Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 5 septembre 2017

Abandon de la FTI ?

© Inconnu. Demandez au site du ministère de la Défense.
La Frégate de Taille Intermédiaire survivra-t-elle à la Revue stratégique du mois d'octobre 2017 ? 

Rien ne l'annonce, ni même ne laisse entendre. Pourtant, ces frégates perdent leur raison d'être qui n'était pas opérationnelle mais politique. Les FTI naissent de la réduction du programme FREMM : en 2008, la série est réduite de dix-sept bateaux à onze bateaux, puis, à huit coques en 2015.

En juin 2015, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, annonce que le programme FREMM quant à sa partie française ne dépassera pas les huit unités (contre dix en Italie) dont six en version Anti-Sous-Marine (ASM) et devant être livrées d'ici à 2019 (quatre ont été livrées, la cinquième sera réceptionnée en 2018 et la sixième en 2019) tandis que deux autres FREMM ASM - à mettre en service en 2021 et 2022 - verront leurs capacités de défense aérienne renforcée (radar Herakles plus puissant, pour l'essentiel). Si bien qu'il manque deux frégates de défense aérienne à la Flotte afin d'atteindre le format jugé comme minimal depuis, au moins, 1997.

Le ministre Le Drian déclarait le même jour que pour atteindre le format en frégates de premier rang - abaissé à 18 frégates en 2008 puis seulement 15 en 2013 avant - peut être - de remonter à... 18 d'ici à 2030 ? - cinq "Frégates de Taille Intermédiaire" (FTI) viendront compléter les huit FREMM et les deux Horizon. 

Pourquoi pas la FTI ? 

DCN devenue DCNS puis Naval group au cours du programme est réputé pour voir sa marge se réduire drastiquement après quatre à cinq frégates. L'entreprise a tout intérêt pour soutenir sa marge opérationnelle a privilégié des séries courtes. 

Les FREMM de 6000 tonnes pour seulement 94 marins (108 avec un détachement aéronautique) n'auraient pas été à la portée de toutes les marines. Les prospectives sur le marché des navires de surface pointeraient vers des unités de 4 à 5000 tonnes, à l'équipage plus nombreux et requérant des qualifications moins élevées. Force est de constater que l'Italie (PPA), l'Espagne (F110) et même le Royaume-Uni (Type 31) peuvent ou pourront proposer une solution nationalement éprouvées sur ce segment.

Enfin, les bureaux d'études de DCNS se seraient retrouvées sans un volume d'heures suffisant afin de maintenir les compétences après la fin des travaux sur les deux FREMM ASM aux capacités de défense aérienne renforcées. 

L'équation ainsi présentée voit la Direction Générale de l'Armement (DGA) préférer soutenir la Base industrielle et technologique de défense (BITD) française aussi bien dans l'entretien de ses compétences que le soutien des entreprises françaises à l'exportation. Tout ceci se matérialise par une FTI de 2000 tonnes de moins pour 50 millions de différence d'avec une FREMM pour les "modestes" pertes de seize tubes verticaux sur la plage avant.

Pourquoi la FTI ?

Mais, depuis l'été 2017, cette équation ne se vérifie plus car le soutien politique autour de ce programme s'est considérablement amoindrie :

Jean-Yves Le Drian n'est plus ministre de la Défense mais bien des Affaires étrangères et européennes. Il faisait bénéficiait à la Bretagne de sa stature de ministre de la Défense afin de développer le tissu industriel local, ce qui a notoirement pesé dans ses choix quant à la FTI.

Il souffle le chaud et le froid quant à sa potentielle démission du gouvernement. De "connétable de France" de par ses relations avec le Président Hollande où son poids politique sur les affaires militaires était écrasant par contraste avec ses prédécesseurs, il est écarté de l'hôtel de Brienne par le Président Macron qu'il avait soutenu pendant la campagne. Et son avis en matière de diplomatie ne semble pas peser bien lourd.

Le clan Le Drian était soutenu par certains parlementaires, en particulier breton, mais tous ont été écartés à l'Assemblée nationale des postes important à la commission de la Défense nationale et des forces armées. Le député Rouillard en fait l'amère expérience. Bien qu'il conserve un œil inquiet sur les FTI en tant qu'élu lorientais aspirant, à l'évidence, prendre la succession de Le Drian en Bretagne. L'avenir de Lorient repose (trop ?) sur les séries de frégates pour la Marine nationale et quelques commandes à l'exportation.

Le Délégué Général pour l'Armement n'est plus l'Ingénieur Général de l'Armement (IGA) Collet-Billon. Après neuf années à cette fonction, il avait pu imprimer sa stratégie en faveur de la BITD et des chances à l'exportation des entreprises françaises, parfois au détriment des forces françaises. Quoi que décide Joël Barre, son successeur, il n'a pas - encore ? - le poids de Collet-Billon face à l'écrasante autorité du Président de la République.

Le Président de la République, après sa sortie ahurissante contre le Chef d'État-Major des Armées (CEMA) le 13 juillet, déclarait le 16 que "l'intérêt des armées doit primer sur les intérêts industriels." Critique des quatre qui ont fait la Défense : le ministre Jean-Yves Le Drian, son directeur de cabinet Cédric Lewandowski, le général Pierre de Villiers (CEMA) et l'IGA Laurent Collet-Billon (DGA) ?

Le Président Macron persiste jusqu'au 31 août quand il affirmait dans un entretien "j'ai été surpris, à cette occasion, que personne ne relève que des journaux financés par les contrats de défense ont mené une campagne de plusieurs semaines pour protéger ces derniers, raconte le président. La consanguinité entre une partie des industriels du secteur et la presse pose question" dans Le Point. Le Figaro et son actionnaire (la famille Dassault) peuvent apprécier... Bien qu'avec une certaine honnêteté, il est bien ambitieux de voir dans les pages du Figaro une campagne de presse vigoureuse en faveur de la Défense nationale, tout du moins, de l'industrie d'armement française...

Tout le calcul politique soutenant les FTI n'est plus. Ses artisans ont tous été écartés des responsabilités politico-militaires. Écoutons le Président de la République qui déclare régulièrement depuis le 15 juillet que sa priorité, comme Chef des Armées, est le besoin opérationnel des Armées. Cela peut-il se traduire que par un abandon des FTI ? Elles satisfont les besoins des industriels (Naval Group, Thales) mais certainement pas ceux de la Marine nationale dont le besoin consistait dans 17 FREMM - voire 19 pour remplacer les Horizon 3 et 4.  

La Royale, astucieusement, choisissait de prendre les FTI tout en sachant qu'en cas d'échec, il sera toujours temps de relancer les FREMM. Batailler contre les FTI, cela aurait été prendre le risque de perdre cinq frégates de premier rang : un raisonnement qui se défend. En effet, les deux dernières FREMM devraient être lancées en 2019 et 2020. La première FTI entrerait en service en 2023 - mais plus probablement en 2025 si l'admission au service actif est aussi longue que pour l'Aquitaine. 

Si bien que la Marine nationale peut bénéficier :
  • d'une série de cinq FTI, voire de huit FTI si jamais à l'échéance 2030 le format en frégates de premier rang remontait à dix-huit unités ;
  • d'une série de treize FREMM, voire de seize FREMM si jamais le format en frégates de premier rang était relevé. 
Il n'y aurait pas grandes difficultés ni pertes à transférer les travaux spécifiques aux FTI sur une version améliorée des FREMM avec un équipage plus nombreux, de nouveaux sonars de coque et remorquée ainsi qu'un radar à faces planes. 


9 commentaires:

  1. N'est-il pas plus réaliste d'estimer que si le programme FTI meurt, la marine ne verra pas pour autant le nombre de FREMM augmenter quelque soit les besoins affichés par l'EMM?

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    1. Bonsoir,

      Ce serait une option s'il fallait abandonner le programme FTI sans maintenir l'ambition d'atteindre 15 frégates de premier rang. Dans l'optique proposée, l'équation de la FTI ayant été perdue, rien ne s'oppose à maintenir la production de nouvelles FREMM puisque la chaîne industrielle est ouverte.

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  2. Certes, mais deux questions :
    Il y a eu une commande industrielle passée à Naval Group : se dédire génèrera alors des pénalités.
    Il me semble que le primum movens des FTI était aussi qu'on n'avait pas les sous pour payer les 2 FREMM commandées et que plutôt que de payer des pénalités prévues contractuellement, on avait "négocié" avec le vendeur de financer un nouveau programme en échange d'une commande décalée dans le temps des navires.

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  3. Bonsoir,

    Si je comprends bien, il s'agissait alors des trois dernières FREMM qui n'étaient pas financées ? Alors comment financées cinq FTI au lieu de cinq FREMM (l'astuce était là : limité à 11 unités, il n'était pas envisagé de porter la cible finale du programme FREMM à 13 unités pour atteindre 15 frégates de premier rang) ? A seulement cinq millions de différence par frégate, plus les frais d'études, je ne vois pas où est l'économie avec la FTI.

    Ni même les pénalités : de 17 à 8 FREMM, où sont les pénalités ?

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    1. Bonsoir marquis. IL y a bien eu des pénalités lors de la réduction du programme FREMM en 2008 (https://www.meretmarine.com/fr/content/fremm-chronique-dun-incroyable-gachis). Elles ont en partie expliqué le désastre qu'a constitué ce programme que l'Etat a sciemment provoqué en annulant une partie de la commande en dépit du bon sens financier et militaire.

      A noter que même des fondations de réflexions non spécialisées en matière militaire ont souligné les conséquences désastreuses des décisions prises en 2008 (http://www.ifrap.org/etat-et-collectivites/limmense-gachis-des-fregates-francaises).

      Maintenant on a même réduit le programme à 8 unités. Donc faute pour l'état de maintenir Naval group en vie via les commandes pour la marine il veut centrer son activité sur l'export. Problème les frégates de 4000 tonnes sont désormais jugées les plus demandées. D'où le programme FTI qui vise à satisfaire ce marché et non la marine. Les commandes de 5 navires servent à payer en partie le développement et assurer l'activité jusqu'en 2027 environ.

      Face à ce constat l'abandon de la FTI suppose de passer des commandes de FREMM pour la marine. Mais il est fort probable que l'Etat refuse de payer la facture que représenterait des commandes de frégates FREMM. Surtout à hauteur des besoins de la marine qui est autour de 25 à 30 frégates pour assurer les missions sans être à flux tendu (et encore à condition qu'il y ait des patrouilleurs derrières pour faire les missions de police). Il ne le fera sans doute pas malheureusement car une FTI reste moins chère qu'une FREMM.

      Résultat avec encore une micro série de frégates (comme d'habitude pourrait on dire) il ne satisfait personne: ni la marine qui va devoir jongler avec une poignée de frégates disparate et sous armée; ni même Naval group qui ne rentabilisera le programme FTI qu'à partir de neuf navires comme l'a indiqué son PDG aux députés il y a peu (certes il exagère peut être un peu mais il doit y avoir du vrai). Tout le monde est perdant avec cette série courte si aucun débouché n'est trouvé à l'export.

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    2. Sauf que le budget consacré aux FTI est bien pris sur celui qui devait être consacré aux FREMM et ce lien est connexe des économies d'échelle et la productivité engendrée par une augmentation de la cible de frégates FREMM, ce qui reviendrait à avoir plus de FREMM à budget constant que de FREMM plus FTI.

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    3. Bonjour marquis. Ce que vous décrivez peut fonctionner mais à condition de revenir à un nombre acceptable de frégates commandées.

      L'Etat dans un improbable retournement de situation va peut être annuler les FTI malgré les pénalités pour les remplacer par 5 FREMM mais pas plus vu l'absence de hausse sensible du budget.

      Dans ce cas on atteint 13 navires. Sur ces 13 navires 6 sont ASM du premier modèle. Les autres au moins 2 sont AA. Même si les 5 suivantes sont sur le même modèle que les AA ou les ASM en terme d'équipement cela fait une série de 11 ou 7, soit un volume trop faible pour des economies sensibles. En 2008 quand la cible du programme avait été réduite à 11 les économies engendrées par l'effet de série avaient disparu. De plus elle reposait également sur une cadence de production correct assurant une charge continue aux chantiers.

      Même en tenant compte des deux AA pas certains que le volume de navires construit soit suffisant pour obtenir une vrai réduction du prix grâce aux économie d'échelle et de productivité. Si on monte bien plus haut que 13 navires aucun soucis pour avoir plus de FREMM avec le même budget mais ce n'est pas dans l'aire du temps.

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  4. Bonjour E BM,

    Premièrement, vous réduisez le champ des économies d'échelle à la seule construction quand la Marine n'aurait plus qu'une seule frégate de premier rang - hormis les Horizon - à administrer à Brest et Toulon. Les FTI ajoutent, au contraire, de la complexité à cet égard.

    Dans cette perspective, il s'agit bien de tenir compte d'une série de 13 FREMM + 2 Horizon.

    Deuxièmement, il n'y a pas actuellement de FREDA mais bien une FREMM ASM aux capacités de Défense aérienne renforcées. Sauf nouvelles informations, cela veut dire que nous avons huit FREMM ASM dont deux ont un Herakles à la puissance supérieure et qui embarquent des Aster 30.

    " L'ancien PDG de DCNS, Patrick Boissier, détaillait le coût de ces décisions devant la commission Défense et forces armées de la représentation nationale :

    - "À titre d’information, le coût du programme [FREMM] a déjà augmenté d’une frégate lorsqu’on est passé de 17 à 11 frégates" (18 septembre 2013) ;

    - "et d’une deuxième frégate lorsque l’on est passé d’une frégate tous les 7 mois à une frégate tous les 10 mois" (18 septembre 2013) ;

    - "Notre première préoccupation est le rythme de production de nos frégates, qui passera, pour une livraison de frégate avant 2019, de 10 à 14 mois. Le surcoût de cet étalement serait à peu près équivalent au coût d’une frégate." (18 septembre 2013) "

    http://lefauteuildecolbert.blogspot.fr/2016/09/la-derniere-torpille.html

    C'est pourquoi en faisant le chemin inverse de celui entrepris depuis 2008, c'est-à-dire une augmentation du nombre de frégates FREMM dans la même enveloppe budgétaire, nous devrions avoir plus de frégates pour 7 à 8 milliards d'euros.

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    1. Bonsoir marquis. Sur l'objectif à atteindre je pense que nous sommes d'accord. Pareil sur les économies et leur nature. La seule divergence réside dans le cas où la FTI est annulée et remplacée par 5 FREMM.

      Il y a des pénalités ce qui réduit l'avantage.

      Ensuite je me posais la question de la possibilité d'obtenir à nouveau des économies substantielles sur le programme FREMM car les 6 premières livrées l'ont été à des cadences faibles (la 6e, la Normandie doit être lancée cette année). De ce fait je me demandais si le fait d'augmenter la cadence sur sept dernière unités suffisait mécaniquement à obtenir à nouveau des conditions analogues à celles de 2007 en terme de prix grâce aux économies d'échelle.

      En terme d'entretien il y aura un petit plus mais après? Je n'ai pas la réponse mais là était mon interrogation. Dans ma réflexion je met en balance l'entretien, le process industriel, les débouchés à l'export et les pénalités versées à Naval Group.

      En tout cas cela ne réglerait pas la question de la survie de Naval group et de ses débouchés à l'export avec la FREMM comme seul frégate à proposer.

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