13 mars 2011

Le retour des marchés anglais dans l'exportation de navires de guerre ?

© BMT Defence Services. BMT Defence Services' design for a large, capable conventional SSK submarine. Vidar-36 offers multiple-mission capabilities hosted in an ocean-going, littoral platform.
Le Vidar 361 est la discrète proposition des chantiers BMT aux marines souhaitant s'équiper d'un sous-marin classique.


Géopolitique de la construction sous-marine européenne

Il est bien connu que l'Angleterre a souffert de l'arrêt de la construction de sous-marins classique pour l'export2. Ces réalisations permettaient de combler les passages à vide de la construction de vaisseaux noirs nucléaires et ainsi de préserver l'outil de production. La conséquence de cet abandon a été une non-maîtrise des coûts de construction des SNA Astute car l'outil de production n'était plus performant.

La leçon a été retenue néanmoins. D'autre part, BMT a certainement pris en compte, avec raison, que la construction (et vente) de sous-marins était l'activité la plus rentable qu'un chantier puisse construire.

On peut retrouver là une partie des raisons du comportement espagnol ayant conduit au lancement du S-803, les anglais ne veulent pas laisser une grande partie de l'activité navale européenne à un éventuel accord (ou entente) franco-allemand écrasant de fait l'industrie espagnole et la leur par conséquent.

La construction de sous-marin est la plus lucrative pour un chantier de la navale militaire. Elle permet à ce dernier de compter. Si le chantier ne dipose pas de cette activité il peut se tourner vers la construciton de navire de surface mais il faut être honnête : la plus grande partie de la valeur ajoutée d'une frégate ce n'est pas le "flotteur" mais l'armement. Les Chantiers de l'Atlantique avait fait un devis pour le PA2 : 980 millions d'euros4 pour la coque sur une note finale (espérée) de 2500 millions d'euros.
L'activité de construction de navire de surface n'est pas négligeable mais la construction d'un sous-marin, même moins l'armement, reste plus rentable.

Il faut rappeler que les scandinaves avaient le projet Vicking5. Il ne s'est pas fait, malheureusement pour eux.

Les Pays-Bas pourraient rendre les armes dans la construction sous-marine. Les constructions navales suédoise et italienne de sous-marins sont sous coupe allemande : contrôle capitalistique pour la première, construction sous licence pour la deuxième. La tentative d'émancipation italienne a été tenté avec les russes autour de la conception d'un sous-marin côtier de la classe des 1000 tonnes6 mais le projet semble à l'abandon.

Il y a bien un risque que la France et l'Allemagne soient les deux seuls constructeurs d'Europe de l'Ouest et d'Europe avec la Russie. Pourtant, "l'EADS" naval ce n'est pas pour demain depuis que les chantiers allemands7 ont été revendu aux E.A.U. !

BMT vise les principaux marchés

La vidéo de présentation du Vidar 36 commence immédiatement par cette considération. De façon nonchalante, c'est le rayon d'action du sous-marin qui est présenté. La vidéo modélise l'autonomie du navire sur planisphère, il n'est pas innocent de le représenter autour de l'Amérique du Sud, des mers asiatiques, du Canada et de l'Australie : les principaux marchés de sous-marins ! Il y a bien une ambition.

Capacités guerrières aux normes actuelles

Les capacités intrasèques du sous-marin ne sont pas originale : torpilles, missiles de croisière (et anti-navire alors), certainement des mines et la capacité de déposer des commandos.

Un petit mot sur le mode de lancement : les missiles de croisière sont lancés par les tubes lance-torpilles. Il m'est, enfin, donné l'occasion de tordre le cou à ceux qui prétendent que le Scorpène est moins avancé que le S-80 car ce dernier disposera de silos de lancement vertical pour missiles de croisière. La position de lancement du missile ne détermine pas la "modernité" du sous-marin. Il serait même difficile de dire si la différence permet un stockage plus important de munitions, les rails à torpilles étant débarassés des missiles de croisière.

Par contre, le SMX-218 de DCNS était une étude dont l'un des objectifs était la faisabilité du stockage des munitions et de leurs lanceurs entre les coques internes et externes. Une autre étude plus récente, le SMX-249, envisageait même le stockage en dehors du sous-marin.

On regrette l'absence de drone, du moins, de réflexion en la matière. Le SMX-2510 de DCNS laissait présager l'intérêt idéal de l'utilisation de drones sous-marins et aérien pour appuyer le déploiment de forces spéciales. Le fort tonnage du Vidar 36 lui laisse pourtant du volume.

Navire : toujours plus lourd !

Une tendance mondiale est observable : les navires des marines et garde-côtières sont toujours d'un tonnage supérieur à la génération précédente ! Polyvalence, nécessité d'embarquer des voilures tournantes, autonomie plus grande sont les principales raisons de cette évolution.

Tout les types de navire sont concernés : du patrouilleurs au porte-avions.

Les sous-marins n'échappent pas à la règle et les sous-marins classiques deviennent de plus en plus "océanique". Il est loin le temps des Narval et Daphné, même le Scorpène semble d'un tonnage insuffisant avec ses 2000 tonnes en plongée pour la principale version. L'Australie est le seul pays à l'heure actuelle qui demande un certain nombre de spécification pour ses futurs sous-marins qui feront que les navires dépasseront certainement les 3000 tonnes en plongée.

Architecture navale

L'architecture du Vidar36 n'est pas des plus originale. Mais, elle a le grand mérite de tirer partie des études des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) de classe Astute. Là est la jonction avec le début du billet : l'intérêt de vendre des sous-marins classiques à l'export pour des pays comme l'Angleterre et la France est de pouvoir rentabiliser les parties non-nucléaires de ces sous-marins, de préserver l'outil de production. Ce dernier tourne presqu'en continu, ce qui peut être pratique en cas de guerre. Il ne suffit pas d'une guerre mondiale pour montrer l'intérêt du propos mais une simple crise aux Malouines et la Royal Navy peut saisir un Vidar 36 en production pour l'utiliser au Service de Sa Majesté. Un sous-marin de plus, cela peut faire la différence.

On distingue même une certaine différenciation des choix architecturaux en Europe : les européens du Nord (Anglais, Allemands et autres scandinaves) choisissent un dessin de sous-marin très proche des U-214 alors que les français et les espagnols restent à une forme "pure" de coque Albacore.

Les raisons entraînant preque deux types de coques différentes me sont inconnues mais il serait intéressant de les connaître. Les Agosta et Scorpène sont dérivés des Rubis. Hors, même pour les SNA et futurs SNA il est fait le choix d'une coque Albacore très épurée. Les allemands ont fait un choix différent dont les raisons me sont inconnues. Les anglais font aussi ce choix depuis les SNLE de classe Vanguard et les Astute. Pourtant, les SNA anglais de classe Trafalgar et Switfure avaient des coques de forme Albacore "pure". 

Vraiment, il serait intéressant de savoir pourquoi l'architecture navale anglais a viré vers les allemands.

En France on ne semble pas faire le même choix pour deux raisons :
  • La première est que le remplaçant du Scorpène sera un dérivé des recherches effectuées pour la classe Suffren. Pourtant, les images de synthèse du projet Barracuda laissent apparaître une tendance à ne plus construire une forme type Albacore pure. La coque des nouveaux SNA est plus proche de celles des Astutes que de celles des Rubis réformés.
  • La seconde raison tient à la première : à moins que DCNS dispose de fonds propre suffisant, le remplaçant du Scorpène (s'il reste franco-français) sera là pour compenser les fonds investis dans les recherches pour les sous-marins nucléaires. A moins que DCNS puisse prendre les devants et utiliser la vente de sous-marin classique à l'export afin de non pas rentabiliser un programme de sous-marin nucléaire mais de préparer la génération suivante. Le remplacement des SNLE classe le Triomphant arrivera assez vite.
Les traités du 2 novembre 2010 laissent entrevoir une coopération franco-anglaise dans les technologies de construction de sous-marins, so, wait & see...

Vidar 36

L'étude de BMT est intéressante, elle peut constituer un bon rival à défaut d'un rival révolutionnaire. La chose qui fait rééllement la différence, en général, c'est l'influence diplomatique et commerciale. L'inconnue est là : est-ce que l'Angleterre peut arracher un marché de vente de sous-marins à ses concurrents ? Les places sont rares.

Il faut noter que dans le cas anglais, l'Amérique du Sud ou presque lui est entièrement défavorable, cela n'aide pas !

Le S-80 espagnol semble plus en mauvaise posture qu'en passe de réussir. Pire, il pourraît être mis sur le marché alors que la nouvelle génération de sous-marin classique ne serait pas loin d'être conçue.

L'exercice en vaut pourtant la chandelle pour l'Angleterre. Le meilleur moyen pour elle serait peut être une réussite en Australie.


1 "Vidar 36 : un nouveau concurrent pour le Scorpène de DCNS", le Portail des sous-marins, 21 mai 2008.
2"Sous-marin : la Grande-Bretagne commande un quatrième Astute" : "Pour l'heure, 5.4 milliards d'euros ont déjà été engagés dans les études et la construction des trois premières unités", Mer et Marine, 6 juin 2007.
4"PA2 : Thalès évoque une construction à St Nazaire" : "Pour Aker Yards, le contrat de la coque du PA2 est estimé entre 800 et 900 millions d'euros, soit environ un tiers du coût total du navire", Mer et Marine, 12 décembre 2006. 
5"Vicking class submarine", Wikipedia.
7"TKMS : un actionnaire des émirats va entrer au capital de Blhom+Voss", Mer et Marine, 16 octobre 2009.
8Zone Sous-Marins : le forum du site est manifestement le dernier endroit disponible sur la toile où l'on évoque encore l'existence de cette étude de DCNS.
9"DCNS présente un sous-marin aux lignes d'avion furtif", le Portail des sous-marins, 1er novembre 2008.
10"Chronique de Stratégie et Tactique navale : le SMX-25 ou le retour du submersible par DCNS", le Portail des sous-marins, 18 octobre 2010.

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