troupes africaines. Alors, il ne serait pas étonnant de ressentir sur le terrain le besoin d'avoir un engin capable de percer des points durs fortement défendus et préparés.

Au cours de la Grande guerre, le colonel Estienne avait résolu la difficulté en inventant le char de combat (mais aussi pour des raisons propres à ce conflit), c'est-à-dire :
  • une pièce d'artillerie,
  • sous casemate blindée
  • et capable de se mouvoir.
Mis à part la parenthèse du combat tournoyant entre chars de bataille, le char de combat retrouve ce rôle originel : accompagner l'infanterie pour lui ouvrir la voie en supprimant les points durs. Au Mali, c'est une tâche qui pourrait être remplie par des blindés comme le VBCI (28 tonnes) ou l'ERC-90 (8 tonnes). Mais il semblerait que le canon du premier (25mm) soit plus que léger pour détruire des points durs tandis que le second (canon de 90mm) pourrait souffrir d'un manque de protection face à des combattants qui bénéficient de quelques moyens anti-blindés (tout comme le premier est d'une hauteur qui semble source de vulnérabilités).

http://m.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/terre/terre-images/images-articles/rallye-regimentaire-du-12e-regiment-de-cuirassiers-au-camp-de-fontevraud/2106856-1-fre-FR/rallye-regimentaire-du-12e-regiment-de-cuirassiers-au-camp-de-fontevraud_large_mobile.jpg

L'engagement du char de bataille, signe d'une détermination politique nationale sans faille ?

C'est pourquoi tout ce cheminement en revient à proposer la projection du char Leclerc. Cet engin de 55 tonnes bénéficie d'une protection étudiée pour résister à des coups tirés par des canons ayant un calibre allant jusqu'au 125mm. Ce qui lui offre une capacité à encaisser tous les coups qui pourraient lui être portés dans le Sahel. Caractéristique qui transforme le Leclerc en une véritable forteresse mobile apte non seulement à affronter des fortins improvisés ou rigoureusement durcis mais aussi à les approcher à une distance qui serait insupportable pour l'infanterie.

Sa grande mobilité lui permet de se jouer des dispositifs adverses qui seront, presque par défaut, fixes. La puissance mécanique permettra au char de coutourner ou de se dégager à sa guise sans que l'on puisse lui barrer le chemin.

Enfin, sa puissance de feu en fait une véritable pièce d'artillerie mobile capable de s'approcher au plus près de la menace pour l'annihiler avec le maximum de précision en évitant, autant que possible, les dégâts collatéraux.

L'ensemble permet aussi d'avoir un système fournissant de l'appui-feu, pouvant porter quelques senseurs, le tout avec une persistance sur zone, au contact, que non pas d'autres systèmes.

L'intérêt opérationnel pourrait apparaître. Mais il est doublé aussi d'un intérêt politique interne à l'Armée de Terre puisque c'est peut être l'unique et dernière chance d'employer le char Leclerc de manière moderne : là où ce système d'armes a été conçu pour combattre dans les plaines d'Europe dans un rapport de force défavorable, il aurait pu en Afghanistan montrer que le char lourd redevenait un Véhicule d'Accompagnement de l'Infanterie (notion proposée par Benoist Bihan). Si la rédaction du nouveau livre blanc touche à sa fin, les choix ne sont peut être pas encore tout-à-fait arrêtés pour la future loi de programmation militaire. Est-ce que le concept de betteravisation est capable d'offrir un discours où les outils qui servent actuellement au Mali doivent être préservés ? Non. Alors il n'y a plus que ce conflit pour montrer qu'il y a besoin d'un VAI comme le char Leclerc, même s'il n'est pas parfait pour ce rôle puisque pas conçu dans cette optique. Mais il est adaptable sur le plan opérationnel le temps de la transition.

L'intérêt politique pourrait peut-être exister puisqu'il s'agirait d'engager un système de combat majeur au Mali. La configuration internationale fait que la France combat actuellement seule. Les images véhiculées par les technologies militaires françaises frappent les esprits : les Rafale et Tigre attirent énormément les objectifs puisqu'ils sont dit "modernes". Et quelque part, un armement moderne est un armement terrible, surtout pour l'adversaire. Qui plus est, c'est aussi un armement produit et utilisé en toute indépendance nationale : ce n'est pas encore un système d'armes aussi symbolique que rare et puissant à l'instar d'un groupe aéronaval, mais c'est presque tout comme sur terre puisqu'il y a si peu de pays apte à mettre en oeuvre efficacement des chars de bataille, et surtout, à les projeter. La lutte sera aussi "politique" pour savoir si le Leclerc doit être projeté ou non : l'enjeu financier n'est pas mince car le Maintien en Condition Opérationnelle et le coût de la projection ne sont pas indolores. Mais que pèse ce poids dans la balance par rapports aux autres facteurs ?

Enfin, est-ce que le char Leclerc est doté d'une valeur morale en France ? C'est un programme qui a accouché dans la douleur pour diverses raisons, tant militaires que politiques et industrielles. Mais il n'en demeure pas moins que s'il n'est pas possible de dire "quel est le meilleur char du monde", le Leclerc participe régulièrement à ce genre de classement sans fin ni résultat possible. Aussi, il se pourrait que bien des français soient un minimum fier de ce char. La force mécanique garde peut-être, plus généralement, une place particulière dans l'inconscient collectif dans la mesure où le discours du 18 juin 1940, gravée dans les esprits et sur une plaque sous l'Arc de Triomphe, parle d'une France submergée par une force mécanique supérieure.

Si l'intérêt de la projection du char Leclerc ne semble pas évident aujourd'hui dans la Guerre au Mali où se déroule encore des combats de cavalerie et d'infanterie légère, demain cet intérêt pourrait devenir beaucoup plus évident si jamais les groupes islamistes prennent les villes ou les montagnes. In fine, ce ne serait que tirer parti de l'expérience des troupes alliés en Irak, en Afghanistan, voire en Israël, qui utilise les chars de bataille pour combattre en ville ou se jouer des points durs de rase campagne.

C'est un ensemble de facteurs, opérationnel, politique et moraux, qui doit permettre d'interroger l'éventuelle projection de chars de bataille Leclerc au Mali. Des VBCI et des Caesar (155mm) seraient actuellement projetés au Mali. L'on reparle des actions de chars T-55 contre une invasion rebelle par véhicule civil tout-terrain pour la sauvegarde de la capitale tchadienne . Mais il y également, aujourd'hui, l'exemple de l'engagement de chars T-72 syriens dans la guerre civile syrienne. Il est si rare, en plus, que les Armées françaises disposent des capacités de projection adéquates simultanément : la voie maritime est possible, quoique lente (mais elle correspond potentiellement à la deuxième phase des opérations, la reconquête du Nord) mais aussi la voie aérienne (et le fameux assaut vertical) grâce aux appareils prêtés par les alliés (C-17, C-5 et An-124 : autant de gros porteurs conçus notamment pour transporter du char de combat).

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