Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





jeudi 26 juillet 2018

Mesure de la puissance navale : ratio tonnes de bâtiments logistiques/de combat

© Royal Navy.
La part prise par la flotte logistique dans une marine de guerre est une autre mesure très intéressante de la puissance navale en ce qu'elle nous renseigne sur les capacités d'une marine à durer à la mer et à se projeter. Réflexion qui va de pair avec la question des bases avancées si chère à l'Amiral Alfred Thayer Mahan (27 septembre 1840 - 1 décembre 1914). Et donc de l'élongation logistique puisque le cadre géostratégique tracé par le territoire combiné à celui imposé par la diplomatie accouche d'une surface à contrôler ou bien dont il faut empêcher le contrôle par une tierce partie. Les Marine nationale et Royal Navy présentent des choix bien différents à cette aune dans le dimensionnement de leurs flottes logistiques respectives.


Rien que la manière d'intégrer les unités logistiques est différentes puisque ceux de la Marine nationale sont des bâtiments de la marine française tandis que les britanniques servent dans une marine à part entière, c'est-à-dire la Royal Fleet Auxiliary (1905). Cela n'a pas empêché pendant quelques périodes plus ou moins longues les deux marines d'endivisionner des unités civiles affrétées pour renforcer ponctuellement le soutien courant des unités à la mer ou bien ceux plus extraordinaires liées à une opération, voire et tout simplement une guerre.

Deux grandes expériences logistiques semblent dimensionnantes dans la culture opérationnelle des deux marines considérées dans notre propos : il s'agit, comme cela se devinait plus haut, de la guerre des Malouines ( 2 avril 1982 – 14 juin 1982) pour la Royal Navy tandis que l'expérience de la campagne d'essais nucléaires dans l'océan Pacifique (1966 - 1996) au cours de laquelle la force Alpha (1966 - 1968) assurait la sûreté des sites français demeure le plus grand effort de projection logistique de la Marine nationale depuis 1945.

Le cadre géostratégique passé qui en ressort et présent qui se dessine plutôt au fil des déclarations et remarques plutôt que dans les revues stratégiques est relativement différent entre les deux pays. La Royal Navy s'est, certes, rencentrée sur les "home waters" au fur et à mesure de l'avancement du conflit Est-Ouest (1947 - 1991) par les deux abandons des positions East of Aden puis East of Suez (1968 - 1971) - la prise de Singapour (15 février 1942) ayant été un traumatisme absolu pendant la Deuxième Guerre mondiale. Du côté français, si la Marine nationale relève et rétabli ses infrastructures dans ses bases coloniales afin de souligner comment l'instrument naval assure le rayonnement mondial de la France, la concentration navale demeure, encore aujourd'hui, méditerranéenne. Il y a de côté une concentration presque en un point unique et une capacité voulue et pensée pour se projeter au cas par cas - British Pacific Fleet, Malouines, Ocean Waves 97, etc... - qui est le fruit de l'expérience tandis que de l'autre il y a un rayonnement mondial affiché par la seule existence des bases - aujourd'hui ce sont surtout celles des missions de sauvegarde maritime - alors que l'élongation logistique pensée et permise est nettement moindre.

Pour résumé, la Royal Navy accepte et se construit au regard d'une élongation logistique navale pouvant aller de l'Atlantique Sud jusqu'au Pacifique Ouest quand le pensé et l'impensé français est cantonné à la Méditerranée et accepte difficilement de dépasser le Nord de l'océan Indien avant d'atteindre le Pacifique. Pourtant, les deux nations parviennent aux mêmes observations et conclusions quant à la situation dans le Pacifique.

Il en ressort deux flottes logistiques foncièrement différentes.

De la pléthore d'unités logistiques françaises dans les années 1960 et 1970 - des pétrolier-ravitailleurs aux bâtiment-ateliers -, la flotte logistique se recentre progressivement avec les pétroliers-ravitailleurs de type Durance sur cinq unités. Ils ne sont finalement plus que quatre - mais tous des Bâtiments de Commandement et de Ravitaillement (BCR) - avec le retrait de la tête-de-série pour tomber à seulement trois depuis la mise à la retraite de la Marne. Marine 2025 remanié par la LPM (2019 - 2025) et confirmé par le plan Mercator confirme une légère remontée à quatre unités via le programme FLOTLOG.

La très nombreuse Royal Fleet Auxiliary conserve quelques puissantes ambitions. Et affiche une organisation fonctionnelle relativement différente et plus spécialisée, peut être est-ce là l'empreinte de la British Pacific Fleet. Les pétroliers-ravitailleurs se distinguent des "solid support ships" : d'un côté les vracs liquides, de l'autre les vracs solides. Cela va même plus loin puisque les porte-avions de soutien trouvent des adaptations particulières aux aéronefs ADAV/C avant et pendant la guerre des Malouines ( 2 avril 1982 – 14 juin 1982) pour une somme très modique eu égard au décuplement des capacités de soutien et de combat. Actuellement, le programme MARS de renouvellement de ces moyens accouchent de quatre Tide tandis que le futur programme FSS (Fleet Solid Support) devraient donner quatre autres unités.

En 2016, la Royal Navy déplaçait 407 000 tonnes contre 281 000 pour la Marine nationale. Il est donc à noter que :
  • pour 4 FLOTLOG, soit 120 000 tonnes dans la Marine nationale soit un ratio logistique de 0,42 tonnes ;
  • la Royal Navy alignera 4 Tide et 3 ou 4 FSS, soit peu ou prou 240 000 tonnes soit un ratio logistique de 0,58 tonnes.
Force est de remarquer que l’élongation logistique française est bien plus importante (Antilles - Polynésie ; Atlantique Nord - Terre Adélie) que celle britannique (Antilles - Pitcairn ; Arctique - Oman (et Malouines). Dans l’absolu, la flotte logistique britannique opère sur un ensemble de flux innervant une surface plus réduite, accroissant d’autant son efficacité générale. Mais de manière relative, les flottes logistiques des deux marines se concentrent prioritairement sur le soutien des groupes aéronavals entre Plymouth et Toulon vers l’Asie du Sud-Est en passant par le Nord de l’océan Indien. Et huit bâtiments britanniques contre quatre français - sans oublier les 4 BSAH et 4 B2M - permettent de soutenir plus de groupes navals (CSG, amphibie, guerre des mines, SNA, etc) ou bien de soutenir un nombre plus réduit jusqu’à épuisement des hommes et des machines.

Il est donc théoriquement possible en apparence de dégager de la "surface" telle que conceptualisée par l'Amiral Raoul Castex une quelconque notion de densité de puissance navale qui ne peut exprimer son plein potentiel en cas de contrôle de cette surface si elle est innervée par une rigoureuse relation entre bases avancées, routes et flotte logistique afin de soutenir les flux innervant le combat naval. Le ratio ici présenté donne une mesure de l'effort consenti mais n'est pas encore un indice à proprement parlé.

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