Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





jeudi 25 octobre 2018

Corvette nucléaire C75

© US Navy.


Quelle surprise : un nouveau projet de bâtiment de surface à propulsion nucléaire pour la Marine nationale. La "corvette nucléaire C75" n'avait pas encore été rencontrée. Et sa seule évocation permet d'en déduire quelques informations.


La seule source connue à ce premier stade des recherches qui l'évoque est cet exposé de Patrick Fribourg (directeur technique de Technicatome) : "La technologie des réacteurs de propulsion navale". Il n'est pas possible de dater précisément ce document. Son propos amène à comprendre que sa rédaction se situerait avant l'admission au service actif du Triomphant (1997). Au point 2.3.4., il est question des essais à la mer du Charles de Gaulle : 1999.


Bien que déjà consulté par le passé, car ce document contient de précieuses indications sur le tonnage envisagé pour le programme Barracuda ("3 à 4000 tonnes" ; p. 6 (PDF) ou p. 128 (numérotation du document numérisé), la référence n'avait pas été relevée.

Dans un premier temps, M. Fribourg évoque deux filières de réacteurs que sont celles portées par la Chaufferie Avancée Prototype (CAP) et la Chaufferie Avancée de Série (CAS) :

La première spécifiquement destinée aux sous-marins visait à concevoir et développer les réacteurs K48 pour les Sous-marins Nucléaires d'Attaque (SNA) de la classe Rubis ou SNA 72 lors du lancement du programme. Le CAP (1970 - 1987) est aujourd'hui arrêté. Premier indice temporel eu égard au propos.

La deuxième filière, celles des CAS, n'a donc pas bénéficié d'une réalisation. Le CAS était conçu pour les bâtiments de surface. Remarquons que l'une des propositions émises à travers cette filière concernait des brise-glaces canadiens à propulsion nucléaire. Avant cela, les corvette nucléaire C75 et PH75 sont cités. Cela nous permet de dater bien plus précisément le propos puisque le PH75 est écarté le 23 septembre 1980 lors d'un Conseil de Défense au profit du PA75.

La corvette nucléaire C75 est donc un projet ayant émergé entre 1970 et 1980. Ce qui revient à dire que nous ne sommes pas dans le cadre du rapport de l'Amiral Nomy de 1956 destiné à infléchir le statut naval de 1955 afin d'inclure des bâtiments à propulsion atomique. Dans cette perspective, l'Amiral Nomy propose de modifier la programmation au sujet de la deuxième phase du plan naval qui doit être achevée en 1970 : sur les 180 000 tonnes, 120 000 serviraient à la constitution de la "force opérationnelle atomique" et 60 000 seraient constituées de bâtiments de soutien. Le CEMM propose alors deux périodes triennales (1961 - 1963 et 1964 - 1966) dans lesquelles seront commandés dans chacune : un porte-avions ou croiseur lance-engins, trois croiseurs escorteurs, deux sous-marins atomiques et un bâtiment base atomique. Cette programmation semble être adaptée par un document du 7 novembre 1958. Il établit deux plans quinquennaux : le premier (1959 - 1964) et le second (1965 - 1969) qui devaient très probablement achever les 180 000 tonnes pendantes du Statut naval de 1955.

Dès 1958 un nouveau paradigme budgétaire apparaît. Il est symbolisé par l'incapacité de la Marine à obtenir la mise sur cale du PA58 puis du PA59 (troisième Clemenceau). L'espoir demeurait jusqu'en 1960. Le programme des frégates lance-engins tombera quand une place devra être faite dans le budget aux F-8 (FN) Crusader en 1964. Par la suite, le budget naval sera lourdement impacté par la constitution de la composante océanique de la dissuasion, malgré son abondement partiel par la section commune. Les croiseurs à propulsion nucléaire sont abandonnés, ils perdent une grande partie de leur raison d'être. Les SNA sont repoussés. Mais la dissuasion océanique et l'existence d'un groupe aéronaval permanent place la Marine nationale dans une situation où elle participe à la dissuasion nucléaire (premier monde) et aux capacités d'intervention nationale (troisième monde). Un nouveau plan naval sera formalisé en 1971 pour redresser la flotte de surface.

Cette corvette nucléaire C75 si son existence était recoupée par d'autres sources permettrait de confirmer que l'ambition d'une flotte de haute mer à propulsion atomique ne s'éteint pas en 1971. Et n'est pas non plus confiné aux porte-aéronefs (PH75), porte-avions (PA75) et sous-marins dits alors aux sous-marins (SNA, SNLE).

Son appellation même oblige à supposer qu'il aurait pu s'agir d'un projet postérieur aux corvettes C70 (classe Georges Leygues) ou même d'un bâtiment dérivé doté d'une propulsion atomique. Rien ne permet de trancher car entre les FLE (ou F67) et les F70, il n'y a pas vraiment de continuité.

Par contre, il a pu être vérifié avec les différents projets de SNA préalables au choix de celui qui deviendra la classe Rubis que l'année mentionnée après la lettre précisant le type de bâtiment de guerre dans la nomenclature navale française d'alors est celle où un avant-projet est retenu en Conseil de Défense.

La corvette nucléaire C75 serait donc un avant-projet figé en 1975.

3 commentaires:

  1. Très intéressant et... étonnant aussi. Pourquoi faire le choix d'installer une pile atomique sur un si petit bâtiment?
    Une frégate nucléaire en revanche pourrait être intéressante, pour former un GAN entièrement nucléaire par exemple.

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    1. Dans les années 70-80 une "corvette" était le nom donné aux "frégates" d'aujourd'hui (ainsi les frégates F70 était à l'origine des corvettes)

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    2. Ah d'accord, je comprend mieux maintenant.

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