Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





jeudi 4 avril 2019

Classe Dreadnought : désacralisation du SNLE ?

© BAE Systems.
L'actuel système Trident mis en œuvre par la Royal Navy débutera son renouvellement depuis la fin des années 2020 jusqu'au cours des années 2030. Baptisé programme Successor, il accouchera de quatre nouveaux Sous-marins Nucléaires Lanceur d'Engins (SNLE) rassemblés au sein de la classe Dreadnought (Dreadnought (2028), Valiant (2030 ?), Warspite (2032 ?) et Dreadnough n°4 (2034 ?), un nom vieux de 450 ans dans la Royal Navy. Ils emporteront dans un premier temps des missile Mer-Sol Balistique Stratégique (MSBS) Trident 2D5. Mais la plus grand originale tiendrait plutôt quant à l'emploi des armes tactiques à bord.

Il n'est pas nécessaire ici de refaire l'itération du programme Successor depuis le début des années 2000 dont les deux pierres d'achoppement furent successivement ou parfois simultanément la pertinence de renouveler et donc continuer à soutenir une posture de dissuasion mais aussi d'entretenir une capacité de seconde frappe avec une présence continue à la mer. C'est sous le gouvernement de David Cameron (11 mai 2010 – 13 juillet 2016) que le nœud gordien fut tranché le 18 juillet 2016 par un vote de la Chambre des communes au résultat écrasant (472 contre 116 votes).

Le futur HMS Dreadnought est mis sur cale le 5 octobre 2016 et les premiers dessins d'artiste sont peu à peu dévoilés pour représenter ce que devraient être ces quatre futurs SNLE. Ce premier bateau devrait être admis au service actif en 2028. Il se distingue des unités de la classe Vanguard par une coque plus longue d'environ quatre mètres (153,6 contre 149,9 mètres) pour un déplacement en plongée plus important (17 200 contre 15 900 tonnes). Les deux principaux facteurs de cette augmentation habituellement avancés sont les évolutions apportées à la propulsion et à la discrétion acoustique en général.

Par contre, le nombre de tubes est ramené de 16 (Vanguard) à 12 (Dreadnought) : l'USS George Washington (1959 - 1985), c'est-à-dire le premier SNLE à n'avoir jamais patrouillé l'océan, avait figé une configuration à 16 tubes qui avait été plutôt respectée pour les bateaux emportant des MSBS, hormis quelques cas particuliers. Tout du moins, il n'y avait pas de bateaux à moins de 16 tubes. Qui plus est, seulement 8 des 12 tubes accueilleront des Trident 2D5 avec 40 têtes nucléaires par bateau en patrouille.

© Inconnu.
Revenons à la genèse des deux "avant-projets" ou plutôt concepts qui se sont affrontés dans le cadre du programme Successor. Des travaux sont menés par les équipes (composés de BAE Submarine Solutions, Rolls-Royce Marine, Babcock Marine et du ministère de la Défense) du Future Submarines (FSM) Integrated Project Team (IPT) dès 2007. BAE Systems dévoile en 2009 deux dessins possibles des Successor :

Le Concept 35 n'est rien de moins que d'une évolution des Vanguard revue et mise à jour avec plusieurs objectifs qui, outre une réduction encore accrue de la discrétion acoustique, visaient une simplification des techniques de construction et simplification de l'architecture des bateaux pour en réduire les coûts d'acquisition. Retenir cette option conventionnelle tout en demeurant dans les dimensions générales des Vanguard évitait bien des coûts annexes quant à l'adaptation de l'environnement des futurs Successor.

L'Advanced Hull Form (ci-dessus) quant à lui synthétise plusieurs ruptures dont la plus visible est l'abandon de la coque cylindrique au profit d'une coque rectangulaire, voire en forme de "Y". Du point de vue des qualités nautiques, cette forme de coque offrirait des avantages en terme de signature, stabilité, manœuvre et sécurité nautique.

L'intérêt du point de vue du coût global de mise en œuvre du système d'arme dissuasion d'une telle coque était de simplifier l'intégration des systèmes dans les compartiments à l'intérieur de la coque épaisse tout en déplaçant nombre d'entre-eux pour les intégrer entre celle-ci et la coque hydronamique afin d'obtenir des économies d'échelle depuis la construction jusqu'à l'entretien. Les deux propulseurs sont disposés au début de véritables tunnels, ce qui n'est pas sans rappeler un avant-projet de porte-avions cuirassés français (exemple du PA 5B sur lequel l'appareil à gouverner et les propulseurs sont disposés dans une "voûte" (non-carénée en sa partie basse) afin de les soustraire à la menace directe des torpilles) ou plus spécifiquement quelques sous-marins soviétiques...

Mais cette coque aurait, semble-t-il, imposé des dépenses nouvelles quant à l'environnement des SNLE, surtout pour les infrastructures à terre. Il est remarquable qu'à coté des Tubes Lance-Missiles (TLM) dont le nombre n'est pas précisé il était proposé d'intégrer des tubes de lancement vertical Mk 36 (ceux installés depuis les Los Angeles Flight II jusqu'aux Virginia).

Reprenons avec la classe Dreadnought. Il était logique que celles-ci s'appuie sur les technologies et systèmes développées pour la classe Astute, forme de sept unités. Les Dreadnought hériteront d'eux les différents systèmes de mise en œuvre des armes tactiques, principalement les torpilles. Il est remarquable que les futurs Dreadnought auront 6 Tubes Lance-Torpilles contre 4 sur les Vanguard mais 6 sur les Resolution. Plusieurs hypothèses peuvent tenter d'expliquer ce choix : emporter autant d'armes tactiques tout en réduisant le volume de la salle des torpilles peut amener à conserver plus d'armes aux tubes. Mais alors pourquoi ne pas avoir externalisé une plus grande partie de ces armes via des TLT installés entre les coques épaisse et hydronamique ? Il pourrait aussi être possible d'incriminer les tensions sous-marines croissantes depuis le début des années 2010, ce qui serait un aveu de l'influence russe dans l'Atlantique Nord.

L'autre caractéristique touchant aux Dreadnought et pouvant interpeller repose sur du vide : fort de 12 TLM, seulement 8 seraient occupés pendant les patrouilles. Que faire des 8 restants ? Les spécialistes se sont fait fort de proposer des utilités pratiques à ce vide puisque la nature en a horreur en se fondant sur les caractéristiques techniques des futurs bateaux.

Le Royaume-Uni pour les Successor s'est rallié aux technologies-clefs développés pour l'US Navy (comme de coutume depuis 1964). Le Common Missile Compartment (CMC) est le même pour les Dreadnought et Columbia de l'US Navy. Le CMC groupe les TLM par 4 afin de simplifier la construction, l'intégration et donc réduire le nombre de trous percés dans la coque épaisse. Le Large Payload Submarine qui est actuellement prévu devrait être se matérialiser par des Columbia supplémentaires ou, tout du moins, dériver de ces derniers afin de remplacer les quatre Ohio refondus SSGN. Ils reprendraient logiquement le CMC.

Sinon, l'US Navy a pour ses quatre Ohio refondus SSGN développé le Multiple-All-Up-Round Canisters (MAC) qui permet dans chacun des 22 tubes (sur 24 : les deux derniers sont réservés à la mise en œuvre des 66 Navy SEAL pouvant être accueillis à bord) d'ensiloter 7 T-LAM (Tomahawk-Land Attack Missile).

Et dans le même registre, les Virginia Block V, VI et VI recevront le Virginia Playload Module (VPM) dotés de quatre TLM, chacun pouvant accueillir 7 T-LAM (28 en tout, ajoutés aux 12 ensilotés dans autant de lanceurs Mk 36 à l'avant). Ce module reprend les TLM des Ohio dont la hauteur est moins longue mais le diamètre demeure le même.

C'est-à-dire qu'entre les Ohio refondus, le VPM des Virginia Block V, VI et VII et le futur Large Playload Submarine, il est techniquement possible d'intégrer les mêmes équipements d'un sous-marin américain à un britannique de la classe Dreadnought car une norme émerge autour de tubes de 87 pouces de diamètres. Il est donc techniquement possible d'intégrer des missiles de croisière naval (T-LAM), des équipements pour les forces spéciales et aussi des drones.

Mais le Politique britannique ne s'est semble-t-il pas exprimé en ce sens. Une possibilité technique peut inciter à la concrétiser mais ne vaut pas décision. Faut-il y voir qu'il est laissé entendre que les futurs SNLE pourraient servir à d'autres missions que les patrouilles de dissuasion ? Ce serait une manière de "diluer" les reproches politiques jusqu'à l'admission au service actif de chacun des bateaux et un éventuel programme de complément ou de remplacement des Astute qui a été mis de côté jusqu'à maintenant.

Autre manière d'aborder cette possibilité virtuelle : donner une possible utilisation des quatre TLM vides sans s'engager à la concrétiser permettrait également de conserver une capacité à remonter en puissance selon l'évolution du climat international. Les Dreadnought emporteront en patrouille 40 têtes nucléaires, soit 5 par missile alors que ceux-ci pourraient en emporter jusqu'à 8. Il y aurait alors conservateur de deux voies d'expansion : de 40 à 64 têtes en chargeant mieux les missiles ou de 40 à 60 têtes en emportant de 8 à 12 Trident 2D5. Ou encore de 40 à 96 têtes en emportant 12 Trident 2D5 chargés chacun de 8 têtes. Autant de possibilités de moduler la posture de dissuasion en jouant sur le nombre de missiles et de têtes sans modifier le nombre de bateaux à la mer, ce qui est rendu aisé par l'alliance avec les Etats-Unis d'Amérique pour les Trident 2D5 dont la chaîne industrielle est plus réactive que pour d'autres programmes et aussi par le fait que le Royaume-Uni conserve des têtes nucléaires en réserve (225 à 180 têtes dans le milieu des années 2020).

Enfin, est-ce que l'accroissement du nombre de TLT de 4 à 6 et la possibilité d'embarquer des Tomahawk évoquer depuis l'Advanced Hull Form et techniquement faisable pour les Dreadnought ouvriraient-ils la voie à une utilisation plus tactique, voire pré-stratégique des Dreadnought ? L'Amiral Pierre Vandier (La dissuasion au troisième âge nucléaire, Monaco, éditions du Rocher, 2018, 108 pages) soulignait le besoin de pouvoir manœuvrer et dissuader face à une sanctuarisation agressive. 4 TLM emportant des T-LAM, ce serait la menace de pouvoir lancer 28 T-LAM en tant que frappe pré-stratégique. Si ce ne sont pas les 154 T-LAM d'un Ohio refondu SSGN, ce n'est pas forcément négligeable. Surtout qu'il est question de T-LAM dans les exemples précédents mais il pourrait être question de missiles hypersoniques : moins nombreux probablement mais aussi moins vulnérables.

Nous demeurions alors dans un aménagement de la mission de dissuasion pour lui conférer plus de souplesse au service d'un avertissement. Par contre, l'emploi de forces spéciales à bord des Dreadnought acterait une désacralisation du SNLE en tant que plateforme de la composante océanique de la dissuasion. Pis, comment interpréter la chose : serait-ce un deuxième SNLE à la mer tandis que le premier patrouille dans le cadre de la posture de dissuasion ou bien un SNLE embarquant des MSBS chargés qui effectuerait ces missions ? En rapprochant des côtes ceux-ci, même si des moyens particuliers comme des sous-marins de poche permettent de conserver une certaine distance. Et, c'est également à relever, cela jouerait sur le plan systémique contre la demande de plus de SNA : à moins de considérer que cette possibilité ouverte d'employer un SNLE dans ce rôle est une manière d'avancer qu'il manque des SNA.

Le SNLE n'est pas une plateforme à la sacralité absolue : au cours du conflit Est-Ouest (1947 - 1991), d'anciens bateaux de ce type ont pu abandonner leur mission de dissuasion au profit de missions conventionnelles. C'est-à-dire que d'anciens SNLE servaient à un rôle tactique alors que les autres unités de la classe servaient toujours pour cette mission : ils exposaient donc la signature des unités versées à la dissuasion. Le cas des Ohio refondus SSGN relève, notamment, de cette problématique. La Russie recèle de nouveaux cas comme la reconversion d'anciens Delta III et IV pour des missions spéciales et clandestines. Par ailleurs, l'élément le plus distinctif du SNLE, outre les "engins" (MSBS ou SLBM), est le tube lance-missile qui n'est plus l'apanage de ces bateaux car il se diffuse aux sous-marins à propulsion classique par une nouvelle norme facilitant l'intégration des missiles aérobies... et balistiques. Les Britanniques n'ont pas décidé d'une utilisation tactique des Dreadnought mais la possibilité toute virtuelle interpelle et interroge.

2 commentaires:

  1. Article très intéressant.
    Navré de poser cette question un petit peu hors de propos, mais de quel avant projet de cuirassé parlez-vous en mentionnant la conception de propulseurs au bouts de tunnels ?

    Cordialement;
    G.

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    1. Monsieur,

      Bonjour, il n'y a pas être navré puisque la question est pertinente. Navré de vous répondre si tard : je n'avais plus l'ouvrage sous la main jusqu'à cette semaine.

      Ma "langue" a fourché : il ne s'agit pas d'avant-projets de cuirassés mais bien de porte-avions cuirassés conçus pendant l'Occupation tel que le PA 5B sur lesquels l'appareil à gouverner et les propulseurs sont disposés dans une "voûte" afin de les soustraire à la menace directe des torpilles. Voûte qui n'est pas carénée pour sa partie basse mais cette disposition aurait probablement eu une influence sur la signature acoustique.

      Bien cordialement,

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