29 mars 2017

FMAN/FMC : lancement vertical ?

© MBDA. Image extraite de la vidéo de présentation du Perseus (2011). "A visionary naval and land attack weapon system".
Le programme FMAN/FMC est sur les rails entre Londres et Paris. Par contre, quelques interrogations au sujet du probable ensilotage de la future munition conduisent à craindre qu'elle ne devienne, avec le MdCN, non pas un facteur de fluidité mais bien de rigidité contre les phases de concentration et de division de la Flotte.

Le mardi 28 mars Harriet Baldwin (ministre britannique des acquisitions de Défense) et Laurent Collet-Billon (Délégué Général pour l'Armement) signaient un accord de coopération franco-britannique portant sur le lancement d'une phase d'études pour retenir les solutions techniques et technologiques du FMAN/FMC (Futur Missile Anti-Navire/Futur Missile de Croisière) ou FC/ASW (Future Cruise/AntiShip Weapon).

Pendant trois années et pour 100 millions d'euros financés à parts égales, des arbitrages seront proposés afin de définir le futur missile anti-navire et de croisière pour les marines et armées de l'air des deux États. Cela porte l'horizon à 2020 pour décider du lancement ou non d'un démonstrateur technologique puis de la fin de la décennie 2020 pour disposer des premières munitions dans les forces.

Le nouveau missile remplacera, ensemble, les Exocet, Harpoon et SCALP (Système de Croisière conventionnel Autonome à Longue Portée)/Storm Shadow. Par là, il s'agirait de comprendre que les SCALP-Naval ou MdCN (Missile de Croisière Naval) ne sont pas concernés. Ce n'est pas anodin dans la mesure où d'autres familles de missiles (Kalibr, BrahMos, Tomahawk) fournissent autant de versions qu'il y a de milieux physiques et de plateformes de lancement.

Cette distinction peut aussi se comprendre dans la mesure où Londres n'a pas encore arrêté ses arbitrages politico-militaires tant pour ses Type 45 que Type 26. La problématique demeure quant aux capacités anti-navires défaillantes de la Royal Navy entre 2018 et 2030.

Mais aussi, cela questionne vis-à-vis des versions du futur missile. Les capacités de guidage et ne navigation intrinsèques à la munition ne seront peut-être pas les mêmes. Si bien que la question de savoir si un FMAN/FMC embarqué sur un navire sera, aussi, un missile de croisière ?

Une autre problématique, à l'incidence structurelle bien plus importante, se fait jour. L'ensemble des missiles cités ainsi que le concept CVS401 Perseus (cf. vidéo) proposé sont, depuis une plateforme navale, tirés depuis un lanceur vertical. Les Exocet et Harpoon n'étaient lancés que depuis des lanceurs disposés sur un plan horizontal, légèrement incliné. Rien ne permet d'attester que la phase de concept ne retiendra que le lancement vertical du FMAN/FMC pour une plateforme navale. Rien n'indique non plus que ce futur missile pourrait aller à contre-courant des choix techniques réalisés autour des cinq océans.

C'est pourquoi la Marine nationale aurait alors des choix cornéliens à faire sur ses futures frégates et en particulier les FTI (Frégate de Taille Intermédiaire). Les FREMM (classes Aquitaine (et classe Alsace ?) sont percées à 32 lanceurs tandis que les Horizon (classe Forbin) le sont à 48 (avec une réserve afin de monter à 64). Par contre, les FTI ne sont percées qu'à 16 missiles avec une réserve pour 16 missiles de plus si et seulement si une pièce de 127mm n'est pas retenue pour l'artillerie navale de ces unités. 

La diffusion continue des missiles anti-navire aux États exerce un rôle de "diffusion de la puissance maritime" ou The Diffusion of Maritime Power (titre d'un des articles publiés dans le recueil Diplomacy at Sea de James Cable, citée dans Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, Paris, Économica, 1990, p. 69) depuis les années 1960 car il n'y a plus de lien de proportionnalité entre le feu porté, le tonnage du navire de guerre et le feu nécessaire pour couleur un navire. Cette diffusion s'est étendue aux groupes armés non-étatiques. 

Il est bien périlleux de descendre sous une dotation minimale de missiles anti-aériens, en particulier quand la doctrine commande le tir de deux de ces engins contre une munition assaillante. Du côté des missiles anti-navires, la dotation théorique et moyenne en Europe s'échelonne pour huit missiles anti-navires par bateau contre 12 à 16 en Asie du Sud-Est. Et ces engins sont, très généralement, plutôt conçus pour mettre hors de combat plutôt que pour couler effectivement un navire adverse.

Par une autre perspective, l'invention même du missile de croisière participe de l'extension de l'influence de la Mer sur la Terre autant en réaction que dans la continuité de l'appropriation par l'Homme de l'Air. Et ces munitions sont, une fois encore, tirées verticalement pour les générations actuelles.

C'est pourquoi le cumul des trois types de munition lancés verticalement nous conduit à un déficit structurel en silos de lancement, en particulier pour les bateaux percés à 16 qui ne pourront certainement pas porter les trois capacités (défense aérienne, anti-navire et action vers la terre). L'arbitrage n'est pas impossible mais réduit, paradoxalement, la capacité de la structure navale à diffuser l'emploi de missiles différenciés sur chaque plateforme prévu pour.

Dans la pratique, une FTI en mission Corymbe n'aurait pas besoin ni de capacités anti-navire, ni d'une défense aérienne très élaborée. Le retour pratique et l'analyse des risques et menaces ne semblent pas conduire à voir une situation opérationnelle analogue aux détroits de Bab el-Mandeb et d'Hormuz. Par contre, ne pas intégrer de missiles de croisière sur les FTI conduit à se priver d'une capacité de frappe dans la profondeur (800 à 1000 km) qui aurait été bien utile dans le cadre des engagements militaires français dans la zone sahélo-saharienne. Dans cette perspective, et les exemples risquent de se multiplier, les frégates françaises ne seront pas polyvalentes mais, au mieux, "bi-valentes" et peu capables de basculer d'un théâtre à l'autre sans changer la dotation en missiles, ce qui ne peut se faire que le long d'un quai.

Cela conduira, inévitablement, à spécialiser les frégates selon les théâtres et les missions. La polyvalence exige, encore et toujours, un nombre supérieur, par exemple, et ici, de munitions, supérieur à celui d'une plateforme spécialisée. Frégates qui ne pourront plus basculer aussi facilement d'un théâtre d'opérations à l'autre. In fine, cela nous conduit à quelques problèmes nouveaux pour la concentration ponctuelle de la Flotte ou d'une fraction de celle-ci. Une frégate percée à moins de 48 silos est un facteur de rigidité de l'organisation des forces navales. 

5 commentaires:

  1. "Il est bien périlleux de descendre sous une dotation minimale de missiles anti-aériens, en particulier quand la doctrine commande le tir de deux de ces engins contre une munition assaillante."

    Une solution serait de remplacer les Aster 15/30 par des Mica LV (si bien sûr leur capacité anti-missile rasant sont équivalentes) et d'en loger plusieurs dans une seule cellule (comme le Sea Sparrow).

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  2. Bonsoir Kouak,

    Oui.

    Pourquoi MBDA ne manifeste-t-il pas plus cette solution qui, si j'ai bien suivi, est toujours présenté avec un missile par cellule (cas emblématique des A43 pour les FREMM grecques) ?

    Sur le principe, cela permet de résoudre la quadrature du cercle pour conserver huit missiles anti-navires, pourquoi pas huit missiles de croisière ou un peu plus en fonction du nombre et de la diversité des munitions anti-aériennes retenues (Aster 30 et VL-Mica).

    Bien cordialement,

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  3. Bonjour Monsieur le Marquis

    Dans l'évolution futur des FREMM et des FTI on peut s'interroger alors sur ce qui pourrait occupé la place dégager par les Exocet si son successeur est bien lancé verticalement. Au vue de la taille des rampes lance-missiles on peut raisonnablement penser que mettre des lanceurs​ verticaux de faible hauteur ( je pense au sylver A35) et donc d'avoir en permanence 16 voire 24 missile AA prêt et garder les 32 silos devant le pont ( en changeant les A43 par des A50) pour le chargement qui pourrait être ainsi modulé en fonction des missions du navire.Les questions qui se posent sont alors:
    - Dans quel silos le futur FMAN/FMC sera installés (A70 ou possibilité de les mettre dans des A50?)?
    - S'agira t'il d'un seul et même missile à double emplois ( et donc avec 16 munitions de quoi avoir un bon volume de feu aussi bien anti-navire que AVT) ou de deux munitions différentes dont seul le système de guidage changent ( à la manière d'un Mica) ?

    Bien cordialement

    Hugo-Panda

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  4. Cher Hugo-Panda,

    Oui, c'est une autre piste intéressante que d'envisager l'installation des A43 - voire les A50 ? - le long du hangar aéronautique afin d'augmenter le nombre de munitions de défense aérienne disponibles. Ce ne seront pas des travaux faramineux.

    S'il ne fallait se fier aux seules dimensions du concept CVS401 Perseus alors il nous faudrait pour le FMAN/FMC pas moins d'un lanceur A50.

    Et dans cette perspective, la future munition tournerait autour des 300 km de portée. Belle portée en perspective mais il y aura toujours un monde entre cette dernière et celle du MdCN (800 à 1000 km).

    Bien cordialement,

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  5. Le problème du manque de munitions dans le cas où tous les missiles sont à lancement verticaux ne se pose que d'une façon transitoire. Si tel choix venait à être fait, c'est le nombre de VLS qui serait augmenté progressivement sur les navires.

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