20 avril 2018

Grèce : FREMM car MdCN ?

© Naval group. "FREMM grecques : Le contrat à ne pas rater pour DCNS".
La future première frégate grecque pourrait être baptisée άκαμπτος (Inflexible) ou encore επίμονος (Tenace). Athènes témoigne de son intérêt et négocie depuis 2003 pour l'acquisition et la location de FREMM au profit marine de guerre hellénique (Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό). En 2018, pour que le gouvernement grec par l'entremise de son ministre apporte publiquement reconnaissance et crédit à sa demande de location de deux frégates FREMM jusqu'à préciser le mois de la réception (juillet ou août), c'est à se demander si le principal facteur d'explication n'est pas qu'il s'agit du seul navire français pouvant actuellement embarquer le MdCN (Missile de Croisière Navale). La démonstration au large de la Syrie est si proche de cette demande grecque qui a du être officiellement démentie par la ministre de la Défense, Mme Parly. La pression de la Turquie est durement ressentie en Grèce, ce que semble feindre d'ignorer Paris (aucune citation de la Grèce dans aucun livre blanc (1994, 2008* et 2013) ni dans la revue stratégique (2017).

La marine hellénique souhaite remplacer les dix bâtiments de la classe Elli par des frégates modernes et polyvalentes. Les dix bâtiments de la classe Elli (Elli (1981), Limnos (1982), Aigaion (1993), Adrias (1993), Navarinon (1995), Kountouriotis (1997), Bouboulina (2001), Kanaris (2002), Themistoklis (2002) et Nikiforos Fokas (2003) sont, pour les deux premiers bateaux, construits et adaptés pour le marine grecque tandis que les huit frégates suivantes lui sont transférées par la Koninklijke Marine (Marine Royale Hollandaise). Elles sont toutes du type S-frigates ou classe Kortenaer. Il est à noter qu'elles bénéficient d'une modernisation en 2009. La Bouboulina, par contre, est retirée du service depuis 2013 et sert de réservoir de pièces de rechanges pour les autres frégates.

La préférence d'Athènes s'est très rapidement prononcée pour le nouveau programme français de frégates mené en coopération avec l'Italie : les FREMM (FRégates Européennes Multi-Missions ; le employé dans l'acronyme ne sera plus, par la suite, celui d' "européennes" qui disparaît mais bien le premier de "frégate"). Par exemple, le député Yves Fréviller dans un rapport d'information déposé le 16 juin 2005 relevait l'intérêt de la Grèce pour les frégates FREMM l'année même où la première tranche du programme est notifiée en France (16 novembre 2005). Le programme FREMM nécessitait 8,25 milliards d'euros pour la construction des 17 frégates (9 ASM, 8 AVT) plus dix autres pour l'Italie.

La France n'est pas seule sur l'affaire, en témoigne l'implantation locale et ancienne de TKMS. L'industriel allemand reprenait l'ancien chantier public de Skaramanga. Chantier qui assemblait trois frégates du type Meko 200 HN (1992 - 1998) en plus de celle produite en Allemagne (ou classe Hydra : Hydra (1992), Spetses (1996), Psara (1998) et Salamis (1998). Sans oublier les trois sous-marins type U214 (Pipinos (2015), Matrozos (2016) et Katsonis (2016) plus un quatrième construit outre-Rhin : le fameux Papanikolis (refusé de 2006 à 2010) qui donne son nom à une affaire de contrôle de la qualité des travaux menés.

Un accord est signé en octobre 2006 entre DCNS (Naval group) et les chantiers grecs chantiers Elefsis. « Il y a presque trois ans que nous avons engagé des discussions à propos d'une éventuelle coopération industrielle entre DCNS et Elefsis sur le programme des frégates de la marine hellénique » déclarait en 2006 le président d'Elefsis, Nikolaos Tavoularis. L'intérêt ne remonte pas à la genèse du programme FREMM mais bien au programme FMM (Frégates Multi-Missions). Six frégates sont souhaitées et cette cible demeurera un objectif stratégique pour Athènes. La vente du Scalp-Naval (Missile de Croisière Naval (MdCN) après changement de dénomination) est même sur la table.

L'accord conclu en 2006 n'est pas poursuivie par une commande en raison de la crise financière (2007), économique (2008) et des dettes souveraines (2009) qui secoue alors les capitales mondiales. Cela n'empêche pas le programme des six FREMM d'être confirmé en 2009 par deux gouvernements grecs successifs, malgré les changements de majorité. Mais les négociations s'éternisent. Des Allemands s'agacent de la poursuite des tractations commerciales franco-grecques jusqu'en 2011.

Rien n'est abandonné puisque l'affaire rebondit en 2013 autour d'un nouveau format : plutôt que l'acquisition patrimoniale de six FREMM dont la majeure partie assemblée en Grèce, Paris et Athènes commence à s'accorder autour de la possibilité de la location de FREMM actuellement en construction pour la Marine nationale par la marine de guerre hellénique. Cela devient le plan "2 + 2" : deux frégates louées, deux frégates construites localement. Location de deux FREMM qui est encore citée dans les journaux aussi bien le 15 janvier 2018, au mois de mars et le 20 avril 2018. Le remplacement des frégates de la classe Elli est suffisamment considérée comme urgent pour que cette demande de location soit appuyée même au niveau gouvernemental grec en y faisant référence publiquement.

Par exemple, le 15 janvier 2018 il était question que si l'accord n'aboutissait pas sur l'achat de deux FREMM alors les négociations évolueraient vers celui de corvettes Gowind 2500. Aux environs du 31 mars 2018, c'est un plan "2 + 2" articulé autour de la version proposée à l'exportation de la Frégate de Taille Intermédiaire - la Belhrarra - dont il serait alors question dans les négociations franco-grecques. Paris pousse cette frégate pour ses propres besoins. Mais il est remarquable que la question de la location demeure au 20 avril 2018 puisque cela montre toutes les limites d'une offre non-fondée sur un bateau en cours de production (Gowind 2500, FREMM).

L'affaire débutait en 2003 et en quinze années la pression due au vieillissement des frégates de classe Elli s'est inexorablement accrue. Pourquoi la Grèce ne s'offre pas alors des Gowind 2500 ? Leur coût moyen de 250 millions d'euros - celui de la version malaisienne - permettrait à la Grèce de rencontrer le nombre désiré plus facilement qu'avec des frégates dites de premier rang (450 à 500 millions). La cible à six bateaux serait atteinte pour seulement 1500 millions d'euros. Mais la corvette semble posséder deux défauts cumulatifs : être limitée à 16 silos pour missiles à lancement vertical, ne pas dépasser le Sylver A50 qui permet d'embarquer VL Mica, Aster 15 et 30 mais pas le MdCN.

Dans une certaine mesure, la Belhrarra demeure une FREMM au rayon d'action moindre. Mais la première FTI ne peut être admis au service actif qu'en 2023 si le calendrier était respecté à la lettre avec une tête-de-série... Par contre, la FREMM, plus coûteuse de "seulement" 50 millions d'euros (450 une FTI, 500 une FREMM) bénéficie d'une chaîne de production mâture et au meilleur de son rendement. Sauf que Athènes exige une construction locale, ce qui réduit d'autant la portée de l'argument précédent. Mais le surcoût entre une FREMM et une FTI est de l'ordre des :
  • 200 millions sur quatre frégates (2000 contre 1800 millions) ;
  • 300 millions sur six frégates (3000 contre 2700 millions).
Soit une frégate entière sur dix unités car le remplacement des quatre frégates Hydra se posera inévitablement tandis que six Gowind 2500 coûteraient moitié moins qu'autant de FREMM ou FTI à 300 millions près.

Les négociations franco-grecques se retrouvent donc dans une impasse puisque depuis 2003 les finances de la Grèce sont trop peu souples ou viables pour permettre de finaliser rapidement le contrat. Cela a obligé à accroître la pression sur le besoin d'une location tandis que la France recevra fin 2019 sa sixième FREMM et peut difficilement se séparer de deux bateaux alors que la première des trois FLF à rénover ne le sera qu'en 2020 et que les F70 sont désarmées les unes après les autres. Les Alsace et Lorraine ne rejoindront la Flotte qu'en 2021 et 2022. Paris ne déborde pas non plus de capitaux (et de volonté ?) ni pour commander deux FREMM supplémentaires à mettre immédiatement en chantier, ni pour accélérer celles des Alsace et Lorraine.

Est-ce à dire que le point cardinal de la demande grecque est le MdCN (Missile de Croisière Naval) qui expliquerait à lui seul le désir d'acquérir plutôt qu'une corvette Gowind 2500 (incapable d'embarquer des MdCN) une frégate et plutôt qu'une FTI (la version française n'embarque pas le MdCN en l'état) une FREMM ?


*Une occurrence dans la légende d'un graphique sans rapport avec la place de la Grèce dans la stratégie militaire française.

2 commentaires:

  1. Vu la largeur de la mer Egée (et la distance des îles grecques de la côte turque) par rapport à la portée d'un MdCN on peut s'interroger sur l'intérêt de les lancer depuis des navires plutôt que depuis des bases terrestres "incoulables". Si le but est d'être mobile et plus difficile à cibler, une frégate même furtive ne vaut pas un sous-marin.

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  2. Décidemment, quand on voit la différence de coût, de fabrication* entre FREMM et FTI, et leurs différences de capacités et de potentialité, on en reviendra jamais de ce gigantesque gâchis.
    * Et encore sans compter les deux milliards de recherche et de développement pour cinq FTI, en plus !
    D'autant plus, que pour remplacer les La-Fayette, en 2030 (là aussi où est l'urgence, face en particulier aux autres urgences dépassées elles, de bien d'autres programmes ! ? ? ?), des Gowind auraient tout autant, voire même plus spécifiquement et en étant même plus appropriées, remplacé ces dernières, et à bien moindre coûts (surtout si on rajoute les deux milliards de R&D, encore jetés complétement par la fenêtre !).
    Décidemment où est la, moindre stratégie d'équipement, de nos armées, dans tout ce grand foutage ! ? !
    Ronin.

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