15 octobre 2022

Военно-морской флот : projet de sous-marin stratégique à propulsion nucléaire de 5ième génération « Arktur »

© TsKB MT Rubin.

     Le projet de sous-marin stratégique (Ракетный подводный крейсер стратегического назначения (РПКСН) / Raketnyy podvodnyy kreyser strategicheskogo naznacheniya (RPKSN) – équivalent russe des Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins (SNLE ou SSBN) à propulsion nucléaire de cinquième génération dénommé Арктур / Arktur, a été conçu par le bureau d’études TsKB MT Rubin et présenté au salon Army-2022 (15 – 21 août 2022) sur le stand même de la Marine russe et non celui de l’industriel : soulignant l’intérêt de celle-ci pour ce projet qui a fait l’objet d’une analyse par Benjamin Gravisse (« Le projet de sous-marins stratégiques Arktur », Red Samovar, 23 août 2022). Arktur matérialise ce à quoi pourrait ressembler un futur SNLE russe devant entrer en servie à l’horizon 2050 pour opérer dans les « eaux froides ». Quelques remarques relatives à son architecture confinant peut être à quelques ruptures sur certaines pratiques établies.

     Les choix architecturaux présentés ne sont pas sans rappeler ceux arrêtés par le Bureau de génie maritime de Saint-Pétersbourg Malachite pour le projet de Sous-marin Nucléaire d’Attaque (SNA) de cinquième génération, dénommé dans un premier temps Khaski (2016) puis Laïka (2019) : l’Izd. 545. 

     La silhouette générale, se dégageant de la maquette présentée, et des dessins assistés par ordinateur diffusés, arborent des confirme des évolutions architecturales significatives vis-à-vis des Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins (SNLE) des Izd. 955 / 09551 (code OTAN : Boreï / Boreï-A) : le déplacement est annoncé comme ayant été réduit de 20%, c’est-à-dire, et environ : 11 776 tonnes en surface pour 19 200 tonnes en plongée tandis que les Boreï-A déplacent 14 720 tonnes en surface et 24 000 en plongée. Cela augure une coque d’une longueur voisine des 134 mètres, pour un plus fort diamètre de 15,7 mètres. L’équipage est d’environ 100 sous-mariniers, ce qui constituerait un « plancher » en la matière. 

     La coque hydrodynamique est en « forme de diamant », à l’instar de ce qui était perceptible dans les formes des Sous-marins Nucléaires d’Attaque classe type Astute (7) et plus prononcés et arrêtés sur les Type 216, Type 218 et Dolphin I et II israéliens et, surtout, Type 212CD / Type 212CD Expeditionary (TKMS) : serait-ce une architecture appelée à se généraliser fasse face aux sonars ATBF (Actif Très Basse Fréquence) / UBF (Ultra-Basse Fréquence) ? 

     Le massif (présentant dix ouvertures pour probablement autant d’aériens dont le schnorchel) est très à l’avant de la coque et caréné au point de presque s’y fondre : ce qui tranche avec les réalisations précédentes en matière de SNLE soviétiques puis russes. Un revêtement en tuiles anéchoïques semble couvrir toutes les surfaces extérieures. 

     L’appareil à gouverner est une sorte de nouveau type « H », avec deux barres de plongées verticales et dont les moitiés supérieures et inférieures sont chacune légèrement inclinées vers l’intérieur. Des barres de plongée horizontales avant rétractables sur la partie basse de la coque, au droit du massif, sont visibles sur la maquette. Leur position invite à considérer un nouveau système de tranquillisation de la plateforme lors du lancement des missiles Mer-Sol Balistiques Stratégiques (MSBS). 

     Le TsKB MT Rubin évoquait une propulsion entièrement électrique, sans ligne d’arbre : cela est à rapprocher des considérations souvent évoquées pour le projet de la DARPA Tango Bravo ainsi que les programmes de SNLE américains (classe type Columbia (12) et britanniques (classe type Dreadnought (4). Un réacteur nucléaire fournit toujours l’énergie du bord. Les réflexions et études amont vont-elles jusqu’à considérer de réunir générateur de vapeur et turbo-alternateur dans l’enceinte du réacteur, avec une nouvelle architecture à boucles (très) courtes ? Rien n’est dit quant à la probable adoption de batteries type lithium-ion. 

     Et la puissance électrique est délivrées à deux propulseurs latéraux noyés entre le prolongement de la coque jusqu’à l’appareil à gouverner et ce dernier. La « tuyère » semble se terminer par une sortie ovale et étalée horizontalement. Une propulsion qui avait notamment été explorée et intégrée à la maquette d’un projet préliminaire de SNLE – Concept 35 –, pensé par BAE Systems et montrée au salon Defence & Security Equipment International Londres (2007). Est-ce à dire que, pour le TsKB MT Rubin, la technologie de la pompe-hélice arrive en butées d’évolutions sous sa forme actuelle ? 

     L’ensemble des senseurs discernables présente moins de choix « en rupture » est en revanche des plus classiques puisque le dôme à la proue arbore une antenne conforme et que chaque bord est paré de deux antennes de flanc : arrangement correspondant plutôt aux choix adoptés pour les sous-marins à l’horizon 2020-30, invitant à considérer que les choix russes sur ce projet ne sont ni arrêtés, ni présentables. A noter que pour deux SNA Virginia Block IV ainsi que ceux des Block V à VII : une antenne de flanc est remplacée sur chaque bord par une « Large Vertical Array » devant permettre l’élaboration d’une situation tactique en 3D. Et aucun appendice particulier ne semble remarquable pour remorquer ou ravaler une antenne linéaire remorquée mais l’appareil à gouverner et les formes de la coque semblent avoir le volume adéquat pour en intégrer une. Voire deux. 

     Il est remarquable que la moitié arrière de la coque présente deux hangars latéraux ainsi qu’un hangar central, au milieu de l’appareil à gouverner, permettant – selon les présentations publiques (maquettes et modélisations numériques) – de mettre en œuvre trois drones (Autonomous Underwater Vehicle (AUV), voire Extra Large Unmanned Undersea Vehicle (XLUUV) ?) dénommés Surrogat-V. C’est une nouvelle évolution d’un projet lancé par le TsKB MT Rubin sur sa propre initiative en 2016 et dont l’une des itérations présentes la capacité à remorquer une antenne linéaire remorquée. Rien n’est dit ou suggéré quant aux moyens de communications avec le « bateau-mère » (sonar(s) haute-fréquence ? laser ?). Il s’agirait de l’acculturation sous-marine au concept d’ « ailier loyal » pensé pour le combat aérien. 

     Le système d’armes dissuasion a été réduit à seulement douze Tubes Lance-Missiles (TLM), à l’instar des futurs SNLE classe Dreadnought britanniques. Peu ou rien n’a été dit par la partie russe au sujet des caractéristiques des TLM : leur diamètre n’est pas connu. Il est donc à se demander s’ils recevront une évolution du MSBS 3M-30 (GRAU) RSM-56 Bulava (code OTAN : SS-NX-30 / SS-N-32) ou bien un nouveau MSBS. Et dans quelle mesure ces choix permettront le lancement d’une charge utile équivalente ou à peine réduite. Autre hypothèse : est-ce que dans le cadre des conventions de limitations et de réductions des armements, la partie russe souhaite amender son offre stratégique ? 

     Benjamin Gravisse de remarquer que les trois hangars précités pourraient être compatibles avec l’embarquement et la mise en œuvre de la torpille nucléaire à très longue portée 2M39 (GRAU) Status-6 Poseidon – conçu par le TsKB MT Rubin –, permettant donc de compléter la salve de MSBS, tout en diversifiant le choix des vecteurs : ce qui serait relativement une première, à bord d’un même sous-marin stratégique. Faut-il s’attendre à observer des TLM conçus pour embarquer des vecteurs aérobies, à l’exemple du 9M730 (GRAU) Burevestnik (code OTAN : SSC-X-9 Skyfall) ?

La soute à armes tactiques alimente seulement quatre tubes lance-torpilles au diamètre non-précisé (533 mm ? 650 mm ?) : cela constitue une réduction remarquable en la matière vis-à-vis des autres projets de SNA et SNLE russes. Arktur rejoindrait alors les choix arrêtés, par exemple, dans les marines américaine, britannique et française. D’où quelques interrogations relatives aux réflexions russes quant à de nouvelles installations pour recharger et lancer les armes, devant permettre de soutenir une cadence similaire, si ce n’est identique. 

     Toujours selon Benjamin Gravisse, les SNLE Izd. 955 / 09551(code OTAN : Boreï / Boreï-A) pourraient quitter le service entre 2043 à 2061 (durée de vie opérationnelle d’environ 30 ans) ou entre 2053 à 2081 (service opérationnel d’environ 40 années) : ce qui laisse augurer un début de construction du successeur à la fin des années 2030, voire au début des années 2040.

 

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