Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





lundi 7 novembre 2016

PA2 : un réacteur nucléaire franco-indien ?

© Jacques Marquet & Matthieu Genouel - Forces Armées Françaises 2030. Porte-Avions Nucléaire type PAN-2.


La configuration aéronavale indienne se précise de plus en plus au fur et à mesure que les années passent. L'INS Vishal (2025 à 2035 - ...) s'affirme comme un futur porte-avions CATOBAR à propulsion nucléaire qui pourrait avoir quelques incidences sur le projet de deuxième porte-avions français, et notamment dans le choix de la propulsion.

La France et l'Inde signait un partenariat stratégique en 1998 suivi par un accord de défense globale en 2006. Les deux nations riveraines de l'Océan Indien connaissent une coopération navale fort riche qui débutait, au moins, en 1989 autour d'un projet de porte-aéronefs ADAV(Aéronef à Décollage et Atterrissage Verticaux) /STOVL (Short Take Off Vertical Landing). Depuis, l'exercice bilatéral Varuna connaissait sa quatorzième édition en 2014 tandis que la mission Agapanthe comptabilise, au moins, six éditions avec participation du porte-avions Charles de Gaulle (2001 - 2041).

L'Indian Navy retiendrait l'option de la propulsion nucléaire pour son IAC (Indigenous Aircraft Carrier) n°2 dont le nom de baptême proposé est INS Vishal. "But advanced technologies also mean delay. Naval planners, talking anonymously to Business Standard, say INS Vishal will not enter service before 2030, and might take as long as 2035 to join the fleet as India’s third operational carrier." 
 
Qui plus est, les EMALS pourraient être également du lot eu égard à l'accord aéronaval américano-indien mais aussi au fait que la construction de catapultes à vapeur est abandonnée aux États-Unis et ne semble pas faire l'objet d'une réflexion quant à un programme national en Inde."As Business Standard first reported (July 17, 2015, “India specifies 65,000-tonne aircraft carrier, with catapult”) the navy last year specified INS Vishal’s approximate weight while seeking consultancy assistance from global shipbuilders in designing the carrier. But that request was silent on several key questions --- including nuclear propulsion and EMALS [Electromagnetic Aircraft Launch System]. Nor was there a completion date."

Ce navire de 65 000 rencontre le spectre des choix français quant à un futur bateau qui, dans toutes les hypothèses actuelles, dépasse les 50 000 tonnes quelque soit le mode de propulsion puisque aucun choix n'est arrêté en la matière depuis l'abandon du CVF-FR.

Le PA2 ne sera pas un sistership du Charles de Gaulle, même dans une version revue, corrigée et mise à jour. Le professeur Coutau-Bégarie le soulignait à travers deux arguments :

Il portait une estocade assez puissante contre le projet de "porte-avions enveloppe" proposé en 2003 par la DGA, simultanément au CVF-FR et à une autre étude sur un porte-avions classique déconnecté d'une collaboration franco-britannique (Roméo puis Juliette). Le premier, d'un déplacement de 55 000 tonnes et propulsé par trois réacteurs K-15, ne serait pas viable selon le professeur. Le porte-avions Charles de Gaulle, par son architecture, ne peut recevoir un troisième réacteur. Toutefois, il liait cet argument à la volonté de réaliser un sistership aussi fidèle que possible du Charles de Gaulle et donc de reprendre ses lignes d'eau (comme ce dernier reprenait celles du Clemenceau). Il est admis depuis 1994 et le rapport du député Bertrand Cousin (octobre 1994) que la conception du PAN 1 est bien trop lointaine pour obtenir un effet de série.

Le deuxième argument du professeur pousse la difficulté du système actuel plus loin. Les évolutions de l'aviation embarquée tendent vers des aéronefs d'une masse d'environ 30 tonnes. Des catapultes de 90 mètres paraissent nécessaires car celles de 75 mètres ne donnent que 25 tonnes. Celles de 90 mètres supposent un porte-avions au-dessus des 50 à 60 000 tonnes pour les intégrer au pont d'envol tout en conservant les capacités actuelles du Charles de Gaulle.

Les Indiens sont dans les mêmes débats puisque le Tejas ne constituera jamais, puisque chasseur léger, un groupe aérien embarqué comme en tant que seul constituant. Hormis le Mig-29K et le Sea Gripen, toutes les autres hypothèses invitent à considérer des appareils de plus de 25 tonnes dont le Rafale M, le F-18 E/F Super Hornet ou encore le F-35C. Au demeurant, un appareil léger comme pièce maîtresse de l'INS Vishal ne justifierait jamais l'investissement consenti pour un navire de 65 000 tonnes, clairement conçu pour des aéronefs lourds.

Pour en revenir à la question du choix de la propulsion, le porte-avions à propulsion classique serait plus adaptée à soutenir ce tonnage selon deux raisons : la première, c'est qu'il faudrait développer un modèle particulier de réacteurs pour le PA2 si l'on voulait qu'il soit plus grand que le PAN 1, la deuxième est que le coût des grands porte-avions nucléaires américains est inaccessibles au budget français depuis les PA58 et le PA75.

L'hypothèse indienne invite à reconsidérer l'option de la propulsion nucléaire. L'Inde rencontrerait quelques difficultés sur son premier SNLE, l'INS Arihant. Le réacteur de 83 MW ne serait pas en mesure de soutenir sa puissance nominale. Et il paraît sous-dimensionnée pour fournir l'énergie nécessaire à une unité de 65 000 tonnes. Si le Charles de Gaulle (42 000 tonnes) était propulsé par ce réacteur, il lui en faudrait quatre. Le CVN-65 USS Enterprise (1961 - 2012) embarquait lui-même huit réacteurs. L'avantage de la propulsion nucléaire navale réside dans la densité de puissance obtenue et la réduction à zéro du volume des soutes à combustible (sauf celles nécessaires à la sûreté nucléaire). Plus le nombre de réacteurs augmentera, plus des volumes internes à la coque seront consommées et le bateau risque de dépasser les caractéristiques initiales, donc les 65 000 tonnes.

L'Inde, bénéficiant d'une certaine croissance économique et d'un effort de Défense nationale soutenue dans le temps car stimulée par les concurrences avec la Chine et donc le Pakistan. La France n'est pas dans cette situation, le budget de la Défense aurait plutôt tendance à se stabiliser et se maintenir à son niveau, voire légèrement s'accroître pour absorber le nouvel effort demandé par la modernisation de la dissuasion nucléaire et la bosse budgétaire - ce qui serait déjà un confort financier historique depuis 1945. 

C'est pourquoi il y a tout lieu de s'interroger sur le lancement d'une nouvelle génération de réacteurs nucléaires embarqués en Inde afin de soutenir la construction de porte-avions. L'INS Vishal risque de ne pas être la seule unité et pourrait connaître un sistership. La France, de son côté, entretien l'idée d'un deuxième porte-avions et le remplacement du Charles de Gaulle est déjà d'actualité, de sorte que le PA2 connaîtrait un PA3. 

Dans cette optique, Paris et New Delhi, liées par un accord stratégique, et entretenant une ancienne et constante relation aéronavale, aurait tout à gagner de concevoir en commun un nouveau réacteur pour des unités de plus de 50 ou 60 000 tonnes (soit, au moins, 200 ou 250 MW thermique par réacteur (contre 150 MW thermique pour un K15). L'expérience française dans la conception, la production et le soutien de la filière K15 ajoutée aux connaissances dans son utilisation opérationnelle est un capital non-négligeable dans la conception d'un nouveau réacteur. Les cœurs nucléaires des Suffren ne devront être rechargés que tous les 10 ans contre 7 pour les SNLE sur la première génération de K15.

Une coopération bilatérale partagerait plus que les coûts des études. En plus, l'actuel avatar du PA2, le DEAC (DCNS Evolved Aircraft Carrier) est adaptable pour EMALS. Les calendriers des deux marines sont cohérent. Les qualités nautiques et aéronautiques des deux forces aéronavales convergent : vers un deuxième porte-avions franco-indien ?

9 commentaires:

  1. Mr le Marquis,

    merci pour la publicité pour mon site internet. Je ne suis pas le dessinateur du porte-avions mais j'ai une autorisation partielle de partage étant co-concepteur du projet.

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    1. Pourriez-vous me communiquer le co-auteur afin que je puisse préciser la mention pour les droits ? Merci !

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  2. Il faudra voir si le programme Rafale sera un succès industriel en Inde pour envisagé un tel projet qui est un tantiné plus complexe :)

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  3. Il n'y a pas que la question du chasseur embarqué puisqu'il n'y a pas tellement de pays qui peuvent proposer le dessin d'un porte-avions CATOBAR à propulsion nucléaire adapté aux besoins et capacités indiens.

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  4. il est cependant vrai qu'une collaboration franco-indienne sur un PAN CATOBAR pourrait avoir comme condition l'achat de Rafale M. en tout cas, c'est comme ça que j’interprète le message de Frédéric.

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  5. Les Indiens sont potentiellement acheteurs. Il y a plusieurs vendeurs d'un dessin de porte-avions CATOBAR avec propulsion nucléaire, voire intégration d'EMALS. Il n'est donc pas possible pour la France d'exiger car les Indiens ont le choix des fournisseurs et qu'ils ont tout intérêt à faire jouer la concurrence. Le Rafale M peut-être un élément de négociation mais pas une exigence.

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    1. Hors États-Unis, qui à une expérience pratiques d'un PA à propulsion nucléaire ? Les Chinois s'y préparent à moyen terme mais cela m'étonnerait qu'ils collaborent sur un tel projet avec les Indiens, les Russes aimeraient bien, mais on n'a que des plans sur la comète et la modernisation couteuse du porte-avions livré à l'Inde à laissé de mauvais souvenirs, les Américains peuvent vendre des catapultes mais travaillé sur un tel projet avec un pays étrangé seraient une première pour eux depuis la collaboration avec les Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale.

      Et mon commentaire précédent se référer à l'Inde elle même qui à énormément de difficultés avec son industrie de l'armement à finir un projet en temps et en heures et dont la production à une qualité plutôt ''moyenne''.

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    2. Il est avancé que les Russes auraient vendu les plans de l'Oulianovsk, en plus de ceux des catapultes à vapeur. Et selon d'autres sources, ils testeraient même, actuellement, des catapultes électromagnétiques. Manquerait plus d'apprendre et de pouvoir vérifier, en plus de ce qui précède, qu'ils ont déjà un réacteur nucléaire à terre en essais.

      Concernant l'Inde, je n'écarterai pas, par exemple, l'Angleterre dans la mesure où les ingénieurs de ce pays ont travaillé à une adaptation locale des EMALS et que selon Coutau-Bégarie les Queen Elizabeth constituent un projet très intéressant à étudier pour le PA2. Les Anglais n'ont pas l'expérience d'un porte-avions à propulsion atomique. Mais quid d'une alliance de BAE avec une quelconque entreprise américaine ?

      Les Russes demeurent un candidat intéressant malgré le Vikramaditya car les Indiens sont partis, manifestement, pour une grande phase de segmentation des programmes entre plusieurs concurrents. Par contre, la candidature russe n'est crédible que dans la mesure où un porte-avions est mis sur cale en Russie.

      Mes deux centimes,

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  6. La conception d'un nouveau PA est le meilleur choix possible. Sur mer, l'inde n'est pas notre rivale. Elle construit des scorpène sous licence et a acheté le rafale, donc le pas suivant serait la construction en coopération de 2 PA (nucléaire ou non) et adoption du rafale M par l'IN.

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