Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





samedi 19 octobre 2019

Türk Deniz Kuvvetleri : Milli Denizalti (2012 - 2030)

© IHA. "Atelier national sur les sous-marins à Istanbul", 16 juin 2017.
La marine turque (Türk Deniz Kuvvetleri) a lancé son programme de sous-marin national (MİLli DENizalti (MİLDEN). Il sera l'aboutissement de l'acquisition des compétences nécessaires à l'assemblage, la construction, les modifications et modernisations de sous-marins, Ankara parvenant à un degré d'autonomie décisif. Le MİLDEN prendrait la suite du sixième Type 214 TN dans une cale turque, signe d'une programmation navale maîtrisée. Et l'avènement d'un nouveau fournisseur de sous-marins pour la prochaine génération et non plus seulement l'actuelle et la précédente.

La Türk Deniz Kuvvetleri est forte de quatorze sous-marins répartis dans les classes Atılay (Type 209/1200), Preveze (Type 209/1400 T1) et Gür (Type 209/1400 T2). Sur les six sous-marins de la classe Alitay seuls les n°4, 5 et 6 (TCG Yıldıray, TCG Doğanay, and TCG Dolunay) furent construits en Turquie mais les douze suivants furent bel et bien mise sur cale en Turquie avec l'assistance allemande.

Les classes Preveze et Gür sont des évolutions et améliorations de la précédente : des Type 209/1400 Mod. La marine grecque possède une seule unité très similaire obtenue à partir d'une quasi-reconstruction d'un Type 209/1200 doté dorénavant d'un module AIP (Air Independant Propulsion).

Il est courant d'observer que les classes de bâtiments turques soient aussi appelés par le suffixe du nom complet : Ay pour la classe Atilay, Reis pour la classe Rerireis par exemple.



Type 209/1200 
Type 209/1400 T1 
Type 209/1400 T2 

Classe Atılay / Ay 
Classe Preveze 
Classe Gür 
S-347 Atılay (1976 - 2016) 
S-348 Saldiray (1977 - 2014) 
S-349 Batiray (1978 – 2021 ?) 
S-350 Yildiray (1981 – 2022 ?) 
S-351 Doğanay (1984 – 2023 ?) 
S-352 Dolunay (1989 – 2024 ?) 
 S-353 Preveze (1994 – 2025 ?) 
S-354 Sakaryna (1995 – 2027 ?) 
S-355 18 Mart (1998 – 2032 ?) 
S-356 Anafartalar (1999 – 2033 ?) 
 S-357 Gür (2003 2034 ?) 
S-358 Çanakkale (2005 2035 ?) 
S-359 Burakreis (2006 2036 ?) 
S-360 Birinci İnönü (2007 2037 ?) 
Caractéristiques nautiques  
Longueur 
55,90 
62,05 
62,05 
Largeur 
6,20 
6,20 
6,20 
Tirant d’eau 
5,50 
5,50 
5,50 
Tonnage en surface 
980 
1454 
1454 
Tonnage en plongée 
1185 
1586 
1586 
Immersion (mètres) 
2500 
280 
280 
Vitesse (nœuds) 
22 
21,5 
21,5 
Propulsion (CV) 
4 x 600 
4 x 950 
4 x 950 
Moteurs diesel 
4 x MTU 
4 x MTU 12V 396 SB83 
4 x MTU 12V 396 SB83 
Moteur électrique (MW) 
3,38 (Siemens) 
2,94 (Siemens) 
2,94 (Siemens) 
Autonomie (mn) 
7500 à 8 nœuds 
8200 à 8 nœuds 
8200 à 8 nœuds 
Equipage 
38 
30 
30 
Caractéristiques opérationnelles 
Tubes Lance-Torpilles 
8 x 533 mm 
8 x 533 mm 
6 x 533 mm 
Nombre armes tactiques 
16 
16 
18 
Tableau 1 - Les quatorze sous-marins turques répartis en trois classe de la dernière génération dépourvue d'AIP.


Avant d'aborder la phase de renouvellement de la force sous-marine turque, il convient de remarquer les modernisations des classes existantes avec l'apport significatif d'installations et d'équipements fournie par l'industrie turque. L'une des briques technologiques les plus ambitieuse est très certainement le système de combat Müren Sys. Il est la pièce-maîtresse de la modernisation de deux bateaux de la classe Atilay et de ceux de la classe Preveze. Le programme de modernisation des Gür suivra à l'achèvement du précédent à partir des mêmes choix techniques.

La classe Atilay sera progressivement remplacé par de nouveaux sous-marins construits sous licence : six Type 214 TN de TKMS. Ankara poursuit le partenariat noué avec l'industriel allemand HDW, aujourd'hui une des divisions de TKMS. Ces sous-marins auront en commun avec les anciens leur système de combat et de nombreux équipements.



Type 214 TN 
x-TS1700 
MİLDEN (esquisse 2017) 

Classe Pirireis 
? 
? 
S-361 Pirireis (2022 – 2052) ? 
S-362 Hızırreis (2023 – 2053) ? 
S-363 Murat Reis (2024 – 2054) ? 
S-364 Aydın Reis (2025 – 2055) ? 
S-365 Seydi Ali Reis (2026 – 2056) ? 
S-366 Selman Reis (2028 – 2058) ? 
? 
S-367 (2033 – 2063) ? 
S-367 (2034 – 2064) ? 
S-367 (2035 – 2065) ? 
S-367 (2036 – 2066) ? 
S-367 (2037 – 2067) ? 
S-367 (2038 – 2068) ? 
Caractéristiques nautiques  

Longueur 
65,00 
60,14 
70 
Largeur 
6,30 
6,5 
7 
Tirant d’eau 
6,00 
? 
? 
Tonnage en surface 
1690 
1517
2000 
Tonnage en plongée 
1860 
1740
2400 
Immersion (mètres) 
400 + 
300 +
300 + ? 
Vitesse (nœuds) 
20 
20 +
20 + ? 
Propulsion (CV) 
9137 
?
?
Moteurs diesels 
2 x MTU 
?
?
AIP 
2 x Pile à combustible HDW 
? 
?
Moteur électrique (MW) 
2,85 
? 
?
Autonomie (mn) 
84 jours 
12 000 à ? 
90 jours 
90 jours 
Equipage 
27 
25 + 6 
25 + 6 
Caractéristiques opérationnelles 

Tubes Lance-Torpilles 
8 x 533 
8 x 533 
8 x 533 
Nombre armes tactiques 
16 
16 
16 ? 
Tableau 2 - Les douze nouveaux sous-marins de l'ère AIP répartis en deux classes

Le programme MİLli DENizalti (MİLDEN) fut lancé en 2012 par l'Araştırma Merkezi Komutanlığı (ArMerKom) ou Commandement du centre de recherche navale de la marine turque. Sa cible de six unités s'ajoutera aux six Pirireis dont le premier a été mis sur cale en octobre 2015 et le dernier devrait être livré en 2028. Ces deux programmes permettront le remplacement de douze des quatorze unités précédemment admis au service actif. L'amélioration des capacités opérationnelles sera particulièrement le fait d'une progression de l'autonomie en plongée grâce au module AIP.

L'organisation institutionnelle de ce programme semble voir le Savunma Sanayii Mustesarligi (SSM ou sous-secrétariat d'État aux industries de Défense) prendre en charge de la coordination des relations institutionnelles.

La société STM (Savunma Teknolojileri Mühendislik ou Ingénierie des technologies de défense en Français), créé en 1991 par décret du Comité exécutif de l'industrie de la défense typiquement pour la gestion de ces projets au profit du SSM, assurerait la coordination de l'ensemble des programmes et projets devant intégrer le futur sous-marin.

Ce serait le bureau de projet de la marine turque qui coordonnerait les études du futur sous-marin serait le fait du bureau de conception du Istanbul Naval Shipyard (INSY) situé dans la baie de Pendik et fondé en 1455 par Mehmet II le Conquérant (30 mars 1432 - 3 mai 1481).


Phase 1  Étude de faisabilité 

2012 – 2015 

Phase 2  Définition des spécifications techniques et opérationnelles du sous-marin 

2015 - 2018 

  • Présentation du concept de sous-marin x-TS1700 à l’IDEF (9 – 12 mai 2017)  
  • Présentation d’une esquisse à l’atelier MILDEM (15 – 16 juin 2017) 


Phase 3.1 

Développement et essais des sous-systèmes 

2014 - 2017 
Développement et essais des sous-systèmes de conception nationale du MILDEN à bord du S-347 Atilay : 
  • Schnorchel, 
  • Périscope de veille optique, 
  • Systèmes électroniques, 
  • Logiciels, 
  • Système de combat, 
  • Torpille Akya, 
  • Missile anti-navire Atmaca 
Phase 3.1 

Développement et essais des sous-systèmes 

2017 - 2020 

Développement et essais des sous-systèmes de conception nationale du MILDEN à bord du S-348 Saldiray 













Phase 3.3 

Intégration de sous-systèmes sur la classe Pirireis 
 2009 - 2028 
ASELSAN 
  • ARES-2N ESM 
  • Radar Alper (LPI) 
  • Système de communication intégré 
  • Système de communication par satellite en bande X 
  • Caméra IR pour le mât optronique Carl Zeiss 

MILSOFT 
  • Logiciel des liaisons de données L16 et L22 

HAVELSAN 
  • Système SEDA (contrôle sonar) 
  • Conduite de tir de torpilles TorAKS (sous-système SEDA) 

AYESAS 
  • Consoles ISUS-90/72 du système de combat d’Atlas Elektronik 

Koç Savuma Sistemleri / Ultra electronics (UK) 
  • Système de lutte anti-torpilles Sea Crypsis. 
Phase 3.2 

Développement d’un module AIP 

2017 - 2023 
Développement et essais du futur module AIP du MILDEN à bord du S-349 Batiray 

  • AIP développé par IdeaLab 
  • Mât multifonction (télécommunication, ESM et ECM) ? 
Phase 4  Conception initiale du sous-marin 

2023 - 2025 

  • conception de la coque 
  • Intégration du système AIP.  
Phase 5 

Conception détaillée du sous-marin 

2023 - 2025 

  • intégration des systèmes (phase 3) 
Phase 6  Construction de la tête de série  2028 - 2033 

Phase 7 

Constructions des bateaux n°2 - 6 


Tableau 3 - Proposition d'illustration des différentes phases du programme MİLDEN


Le calendrier du programme offre un fin aperçu de l'ensemble des ambitions détaillées jusqu'au niveau technique du futur MİLDEN. Il est remarquable que pas moins de trois sous-marins de la classe Alitay servent aux essais de certains des systèmes développés pour la classe Pirireis et le MİLDEN. Pratique courante dans les marines les plus richement dotées et qui n'est donc pas à la portée de toutes les autres. La France, par exemple, se servait d'anciens sous-marins de chasse afin de développer et d'essayer à la mer une partie des systèmes des futurs SNLE-NG, parfois au prix de ce qu'il convient d'appeler des reconstructions.

Lors de l'atelier MİLDEN (15 - 16 juin 2017), l'amiral Bostanoğlu, commandant des forces navales, précisait lors de son discours d'ouverture les secteurs dans lesquels des efforts étaient demandés :
  • système de contrôle par sonar et de tir intégré
  • systèmes optroniques à haute résolution
  • radar de navigation LPI capable de détecter d'autres radars
  • COMING et SIGINT
  • systèmes de communication HF/SHF
  • centrale de navigation inertielle
  • L16/22
  • AIP
  • intégration des :
      • SLCM (?)
      • SLASM (Atmaca)
      • Mines (?)
En ce qui concerne l'AIP, IdeaLab explorerait la voie du dioxyde de carbone stocké à bord dans des bouteilles à haute pression. Il semble que ce soit la voie dans laquelle s'est engagée la Turquie. Ce qui amène à questionner la solidité du choix quand Naval group est parvenu à maîtriser la fracturation du gazol en cycle fermé, réduisant la logistique à un seul combustible à bord.

Ce qui est intéressant dans ce que les Turques identifient comme lacunes industrielles à combler afin de parfaire l'autonomie stratégique turque sur l'arme sous-marine et son environnement est ce qu'ils ne disent pas. Ils sont discrets sur la question des moteurs électriques servant à la propulsion. L'industrie turque se révèle incapable de produire les aciers à haute limite élastique servant à la confection de la coque résistante. Les tôles sont fabriquées et livrées depuis l'Autriche.

L'esquisse montrée en 2017 à l'atelier MİLDEN (15 - 16 juin 2017) laisse deviner qu'il est attendu que l'industrie turque propose des antennes sonar de flanc (dès la classe Reis ?) sans oublier une antenne linéaire remorquée, un appareil à gouverner en croix et le développement d'une pompe-hélice. Il serait étonnant que la Turquie communique sur le ou les bateaux qui serviront à ces expérimentations.

Mêmes les attendus officiels obligent à observer finenement les voies techniques explorer : l'objectif est de remplacer les UGM-84 Sub Harpoon par des Atamca et d'introduire un premier missile de croisière naval à changement de milieu (Submarine-Launched Cruise Missile (SLCM). Autrement dit : comment ? Deux voies sont possibles :
  • la moins coûteuse consiste à développer la polyvalence des tubes lance-torpilles - quatre des huit seraient spécialisées pour les seuls UGM-84 et d'accepter de panacher les armes tactiques à sans relever le nombre total d'armes tactiques ;
  • la plus coûteuse consisterait soit à augmenter ce nombre d'armes en agrandissant la ou les soutes dédiés, soit à envisager le développement d'un système de lancement vertical à l'instar de la Corée du Sud (KSS-III), de la Suède (A26) qui suivent l'US Navy (SSGN Ohio, Virginia Block III et suivants).

Cela pose la question de l'éventuelle participation d'industriels turques à l'adaptation du SLCM Babur-3 à bord des Agosta 90B pakistanais dans un contexte de prises de position turques quant aux régimes de contrôle, de limitation et de réduction des armes nucléaires dans le monde avec des allusions sur le rôle de ces armes qu'ils ne sont pas les premiers à faire dans cette région depuis 2003 alors que le Pakistan fait à peine planer le mystère sur les charges éventuelles des Babur-3 qui ne seraient pas forcément de nature conventionnelle.

Autre point d'attention : l'immersion opérationnelle visée n'est forcément pas explicitée. Il s'agit de prendre en considération que les fonds sont profonds de 1500 mètres en moyenne dans la mer Égée avec des pointes jusqu'à 4500 mètres. La Turquie par Meteksan Defence possède, au moins, une infrastructure permettant d'essayer des équipements de faibles dimensions dans les conditions de pression rencontrées à 500 mètres de profondeur.

Après les succès commerciaux turques dans le domaine sous-marin (modernisation des Agosta 90B pakistanais par STM au lieu de Naval group ; succès d'estime en Indonésie pour le programme d'acquisition de trois sous-marins lancé par l'Indonésie gagné par DSME (Chang Bogo (Type 209/1400 Mod), il est attendu des candidatures turques à tous les futurs marchés. Ankara est devenue un fournisseur de sous-marins capable de livrer presque tout l'environnement opérationnel nécessaire à la construction d'une sous-marinade.

Dans cette perspective, la présentation du concept de sous-marin x-TS1700 à l’IDEF (9 – 12 mai 2017) amène à s'interroger sur la viabilité de ce concept et s'il peut être décliné en proposition commerciale en lieu et place de l'exportation d'un des sous-marins de conception allemande construits sous licence. Il n'y aurait plus besoin des autorisations contractuelle et politique allemandes à demander.

Par contre, c'est à l'aune des coopérations existantes ou achats à des industriels étrangers que se mesure le risque géopolitique puisque sur quelques capacités clefs les programmes de constructions et de modernisations de sous-marins turques sont dépendants des autorisations délivrées par les gouvernements étrangers dans le cadre du contrôle de l'exportation de matériel de guerre. C'est de la célérité dans l'exécution de ces programmes et des capitaux nécessaires qui seront les conséquences visibles de mesures de rétorsions plus ou moins durables, plus ou moins totales ou limitées.

Finalement, ce qui interpelle ne sont pas les ambitions techniques et technologiques portées par le programme MİLDEN. La Turquie prétend développer seule un sous-marin de la génération "n + 1" avec des matériels (pompe-hélice, antennes de flanc par exemple) qui sont l'apanage des plus grandes puissances sous-marines. Même la capacité à déployer des forces spéciales à partir des tubes lance-torpilles et dont l'équipement est stocké dans une valise sèche à l'arrière du stock est montrée dans les dessins assistés par ordinateur des Type 214 TN. L'introduction voulu de missiles de croisière naval à changement de milieu achèverait de faire entrer la Turquie dans tous les clubs fermés hormis ceux de la propulsion nucléaire navale et de la capacité à délivrer des armes atomiques.

Deux arguments mènent à douter de cette classe à six bateaux du programme MİLDEN :

La Turquie n'a pas encore investigué comme choix techniques, à l'instar d'un système de lancement vertical pour sous-marins, facilitant pourquoi pas la mise en œuvre de forces spéciales, l'intégration de drones, le développement d'une propulsion électrique intégrée, qui oblige à questionner le bien-fondé d'une série de six bateaux. La mise sur cale du premier n'intervenant qu'en 2028 pour une admission au service actif espérée vers 2033, il s'agirait de réfléchir à la nouvelle génération de bateaux qui détiendront de nouveaux avantages décisifs das les années 2030. Les avancées technologiques portées par le MİLDEN si elles ne sont l'apanage de quelques uns sont pourtant en cours de diffusion et donc sur la voie de la banalisation.

Le désarmement des deux premiers Type 209/1200 voit la marine turque s'installer dans un format à douze sous-marins. Il est vrai que la marine grecque est actuellement à onze mais devrait chuter au cours des années 2020 à huit, peut être même six d'ici la fin de cette décennie. Mais douze sous-marins seront-ils assez face aux six à huit grecques, aux sept russes renforcés ponctuellement par les déploiements de sous-marins des flottes du Nord et de la Baltique et face aux sous-marins israéliens et égyptiens ?

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