Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 27 février 2018

Plan Magellan : la galère des sous-marins ?

© Inconnu.
L'Italie doit commander cette année deux nouveaux sous-marins afin de parachever le renouvellement de la sous-marinade italienne entrepris à l'extrême fin des années 1990. Contre un certain nombre de logiques très bien comprises, la France pousse une proposition fondée sur le Scorpène alors que tout portait à croire qu'une nouvelle paire d'U-212 serait commandée pour la Marina militare. Une ultime paire de sous-marins devrait rejoindre la marine italienne vers 2025. Cela revient à se demander quels sont les objectifs véritablement poursuivis par cette démarche.

La sous-marinade italienne est donc la force centrale autour de laquelle s'articule les ambitions industrielles allemande, française et italienne. La précédente génération de bateaux atteignait le format fort respectable de huit unités à propulsion diesel-électrique. C'est la force sous-marine la plus importante d'Europe après celles des État-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni et de France. Et la première sous-marinade classique de toute l'Europe de l'Ouest, devant l'Allemagne. Mais ce n'est pas la première force méditerranéenne, et pour cause, la Turquie alignait 13 sous-marins contre 11 pour la Grèce. Et s'il n'en est pas question ici, l'importance des moyens sous-marins dédiés aux forces spéciales italiennes est à souligner, les capacités de la Marina militare semblent être parmi les plus importantes de tout le continent européen.

Il s'agit de la déclinaison du type Sauro selon trois évolutions incrémentales successives venant améliorer les plans initiaux du type et de ses sous-classes. Ces bateaux sont les suivants :
  • Sous-classe Sauro :
    • S518 Nazario Sauro (1980  - 2002) remplacé par le S526 Savatore Todaro (2003) ;
    • S519 Carlo Feccia di Cossato (1979 - 2005) remplacé par le S527 Sciré (2007) ;
  • Sous-classe Da Vinci :
    • S520 Leonardo da Vinci (1982 - 2010) remplacé par le S528 Pietro Venuti (2016) ;
    • S521 Guglielmo Marconi (1982 - 2003) remplacé par le S529 Romeo Romei (2017) ;
  • Sous-classe Pelosi :
    • S522 Salvatore Pelosi (1988 - ...) ;
    • S523 Giuliano Prini (1989 - ...) ;
  • Sous-classe Longobardo :
    • S524 Primo Longobardo (1993 - ...) ;
    • S525 Gianfranco Gazzana Priaroggia (1995 - ...).
Il semblerait qu'après un creux de quelques années seulement (2010 - 2016 ?) le format soit tombé de huit à six unités avant de retrouver son état initial. Le Leonardo da Vinci était réputé servir aux essais en 2015. Les deux sous-classes les plus récentes du type Sauro bénéficiaient d'un programme de modernisation en 2004 portant sur les sonars, le système de combat, les systèmes de communication. Le tout permettant de les maintenir au service jusque dans les années 2018 - 2022. Tous les U212A commandés à l'Allemagne pour construction en Italie sont réputés être AIP.

Première remarque, Rome est pressée par l'âge des Salvatore Pelosi et Giuliano Prini qui, dans l'idéal, devraient pouvoir quitter le service en 2018 et 2019. Une prolongation de quelques années est toujours envisageable mais dans les limites d'une raisonnable (deux à quatre années).

Deuxième remarque, dans la continuité des ambitions italiennes pour la mer Méditerranée et ses annexes, le format devrait se maintenir à huit sous-marins. La commande disputée en 2018 engage très probablement le choix du futur sous-marin devant être retenu 2019 ou 2020 afin de remplacer les Primo Longobardo et Gianfranco Gazzana Priaroggia qui quitteront le service en 2023 et 2025.

Troisième remarque, l'intérêt opérationnel de la Marina militare va plutôt - hors changement de paramètres et d'ambitions capacitaires - à un prolongement de la série des U212A. L'arrivée d'un nouveau type de sous-marins constituerait un ensemble de flux pour l'emploi en opérations, la formation et le soutien d'une paire de sous-marins. Cette rupture dans la continuité serait acceptable s'il s'agissait d'avoir deux flottilles à quatre unités mais le risque serait d'avoir une demi-flottille à deux unités face à une autre de six unités. 

La ministre de la Défense italienne, Roberta Pinotti, confirmait que la troisième paire d'U212A, logiquement attendue, pour la Marina militare était financée. La proposition allemande bénéficierait d'un investissement de 600 millions d'euros afin de proposer un dérivé et/ou un nouveau unterseebooten. Il ne s'agirait pas, en l'état actuel des informations, du type U212A. La parie française s'est offusquée de cet achat, faisant probablement ressentir l'avantage consenti à l'Italie avec la très probable future commande de pétroliers-ravitailleurs dérivés du Vulcano. Embrayant sur la posture publique, Paris ferait une offre fondée sur le Scorpène. Si certains avancent que Paris pourrait proposer des contreparties industrielles, l'offre faite est assez floue. 

En toile de fonds, il est surtout question de l'affrontement planétaire sur Naval group et TKMS. Berlin n'a eu de cesse de refuser depuis les années 1990 un rapprochement franco-allemand dans la navale militaire. 

DCNS devenu Naval group gagnait la mise en Australie pour douze sous-marins océaniques avec la proposition du Shortfin Block 1A tandis que le U216 était retoqué. Si Naval group n'engrangeait pas de nouveaux contrats depuis l'Australie, ceux gagnés au Brésil et en Inde voient les premières unités sortent des chaînes de production. Sans compter que le chantier de Cherbourg peut se targuer d'avoir dix sous-marins nucléaires (six SNA-NG de classe Suffren, quatre SN3G) en commande ou devant être commandés : un avantage décisif en Europe.

Le chantier allemand était alors sans perspective avec un tarissement passager des commandes. Coup sur coup, il remporte le contrat pour la Norvège pour quatre unités avec une option pour deux supplémentaires, Berlin ayant contourné l'appel d'offres en proposant un prix cassé grâce à la commande supplémentaire d'une paire d'U212A pour la Deutsche Marine. Singapour commandait, aussi, deux U218 SG - version adaptée de l'U214 - qui s'ajouteront aux deux premiers. Sans oublier la commande israélienne pour trois nouveaux sous-marins sur la base de l'U214 (remplacement des trois premiers U209 financés par l'Allemagne, et en plus des quatre U214 commandés précédemment).

Les prochaines échéances entre les deux industriels devaient être la Pologne pour deux unités (plus une à deux en option), l'Inde pour six unités du programme P75(i)  - sans compter la proposition française d'allonger la série des six Kalvari (Scorpène) - et les Pays-Bas pour quatre unités. Les perspectives sont très généreuses puisque 18 unterseebooten de plusieurs types sont à remplacer en Amérique du Sud, par exemple. 

L'Italie est une compétition qui peut être perçue comme nouvelle. La manœuvre française peut alors dessiner un nouveau moyen d'abaisser, voire de contraindre TKMS et surtout Berlin à nouer une alliance. Le partenariat avec Izar devenu Navantia ouvrait les portes de l'Amérique latine à DCN devenu progressivement DCNS puis Naval group. Si la bataille commerciale est perdue en Norvège, Naval group contracte une alliance ponctuelle avec Saab Kockums aux Pays-Bas, un industriel que TKMS avait essayé de faire disparaître en le rachetant avant que la Suède ne réagisse et reprenne l'entreprise. Il s'agirait de tarir le flux de commandes pouvant bénéficier à l'industriel allemand et réduire ses possibilités de coopération. 

L'occasion est particulièrement belle tellement TKMS accumule les déboires. Les U212A allemands auraient un problème touchant la conception et/ou le fonctionnement de leur batterie. Sans oublier qu'aucun des six sous-marins allemands ne serait opérationnel depuis fin 2017. La tragédie de l'ARA San Juan aurait été causée par la batterie du sous-marin argentin en raison d'un manque d'entretien et de renouvellement des éléments. Si l'Allemagne n'en est probablement pas responsable, un naufrage n'est jamais bon signe. Tout ceci apporte une lumière nouvelle au sujet des accusations grecques de mal-façons et/ou de mauvaise conception des U214 commandées par elle pour sa marine. L'affaire des frégates F125 ne concerne en rien les sous-marins de conception allemande mais, deux bateaux sur quatre renvoyés au chantier pour mal-façons, dont une gîte permanente à tribord : cela fait désordre... Et quid du marché des U209 produits sans licence depuis la Corée du Sud pour l'Indonésie qui sont réputés de très mauvaise facture par leurs équipages ?

Le point de vue italien est relativement intéressant dans la mesure, où, la commande des deux premiers U212A met un terme aux ambitions italiennes de donner un successeur national aux huit Sauro après dix années de recherche. Entre parenthèses, DCN ne remportait pas le marché des sous-marins italiens tandis que le premier Scorpène voyait sa quille posée le 18 novembre 1999. En 1996, si ce sont des sous-marins de conception allemande qui sont alors mis en chantier, celle-ci intervient dans le chantier italien Muggiano, près de La Spezia. Le S528 Pietro Venuti est alors le 103e sous-marins construit en Italie, un volume respectable et très proche du nombre de sous-marins français construit à Cherbourg - ce qui n'est pas le total de tous les sous-marins lancés en France. Par ailleurs, cet abandon industriel italien dans la conception de sous-marins aurait pu être compensé par un partenariat avec la Russie mais le projet S-1000 n'est jamais parvenu à son terme, comme d'autres programmes italo-russes. 

Cela amène à s'interroger sur le segment sous-marin dont il n'est pas question d'emblée dans le plan Magellan. Pourtant, c'est la très grande force de Naval group alors que l'Italie prend de sérieuses options pour remporter de futurs marchés dans les flottes de surface. Que souhaite-aujourd'hui l'Italie sur le plan industriel en matière de sous-marins alors que la coopération franco-italienne sur les torpilles est un semi-échec ?

L'intérêt opérationnel de la Marina militare commanderait - hors changement de paramètres (sous-marin océanique, missiles de croisière) - de poursuivre sur la même série. L'intérêt industriel de l'Italie suppose une poursuite de la construction sous licence et, si l'opportunité se présentait, de reconquérir le savoir-faire pour concevoir des bateaux. La France est allée jusqu'à un tel degré de transferts de technologies avec l'Espagne, l'Allemagne n'a jamais dépassé la construction sous licence. 

C'est donc l'ambition politico-industrielle française qui est surtout questionnée par cette démarche : s'agit-il seulement de profiter des négociations franco-italiennes pour soustraire deux à quatre unités à l'Allemagne ? Ce serait dommageable de tordre le bras aux Italiens contre leurs intérêts. S'agit-il de préparer la succession du Scorpène ? Il a été largement conçu dans les années 1990 même s'il évolue de manière incrémentale. Cependant, le calendrier invite à déconsidérer l'opportunité de lancer la conception d'unité nouvelle pour remplacer les Salvatore Pelosi et Giuliano Prini : le délai est bien trop serré. Il serait peut-être temps pour les deux derniers Sauro. Mais cela laisserait l'Italie avec deux Scorpène U212A avec ou sans la promesse de s'atteler à la tâche de concevoir une nouvelle classe. Une voie médiane existe peut-être : proposer le développement conjoint d'une amélioration du Scorpène sur la base du Marlin qui intégrerait nombre des dernières avancées de DCNS dont une partie est déjà contenue dans le Shortfin Block 1A (nouvelle pile à combustible, silos de lancement vertical, etc). Cette ambition limitée, à la manière de la FTI, permettrait d'échelonner la coopération sur une capacité de conception de sous-marins restaurée en Italie pour les quatre derniers Sauro tandis qu'une nouvelle classe, plus en rupture avec le Scorpène, serait mise en chantier pour remplacer les U212A après 2030. La France, et Naval group en particulier, a besoin de remplacer l'Espagne. Et il s'agirait alors de discuter la répartition de la charge industrielle - et pas seulement dans les sous-marins - puis du modèle que pourrait prendre une coopération accrue : construction d'une moitié de sous-marin classique dans à Cherbourg et à Muggiano ?

Tout cela pose, fatalement, la problématique de la cohérence du partenariat stratégique franco-italien et donc des liens qui ne peuvent pas être seulement industriels, décorrélés de tout projet géopolitique.

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