23 mai 2022

Programme FDI : option pour trois frégates supplémentaires

© Naval group. Agrandissement de l'une des photographies montrant la mise à l'eau technique de la FDI n°1 Amiral Ronarc'h (2025 ?), le 13 mai 2022, à l'occasion du lancement de la Gowind 2800 EAU n°2.

     Dans le cénacle des contrats afférents au programme Frégates de Défense et d'Intervention (FDI), ainsi baptisées par le Dossier Information Marine 2019 – et anciennement Frégates de Taille Intermédiaire (FTI) par l'annonce du 29 mai 2015 – : il a été inséré une option permettant la livraison d'éventuelles FDI n°6, FDI n°7 et FDI n°8. Une éventuelle commande serait en « cours de discussions », ce qui est à entendre dans un sens large et sur le temps long.

     L'existence de cette option qui a été transcrite dans les contrats afférents nous a été confirmée. Il est proposé de reprendre quelques éléments de contexte des programme FDI et Frégates La Fayette (FLF) Rénovées à Mi-Vie (RMV) afin d'essayer d'identifier à quelle période cette option aurait été négociée et signée car le Projet de Loi de Finances (PLF) 2017 affirmait bel et bien que ces deux programmes étaient versés dans le même « tuyau ». Les annexes Défense au PLF 2017 précisaient plusieurs choses dont le fait que la cible des deux programmes sera définie à leur lancement (p. 434). En outre, « le passage au stade de réalisation pour les programmes FTI et rénovation FLF est prévu conjointement en 2018. Selon la progression des travaux qui restent à mener, il pourrait être avancé en 2017 afin de sécuriser le calendrier contraint de la FTI et le maintien du format à 15 frégates de 1er  rang. » (p. 435)

     Ceci nous invite à reprendre quelques éléments de contexte quant aux études préliminaires et entrées en phase de réalisation de ces deux programmes :

FTI / FDI

     La LPM 2014 - 2019 précisait la cible du programme FREgates Européennes Multi-Missions (FREMM), en retenant un objectif de six FREMM livrées sur la période auxquelles s'ajouteront deux unités aux capacités de défense aérienne renforcées à réceptionner à l'occasion de la période suivante. « Pour les trois suivantes [FREMM n°9, 10 et 11], qui seront livrées d'ici à 2025, leur type pourra être adapté, en fonction de l'analyse du besoin et du marché, la décision étant prise au plus tard en 2016. » Le programme des Frégates de Taille Intermédiaire (FTI) émergeait grâce à la décision, annoncée le 29 mai 2015, par le ministre de la Défense, M. Jean-Yves Le Drian, d'une ultime réduction de la cible du programme FREMM de 11 à 8 unités et la commande future de cinq FTI.

     À l’occasion de l’inauguration, le 18 octobre 2016, de la 25ième édition du salon EuroNaval, le ministre de la Défense, M. Jean-Yves Le Drian, révélait, sur le stand du ministère de la Défense, la maquette des futures FTI. Le Comité ministériel d'investissement (CMI) du 20 mars 2017 actait la décision de lancer le programme FTI grâce à la signature du dossier de lancement et de réalisation. Le ministère des finances bloquait pourtant la décision mais le Premier ministre, M. Bernard Cazeneuve, mettait le dossier en bon ordre la semaine du 10 avril 2017.

     Le marché, comprenant les études détaillées et la construction de la tête-de-série, le développement de différents systèmes dont le radar à faces planes numérique Sea Fire 500 (Thales), était notifié aux industriels concernés le 21 avril 2017, grâce à 162,7 millions d'euros inscrits dans la loi de finances 2017, en sa mission Défense. La LPM 2019 – 2025 ne sanctionnait aucune décision venant modifier le format de 15 frégates de 1er rang.

FLF RMV

     En 2012 – 2013, une solution semblait avoir été identifiée pour succéder aux avisos A69 basés à Brest dans leur mission de lutte ASM par petits fonds : moderniser et baser deux frégates classe La Fayette (5) à Brest. Le sonar de coque actif et passif à basse fréquence (BF) UMS 4120 BlueWatcher (Thales) avait été intégré sur la frégate Surcouf (1997 – 2027) à l’occasion d’un arrêt technique (2017 – 2018) dans l’optique d’une expérimentation à la mer de deux années, avec une troisième année en option qui a été affermie. Rien n’indique que le sonar ait été conservé ou débarqué depuis.

     Le programme Rénovation à Mi-Vie (RMV) des Frégates La Fayette (FLF) avait été notifié, le 2 mai 2017, à DCNS (aujourd’hui Naval group), pour une enveloppe totale de 575,126 M€ (2017) pour cinq frégates : comprenant une tranche ferme de trois frégates (La Fayette (1996 - 2031 ?), Courbet (1997 - 2031 ?) et Aconit (1999 - 2034 ?) et une tranche optionnelle pour deux autres frégates (Surcouf (1997 – 2027), Guépratte (2001 - 2035 ?).

     La fenêtre la plus probable quant à l'insertion de l'option qui nous intéresse se situerait durant les années 2015 et 2017 quand furent formalisées les principaux contrats des ces programme dont les industriels furent notifiés les 21 avril 2017 (FTI / FDI) et 2 mai 2017 (FLF RMV). Il ne semble pas y avoir eu de renégociations des architectures d'ensemble du programme à une date postérieure car seuls deux jalons majeurs semblent avoir été franchi. C'était en mai 2019 que l'avant-projet définitif, issu des études détaillées, fût figé. Et le 12 février 2021 était pris la décision d'accélérer la cadence industrielle du programme FDI en Comité ministériel d'investissement (CMI). Décision dévoilée le 21 mars 2021 à l'occasion d'une visite à Lorient de la ministre des Armées, Mme Florence Parly.

 

Pourquoi cette option pour des FDI n°6, FDI n°7 et FDI n°8 ?

     Du seul point de vue de la question du format de la trame frégates de premier rang : la cible fut abaissée de 24 à 18 frégates en 2008 et de 18 à 15 frégates en 2013. Et depuis l'actualisation de la loi de programmation militaire 2014 – 2019, décidée en Conseil de Défense du 20 mai 2015, les chefs d'état-major de la Marine constataient successivement que le format ne permet pas de soutenir le contrat opérationnel, arrêté à deux missions navales permanentes en 2013 alors que la pratique est à cinq.

L'inquiétude (2013 - 2017) tenait moins dans le format absolu de la trame frégates de 1ier rang que dans la bonne exécution des programmes validés politiquement et donc des livraisons afférentes : le programme FDI / FTI, voulu par le DGA, M. Laurent-Collet Billon, et par Naval group, avait été accepté par la Marine nationale : eu égard aux craintes que les campagnes commerciales menées auprès des marines étrangères ne se traduisent par des cessions sur cale, mettant en péril certaines postures opérationnelles dont, et tout particulièrement, la lutte anti-sous-marine au profit de la sûreté des atterrages de la Force Océanique Stratégique (FOSt). Le nouveau programme semblait sécuriser les livraisons à la Marine nationale.

     Le relèvement du format frégates de 1ier rang fût poussé, sans succès, devant par le Parlement par l'Amiral Christophe Prazuck (13 juillet 2016 - 30 août 2020) – « 18 frégates de premier rang, 18 patrouilleurs, 18 Atlantique 2 » - à l'occasion des travaux consentis pour formaliser la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017, publiée le 13 octobre 2017. Continuant à expliquer que le format absolu de la Marine nationale et relativement à sa flotte de surface ne permettait pas de tenir tous les engagements demandés par le gouvernement, l'Amiral Christophe Prazuck trouvait un relais en la personne du général d'armée François Lecointre, Chef d'État-Major des Armées (CEMA).

     Le général d'armée François Lecointre, Chef d'État-Major des Armées (CEMA), s'est exprimé devant trois commissions : commission de la Défense nationale et des forces armées (15 octobre 2019) et commission des Affaires étrangères (6 novembre 2019) de l'Assemblée nationale ; commission des Affaires étrangères et de la Défense (16 octobre 2019) du Sénat, à l'occasion des discussions budgétaires liées au vote de la loi de finances 2020. Le compte-rendu le plus intéressant est certainement celui de l'audition du 6 novembre.

Que disait le CEMA ? Les formats actuels des Armées ne permettent pas et plus de répondre aux exigences de l' « approche globale » dont le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale 2013 faisait le modus operandi. « Je me dois de vous sensibiliser au retour du fait guerrier ». Le général d'armée François Lecointre relève tous les facteurs de dégradation des relations internationales et retient quatre scénarios d'engagement : gestion de crises, affrontements dissymétriques, politique du fait accompli et guerre symétrique. Guerre est un mot qui revient à vingt reprises dans la prose du CEMA. Et à deux reprises au terme de l'exposé le général François Lecointre transmet son message : « les types de conflits qui se présentent à nous nous font nous interroger sur la nécessité de reconstruire une armée de guerre. »

« Je vous donnerai un seul exemple : nous sommes déjà à la limite de nos capacités d’action maritime avec les frégates de premier rang. Je suis dans l’obligation d’en engager une en permanence dans le Golfe arabo-persique ; une autre dans le canal de Syrie pour surveiller que la ligne rouge – l’emploi d’armes chimiques par Bachar Al-Assad – fixée par le Président de la République ne soit pas franchie ; une autre pour les actions de « contestation de la contestation » de la liberté de circulation dans les espaces maritimes que nous impose la Chine en mer de Chine du Sud ; une encore pour protéger nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de l’espionnage des Russes lorsqu’ils quittent Brest ; enfin, j’ai besoin de frégates de premier rang pour surveiller le bastion russe et les mouvements des sous-marins qui partent de la presqu’île de Kola pour s’engager dans l’Atlantique Nord. En bref, je n’ai déjà pas assez de frégates de premier rang pour faire face à toutes ces sollicitations – et ce alors qu’aucun de vous ne considère que nous sommes en guerre. »

Audition du Général d'armée François Lecointre, chef d'état-major des Armées, commission des Affaires étrangères, Assemblée nationale, 6 novembre 2019.

     Il s'agissait peut être d'un acquiescement du CEMA à la demande de la Marine de relever son format en frégates de premier rang. L'argument de la Marine est que cela ne coûterait rien de plus puis qu'il s'agirait de conserver la solution intérimaire des frégates de classe La Fayette dont trois seront rénovées, avec une tranche optionnelle portant sur les deux suivantes. Ce qui implique de les prolonger au-delà des trente années de service. Ces frégates n'appartiennent pas au premier rang mais leur présence à ce niveau permettra le lancement d'un programme de leur remplacement par des frégates de premier rang, probablement au titre de la future loi de programmation militaire (2026 – 2031 ?).

Graphique n°1 – Évolution des segments de défense aérienne et de lutte anti-sous-marine, du nombre total de frégates de premier rang, du nombre total de frégates de premier rang avec les La Fayette rénovées.

      Dans cette perspective d'ensemble : l'option pour des FDI n°6, FDI n°7 et FDI n°8 pourrait correspondre à une décision actée en 2016 - 2017 de rénover trois frégates classe La Fayette (5), tout en lançant l'entrée en phase de réalisation du programme FTI / FDI. Et l'option permettrait d'abonder un relèvement du format par extension de la cible du programme grâce à des mises sur cale réservées et dévolues expressément à la Marine nationale, permettant de passer de l'achèvement de la phase de renouvellement à la phase d'expansion navale : entre 1981 et 1983, la trame frégates de 1er rang atteignait entre 18 et 20 frégates. Ce niveau n'a plus jamais été retrouvé depuis.

Cette option est « cours de discussions » dans ce cadre (cf. supra) : c'est-à-dire à l'aune des discussions afférentes aux travaux et rédactions de documents stratégiques, allant d'une nouvelle actualisation de la stratégie militaire au regard de l'invasion de l'Ukraine (24 février 2022) et des accélérations observées et des travaux préparatoires à une nouvelle loi de programmation militaire, devant débuter en 2023, sans oublier l'obsolescence peut être avérée de la clause de revoyure de la LPM 2019 - 2025, exercée en 2021.

     En l'espèce, le programme FDI a une phase d'industrialisation complètement bouleversée car la crainte de cessions sur cale, au profit de marines étrangères, devant être contournée par un consentement rapidement donné par la Marine au programme FTI, s'est malheureusement matérialisée avec le programme FDI :

La Marine de guerre hellénique a bénéficié de la signature du contrat FDI HN, le 24 mars 2022 : seront cédées sur cale les FDI n°2Amiral Louzeau – et FDI n°3Amiral Castex – au profit de la Ελληνικό ΠολεμικόΝαυτικό (ΠN). Cette dernière travaillant à l’affermissement de l’option d’une quatrième unité, il est à craindre que la FDI n°4Amiral Nomy (2028 – 2058 ?) – puisse également faire l’objet d’une cession. Sans compter que la Marine grecque continue à travailler à l'affermissement de l'option portant sur une FDI HN n°4.

C'est pourquoi il y aura nécessité de mettre sur cale trois à quatre FDI MN/HN supplémentaires, dans un contexte industriel où FDI et Gowind 2500/2800 sont mises sur cale conjointement dans la même grande cale de Lorient. Et Naval group s’est positionné sur le programme corvettes de la ΠN avec des propositions allant jusqu’à cinq corvettes (hypothèse d’une enveloppe de 2 000 M€) avec deux à trois mises sur cale à Lorient. Athènes devrait prendre une décision à ce sujet fin juin 2022.

Au final, il y a donc deux sujets, pouvant conduire à deux chois assez différents, et qui se font jour conjointement et qui dépendent des décisions politiques devant être prises en Conseil de Défense, à savoir dans quelle mesure devront être réhaussés certains formats des Armées. En cela, il y a deux perspectives pour le programme FDI :

Achever, à l'été 2022, un nouveau calendrier du programme, et donc des livraisons, entre nouvelles mises sur cale et cessions sur cales de la Marine nationale à la Marine de guerre hellénique.

Mais les discussions menées parallèlement quant à l'affermissement de la tranche optionnelle pour la rénovation de deux autres frégates classe La Fayette (Surcouf (1997 – 2027), Guépratte (2001 - 2035 ?) permettrait d'envisager un deuxième choix, consistant à abandonner les standards 1 et 2 pour, en consentant à quelques études supplémentaires, remettre sur la planche à dessins ce qui semble trop limité aujourd'hui en termes de caractéristiques opérationnelles grâce aux trois à quatre mises sur cale rendus nécessaires par le contrat grec et l'option contenant trois mises sur cales supplémentaires.

Il s'ouvre donc une fenêtre où les quatre premières FDI peuvent être cédées sur cale à la Grèce tandis que la cinquième n'a pas bénéficié de début de construction, au mieux un approvisionnement de matériaux. Il y a donc un volume de cinq frégates à mettre sur cale avec une option pour trois de plus. Une série, avec une définition matérielle remaniée ?

2 commentaires:

  1. il faut fabriquer des destroyeurs dxx avec les italiens 3 a4 pour la france

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  2. Dans une tendance où la pointe de la réflexion US parle de léthalité distribuée et d'emport de missiles hypersoniques, où l'actualité pointe sur l'utilité des munitions rodeuses et qu'un récent Wargame US montre l'impact de swarm de drones pour enfin l'emporter contre la Chine, il ne manquerait pas grand chose aux FDI pour jouer dans la cour des grands : des silos A70 (voire enfin la forme polyvalente permettant de tirer Aster ou MdCN) et la rallonge de 9m qui permettrait d'emporter des Remote Carrier...
    Le problème de ce décalage répétitif des FDI est surtout de renforcer le role des FLF insuffisamment modernisées pour constituer un vrai 1er rang !
    BPCs

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