25 juillet 2015

L'apport du groupe aéronaval du Foch au dispositif aérien français au Kosovo (26 janvier - 3 juin 1999)

Le porte-avions Foch de retour de la mission Trident (Kosovo) après 119 jours en opérations.

L'intervention du groupe aéronaval français dans le cadre du dispositif aérien mis en œuvre par la France pour sa participation à l'opération otanienne Allied Force (l'opération Trident) fait montre des qualités habituelles de cet outil. Cependant, la grande originalité de cette expérience est de démontrer la pertinence de ces mêmes qualités dans une mer aussi resserrée que l'Adriatique là où, justement, le porte-avions ne pourrait pas théoriquement opérer selon un panthéon d'adversaires.



L'un des récits les plus centrés sur ce sujet nous est offert par l'Amiral Alain Michel Coldefy, le commandant de la force aéronavale française de l'opération Trident. Il offre son témoignage, notamment, dans l'ouvrage collectif Entre Terre et Mer - L'occupation militaire des espaces maritimes et littoraux (sous la direction de Jean de Préneuf, Eric Grove et Andrew Lambert, 2014, Economica).

L'une des qualités offerte par le groupe aéronaval agissant dans le cadre d'une coalition face à une côte hostile, d'un côté, mais soutenu par une côte amie, de l'autre côté, est de permettre à la France d'agir en toute indépendance dans les moments les plus cruciaux. L'Amiral Coldefy de relever, par exemple, que les moyens aériens (en mer) étaient ajustables sur simple décision politique. La présence sur zone du groupe aéronaval ne supposait aucune autorisation à demander à quiconque. Le droit de la mer issu de la convention de 1982 évite que les mers fermées deviennent des mers interdites à autrui.

Ce premier facteur entraîne une conséquence intéressante sur le dimensionnement du groupe aérien embarqué car il a pu passer "en plusieurs étapes de douze à vingt-deux, sur simple décision politique, sans avoir à négocier politiquement et diplomatiquement un quelconque déploiement complémentaire, les avions étant déjà à bord. Il n'a d'ailleurs pas été possible de déployer tous les avions de combat à proximité du théâtre d'opérations sur des bases terrestres en Italie." (p. 405) Il convient de rappeler que l'enthousiasme de Rome était relatif quant à l'accueil des avions alliés pendant ce conflit et les contraintes pour opérer depuis l'Italie extrêmement nombreuses...

Le deuxième facteur qui est l'existence d'une base aérienne mobile et fractionnable produit lui aussi des résultats importants quant à la sûreté des aéronefs. "Quand au premier coup de feu à N'Djamena, on desserre aussitôt à Libreville les avions pour des raisons évidentes de sécurité, on peut se demander - indépendamment des spéculations sur l'état de stabilité de ce pays après le décès du président Omar Bongo -, s'il ne serait pas plus opérationnel de les desserrer 20 nautiques au large sur une plate-forme sûre et souveraine." (p. 404) C'est un commentaire qui conserve une pertinence décisive dans un contexte où les aéronefs français peuvent être amenées à être déployés au près d'Etat remis en cause dans leurs fondements, de l'Arabie Saoudite de 1990 jusqu'aux pays du Golfe en 2015.

Cette sûreté des aéronefs se traduit par des résultats très concret : "Les Américains ont perdu en pays ami (donc hors Vietman) plus de 100 avions à terre par des actes de sabotage." (p. 404) Au demeurant, pourquoi ne pas comptabiliser les dizaines et dizaines de voilures fixes et tournantes perdues pendant la deuxième guerre d'Indochine du fait d'attaques de l'ennemi dans les bases aériennes, au sol ?

Ce qui est une somme financière considérable à l'époque où le groupe aérien embarqué français est plus comparable aux efforts pour armer le Béarn en avions que ceux produits pour les Foch et Clemenceau. La dotation de la Marine en Rafale est en flux tendus permanents entre les opérations de rénovations des neuf premières machines et celles perdues en service. Parallèlement au commentaire précédent, il est à se demander quels efforts devront être produit pour, après avoir protégés les soldats, conservés leur intégrité aux aéronefs dans l'arc de crises.

L'efficacité de l'outil aéronaval au service de la campagne aérienne est catalysé par la capacité de ce même groupe a imposé sa présence au plus près des côtes adverses. Ce troisième facteur entraîne un taux d'annulation des missions beaucoup moindre pour les aviations embarquées (21%) que pour celles basées à terre (41%). La proximité des Super Etendard (22 machines sur les 88 déployées par la France au plus fort de l'opération) leur offrait une plus grande autonomie sur zone, et surtout, une réactivité incomparable (de l'ordre d'une vingtaine de minutes) par rapport aux avions basés à terre. Ce qui explique le plus grand succès dans la conduite des missions, bien que l'Amiral souligne que cet avantage s'annule et les taux s'égalisent quand les missions s'allongent, à l'exemple de l'intervention en Afghanistan, qui était une toute autre configuration. En Libye (opération Harmattan, 2011), les conditions étaient similaires à celles du Kosovo.

L'action du groupe aéronaval centrée sur le porte-avions Foch offrait à la France la capacité à peser sur la campagne aérienne par une souplesse et une réactivité de l'outil bien plus importante que les aviations basées à terre. Les opérations étaient conduites en des moments cruciaux en toute indépendance des pays amis et ennemis. Comparativement à d'autres situations, et quelque soit l'appréciation des pays partenaires, la France peut, depuis un porte-avions, faire varier l'intensité et la durée de son effort, tout en sélectionnant les centres de ses efforts pour agir sur la volonté adverse.

Au final, la présence du porte-avions dans une mer aussi fermée et étroite que l'Adriatique était un profond avantage stratégique. L'action aérienne menée depuis les bases italiennes étaient pleine de servitudes politiques et opérationnelles nuisibles à l'action diplomatique de la France. A y regarder de plus près, les bases aériennes des pays partenaires ouvertes à nos aéronefs ne sont qu'un gage proportionnel à leur volonté de nous voir réussir. Nous n'y sommes que l'hôte quand le porte-avions fait de nous le maître plein et entier de notre action.

L'Amiral Coldefy soulignait que la France possédait (2011) 17 bases aériennes fixes contre une base aérienne mobile (p. 412). La question est-elle celle du deuxième porte-avions pour redéployer à nouveau une base aérienne mobile permanente, ou bien de la présence à bord de l'Armée de l'air ?

3 commentaires:

  1. "Les Américains ont perdu en pays ami (donc hors Vietman) plus de 100 avions à terre par des actes de sabotage."

    Depuis quand ? Et y-a-t-il un décompte précis de ces pertes ?

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  2. Cela doit se trouver dans un des ouvrages de Coutau-Bégarie, peut-être L'océan globalisé ou un autre.

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  3. Très intéressant ,même si c 'est un peu orienté (c'est un peu bizarre cette comparaison entre les 17 bases aériennes air et une base mobile ,mais il ne sait peut être pas qu'il n'y a pas des avions de chasse partout ; de même le PA en adriatique n'avait pas de grande menace et il me semble qu 'il devait un peu profité de la protection aérienne des avions "terrestre" ).Mais bon,c'est de bonne guerre ,et cela n’enlève pas le fait que le manque d'un deuxième PA est préjudiciable à un engagement possible à tout moment ou on le décide de ce superbe système d'arme qui avec le passage au rafale a vraiment gagner en puissance .

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