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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





jeudi 17 octobre 2013

"EurOTAN - Visions européennes de la défense et de la sécurité en questions" par Alain Joxe

 
Les grandes conférences de la métropole sont l'expression de la politique culturelle du Grand Lyon et de la ville de Lyon (un acteur de trop ?) pour mettre en valeur les travaux de recherche qui ont lieu sur ce territoire. Alain JOXE est un sociologue qui est directeur d'études honoraire à l'EHESS et président du CIRPES (Centre Interdisciplinaire de Recherche sur la Paix et d'Etudes Stratégiques).


Ce qui va suivre n'est qu'une prise de notes par l'auteur de ce blog. Il est parfaitement entendu que si la moindre phrase déforme les propos du chercheur ou en méconnaît le sens, cela ne serait que par faute du transcripteur.

Introduction


Voici quelques propos liminaires avant d'entrer dans le vif du sujet de la conférence du jour.
Il est nécessaire de replacer la période actuelle dans le temps historique long. L'histoire de l'OTAN est longue. C'est une alliance nouée au lendemain de la seconde guerre mondiale contre le danger soviétique. Alliance militaire qui n'a jamais été redessinée alors que l'URSS n'est plus : elle a perdu son objet.

 

La question de cet objet se pose car l'Union européenne est sous l'emprise de deux choses :

  • une non-stratégie de défense,
  • une doctrine sécuritaire.

EurOTAN est une expression ironique car, d''une certaine façon l'Europe est entièrement liée à l'OTAN alors que l'OTAN est entièrement liée aux Etats-Unis. Mais est-ce que lien existe entre l'OTAN et l'UE ?
Théoriquement, il est nécessaire d'affirmer et de souligner que la capacité à entrer en guerre doit être récupérée par les européens s'ils veulent récupérer leur capacité à rester en paix.


Cet objectif ne pourra être atteint qu'en contournant le système financier transnational qui se moque de ces questions, comme de l'écologie par ailleurs. Les Etats-Unis sont plus maître de leur politique sociale que l'Afrique. L'Europe aussi mais elle ne la pense pas globalement mais à travers chaque Etat membre.

 

Autrefois la localisation du bien-être était un des soucis stratégiques des Etats. Les gouvernements ne disposent plus des capacités de prendre les décisions, ni toutes les capacités nécessaires pour mener des politiques sociales dans leur pays.

Il y a des transferts de compétences souveraines qui ont été faites au niveau de l'Europe. Compétence ne veut pas dire que l'on a fédéré toutes ces compétences dans un système démocratique. Mais qu'il y a eu la transformation d'éléments de souveraineté en compétences de la Commission.
La perte d'autonomie de l'Europe date de la Guerre froide. La France avait résisté à cette emprise amércaine : c'est la tradition gaullienne. De Gaulle s'est heurté à plusieurs refus des Etats-Unis de partager le leadership sur l'OTAN : refus du directoire de l'OTAN, d'autres projets. Après huit ans de refus, il prend la décision de quitter le commandement intégré de l'OTAN.

Puis, il y a eu un long processus de normalisation dans la relation de la France à l'OTAN. Les présidents Miterrand et Chirac ont fait les premiers pas. La réintégration de la France dans les structures intégrées était espérée sous la présidence de Jacques Chirac, elle est devenue effective sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Cette normalisation récente a été accepté par le gouvernement socialiste mais elle n'a jamais été sérieusement discutée.

 
Il faudrait nous faire la démonstration que les menaces qui pèsent sur l'Europe sont compensées par cette normalisation.Si nous faisions la liste des menaces qui pèsent sur l'Europe il nous apparaîtrait qu'elles sont peu nombreuses. Il y a des menaces dans le pourtour de l'Europe. Mais ce ne sont pas des menaces d'invasion.


Une des menaces principales vient du système financier transnationale. Il est capable de provoquer des chocs. Les attaques à la démocratie sociale mettent en cause l'indépendance nationale.

1973 est la période des coups d'Etat où l'on met fin au socialisme par élections et c'est aussi la période où l'on met fin à l'étalon or du dollar. C'est à partir de ce moment là que les fondations du capitalisme financier sont coulées. Le pouvoir américain est menacé par la prédominance des structures financières de nos jours.

 

Historique de l'impasse OTAN du côté français

Les doctrines de Défense nationale françaises s'expriment dans les livres blancs, mais aussi dans des tournants lors des déclarations. Ces tournants ont été multiples :

  • le livre blanc de 1972 est celui de la consécration de la dissuasion nucléaire.Son essence est gaullienne et tient compte de la sortie française des structures intégrées de l'OTAN.
  • Le livre blanc 1994 comportent plusieurs inflexions. En particulier, il intègre les dimensions européenne et nationale. La guerre de Yougoslavie est l'occasion de marquer une certaine autonomie dans l'intervention française. Cependant qu'il est difficile de se passer de la campagne aérienne de l'OTAN. C'est une phase assez nouvelle car ce qui menace l'Europe est l'évolution dramatique de l'Europe elle-même.
  • En 2006 c'est le discours de l'Ile Longue prononcé par le président Chirac, alors que l'Europe est en pleine offensive américaine pour la première version du bouclier anti-missile post-IDS (Iniative Defense Strategic). Le président Chirac affirme un usage de l'arme nucléaire dans des interventions contre des puissances qui voudraient nuire. C'était aussi l'occasion pour réaffirmer la persistence de la stratégie nucléaire française. On sortait de l'équilibre nucléaire bipolaire.
  • Le livre blanc 2008 apporte la confusion entre la Défense et la Sécurité nationale. Ce document vise à confier aux armées le maintien de l'ordre plutôt que la défense contre les attaques externes. Par exemple, il n'est pas question de la guerre cybernétique comme la nouvelle répartition des pouvoirs réels mais elle est bien étudiée sous l'angle sécuritaire. Cette époque là est marquée par la connivence qui existe entre les conseillers militaires et le conseiller sécuritaire, Bauer, de Nicolas Sarkozy. Ce dernier demeure un ami de l'actuel ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. Cette vision d'une défense policière dans les troubles sociaux, héritée de Sarkozy, n'a pas été révisée par la gauche au pouvoir.
Nous en sommes là actuellement en France.

Otanisation de l'Europe


Le tournant américain de la Révolution dans les Affaires Militaires (RAM -RMA in english) a sa propre cohérence : elle n'est que la conséquence de la révolution informatique dans les Armées. C'est elle qui s'impose à l'ensemble de l'Europe depuis Sarkozy. L'OTAN s'impose à l'Europe depuis sa modernisation par la révolution informatique appliquée aux arsenaux. Ce sont les évolution vers la précision qui prépare l'évolution vers la non-nucléarisation des conflits réels.

 

La QDR (Quadrennial Defense Review) est un document du Pentagone soumis au Congrès tous les quatre ans. Il y avait une modernisation, via la première QDR en 1998, projeté via le concept OTAN de 1999. Celui-ci affirmait un nouvel OTAN par élargissements et par des accords de partenariat qui s'ouvrait au monde entier. Il y avait aussi une pensée opérationnelle basée sur les effets, sans savoir avec quelle stratégie contre quel(s) adversaire(s). La modernisation capacitaire n'est pas dirigée par une nouvelle conception stratégique de l'action militaire mais par une exploitation systématique de la révolution informatique : précision de la visée, éloignement du champ de batailles des soldats.

 

Un deuxième concept est énoncé au sommet de Prague en 2002. L'attentat du 11 septembre 2001 vient remplir ce vide de la pensée stratégique. Il s'agit désormais d'avoir pour ennemi le terrorisme internationale qui peut naître un peu partout : Etats islamiques, diaspora. On ne peut que le contrer par des méthodes plus policières que militaires. Les Etats-Unis mettent en oeuvre des guerres sous prétexte du terrorisme : exemple de l'Irak, ce qui était faux.

 

La QDR de 2006 est entièrement élaborée par Rumsfeld et Bush, c'est la plus extrêmiste. En essayant de tuer tous les ennemis, vous arrivez au statut d'armée d'occupation où l'on provoque la riposte que l'on est censé contrôler. Il y a eu alors un retournement du militaire pour tenter de neutraliser cette QDR. C'est le manuel du général Petraeus qui est fondé sur la guerre des troupes françaises en Algérie. Petraeus considérait que ce qui était fait en Irak était absurde car l'ennemi n'était pas vaincu et les troupes d'occupation fabriquer des ennemis. Ce manuel est aussi l'éloge de Galula et de Trinquier. Mais c'est aussi l'éloge de la bataille d'Alger après la perte de la bataille de Bagdad. Enfin, c'est l'éloge tout de même de la connaissance relative des officiers français de la société algérienne, ce qui n'était pas le cas des américains en Irak. Il y avait une tentative de réforme de la pensée américaine qui devait se rapprocher d'une certaine pensée française. C'est à ce moment là que Sarkozy décide de rentrer dans la guerre d'Afghanistan. L'Armée française tire ses conclusions de ce conflit qu'elle ne fait pas la guerre à la manière américaine.

 

19 et 20 novembre 2010, c'est le sommet de Lisbonne. Il ne s'est presque rien passé. Il y a eu un nouveau concept. L'élargissement se poursuit. L'OTAN devient une espèce de chose qui pourrait jouer le rôle de l'ONU en Eurasie, quelque chose de ce genre. C'est l'idée mais elle n'est pas écrite.
Cette nouvelle organisation va chercher une réforme du système de commandement. Elle est annoncé par le document préparatoire de Lisbonne. Bien qu'il n'est pas accepté, il est intéressant de revenir sur le contenu de la proposition. En raison de l'informatisation des conflits, la temporalité des décisions s'en trouve modifiée. Pour s'adapter à cette évolution, il était proposé que les réactions à une attaque contre un ou des membres de l'OTAN soit préparées à l'avance. Les membres se seraient accordé sur des scénarios d'attaque surprise pour pouvoir riposter rapidement. C'est la mise en cause du traité de Washington où il faut des décisions unanimes des membres, il y a un droit de véto pour chaque membre. Mais cette recherche d'un accord sur les réactions à adopter en cas d'attaque permettait, quelque part, de supprimer le poids de l'intelligence de la situation sur le type de riposte. Cela n'a pas été accepté. C'était aussi une manière de transposer la temporalité de la spéculation financière avec actions pré-codées.

 
L'OTAN est restée la seule alliance américaine (après les disparitions de l'OTASE et du CenTO). Les américains ont conservé des hauts commandements qui correspondent aux alliances mais qui ont disparu (CENTCOM, SOUTHCOM, EUCOM, NORTHCOM, AFRICOM (plus récent toutefois) et le PACOM). En afghanistan c'était l'EUCOM, le CENTCOM et le PACOM qui pouvaient intervenir ponctuellement et se concentrer avec l'OTAN. De cette manière, c'était une tentative de mettre l'OTAN sous ce commandement militaire par le contournement du vote des membres de l'OTAN sur les ripostes à adopter en cas d'attaque.

Remettre en marche l'autonomie stratégique de l'Europe complètement disparue


Pourquoi dire que c'est un système, l'OTAN, qui empêche l'Europe d'être autonome ? Ce système lui donne la légitimité d'intervenir dans le bassin Méditerranée et en Asie centrale. La question qui est posée dans cet ensemble n'est plus celle d'une guerre internationale, mais de la manière d'aborder les troubles sociaux et inter-communautaires.

 

Une intervention devait aboutir à une situation de calme où l'on pourrait exploiter les matières premières. De ce que nous pouvons observer des dernières interventions, même le désordre absolu peut permettre d'exploiter les matières premières. Il est possible d'établir des guerres permanentes, semi-permanentes en Afrique. Cela fait partie des dangers d'une culture politico-militaire qui est policière. Elle ne vise plus l'établissement de la paix comme phase succédant à la guerre mais le maintien de l'ordre. Et les arsenaux sont constitués pour cette optique policière.

 

Aristote nous expliquait à son époque ce qu'était la chrémastistique : faire des profits avec de la manipulation monétaire. Tout ce que nous observons aujourd'hui pourrait être éclairé par des débats entre Solon, Aristote et Alexandre le Grand. Comment récupérer l'autonomie stratégique dans la crémascritique ?

 

Alain JOXE souhaite citer une des dernières interview du général Poirier. Il s'agit de celle qui est parue dans Le Monde du 27 mai 2006. Poirier donnait encore de bons éléments de réflexion à relever pour le sociologue.

 

Enfin, le chercheur propose de s'intéresser à un kriegspiel organisé par l'AED (Agence Européenne de Défense, organisme qui dépend du Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité) en 2013. Il s'organisait autour de quatre thèmes :

  • invasion,
  • trouble de voisinage,
  • troubles sociaux,
  • autre scénario de guerre civile.

En principe les guerres civiles soulève la question de ce qu'est une politique de sécurité. C'est un problème réel car il va falloir bientôt que l'Europe se donne une doctrine pour les troubles sociaux car il va y en avoir et cela a commencé déjà. Ce qui nous amène à la question fondamentale suivante : comment peut-on arriver à transformer l'Europe en une démocratie capable de traiter les problèmes sociaux autrement que par une réponse militaire ?

 

La conférence s'est achevée par un mot de conclusion de Jean-Paul JOUBERT, professeur de Science politique et directeur du CLESID (Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense). Il constate que l'Union européenne, via l'AED, se prépare à des troubles sociaux et/ou une guerre civile. D'autre part, il relève que les Etats-Unis sont la première hégémonie dans l'Histoire à ne pas pouvoir devenir un empire car ils ne le veulent pas et qui plus est, les autres pays s'y opposeraient. Néanmoins, serions-nous les spectateurs de l'effondrement prochain des Etats-Unis ? Si la scène internationale devait combler le vide laissé par les Etats-Unis, la solution serait-elle un concert des nations mondiales ? Les actuels dirigeants des plus grands pays du monde semblent être des aveugles. La démocratie a frappé à la porte de l'URSS, elle a frappé à la porte du Moyen-Orient depuis les Printemps arabes et elle frappera en Chine. Les dirigeants européens préparent la guerre civile mais ils ne la gagneront pas.

 
 
 
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