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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 23 décembre 2014

Dissuasion nucléaire : priorité à la triade étendue ?

© Inconnu.



Au regard de la teneur des débats et des décisions prises dans les Etats possédant l'arme nucléaire (légalement au regard du TNP ou non), il ya quelques petites choses à remarquer. Il semble y avoir une convergence dans les capacités développées, tout du moins, pour les grandes orientations. Et cela pourrait plutôt nous rapprocher du temps de l'apparition de l'arme atomique plutôt que celui des premiers traités de limitation des armements puis de désarmement.


La gestion des parcs de têtes nucléaires est assez synonyme de modération et d'équilibrage. Les deux grands dans ce domaine, Russie et Etats-Unis, semblent vouloir continuer à diminuer leur stock de têtes nucléaires, bien que le dossier soit très sensible en ce qui concerne les armes nucléaires tactiques. La France souhaite que l'OTAN demeure une alliance nucléaire avec la présence d'armes nucléaires américaines en Europe pour ne pas avoir à affronter la volonté allemande d'égalité avec Paris. De l'autre côté, quelque soit les analyses produites sur la situation en Ukraine, cela ne va inciter ni les pays d'Europe de l'Est, ni la Russie à considérer favorablement un règlement sur la diminution ou le tretrait de ces armes.

Dans le cas de la Chine, de l'Inde, du Pakistan et de la Corée du Nord (en allant dans le sens de Philippe Wodka-Gallien, oui, cet Etat est une puissance nucléaire), la transparence n'est pas la règle. La Chine est fortement suspectée de continuer à augmenter le volume de ses têtes nucléaires. Le Pakistan l'est aussi. Pourquoi pas l'Inde ? Si les informations allaient dans une confirmation d'une augmentation des stocks de têtes nucléaires en Chine et au Pakistan, l'Inde aurait peut être intérêt à maintenir son rang.

La récente décision annoncée par Moscou d'une remise en service de trains nucléaires (porteur d'ICBM faut-il comprendre) illustre assez bien ce qui semble être une orientation générale. Certains avancent qu'il s'agit surtout là d'une mesure d'affichage. Ce qui demeure une diversification au sein de l'un des pôles de la triade. La Chine, si elle n'utilise pas de train, procède aussi d'une certaine diversification de ses vecteurs. Les Etats-Unis n'ont pas décidé d'abandonner leur composante sol-sol par missiles Minuteman. 

Postulons que ce n'est qu'un exemple, même symbolique, d'une orientation plus large et profonde. Les appareils de dissuasion nucléaire s'étaient structurés autour d'une triade après la rechercheur des porteurs idéaux de la bombe au début du conflit Est-Ouest. En dehors de l'Angleterre et de la France, la chute du mur de Berlin et ses conséquences ne remettent nullement en cause cette triade chez les deux grands. La Chine maintient ses efforts, notamment en direction des SNLE pour mettre en place cette triade. Les puissances nucléaires non-officielles diversifient également les vecteurs. L'Inde constitue actuellement sa force de dissuasion océanique, le Pakistan et Israël sont fortement suspectés de tenter la constitution d'une force côtière à partir de sous-marins classiques.

La triade serait donc toujours d'actualité. La Russie et les Etats-Unis mainteniennet leur capacité de seconde frappe par une dissuasion océanique. Le programme SSBN(X) de l'US Navy a un objectif affiché de 12 unités (contre 18 Ohio puis seulement 14 en service). La classe Boreï de la VMF viserait entre 8 et 10 unités. Dans les deux, cela constraste fortemment avec les grandes séries de SNLE qui avaient été mises en service durant le conflit Est-Ouest.

Autre remarque, ces deux nouvelles classes portent une double logique plutôt paradoxale. Outre que le nombre d'unités projeté est modéré, le nombre de tubes l'est tout autant : 16. Les Akula russes portaient 20 missiles contre 24 pour les Ohio. L'autre fait notable est que le tonnage continue sa progression. Les SSBN(X) et Boreï mesurent respectivement 171 et 170 mètres. Les Boreï déplaceraient 24 000 tonnes en plongée et les SSBN(X) 21 000 tonnes. Nous étions à 12 000 tonnes pour un Delta IV (16 tubes) et près de 19 000 tonnes pour Un Ohio (24 tubes).

La Chine et l'Inde qui tentent de mettre en place une telle dissuasion océanique ne sont pas encore dans cette évolution. Les Jin (11 000 tonnes) et les Ahirant (9000 tonnes) sont plus proche du tonnage des SNLE des années 70 que de ceux d'aujourd'hui, ce qui illustre le décalage entre les différentes dissuasions océaniques.

Ensuite, il y a lieu de s'interroger sur la place que prendront les SNA dans les stratégies de dissuasion. Aux Etats-Unis, en Angleterre, en France et en Russie, il est notable que ces navires sont eux aussi dans une surenchère de tonnage. Un Virgnia ou un Astute déplace 8000 tonnes en plongée. Un Iassen déplacerait près de 12 000 tonnes. Si le Suffren déplacera "que" 5400 tonnes, c'est à comparer aux 2600 des Rubis. Dans tous ces cas, les SNA emportent une grande variété d'armes : torpilles, missiles de croisière, missiles anti-navire à (très) longue portée.

Il y a lieu de s'interroger sur une éventuelle (ré)introduction d'armes nucléaires sur certains missiles. Cela pourrait offrir un complément aux dissuasions océaniques qui auront moins de plateforme. Cela pourraient aussi offrir une belle plateforme pour contourner les défenses anti-missiles balistiques et les défenses aériennes qui peinent encore aujorud'hui à traiter la menace des missiles de croisière.

Israël et le Pakistan seraient d'ores et déjà dans cette voie.

Les composantes aéroportées ne sont pas oubliées : elle demeure en France, aux Etats-Unis, en Russie et en Chine. L'Inde développerait un missile de croisière emporté par chasseur-bombardier pour constituer une composante aéroportée. Le Pakistan posséderait lui aussi des armes nucléaires tactiques tirées depuis chasseur. 

Ces quelques considérations jetées de manière si grossières permettent de constater que la triade est une valeur sûre des dissuasions nucléaires, encore au XXIe. Les choix français et anglais de ne reposer que sur deux composantes ou une seule dans le cas de Londres apparaît en décalage totale avec la stratégie des moyens des autres puissances. Paris et Londres ont ainsi désarmé unilatéralement sans que cela puisse contribuer à un désarmement généralisé ou tout du moins une réduction. Echec car toutes les puissances nucléaires actuelles n'abandonnent aucune composante. Le nombre de têtes nucléaires, s'il semble continuer à progresser pour certains arsenaux, diminuent pour d'autres. Ce qui illustre que le plus important est de contourner les dispositifs adverses et d'adapter la riposte ou la frappe à chaque adversaire. Le parc de têtes nucléaires est-il une variable d'ajustement : vaut-il mieux plus de composantes que plus de têtes ?

Autant de considérations qui invite à appréhender de nouveaux les choix des différents acteurs. D'observer les ambitions DAMB de Washington et de missiles hypersoniques au regard de ce tableau. Et de questionner les fondements de la dissuasion (notamment la capacité de seconde frappe) et le dimensionnement des plateformes, le choix des vecteurs.

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