Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





samedi 30 mai 2015

Troisième échec du Grand programme de vaisseaux

© Marine nationale. Tir de Masurca sur la frégate Duquesne.
La décision ministérielle d'arrêter la classe Aquitaine à hauteur de huit unités pour la Marine nationale pour deux construites pour deux marines étrangères (Maroc et Égypte) ne nous lassera pas de la commenter.  D'autant plus que la cohérence industrielle et navale - stratégique donc - de la décision ne paraît pas des plus évidentes depuis la non-commande des frégates 3 et 4 du programme Horizon.

Les IIIe (1870 – 1940) et IV (1946-1958) républiques connurent des classes prolixes de torpilleurs, contre-torpilleurs, escorteurs (d'escadre, rapides, etc.) et de croiseurs. Après cette phase de restauration navale, suite au deuxième conflit mondial, la Marine devait se construire à l'âge atomique. Depuis l'avènement de la Ve République (1958), c'est une réussite complète en ce qui concerne la sous-marinade. 

Le choix de lancer une flotte de surface hauturière tant dédiée à la maîtrise aéronavale et à la lutte anti-sous-marine peut-être considérée comme un succès. Cependant, elle n'est, dans le cas des escorteurs des groupes navals, qu'une addition de classes réalisées partiellement. Nous vous proposons un rapide tour d'horizon des  trois échecs les plus structurants.

La Flotte de la IVe République


La Marine nationale sort de la dernière guerre mondiale avec près de 350 000 tonnes contre presque 800 000 avant le début de celle-ci. Et encore, la moitié de ce tonnage est constituée de navires prêtés par les Alliés ou de butins de guerre. 

Entre la Reconstruction et la restauration navale, les restes de la Flotte de 1939 et les prises de guerre quittent peu à peu le service. Une partie de ce qui leur restait de potentiel a été grandement consommé dans la première guerre d'Indochine (1946 - 1954). Surgit alors la Flotte de la IVe République : les bateaux hérités de la IIIe  sont remplacés par du matériel neuf, navires lancés notamment grâce au soutien financier américain (les commandes offshore). Ce sont les avisos, escorteurs, escorteurs côtiers, rapides et d'escadre. 

Classes Suffren et Tourville

L'amiral Raoul Castex proposait dans ses Théories stratégiques (Tome III) l'étude des servitudes stratégiques. Parmi celles-ci une marine affronte nécessairement la servitude technologique. Entre la fin du deuxième conflit mondial et la restauration navale, les technologies émergentes bouleversent la stratégie des moyens en son versant naval. C'est la question de la prolifération de l'arme atomique, son utilisation comme moyen de propulsion navale, les engins (missiles) et l'évolution continue du tonnage des types de navires à la hausse. 

Pour succéder à ces escorteurs, il est décidé de lancer de grandes frégates. C'est le programme des frégates lance-engins et de leur dérivé à vocation anti-sous-marine que sont les F67. Ce premier programme que de grands vaisseaux ambitionne de remplacer toute ou partie des escorteurs par six frégates lance-engins et dix-huit frégates anti-sous-marine F67. 

La première classe est arrêtée par le nécessaire achat de 42 intercepteurs F-8 Crusader aux États-Unis pour armer le groupe aéronaval centré sur les porte-avions Clemenceau et Foch. De plus, le lourd armement de ces frégates n'a pas plaidé pour la continuité de la série. Le système anti-aérien Masurca, de conception et fabrication nationale, est réputé bien plus coûteux que son pendant américain, le SM-1 Tartar. La présence du Malafon n'arrangeait rien pour un navire spécialisé dans la lutte anti-aérienne. Tout comme la présence de deux tourelles de 100 mm sur la plage avant. En outre, la propulsion des bateaux est considérée elle aussi comme trop coûteuse et devenue peu moderne. La configuration générale du navire est considérée comme trop dispendieuse. 

La corvette C65 est frappée d'une tare rédhibitoire : aucune possibilité d'emporter un hélicoptère. Ce qui n'est plus admissible depuis les essais de voilures tournantes dans la Marine canadienne (1958) et leurs impacts sur l'évolution de la lutte ASM. Après l'échec de la corvette C65 Aconit, l'escorteur ASM est repensé pour aboutir à la classe Tourville. Elle reprend les équipements de leur devancière mais avec les ambitions des frégates lance-engins. Les mêmes raisons qui ont emporté les FLE stoppent cette classe à la troisième unité. Qui plus est, C65 comme F67 sont frappées d'une tare rédhibitoire : aucune possibilité d'emporter un hélicoptère. Ce qui n'est plus admissible depuis les essais de voilures tournantes dans la Marine canadienne (1958) et leurs impacts sur l'évolution de la lutte ASM.

Les deux Suffren et les trois Tourville sont alors renforcés par des escorteurs d'escadre modernisés (embarquement de systèmes Tartar vendus par les États-Unis sur les uns, de systèmes ASM modernes sur les autres) et le croiseur Colbert refondu lance-missiles.

Classe Georges Leygues (C70 à F70)

La Marine nationale recherche toujours des escorteurs océaniques pour accompagner ses groupes navals ou répondre aux menaces aérienne et sous-marine en constante évolution. Ces dernières dépassent de loin ce dont elles étaient capables lors du deuxième conflit mondial. À côté des frégates modernes, des escorteurs refondus, le reste de la flotte de surface ne peut plus suivre. 

C'est pourquoi la classe Georges Leygues est lancée. Par rapport aux classes Suffren et Tourville, les caractéristiques sont revues à la baisse. L'embarquement permanent d'un hélicoptère dédié à la lutte ASM est prévu. 12 navires sont prévus pour prendre la succession des derniers escorteurs d'escadre non-refondus. 

Les escorteurs d'escadre refondus Tartar arrivent en bout de course. Leur remplacement devient nécessaire, le format ne pouvant être tenu avec les seules frégates lance-engins et le croiseur Colbert (toutes ces unités disposant du système de lutte anti-aérienne Masurca). Pour ne pas développer une énième coque de frégates, le remplacement de ces navires se greffe sur le développement de la classe Georges Leygues via une version dédiée à la lutte anti-aérienne. Ce sera la classe Cassard. 6 navires sont alors prévus. 

Le nombre de frégates chute peu à peu au fur et à mesure des difficultés budgétaires conjoncturelles. Seules sept Georges Leygues sont lancés et seulement deux Cassard, soit seulement 9 sur les 18 initialement prévus. 

Classes Forbin et Aquitaine 

À l'orée des années 2000, la Royale doit prendre les nécessaires décisions pour remplacer les classes précédemment citées. La Flotte de la IVe République disparaît peu à peu, comme les escorteurs, supplantés par les avisos. 

Pour répondre aux objectifs de Marine 2015, la Marine demande 26 frégates. Le CA Olivier Lajous (p. 10 dans Renaissance navale de Michel Perchoc) narrait l'articulation des différents besoins (1997) : quatre frégates F11 spécialisées dans la lutte anti-aérienne, huit frégates F12 spécialisées dans la lutte anti-sous-marine et quatorze frégates F2 spécialisées dans la gestion de crise. Les synergies attendues dans le rapprochement des trois variantes proposées (partie flotteur, énergie/propulsion, équipements modulaires ou standardisés) invitent à fusionner le tout dans un seule programme : les FMM (Frégate Multi-Missions) sont nées.

Deux classes se dessinent alors pour constituer la flotte de surface du XXIe siècle. La première est la classe Forbin tirée du programme Horizon, seule concrétisation de la frégate otanienne. Elle devient de facto la manifestation de la frégate F11 tel que définie en 1997. Le programme Horizon est mené en premier lieu avec le Royaume-Uni et l'Italie, puis avec l'Italie seule. Si Londres se maintient dans le programme PAAMS qui est la raison d'être de ces frégates de défense aérienne, l'Angleterre abandonne la partie flotteur aux deux nations restantes. Rome et Paris voulaient construire 4 unités quand Londres ambitionnait d'en construire 12. Finalement, Londres réduit à 6, Rome et Paris à deux navires. Dans le cas français, la classe Cassard doit être remplacée par un navire de défense aérienne tiré de la classe FREMM, bien que la pertinence financière et opérationnelle de ce choix de 2007 soit dès son annonce remis en cause. 

La seconde est la classe Aquitaine. Elle est issue du rapprochement du programme FMM avec l'Italie, qui donnera le programme FREMM. Il ambitionnait remplacer les frégates des classes Tourville et Georges Leygues par une version ASM. Mais aussi 9 des 17 avisos A69 dans une version Action Vers la Terre (AVT). Il s'agit aussi d'une suite logique de la classe La Fayette, prévue pour 12 unités mais seulement 5 construites. 

La réduction du programme FREMM de 19 à 8 unités réduira à néant les économies d'échelle espérées d'une construction en série. Celles-ci étaient calculées sur les avancées industrielles obtenues dans le programme La Fayette. La non-commande des Horizon 3 et 4 est remplacée par 2 FREDA pour un coût qui a peu de chance d'être moindre en raison de frais d'études supplémentaires. Finalement, seules 2 Forbin, 6 Aquitane et 2 FREDA seront construites, accompagnées des 5 La Fayette.

La Frégate de Taille Intermédiaire, et après ? 

Au regard de cette très rapide histoire de ces grands programmes, narrait avec une quantité de raccourcis et trop peu de précisions, il apparaît bien difficile en France de rééditer la grande standardisation de la Flotte de l'entre-deux-guerre ou des grandes flottes de la marine à voile. L'intérêt d'atteindre ces canons est que la standardisation des bateaux entraîne celle de tout l'outil naval, ce qui permet les économies d'échelles et une plus grande durabilité de l'outil, à un coût moindre. 

Notons que si les programmes de frégates sont aussi difficiles à mener que ceux des cuirassés depuis le conflit né avec la Jeune école, ils se réalisent néanmoins autour des besoins minimums définis par la Marine. 

Aussi, la constitution des flottilles légères, armées par des avisos ou des escorteurs, causent bien moins de difficultés paradoxalement. Si cuirassés, croiseurs et frégates peinent à rencontrer une exécution complète ou quasi complète des quantités prévues car jugées nécessaires, les torpilleurs, contre-torpilleurs et avisos jouissent de grandes séries. 

Ce qui peut inviter à s'inspirer de la constitution de flottilles légères et de la difficulté à construire de grands séries de vaisseaux. Faut-il réduire les ambitions à plus de classes de vaisseaux, paradoxalement ? Aurait-il été plus simple de réaliser le plan naval défini en 1997 pour la flotte de surface avec trois classes distinctes, "non-fusionnables", plutôt qu'espérer une grande classe de frégates, bien que source de productivités d'échelle pour l'outil naval ? 

Reste aussi à juger de la pertinence de marier la construction de navires militaires avec des partenaires européens. Des coopérations sur des systèmes d'armes semblent être des sources de réussite. Par contre, la quasi impossibilité à partager l'industrialisation de navires de guerre milite pour ne plus tenter cette expérience.


5 commentaires:

  1. Un constat qui reste également terrible pour notre marine au regard de ces 2 dernières LPM ; c'est justement la volonté d'échapper au cycle de ces programmes avortés de frégates de 1er rang en sacrifiant notamment le PA-2 (d'abord repoussé avant d'être finalement lui-même abandonné)...

    Nous voyons aujourd'hui des abandons qui auront finalement servi à justifier d'autres abandons...

    RépondreSupprimer
  2. On peut assimiler la diminution du nombre de FREMM, désormais confirmée par un ministre de la défense qui avait certifié il y a quelques mois que le programme serait mené à son terme avec 11 unité, à une très mauvaise vision politique de l'importance de la Marine du 21ème siècle. Monsieur Le Drian a fait ce qu'il a pu pour sauver "les meubles" mais on peut aussi constater un désintérêt profond des hommes politiques de la 5ème république, pour la mer. Dès les années 1970,le format de la flotte à été réduit tant dans ses bâtiments que dans ses équipages. les budgets alloués au renouvellement des navires n'ont jamais été respectés. Les délais de construction du PAN Charles de GAULLE, donnent une idée de l'irresponsabilité politique de nos gouvernants successifs. J'ajoute d'ailleurs que laisser la Marine assumer ses importantes missions au sein de notre outil de défense, avec un seul porte-avions, est d'une incohérence majeure.
    Le programme inachevé des FREMM est regrettable car il privera notre Marine , d'une flotte bien adaptée aux importantes tâches qu'il faudra assumer. La mandature présidentielle précédente a commencer le démantèlement de nos forces armées dont la Marine, cette mandature poursuit sur le même chemin avec toujours des objectifs d'économies ridicules. Nous sommes sur le chemin du déclin comme toutes les marines occidentales, face au développement considérables des marines asiatiques et surtout de celle de la Chine. Les arguments gouvernementaux voulant préciser que la puissance sophistiquée des armements actuels compensent largement la diminution des passerelles est d'une affligeante bêtise . Il convient de noter que nous ne connaissons pas encore le détail des caractéristiques des futures FTI et de l'armement qui sera embarqué. Comme d'habitude il ne faut pas s'attendre à ce que le nombre de 5 unités avancé soit respecté ; on continuera à faire "petits bras" . je suis pour ma part, complètement désabusé devant cette situation irresponsable car il faut ajouter le vieillissement de notre flotte des trois pétroliers ravitailleurs (la Meuse ne fait plus partie du format de soutien) et le retard apporté dans le lancement du programme de patrouilleurs hauturiers. On continue à bricoler avec la prochaine sortie des 4 bâtiments destinés au remplacement des BATRAL, les dits-navires n'ont aucune capacité amphibie ce qui est regrettable. Bref, mis à part le lancement réussi du missile de croisière sur l'Aquitaine, il n'y a pas grand chose de réjouissant dans le futur de notre belle marine qui comme l'a déclaré un chef d'état-major, travaiulle en "flux tendu". Il ne reste plus qu'à installée dans l'hôtel de la Marine, les champions de la cuisine française pour vanter leurs produits et la boucle sera bouclée. Quelle tristesse !.

    RépondreSupprimer
  3. les F67 ont embarqué à minima un hélicoptère, car elles ont été équipés d'un hangar avia........

    RépondreSupprimer
  4. Bonjour, je ne sais pas d'où vous tenez vos chiffres mais ils sont partiellement faux.
    Ainsi pour les La Fayette c'était 6 de prévu au départ (j'ai fait l'armement du Courbet, je sais donc de quoi je parle).

    Par ailleurs, les FLM ne sont pas des F67 et ces dernières ont embarquées des hélicoptères, elles ont été prévues dès le départ pour les embarquer.
    FLM et F 67 n'avaient pas les mêmes coques et pas les mêmes machines.
    Cordialement

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour,

      Merci pour votre vigilance, j'ai effectivement étendu par erreur les caractéristiques de la C65 aux F67. C'est corrigé.

      Par contre, après relecture, je ne dis pas que les FLM sont des F67. Ni l'inverse.

      Les chiffres que je cite à propos de la classe La Fayette, dont 12 exemplaires étaient prévus, sont tirés du livre "Les frégates furtives La Fayette" dont, au moins, l'officier de programme de la classe est l'auteur.

      http://www.amazon.fr/Les-fr%C3%A9gates-furtives-La-Fayette/dp/2907341499

      Cordialement,

      Supprimer