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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 26 mars 2013

Atlantique 2 : plateforme C4ISR et cibles d'opportunité


© Ministère de la Défense.


Au cour de la dernière conférence de l'année scolaire (2012) de l'association Mer et Universités, le général Charaix (commandant en second des Forces Aériennes Stratégiques (F.A.S.) (il en est devenu le commandant depuis) est intervenu pour présenter les opérations aériennes de l'Armée de l'Air pendant l'opération Harmattan, ou, autrement dit, la guerre en Libye de l'année 2011.

S'il était question de ce qui a été réalisé par l'Armée de l'Air, la participation de l'Aviation navale n'était pas éloignée non plus. C'était peut être bien la première fois que le contrat opérationnel du Livre blanc sur la Défense nationale de 2008 était mis en oeuvre au combat. Tout du moins, c'était le cas en ce qui concerne la partie du contrat opérationnel qui lie les Armées au pouvoir civil à propos de la projection de puissance aérienne coercitive.

Ce contrat exige de l'Armée de l'Air et de l'Aéronavale -c'est un fait nouveau de comptabiliser la participation de la Marine nationale- de mettre en oeuvre : "La composante aérienne projetable [qui] reposera sur un parc unique d’avions de combat de type Rafale et Mirage 2000 – air et marine. L’objectif permanent est une capacité de projection de l’ordre de 70 avions de combat capables de tenir un rythme opérationnel élevé pendant une phase de coercition, puis un rythme soutenu pendant une phase de stabilisation".

Mais il y a toujours le grand oublié : l'avion de patrouille maritime Atlantic, puis Atlantique 2 ! Celui-ci a subi une évolution incrémentale, tant dans ses moyens techniques que dans sa mise en oeuvre opérationnelle par ses équipages. L'objectif étant d'en faire un acteur intégré dans la recherche et la destruction des bandes adverses. Cette utilisation de la puissance aérienne à travers cette plateforme en particulier arrive à ce que l'OTAN nomme le "time sensitive target" ou cible d'opportunité.

Cible d'opportunité

Contrairement aux opérations aériennes planifiées, la destruction de cible d'opportunité se fait en temps réel. En Libye, par exemple, cela s'est traduit :
  • soit par une rotation des avions de la coalition pour rester le plus longtemps possible sur zone, en appui des combats au sol. C'est pourquoi les ravitailleurs étaient si important pour aider à la projection des voilures fixes et à les faire durer sur zone ;
  • soit cette destruction pouvait aussi être demandée à des aéronefs pouvant être rapidement sur zone, comme les Rafale qui décollaient du porte-avions Charles de Gaulle et sur zone en moins de 30 minutes.

C'est de ce genre de constat qu'a été exprimé le besoin de drones, par ailleurs : dans cette optique, c'est une permanence aérienne qui est visée.

Théoriquement, les appareils attendent donc au sol, en mer ou en vol des objectifs désignés soient par les troupes au sol, par le centre de commandement.
Un chasseur des sables

Depuis l'opération Tacaud (1978), c'est un habitué des opérations sahariennes et sahéliennes. L'appareil, conçu pour donner la chasse aux sous-marins, a pu utiliser ses capacités (endurance, senseurs optroniques, liaisons tactiques et transmissions) de manière détournée pour donner la chasse aux bandes mobiles dans les étendues désertiques. Ses utilisateurs vont même jusqu'à comparer la lutte dans le désert contre des bandes légères à la chasse au sous-marin : les deux choses seraient très comparables si l'on considère les dispositifs mis en place dans les deux milieux.

Un porteur de bombes

Depuis 2008, l'Atlantique 2 est aussi capable de transporter des bombes guidées par laser dans sa soute ventrale et de les larguer. Des essais ont été réalisés et ont validé cet emport en lieu et place des munitions ASM ou aéronavales plus classiques (MK46, Mu90 et AM-39 Exocet). Les Armées sont discrètes, mais cette capacité aurait pu être utilisé sur un ou des théâtres d'opérations.

En fait, ce qu'il manque encore à cet avion de patrouille "maritime", c'est une capacité autonome de désignation de cibles par laser. Les bombes guidées par laser peuvent être larguées grâce à une désignation extérieure (que l'on imagine bien comme pouvant être l'oeuvre des forces spéciales, même si les Armées restent discrètes).

Il est presque étonnant que l'utilisation d'une nacelle de désignation laser, comme la nacelle Damoclès qui équipe Rafale et Mirage, n'ait pas été essayée à bord des Atlantique 2 (alors qu'il possède des pylones sous les ailes).

Un bénéficiaire de la délégation d'ouverture du feu

En Libye, l'Atlantique 2 s'est révélé, une fois encore, comme un outil des plus pertinents. Outre ses capacités "historiques", il a pu démontrer qu'il était pertinent dans les phases de "time sensitive target". C'est-à-dire que, grâce à ses moyens optroniques, l'appareil permettait à ses équipages de discriminer les cibles adverses -alors qu'elles se fondaient dans la population. En pleine opération, l'Atlantique pouvait donc repérer une cible, la désigner et l'indiquer à un effecteur.

Mieux encore, le général Charaix racontait comment les équipages d'Atlantique 2 avaient reçu la délégation de tir de la part de l'état-major otanien. En effet, ces appareils possèdent les moyens de repérer des cibles, de les visualiser et de pouvoir discriminer s'il s'agit de civils ou d'adversaires. C'était suffisant pour leur laisser l'ouverture du feu là où des chasseurs-bombardiers passent obligatoirement par un état-major qui analyse les images. La réactivité s'en trouve accrue.

Au moins pendant l'opération Harmattan, l'Atlantique 2 était devenu un désignateur de cibles d'opportunité, il faisait ce que l'OTAN nomme le "time sensitive target".

Bientôt un bombardier à part entière ?

Mais si l'Atlantique 2 pouvait, en plus de recevoir la délégation d'ouverture du feu dans un contexte compliqué pour identifier les cibles, être capable de délivrer ses propres munitions, alors la Marine nationale serait la seule armée en France à, encore, détenir des bombardiers.

En exagérant à peine, de tels Atlantique 2 ne serait alors que le seul système de drones MALE armés en service en France. Et comme ses confrères américains, ceux qui n'ont plus de pilote dans la cellule, il pourrait alors délivrer des munitions sur chaque cible qui se présenterait et qui serait validée depuis le bord de l'appareil.

La plateforme ISR (armé) qui manquait à l'Armée de Terre ?


De tout ce qui a pu être dit, ce n'est pas sans rappeler les débats qui avaient eu lieu en Angleterre pour choisir la plateforme aérienne ISR la plus adaptée aux combats terrestres : serait-ce un avion, un hélicoptère ? Nos amis anglais avaient opté pour la voilure fixe quand, en France, nous nous étions orienté vers la voilure tournante. C'était les programmes Orchidée et Horizon. Au même colloque que précité plus haut, le commandant de l'ALAT, en réponse à une question, avait dit que le Cougar Horizon aurait été un plus dans l'opération Harmattan.

Finalement, il faudrait, peut être, reconnaître que la plateforme ISR française du combat aéroterrestre est l'avion de patrouille maritime Atlantique 2. De la valeur de cet avion au combat, il se pourrait que l'on reconsidère significativement la nécessité de s'équiper en drones MALE.

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