09 avril 2020

Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό : 4 FDI ?

© Naval group.


     Les dernières informations en provenance de Grèce au sujet du programme des Frégates de Défense et d'Intervention (FDI) concordent avec celles rapportées depuis fin 2019. Mais celles-ci remontent (Ioannis Nikita, « Πολεμικό Ναυτικό: Βήματα προόδου για τις Belharra », Defence Review, 13 mars 2020). Et nul doute que la crise sanitaire mondiale n'a pu que modifier le calendrier qui se dessinait. Néanmoins, ces informations sont présentées tel qu'elles apparaissaient à cette date. La mise en chantier de la deuxième FDI débuterait à la fin de l'année 2020 et il s'agirait donc de celle qui sera construite au profit de la Marine grecque (Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό). Le lancement interviendrait en 2023 et sa livraison en 2024. La deuxième FDI grecque serait livrée en 2025 ou 2026.


Un comité restreint composé de membres de l'État-major Général de la Marine (EGM ou Γενικό Επιτελείο Ναυτικού (ΓΕΝ) et de la Direction Générale des Équipements et Investissements de Défense (DGEID ou γενικής διεύθυνσης αμυντικών εξοπλισμών και επενδύσεων (ΓΔΑΕΕ) s'entretenait, au début du mois de mars, par visioconférence avec leurs homologues des équipes de Naval group. Les dernières avancées enregistrées laissaient entrevoir l'aboutissement de l'accord de gouvernement à gouvernement d'ici la fin du mois de mars. Sa conclusion formelle supposerait une approbation parlementaire des deux côtés de la Méditerranée. La signature formelle des actes contractuels impliquera le versement d'une première tranche de 150 millions d'euros.

Les dernières informations récoltées auprès de la Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό confirment, une fois encore, la configuration finale des FDI françaises et grecques (Ioannis NIKITAS et Thibault LAMIDEL, « Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό : configuration finale de la FDI ? », Le Fauteuil de Colbert, 14 février 2020). Elle aurait été figée autour d'un système de lancement vertical de 32 silos (3 x SYLVER A50 + 1 x SYLVER A70), la présence d'un CIWS Phalanx sur les FDI grecques et qui proviendraient du prélèvement de tels systèmes sur des frégates de classe Elli quand elles seront désarmées.

Il est aussi évoqué la possible intégration d'un système RAM Mk 31 Guided Missile Weapon System (GMWS), en lieu et place du CIWS Phalanx ou peut être en remplacement de la demande précédente (novembre 2019) de l'ajout de systèmes SIMBAD RC (Remoted Control) de MBDA. Le RAM Mk 31 GMWS est composé d'un lanceur - le Mk-144 Guided Missile Launcher (GML) - et de 21 RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM). Mais cette hypothèse revient avec moins d'insistance, raison des coûts exigés car la commande de systèmes de facture neuve serait inévitable.

Et cette configuration finale satisfait la Marine de guerre hellénique selon ces sources.

Fin 2019 il était dit que les FDI n°1 et 2 grecques bénéficiait d'une enveloppe de 1320 millions d'euros. Celle-ci aurait bondi à plus ou moins 2000 millions d'euros, entre décembre 2019 et février 2020, selon certaines sources. Il s'agissait peut être là d'une première indication car l'enveloppe finale du programme atteindrait les 2500 à 2800 millions d'euros. Qu'est-ce ces chiffres peuvent recouvrir ?

2 FDI

S'il fallait croire ces mêmes informations, le coût des deux frégates s'élèverait à 1500 millions d'euros, ce qui est cohérent avec l'enveloppe précédemment rapportée de 1320 millions d'euros. Mais ces deux données financières paraissent être étonnamment élevées.

Le coût du programme FDI pour la Marine nationale atteint 3800 millions d'euros (2015) pour les études et la production de cinq frégates, soit 3978 millions d'euros de données corrigées de l'inflation (2019). Sur les 3978 millions d'euros, 2188,83 millions d'euros correspondent au seul coût de fabrication des frégates. Les frais d'études de ce programme s'élèvent donc à 1789,17 millions d'euros.

Le coût d'une FDI est de 795,6 millions d'euros (2019) en tenant compte des frais d'études et de 439,6 millions d'euros (2019) hors frais d'études. Les données récoltées au sujet de l'enveloppe grecque allouée à la commande des deux FDI est de 660 à 750 millions d'euros par frégate.

ASTER 15/30 + MdCN

Les coûts des munitions s'élèveraient à 500 millions d'euros. Pour tenter de déterminer à quoi peut bien correspondre cette somme, il est possible de s'appuyer sur les chiffres présentés aux parlementaires français et sur l'exemple du programme Horizon (« Victoire posthume des Horizon 3 et 4 », Le Fauteuil de Colbert, 11 octobre 2016).

La dotation initiale en missiles ASTER 15/30 des Forbin (2010 - 2040 ?) et Chevalier Paul (2011 - 2041 ?) s'élevait à 120 missiles, soit deux jeux de 48 de ces missiles et un volant de 24 missiles.

Le coût d'un ASTER 30 était rapporté, en 2001 (Avis n° 90 (2001-2002) au sujet Projet de loi de finances pour 2002 : Défense : équipement des forces de Serge VINCON, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, présenté en séance le 22 novembre 2001), pour 1,4 millions d'euros, soit 1,8 millions d'euros en données corrigées de l'inflation 2019. La comparaison avec les deux Horizon suppose une commande de 60 ASTER 15/30 pour constituer deux jeux de 24 ASTER 15/30 avec un volant de gestion de 12 missiles, soit une enveloppe d'environ 108 missiles d'euros.

Le coût d'un MdCN était rapporté, en 2015 (Avis n° 110 (2014-2015) au sujet Projet de loi de finances pour 2015 : Défense : équipement des forces de MM. Jacques GAUTIER, Xavier PINTAT et Daniel REINER, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, déposé le 20 novembre 2014), pour 2,86 millions d'euros, soit 2,98 millions d'euros en données corrigées de l'inflation 2019.

Les seules plateformes navales détenant la capacité de mise en œuvre du MdCN sont les 6 FREMM de classe Aquitaine qui bénéficient d'une commande de 100 MdCN, soit 16 MdCN par frégate. En supputant qu'il y a toujours une FREMM dans le cycle des AT/ATM, cela laisserait 5 FREMM, au maximum, ayant toujours à leur disposition 16 MdCN : soit 80 MdCN avec un volant de gestion de 20 MdCN. La comparaison avec les six FREMM suppose une commande de 20 MdCN pour constituer deux jeux de 8 MdCN avec un volant de gestion de 4 MdCN, soit une enveloppe d'environ 59,6 missiles d'euros.

Les FDI détiennent une configuration du système de lancement vertical à trois SYLVER A50 et un SYLVER A70, soit une dotation de 24 ASTER 15/30 et de 8 MdCN par frégate. Rapportés aux 2 FDI grecques, cela suppose :
  • une commande de 60 ASTER 15/30 pour constituer deux jeux de 24 ASTER 15/30 avec un volant de gestion de 12 missiles, soit une enveloppe d'environ 108 millions d'euros ;
  • une commande de 20 MdCN pour constituer deux jeux 8 MdCN avec un volant de gestion de 4 missiles, soit une enveloppe d'environ 59,6 missiles d'euros. 
 Soit 167,6 millions d'euros. Qu'est-ce que représente la différence (332,4 millions d'euros) ?

MCO, infrastructures et formations

Les 500 à 800  millions d'euros qui n'ont pas été détaillés, ni contextualisés consistent dans la constitution des stocks de pièces de rechange, les contrats afférents et associés au sujet du soutien industriel des deux bâtiments, les infrastructures nécessaires, la formation initiale des équipages (DCI ?) et, enfin, les quelques modifications de la version Marine nationale afin de l'adapter au besoin militaire grec.

2 + 2
  
Les négociations franco-grecques menées depuis 2006 au sujet de l'acquisition de frégates françaises s'articulaient autour d'un plan « 2 + 2 » à partir de 2013. La base des négociations devenait la version proposée à l'exportation de la Frégate de Taille Intermédiaire (FTI) - la Belhrarra - aux environs du 31 mars 2018. La signature le 10 octobre 2019 d'une lettre d'intention entre Athènes et Paris portant acquisition de deux FDI ouvrait les discussions techniques pour rapprocher la FDI du besoin militaire de la marine de guerre hellénique. La signature des accords industriels, le 13 février 2020, à Athènes confirmait, au moins, la bonne marche des négociations.

Il ressort de ces tentatives de contextualisations des enveloppes (1500 + 500 millions + 500 à 800 millions d'euros) que le coût maximum que pourrait atteindre le programme FDI grecques (2500 à 2800 millions d'euros) que les chiffres annoncés paraissent être près du double de ceux connus en France pour la version nationale des FDI.

Ces enveloppes seraient plus en phase avec les coûts des frégates, des munitions communiqués en France si sommes qui leurs sont consacrées permettaient l'acquisition d'une quantité doublée pour chaque ligne ou presque : c'est-à-dire 4 FDI, conformément au plan « 2 + 2 » dont il n'a jamais été question de l'abandon.


Par Ioannis NIKITAS (Defence review) et Thibault LAMIDEL

1 commentaire:

  1. De sorte que l'erreur dans cette négociation aurait été de ne pas vendre les FDI à leur valeur résiduelle de 430 m€...

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