Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





vendredi 5 avril 2019

P75(I) : lien avec les futurs SNA ?

© Naval group.
Le programme de l'Indian Navy pour l'acquisition et la construction nationale de six sous-marins dans le cadre du programme P75(I), prenant la suite du P75, commencerait à dévoiler quelques capacités opérationnelles visées par le cahier de charge. Elles annoncent des bateaux d'un fort tonnage pour un programme qui deviendrait ainsi l'anti-chambre d'un autre grand programme de sous-marins indiens, plus discret mais très convoité par l'un des plus petits clubs au monde : le programme de Sous-marins Nucléaires d'Attaque (SNA) indiens.

L'une des conséquences conflit du Kargil (3 mai 1999 - 26 juillet 1999) ayant opposé l'Inde et le Pakistan est la formalisation d'un plan de construction sous-marine à 30 ans. Il ne vise rien de moins que 30 unités à construire pour la marine indienne tandis que cette dernière alignait 12 sous-marins en 2012. Sur les 30, 18 devaient être à propulsion conventionnelle. Eu égard au détail des programmes considérés dans la programmation indienne, notamment les programmes de sous-marins à propulsion nucléaire et leur calendrier, il est peu probable qu'une troisième série de sous-marins classique soit commandée.

C'est pourquoi ce plan se déclinerait, dans la pratique, comme suit : le programme ATV devenu le type Arihant (S2 (INS Arihant (2016 - 2046 ?), S3 (et Arighat (2020 - 2050 ?), S4 (INS Aridhaman (2021 - 2051 ?), S4*, S5, S6 et S7) poursuivi par le programme six sous-marins à propulsion classique P75 puis prochainement par les six P75(I) se distinguant par une propulsion aérobie et achevé par le programme de six SNA.

Le programme P75(I) débute en 2007 et est suivi dès 2008 par l'émission d'une demande d'informations (RFI) à destination des principaux constructeurs de sous-marins : TKMS, Rubin, DCNS/ Armaris et Navantia.

Il est question d'un sous-marin à propulsion classique dont l'autonomie doit être prolongée grâce à un dispositif aérobie et apte à lancer des missiles de croisière. Ces bateaux déplaceraient un tonnage 50% plus important que ceux du programme P75 (1700 tonnes) : soit une masse d'environ 2500 tonnes. Ils doivent pouvoir évoluer dans les eaux côtières ("littoral" et "shallow waters") et océaniques ("blue water") face à des oppositions anti-sous-marines et de guerre électronique denses. Dans cette optique, ils devront être aptes à soutenir des missions de lutte anti-navire et de chasse aux sous-marins, à mener des opérations des forces spéciales, de reconnaissance et surveillance (ISR), de minage et de frappes à terre (missiles de croisière naval).

Le conseil d'acquisition de la défense approuve le programme en 2010 pour six sous-marins, la procédure se poursuivant par une nouvelle demande d'informations (RFI). Un appel à propositions (RFP) devait suivre selon les dires, en 2012, du chef d'état-major de la marine indienne sans qu'elles ne parviennent jamais aux candidats. En mai 2017, le programme P75(I) est placé sous le chapitre 7 du DPP 2016 : les bateaux du programme devront être construits en Inde sous transfert de technologie. Il s'en suit une troisième demande d'informations en juillet 2017.

L'approbation du programme expirée en février 2018 est renouvelée en janvier 2019. Le budget, en monnaie courante, atteint 40 à 60 000 core en janvier 2019, selon différents papiers de la presse indienne, alors qu'il était de 50 000 core en 2010 et de 53 000 en 2013.

Les entreprises ayant répondu à la demande d'informations (RFI) lancée en 2017 sont les suivantes :
  • Rosoboronexport (Rubin) avec l'Amur 1650,
  • Naval Group avec le Scorpene,
  • TKMS avec le Type 214 (version couramment proposée à l'exportation du Type 212),
  • Saab avec l'A26,
  • Navantia avec le S80,
  • Mithshubushi et Kawasaki Heavy Industries (MH/KHI) avec la classe Sōryū).
Seuls les Espagnols (S80) et les Japonnais (classe Sōryū) n'auraient pas répondu au cette dernière demande d'informations (RFI) car celle-ci spécifie que la proposition ne peut concerner qu'un sous-marin d'ores et déjà construit et en service dans une marine. Alessio Patalano explique le refus japonais de s'engager en 2015 - les doutes quant à cette participation s'exprimaient depuis cette année - pour trois raisons : "The first is operational. The Soryu's design is maximized to favor longer patrols and operational flexibility [hence the larger size], both features being not particularly relevant to India's requirements. The second concerns the limited commercial advantage of this deal. Indian shipbuilding industry has limited capacity and a track record that is less than stellar. ... The third aspect concerns reputation. Japan is still learning its ropes in defense-related cooperation/sales, and an Indian experience might be problematic. If you're the new kid in town, you don't want your reputation to be tarnished before you have established it." (Paul Kallender-Umezu et Vivek Raghuvanshi, "Japan Unlikely To Join Indian Sub Tender", Defense news, 11 avril 2015)

Les nouvelles informations quant au cahier des charges du programme P75(I) précisent le type et le nombre d'armes emportées. Il était su depuis la formalisation du programme que les futurs bateaux devront pouvoir emporter des missiles de croisière servant aux frappes à terre, ce qui n'était rédhibitoire pour aucun des concurrents. Mais ce programme demande des bateaux capable d'embarquer, chacun :
  • 18 torpilles lourdes,
  • 12 missiles de croisière naval à changement de milieu (Submarine-Launched Cruise Missile (SLCM) qui devrait être le Nirbhay,
  • un nombre indéterminé (à panacher avec les SLCM ?) de missiles de croisière anti-navire (Anti-Ship Cruise Missile (ASCM) qui devrait être le BrahMos II.
La classe Kalvari (Scorpène) possède les installations pour accueillir 12 torpilles lourdes plus 6 dans autant de Tubes Lance-Torpilles (TLT). Par contre, les 12 SLCM sont à comprendre comment autant de munitions s'ajoutant aux torpilles lourdes et non pas à inclure parmi elles dans une configuration particulière. Même les SNA de la classe Suffren ne peuvent accueillir autant d'armes (20 sur les racks, 4 aux tubes).

Ceci implique soit une salle des torpilles plus grande, soit un système de lancement vertical de missiles de croisière à changement de milieu : le tout devant être compatible avec un sous-marin issu du programme P75(I) ayant un déplacement plongée de l'ordre des 2500 tonnes. Accueillir autant d'armes tactiques dans le compartiement de la zone dédiée à l'avant dans un tel tonnage paraît assez faible par rapport aux classes de sous-marins existantes pouvant emporter 30 armes comme, par exemple, les Sōryū (2950 tonnes) et les SNA de classe Trafalgar (5200 tonnes). Par contre, des tonnages légèrement ou franchement supérieurs à 3000 tonnes permettent de trouver des bateaux pouvant accueillir un système de lancement vertical à un ou deux tubes permettant d'obtenir la quantité de missiles de croisière demandée.

Les Type 212/214 seraient donc éliminés d'office, d'autant plus que TKMS ne propose plus le Type 216 (~ 4000 tonnes) depuis la défaite reçue lors de la compétition pour le programme australien SEA 1000. Dès lors, il ne resterait plus que Naval group (SMX 3.0 et Barracuda conventionnel/Shortfin Block 1A), Rubin (Amur 1650) et Saab (A26 Oceanic Extended Range). La participation russe est elle-aussi compromise puisque ce pays n'a pas encore réussi à développer son propre module AIP, la classe Lada étant empêtrée par cette difficulté.

Ne resterait plus que Français et Suédois ? Aucun sous-marins du programme Barracuda n'est actuellement en service mais trois unités sont sur cale mais le Suffren est proche du lancement et une nouvelle chaîne de production est en cours d'installation en Australie. Aucun A26 n'est non plus en service mais le HSwMS Skåne a été mis sur cale le 4 septembre 2015 alors que le HSwMS Blekinge est aussi en chantier. Il est étonnant de ne pas trouver trace d'une candidature, tout du moins d'un intérêt de la part de la Corée du Sud alors même que les sous-marins du programme KSS III semble correspondre assez bien aux rares données connues du cahier des charges indien. Et le Dosan An Chang-Ho a vu son chantier débuter le 17 septembre 2018.


La question des chantiers navals pouvant concourir au programme P75(I) est révélatrice puisque le placement du programme P75(I) est placé sous le chapitre 7 du DPP 2016. Mais cette procédure serait abandonnée depuis mars 2018. Et ce serait donc le chantier Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL) qui devrait être nommé par le gouvernement par ce programme. Une décision qui aurait été prise un mois après la visite du président Emmanuel Macron en Inde (IANS, "Handing over P75(I) submarine project to Mazagon will sound death-knell for private players", Financial Express, 30 avril 2018). Ce même chantier qui est le partenaire de DCNS devenu Naval group pour l'exécution du programme P75, c'est-à-dire la construction des six bateaux de la classe Kalvari.

Le chantier naval public à Visakhapatnam semble détenir un plan de charge l'occupant jusqu'au début des années 2030. Le gouvernement indien décidait de préserver les compétences acquises au titre des transferts de technologie par le programme P75 en ne souhaitant plus une deuxième ligne de production de sous-marins (hors SNLE) comme cela était souhaité dans le plan à 30 ans de construction sous-marine afin de favoriser la concurrence. Cette spécialisation de MDL oblige à s'interroger sur les possibilités techniques et légales pour celui-ci à enchaîner deux programmes de sous-marins de nationalités différentes. Enfin, le programme P75(I) est proche de se phase finale de mise en concurrence des chantiers ayant répondu à la demande d'informations alors que celui dédié aux six SNA à construire en Inde est sur le point d'être lancé officiellement. Russes et Français se sont d'ores et déjà lancés.

Dès lors, c'est la manière dont les Indiens vont placer le curseur qui pourrait déterminer la fin du plan indien de construction sous-marine à 30 ans : est-ce que le programme P75(I) aboutira à un bateau pouvant servir de base au développement d'un SNA ? Le programme SBR (Scorpène BRasil) à partir d'un sous-marin d'un déplacement de 2000 tonnes en plongée verra bien la fourniture d'une coque de 6000 tonnes pour un futur SNA (SN-BR (Submarino Nuclear - BRasil).

Ou bien, autre hypothèse : le programme P75(I) est décorrélé du futur programme de SNA, permettant à l'Inde de choisir un autre partenaire étranger. Le tout constituant deux partenariats stratégiques pour la force sous-marine indienne : un pour ceux à propulsion classique, un autre pour ceux à propulsion nucléaire, le tout étant possiblement mis en concurrence pour soutenir le programme des SNLE indiens. Ce qui lèverait une difficulté pour la Russie quant au programme P75(I), difficulté toute relative puisque le module AIP devrait être disponible entre 2021 et 2025.

Auquel cas, la proposition de DCNS (Michel Cabirol, "DCNS propose trois sous-marins Scorpène supplémentaires à l'Inde", La Tribune, 24 novembre 2016) si elle était finalement acceptée par l'Inde permettrait d'entretenir les compétences de MDL car le dernier Kalvari quittera le chantier en 2021 tandis que l'industrialisation des SNA sera encore très loin.

Le programme P75(I) de par les demandes du cahier des charges devrait être logiquement d'un déplacement en plongée plutôt de l'ordre des 3000 tonnes et plus que d'environ 2500 tonnes, tonnage un peu juste pour accueillir le nombre d'armes demandé. La question du programme des six futurs SNA devrait être pris en ligne de compte pour assurer la soudure entre le programme P75 et les futurs SNA pour le maintien des compétences du seul chantier indien sachant construire des sous-marins, hors cas particulier de Visakhapatnam. Le programme Sea 1000, par exemple, souligne une facilité virtuelle à basculer d'une propulsion classique à nucléaire à partir d'un même bateau dont il faudrait relativement peu de modifications par rapport au développement d'un bateau nouveau. Mais l'Inde souhaite gagner en compétences et un nouveau bateau, justement, pourrait mieux lui convenir que l'existant où l'essentiel des travaux se résumerait à l'intégration du réacteur nucléaire de l'ATV (INS Arihant). A la remarque près que cela paraît être une étape intermédiaire avant l'autonomie totale satisfaisante pour les Brésiliens.


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