Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





samedi 10 octobre 2015

Stratégie maritime et combat cyber-électronique

© Inconnu.

Aymeric Bonnemaison et Stéphane Dossé (Attention : Cyber ! Vers le combat cyber-électronique, Economica, 2014) soutiennent la fusion-absorption des sphères électronique et cyber. C'est-à-dire qu'il faudrait entendre cette dernière comme « l'espace des systèmes informatiques de toute sorte connectés en réseaux et permettant la communication technique et sociale d'informations par des utilisateurs individuels ou collectifs. » (Olivier Kempf, Introduction à la cyberstratégie, 2012, p. 14). Définition à laquelle il faudrait préciser que le moyen d'échanges des données serait tout le spectre électromagnétique. Les procédés opérationnels auraient alors tendance à se recouper. D'autres auteurs, dont Olivier Kempf, ne remettent pas en cause une partie sécante aux deux sphères mais doutent de cette fusion-absorption.

En matière navale, et en reprenant la thèse des auteurs d'Attention : Cyber !, le cyberespace correspondrait, en tout premier lieu à la réticulation des forces. L'introduction des moyens de communication optique est, dans la stratégie navale classique, l'incarnation même de la tactique navale : commander une force suffisant étendue pour que la voix ne porte pas et sans possibilité de transmettre autrement les ordres (voir à ce sujet sur l'importance des signaux, par exemple : Un maître de la tactique navale au XVIIIe siècle - Le chevalier du Pavillon (1730-1782)" de Thomas du Cheyron du Pavillon, Guénégaud, 2010).

L'introduction de moyens suffisamment fiables pour communiquer entre navires est une rupture aussi franche que l'introduction de la propulsion à vapeur. La deuxième permet d'échanger la servitude du vent pour celle du charbon puis de pétrole avant que, rappelons-le, le nucléaire laisse entrevoir une suppression totale d'une des servitudes pesant sur le calcul géostratégique en mer. Les moyens de télécommunication ne nécessitent plus des marins au long court pour échanger les signaux (à l'instar du seapower britannique s'appuyant sur ses gabiers nombreux et bien formés), mais des "ouvriers" et techniciens pour opérer un spot, une TSF, une radio, etc.
 

Dès lors, nous aurions une évolution aussi puissante dans l'art de la guerre navale que la possibilité de recourir au principe divisionnaire à Terre.

La réticulation des forces navales découle directement de la capacité à utiliser tout ou partie du spectre des ondes, de la lumière aux ondes électromagnétiques. Et c'est peut-être l'un des fondements de la stratégie navale "moderne", combiné avec l'abandon de la servitude du vent, qui permet de quadriller l'Océan avec des forces navales et d'opérer des concentrations ponctuelles.


Selon du point de vue duquel nous nous plaçons, l'interaction entre les sphères maritimes et cyber débutent soit avec l'échange d'informations par signaux optiques, soit par signaux électroniques. 

La guerre électronique correspondrait aux procédés pour brouiller la communication entre les forces navales, tant optiques qu'électromagnétiques. La coupe de l'America aurait été le siège de la première action de brouillage à la mer avant que cela soit expérimenté au cours d'un exercice naval en Méditerranée. Et surtout, la guerre russo-japonaise (8 février 1904 - 5 septembre 1905) voit une intense guerre électromagnétique pour brouiller (au marin russe inconnu mais ingénieux) les communications ou encore guider les tirs de l'artillerie navale japonaise. L'écoute des ondes permettaient aussi de détecter les navires utilisant leur TSF. Ce procédé est bien illustré aux batailles navales de Coronel et des Falkland en fin d'année 1914. 

Puis vient le RADAR qui augmente la vue des vigies sans la faire disparaître. Nous assistons à un intéressant chassé-croisé qui dure encore. Il y a, d'une part, la nécessité de tromper la vue optique et, d'autre part, celle de tromper la vue radar. L'Amiral Darrieus demandait à épurer la silhouette des navires de ligne afin qu'ils offrent moins de prise à la vue des adversaires. Aujourd'hui, nous épurons par calculs très haute performance la silhouette des bateaux pour qu'ils n'accrochent pas les radars. Mais s'ajoute à tout cela la vue des senseurs optroniques donnant également dans l'infrarouge.

Reste l'essentiel : voir sans être vu, et, en Mer tout du moins, cela correspond à tout le spectre des ondes. Une force navale déploie un ensemble des capteurs (en réseaux) sous, sur et au-dessus de la mer pour couvrir une grande zone et tenter de voir avant d'être vue - ou entendue. L'utilisation des lasers et la mise en réseau des sonars ("sonar multistatique") va reproduire les schémas éprouvés pour la défense aérienne.

L'objectif reste et demeure, bien que dans un environnement de plus en plus automatisé et robotisé, de tromper la vigilance (humaine). La furtivité et/ou la discrétion absolue ne peut cacher, comme le remarquait un amiral américain, un chalutier marchant à trente nœuds, par exemple, ou une mouette évoluant à 800 nœuds. 


Quid alors de l'interaction entre les conflictualités maritime et cyber ? L'occupation des espaces maritimes et littoraux n'est pas toujours exploré. Martin Motte offre un très bel article (Entre terre et mer - L'occupation militaire des espaces maritimes et littoraux en Europe de l'époque moderne à nos jours, Economica, 2014) sur le sujet. Ce travail collectif nous montre comment cet interface qu'est la bande littorale peut-être le siège d'une rivalité entre puissance (au sens de la définition de Raymond Aron). 

Les Marines semblent explorer, classiquement, toutes les manières de vaincre une force navale adverse. Toute la partie occupation des espaces maritimes et littoraux et de l'effet de cette action à destination du tiers semble abandonner. L'utilisation de la puissance navale ne sert qu'à influencer la décision à terre - objectif ultime de la stratégie (cf. Beaufre, etc). Par exemple, face à la Somalie, il n'est question que de traiter la menace de la piraterie, hors, le volet de l'occupation de cet espace semble assez mince sur le plan politique. 

Il est question de marétique, de cyberdéfense navale, etc. Ce ne sont que les aspects défensifs qui sont explorés. Mais agir sur les AIS ou les signaux GPS, par exemple, c'est autant dans l'optique de protéger une flotte de pêche que de s'en approcher discrètement pour la contrôler. Il manque tous les aspects offensifs (voir la définition du blocus offensif par Julian S. Corbett). La conflictualité navale est économique alors l'utilisation du fait cyber, depuis la mer, ne peut ignorer ces aspects économiques. Sauf que la troisième couche du cyberespace - sémantique, culturelle ou informationnelle - permet d'influencer directement deux sommets de la trinité clausewitzienne : le gouvernement et le peuple. Ce qui n'était pas envisageable avec un simple blocus maritime, à moins d'occuper durablement la bande littorale.

1 commentaire:

  1. Créé une base flottante comme une plateforme pétrolière, avec une piste oblique et compagnie. avec l'allonge qu'ont les drones MALE ça ferait une bonne base pour la surveillance du canal du Mozambique.

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