07 février 2019

"MdCN" Hoveizeh : un projet stratégique pour la marine iranienne ?


Dans le cadre des célébrations du 40ième anniversaire de la révolution islamique (7 janvier 1978 -11 février 1979) iranienne, il a été procédé à l'essai réussi du missile de croisière baptisé Hoveizeh (1200 à 1300 km de portée déclarée) le 2 février 2019. Téhéran promettait de franchir un "bond technologique" au sujet de son programme balistique. L'hypothèse est formulé que cette munition peut devenir un missile de croisière naval permettant à la marine iranienne de se replacer dans le jeu institutionnel par le rehaussement de la valeur stratégique de sa sous-marinade et à Téhéran de relâcher sa pression sur le programme balistique en tant que vecteur de dissuasion.

Sans être un spécialiste de la technique, il est toutefois possible de remarquer que le missile de croisière Hoveizeh possède quelques ressemblances avec deux munitions soviétiques :

Premièrement avec le missile de croisière aéroporté Kh-55 (AS-15 Kent dans la terminologie OTAN) dont il semble reprendre la formule aérodynamique général tant dans l'emplacement des ailes, leur forme que le dièdre et le fait qu'elles soit rétractables. Même remarque quant aux gouvernes.

Deuxièmement, quelques points communs semblent se faire avec le RK-55 Granat (SS-N-21 Sampson pour l'OTAN pour cette version SLCM (Submarine Launch Cruise Missile), 3M10 dans la nomenclature soviétique). La formule générale est très proche - sauf les ailes - jusqu'aux gouvernes et très caractéristique dans le choix du booster.

Les Kh-55 (2500 à 3000 km) et RK-55 Granat (2400 km) ont ceci en commun qu'ils sont tous les deux donc des missiles de croisière, notamment aéroportés, mais que seuls le RK-55 Granat a bénéficié d'une version à changement de milieu pouvant être tiré depuis un tube de 533 mm. Les deux munitions ont un diamètre de 514 mm. Il est aussi remarquable que ces deux missiles de croisière ont été conçus tous les deux pour emporter une tête nucléaire : banal pour l'arsenal d'un des deux Grands au cours de la Guerre froide (1947 - 1991), remarquable pour l'Iran même si comparaison n'est pas raison.

Le missile de croisière Hoveizeh ressemble à la seule première vue à un mélange des deux munitions de conception soviétique. Certains systèmes d'armes iraniens sont développés en rétro-ingénierie ou en transferts de technologies.

Mais la présence d'une nacelle contenant probablement un réacteur de petites dimensions condamne toute version à changement de milieu puisqu'il serait bien difficile d'encapsuler l'ensemble. Poursuivons en postulant qu'une future évolution de la munition fera disparaître cet appendice sans compromettre les caractéristiques opérationnelles. Il pourrait s'agir d'une disposition propre à une version terrestre permettant, en sortant le réacteur de l'enveloppe principal, d'optimiser l'emport en carburant.

Le postulat est donc bien que le missile de croisière Hoveizeh peut être dérivé en MdCN Hoveizeh. En quoi cela serait-il profitable à la marine iranienne ? Elle est en concurrence avec la marine du corps des gardiens de la révolution islamique : la première est une force armée régulière contrairement à la seconde ; l'une se consacre à forme conventionnelle de la guerre sur mer, l'autre est un exemple de techno-guérilla. Le curseur a été placé sur la marine du corps des gardiens de la révolution islamique depuis un peu plus d'une quinzaine d'années en tant que dissuasion conventionnelle. La menace étant de prétendre à pouvoir bloquer le détroit d'Ormuz.

La marine iranienne aurait tout intérêt de prétendre à offrir une nouvelle profondeur stratégique à Téhéran via sa sous-marinade et en particulier grâce à ses sous-marins de classe Kilo :

La pression mise sur son programme nucléaire par les Etats-Unis d'Amérique après le retrait de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (14 juillet 2015) n'est que peu contestée ou contournée. Et se double d'une pression accrue sur son programme balistique. Le développement d'un missile de croisière peut être compris en ce sens comme un contournement du programme balistique tout en conservant une capacité de dissuasion par l'existence de rétorsions de portée régionale offrant une autre profondeur stratégique.

Les trois sous-marins Kilo Tareq (1992), Noor (1993) et Yunes (1997) sont du type 877 EKM et basés à Bander Abbas, soit sur le versant nord du détroit d'Ormuz). Ils auraient été tous les trois modernisés pendant la période 2008 - 2015 dans une sorte de refonte à mi-vie conduite en Iran car Téhéran aurait craint de ne pas récupérer ses sous-marins s'ils avaient bénéficié d'un grand carénage en Russie. Ce qui a mis en relief les capacités allégués de l'Iran de soutenir, entretenir et moderniser ces trois bateaux qui pourraient tirer le SLCM Novator (3M-14 russe) depuis. Les sous-marins pourraient prétendre à tirer un SLCM d'une portée régionale par son seul effort national, manière de dire qu'il ne peut obtenir de telles munitions par un allié.

La profondeur stratégique éventuellement recherchée en mer pour ce qui concerne la dissuasion conventionnelle se doublerait alors de la recherche d'un avantage comparatif décisif dans le jeu des institutions iraniennes. La sous-marinade pourrait se placer comme le vecteur idéal et de rechange au programme balistique à partir d'une munition en rien prohibée par le régime des sanctions.

La mise en place d'une dissuasion conventionnelle sous-marine obligerait à structurer la marine régulière en conséquence pour assurer la sûreté des atterrages et permettre à un sous-marin classique de se diluer autant que c'est théoriquement possible de le faire. Ce serait donc une position clefs dans le cadre des négociations budgétaires. Si bien que faire perdurer cette capacité impliquera pour donner suite aux trois Kilo de mettre en concurrence des fournisseurs étrangers car la Russie n'est pas le seul Etat à pouvoir fournir des sous-marins : la Chine peut en faire autant et l'a récemment fait à l'endroit du Pakistan.

Ce qui ne remet pas en cause les efforts iraniens pour concevoir des sous-marins de plus en plus hauturier (classes Yugo (90 t), Ghadir (120 t), Nahang (400 t), Fateh (600 t) et Bessat (1200 t). Les deux options pourraient se rejoindre dans le cadre de transferts de technologie. A la remarque près que fournir une plateforme sous-marine destinée à la dissuasion conventionnelle inviterait l'Iran à considérer des portées conséquentes et donc de préférer au 533 le 650 mm pour les tubes lance-torpilles. En l'espèce, le fournisseur étranger se retrouverait à fournir une plateforme pouvant dans un cadre très hypothétique délivrer des vecteurs nucléaires : cela participerait de la stratégie dissuasive iranienne mais serait problématique pour le fournisseur eu égard au droit international.

Sur le plan opérationnel, l'Iran possède quelques avantages non-négligeables à basculer une partie de sa stratégique de dissuasion sur ses trois Kilo. Ils sont basés au Nord de l'Océan Indien auquel ils peuvent accéder librement. L'ennemi désigné, Israël, devrait choisir entre maintenir ses patrouilles de dissuasions, ses opérations spéciales et de renseignement et chasser les sous-marins iraniens. Le Pakistan n'a pas d'intérêt déclaré à perturber les efforts sous-marins iraniens. Pas plus que l'Inde. Et qui peut différencier un Kilo iranien d'un Kilo indien ? L'effort trilatéral américain, britannique et français se concentrer dans le Golfe persique. Qui chasserait des sous-marins iraniens évoluant entre Bab el-Mandeb et Hormuz ?

Il ne s'agit donc que d'une hypothèse au sein de laquelle le Hoveizeh serait un futur MdCN à changement de milieu permettant à la marine iranienne d'amorcer décisivement son virage stratégique vers l'océan Indien et de prendre quelques crédits à la marine du corps des gardiens de la révolution, assurant une future primauté sur la matière navale en offrant une autre profondeur stratégique, doublant celle du programme balistique et rehaussant alors la dissuasion iranienne.

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