17 septembre 2016

Frégates de deuxième rang et Type 31, une plateforme commune ?

© BAE Systems. The Cutlass design, a significantly stretched and enhanced derivation of the Al Shamikh-class corvette design, sits at the higher end of the cost/capability curve.

Le lancement de nouveaux escorteurs tant pour la Marine nationale (frégates de surveillance classe Floréal) que la Royal Navy (remplacement des frégates Type 23) fait preuve d'une symétrie remarquable et à remarquer. Face à des besoins sur deux routes convergentes, un rassemblement des efforts pourrait autant intéresser les affaires de Londres que de Paris si les intérêts de chacun sont bien compris. 

 La Royal Navy se devait de remplacer treize frégates Type 23. Le programme Global Combat Ship est devenu la frégate Type 26 par la Strategic Defence and Security Review (SDSR) de 2010. Un remplacement nombre pour nombre des T23 par les T26 est alors arrêté. Ces dernières sont un peu l'équivalent de nos FREMM à dominante ASM et partage le même sonar remorqué actif à très basse fréquence (2087 d'un côté du Channel, CAPTAS 4 de l'autre côté de la Manche).

Revirement à la SDSR de 2015, les Type 26 (avec le sonar 2087/CAPTAS 4) ne seront finalement que 8. Après une année de débats supplémentaires, elles deviennent une nouvelle classe, la Type 31, qui se veut d'emploi général, et non plus à dominante ASM. Les industriels britanniques (BAE Systems, BMT et Babcok) proposent quatre dessins pour ce nouveau navire (dont deux par BAE).

Sur le continent, le programme FREMM est amputé de 8 frégates (la version AVT) par le livre blanc de 2008 (9 ASM et 8 AVT plus deux frégates de défense aérienne nécessaire après l'abandon des Horizon 3 et 4, donc 19 frégates). L'année 2015 voit le ministre de la Défense annoncer l'abandon de 3 frégates supplémentaires, portant à 11 unités les coupes effectuées dans le programme. Afin d'atteindre le format assigné à la flotte de surface de 15 frégates de premier rang, la FTI (Frégate de Taille Intermédiaire) est lancée avec une cible à 5 unités. 

Le renouvellement des frégates de deuxième rang (La Fayette, Floréal et avisos A69) ne bénéficie d'aucun choix arrêté. Les Floréal doivent-elles être remplacées par des patrouilleurs hauturiers de la trempe du programme BATSIMAR ou bien, face à la montée des menaces en Asie du Sud-Est, elles doivent se renforcer comme frégates de deuxième rang (eu égard, par exemple, à une éventuelle modernisation ASM des cinq FLF) ?

Les deux questions structurantes pour les futurs programmes de navires de surface touchent plutôt au rôle devant jouer les frégates de deuxième, et peut être même de troisième rang (BATSIMAR) face à l'appréhension de ces deux menaces :
  • "la principale menace est sous-marine : aujourd’hui – et c’est inédit, me semble-t-il –, plus de 49 nations disposent de sous-marins modernes." (Amiral Rogel, 15 octobre 2015)
  • "de capacités anti-aériennes pour pouvoir s’approcher des zones de crise car, et c’est la deuxième caractéristique des opérations navales actuelles, dès lors que l’on s’approche de la terre, on s’expose notamment à la menace aérienne et aux missiles sol-mer." (Amiral Rogel, 15 octobre 2015)

Prenons la deuxième hypothèse (les Floréal remplacées par des frégates de deuxième rang) comme cadre de réflexions puisque la course à l'armement naval ne se dément pas et demeure une tendance structurante.

Les deux Royales se doivent d'acquérir ensemble 11  frégates. Leur emploi peut se chevaucher car la Type 31 pourrait avoir vocation à opérer East of Suez, voire East of Aden. Les navires devant remplacer les frégates de surveillance auront vocation, quelque soit les choix, à opérer le long d'un arc allant des Antilles jusqu'à la Polynésie française en passant par La Réunion (sur trois océans). Les calendriers sont convergent avec une admission au service actif des unités aux environs des années 2030. 

Ce qui fausserait une éventuelle coopération serait de ne pas comprendre l'intérêt de l'autre. Londres recherche une frégate exportable afin d'assoir ses besoins. Il y a fort à parier que la propulsion pourrait être assurée par la turbine MT30 de Rolls-Royce malgré les difficultés rencontrées sur les destroyers Type 45. 
Le terme de corvette revient assez régulièrement pour qualifier la Type 31 qui doit s'intercaler entre les patrouilleurs hauturiers de classe River et les Type 26 afin d'éclairer la Fleet et de participer à la gestion de crises en préalable à des déploiements plus conséquent. 

Du côté français, la situation est encore plus floue puisque l'EMM est tout occupé à arrêter la définition de ce que sera la FTI et de définir dans quel périmètre s'étendra la modernisation des FLF. Ils ne se projettent pas encore pleinement dans le remplacement des FLF mais également des FS et A69. Les besoins anglais peuvent apparaître comme une base.

Plusieurs voies s'ouvrent à la coopération :

Les budgets des deux marines pourraient être soulagées par le partage du fardeau de la conception d'un nouveau type de frégates. Le choix de senseurs communs serait facilité par l'existence d'un même industriel pour les radars et les sonar : Thales. La proximité est moins évidente en matière de missiles puisque Londres se tourne vers le Sea Ceptor tandis qu'une solution par VL-Mica serait plus naturellement envisagée à bord des frégates françaises.

Le dessin, justement, se devra d'être très évolutif tant pour permettre l'adaptation incrémentale des navires pendant 20 à 40 années de service que tolérer des choix structuraux pouvant diverger. Par exemple, est-ce que la Royal Navy va se rallier à la mâture unique dans les prochaines années ? 

Londres recherche un navire à un coût abordable. Notion à relativiser eu égard à la facture des OPV de la Royal Navy (130 millions de livres pour un River batch II). Les finances de la Royale ne consentiraient pas à une telle dépense pour un BATSIMAR.

Des achats croisés et groupés de matériels et de systèmes permettraient d'atteindre des économies d'échelle. Ce qui dépendrait fortement, si ce n'est totalement, de la proximité des deux classes du même type de frégates envisagé. A l'instar de l'expérience du programme FREMM avec l'Italie ou du défunt CVF/PA2 mené un temps avec Londres, ce serait passer d'une propulsion partiellement italienne à une propulsion partiellement britannique sur des frégates françaises (les turbines des FREMM sont de facture italienne, celles du PA2 auraient été de facture britannique). 

De ce qui précède dépendrait la mise en place d'une chaîne de soutien commune où, là aussi, les effets d'échelle seraient bien plus important sur onze navires plutôt qu'une demi-douzaine de chaque côté de la Manche.

Au final, et en tirant parti des expériences des programmes menés en coopération bilatérale (FREMM, CVF/PA2) ou trilatérale (Horizon/PAAMS sans oublier les Chasseurs de Mines Tripartite), une voie s'ouvre pour une coopération cordiale sur une frégate représentant peu d'enjeu stratégiques. Par contre, elle permettrait de faire tourner les bureaux d'études avant le renouvellement des frégates de premier rang en France puisque les années 2030 verront les premières études pour remplacer les Forbin. Une nouvelle frégate de deuxième rang d'environ 3 à 4000 tonnes est l'occasion également de renouveler l'offre française après la FTI.


4 commentaires:

  1. Monsieur le marquis aime à rêver, les anglais nous ont déjà piqué le design de leur PA, et le brexit dans tout çà ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "les anglais nous ont déjà piqué le design de leur PA" ?

      Les Anglais se sont eux-mêmes "piqué" les plans de leur propre bateau ? Il y a manifestement quelque chose que je ne comprends pas. Pour le reste, ce sont bien les bureaux de Thales UK qui remportaient un appel d'offres et proposaient cet avant-projet qui allait devenir la classe Queen Elizabeth.

      Pour le reste, je ne vois pas le rapport entre la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et une coopération politico-militaire entre Londres et Paris sur un mode bilatéral, maintes fois réaffirmé avec ou sans l'UE.

      Supprimer
  2. Aucune coopération navale n'a jamais été possible avec les British (parole d'un ancien marin)du fait des souvenirs communs -trafalgar et kébir -notamment, il nous reste donc les autres européens pour concevoir une plate-forme commune avec un effet de série pour réduire les couts. A bon entendeur salut.

    RépondreSupprimer
  3. C'est bien la première fois que je lis que le souvenir de Trafalgar et de Mers el-Kébir ait pu empêcher des coopérations dans la construction navale. Auriez-vous quelques arguments pour étayer cette position originale ?

    Pour entendre, il faut aussi donner de la matière pour comprendre.

    RépondreSupprimer