08 janvier 2012

Renforcer la puissance navale française ? Des caissons à engins pour les frégates

© DCNS.

L'artillerie navale a donné lieu à la publications de plusieurs billets. Toutefois, il était presque toujours exclusivement questions de tubes et d'obus. Cependant, les tubes peuvent servir à bien d'autres choses. Si les roquettes étaient, à leur origine, tirées depuis des rails, le tube s'est vite imposé et généralisé dans le monde. L'idée est la même dans les missiles où le "silo" est devenu la "seconde peau" de l'engin, aussi bien à terre que à bord des navires. Il y a peut être quelques caractéristiques à relever afin d'en synthétiser une application navale.

Le Multiple Launch Rocket System (MLRS)

La philosophie de ce système d'armes est particulièrement intéressante. Sous la plume de Jean-Jacques MERCIER (DSI, hors-série "Artillerie : quel avenir pour le Dieu de la Guerre ?", p.97 : "MLRS : Le lance-roquettes standard de l'OTAN") il est possible de découvrir que le choix américain s'est fait sur un porteur simple afin que les investissements se concentrent sur les munitions. Ainsi, le châssis est celui du M-2 Bradley. L'utilité du véhicule est de porter les roquettes. Il n'est pas tellement question de tubes : le système sublime cette idée. Le MLRS (en service dans l'Armée de Terre, 44 systèmes ont été achetés) porte deux caissons. Un caisson emporte soit :
  • six roquettes,
  • un missile ATACMS (Army Tactical Missile System -de type SRBM : voir l'article de Joseph HENROTIN p.76 de la publication précitée : "Missilerie : vers le retour des SRBM ?").
Le système est donc particulièrement polyvalent puisque les caissons sont des sortes de barillet. Quand il faut recharger le système, il suffit de changer les caissons. De sorte que, le remplissage de ceux-ci avec des munitions se fait en amont, en dehors de la zone de combat, et dans une zone sûre.

Le chargement et le déchargement d'une paire de nouveaux caissons prend de 5 à 10 minutes : un temps qui a été réduit de 40% sur le M-270A1 grâce à un nouveau système de manutention (toujours p.97 du hors-série susmentionné).

Ce qui dimensionne les munitions du système, ce sont bien entendu les caissons. Il est possible de déduire leur taille depuis la taille des munitions (faute d'avoir trouvé l'information exacte) :
  • 3,94 mètres de longueur (aussi bien pour les roquettes que pour l'ATACMS),
  • pour 0,7 mètre de largueur (environ -les largeurs de trois roquettes additionnées).
Le concept de caisson est suffisamment modulaire et polyvalent pour permettre de développer un nouveau porteur : le Hight Mobility Artillery Rocket System. Le rapporte entre le MLRS et le HIMARS est le même qu'entre l'AUF2 (rêvons un peu) et le CAESAR : le système d'armes a été allegé afin d'augmenter sa mobilité opérative. C'est-à-dire que dans le cas du CAESAR, des caractéristiques ont été abandonnées (blindage intégrale, protection NBC, tourelle 360°, etc...) pour obtenir un canon automoteur aérotransportable par C-130H : l'AMX-30 AUF1 déplace 43 tonnes quand ce n'est plus que 17 tonnes pour son petit-frère. Le MCO serait quatre fois moins coûteux que pour un système sans chenille. C'est le même raisonnement qui a présidé à la création du M-142 HIMARS : doté d'un seul caisson, celui-ci ne déplace que 10 tonnes contre 25 pour son aîné, car basé sur un camion de cinq tonnes.

Attention au carburant

Il y a deux types de carburant pour les roquettes et missiles : liquide et solide. Le problème des munitions utilisant des carburants liquides, c'est qu'elles doivent être remplies avant lancement car les carburants liquides sont corrosifs -ce qui nécessite une logistique plutôt "lourde". Ces explications très succinctes expliquent, en partie, pourquoi les carburants solides ont la préférence, bien qu'il soit plus difficile à apprendre à les produire.

Deux grands types de munition

Les LRM (Lance-Roquettes Multiples) devaient servir d'artillerie de contre-batterie. Depuis la fin de la Guerre froide, de nouvelles exigences opérationnelles ont fait leur apparition. Il a été question de PGM (Precision Guided Munition), notamment, et de la diversification des charges. Il n'est plus simplement question de détruire des trouées blindées soviétiques avec des grenades anti-chars, mais, par exemple, de détruire un obstacle durci à l'aide d'une charge explosive unitaire HE (Hight Explosive). Cela conduit à ne pas retenir les armes à sous-munition, interdites par un traité récent pour les signataires qui ratifieront la convention. D'où le fait de ne retenir que des munitions à charge unitaire :
  • roquettes : la M-31 GMLRS Unitary (Guided Multiple Launch Rocket System), d'un coût de 130 000 dollars, est guidée par GPS et quatre ailettes de nez servent aux corrections de trajectoire. La munition a été testée pour la première fois en 1995. La précision terminale est de l'ordre des 5 mètres. La charge emportée est de 90kg d'explosifs (contre de 3 à 20kg selon les obus) et sa portée affichée est de 70km, bien que des tirs aient pu atteindre 85km (comme l'A2SM qui a dépassé sa portée officielle en Libye). 
  • Missile balistique : l'ATACMS ou, pour les intimes, le MGM-140. La version "E" de ce missile a une portée théorique de 300km et emporte une charge de 227kg d'explosif HE qui seront guidés ver leur objectif grâce à un guidage GPS. Ce mode de guidage doit donner une précision "quasi métrique" à la munition (p.77 du HS de DSI). En comparaison, le missile Exocet block III porte à 180km, en mode "rase mer" pour le trajet final du vol, et n'emporte "que" 165kg d'explosifs. La finalité des deux missiles est, naturellement, très différente.

D'autres munitions ?

L'avantage des caissons, cela a été dit, c'est qu'ils permettent de standardiser les barillets à missiles et roquettes. Ce qui a donné l'idée de développer des caissons SLAMRAMM (Surface-Launched Advanced Medium-Range Air-to-Air Missile) pour transformer un M-142 HIMARS d'artillerie sol-sol en artillerie sol-air : le caisson transforme bien la finalité du porteur. Les essais effectués ont rencontré le succès escompté, bien que le développement ne soit pas allé plus loin.

Il ne serait pas inintéressant d'essayer d'insérer des missiles Mica dans le caisson : il vaut peut être mieux vendre des missiles qu'une plateforme, et la standardisation permettrait, hypothétiquement, d'atteindre tout le marché OTAN plus facilement que par le biais d'un véhicule porteur spécifique.

Il aurait été envisagé de tirer des Fire Shadow depuis des caissons adpatés et emportés par les LRM standardisés de l'OTAN. Ce "missile rôdeur" (dont le prix ne doit pas dépasser celui d'une M-31) devrait avoir une endurance de six heures et une portée maximum de 100km. Sa longueur de 4 mètres (pour 200kg) lui permettrait d'être emporté dans les fameux paniers. Il peut servir de drone ISR jetable et frapper sa cible une fois qu'elle aura été repérée.

D'autres caissons ?

A priori, tant que des munitions peuvent être insérées dans des caissons prévus pour elles, et que ces caissons ont la taille standard permettant d'être embarqué à bord d'un M-270 MLRS ou d'un M-142 HIMARS, alors, il est possible de mettre tout, et n'importe quoi, dans un caisson, ou presque : tant que la longueur de la munition ne dépasse pas les 4 mètres.

Il pourrait être intéressant de développer un "caisson marine" qui pourrait emporter des munitions additionnelles, non-tirées verticalement (si l'engin le supporte ou l'admet). Il s'agirait par exemple de développer un caisson standard pouvant emporter les missiles Exocet, Aster, MdCN ou d'éventuels missiles rodeurs. La taille de la plus grande munition, le missile de croisière naval (6,5 mètres), définirait la longueur du caisson marine : 7 à 8 mètres -une marge est toujours agréable, surtout vu la suite.

In fine, il s'agit de développer un caisson Sylver A70 pouvant être manoeuvré à la manière des porte-caissons que sont les MLRS et HIMAR.

Le grand caisson de Marine

L'idée n'est pas de gaspiller des crédits équipements pour réinventer la roue (le Sylver A70), mais bien de tirer parti de ce qui a été fait dans l'artillerie de contre-batterie terrestre pour augmenter les effets tactiques de nos frégates.

L'objectif initial est de coupler les fameux caissons avec le caisson de Marine dans un seul et grand ensemble (à la manière de la structure mobile du M-270 MLRS). Cette structure unique permettrait l'emport :
  • et des munitions terrestres (M-31 GMLRS Unitary et MGM-140E),
  • et des munitions marines (Exocet, MdCN et Aster).
Le "porte-caissons marine" porterait sur un côté le caisson des munitions typiquement "terrestres" (voir, des missiles Mica) et de l'autre côté, le caisson de marine emportant les munitions navales. Il y aura simplement un caisson qui sera bien plus large que l'autre.

La différence de longueur entre la boite OTAN et la nouvelle boite pour frégate devrait permettre d'insérer deux caissons l'un derrière l'autre dans la structure de lancement.

De là, il y a deux "réalités" (le mot est galvaudé, bien entendu) possible à cette étude de psueudo ingénieur en chambre :
  • ou bien, il est possible d'installer dos-à-dos deux grands caissons de Marine dans l'espace prévu pour les missiles Exocet sur une frégate de classe Aquitaine : une affaire de longueur des grands caissons de Marine ;
  • ou bien, ce n'est pas possible, et alors il faut prévoir un caisson légèrement différent de la première idée. Celui-ci serait bien plus long afin d'emporter les munitions précitées par deux sabords antagonistes. Ainsi, le caisson se lèverait d'un côté ou de l'autre, selon la direction de la menace ou de l'objectif dans le but de libérer le feu demandé. L'un des problèmes de cette solution, c'est qu'elle handicape le tir en urgence des munitions.
Outre le volume du grand caisson de Marine, il y a une évidente contrainte de poids : 450kg pour un Aster 30, 670kg pour un Exocet block III ou encore, environ 1500kg pour un MGM-140. Ce LRM marin, une fois chargé, pèserait un certain poids : il n'est pas certain que le pont sous les Exocet puisse le supporter. Enfin, il serait regrettable de surcharger dans les hauts le navire, ce qui offrirait à la Marine nationale son premier Wasa.

Cette contrainte de poids, si elle est surmontable, pourrait ouvrir des perspectives : si un, ou deux, surtout deux, grand caisson de Marine pouvait être installés au-dessus du hangar à hélicoptères alors cela décuplerait certainement le nombre d'engins pouvant être emportés par une frégate.

Sur le plan logistique, ces caissons marins devraient pouvoir être aérotransportables (C-130, A400M, A330, A340, An-124 en location, etc...). L'idéal serait que les caissons puissent être emportés sous élingue : à la manière des MLRS, les frégates pourraient "changer de mission" en pleine mer, sans revenir au port, à l'aide des avions de transports de l'Armée de l'Air qui amènerait les caissons dans une base ou une facilité à proximité du navire. Un hélicoptère se chargerait soit d'amèner le colis sur un pétrolier-ravitailleur et de l'accompagner à la rencontre de la frégate, soit de rejoindre directement la frégate. Il faudrait qu'il soit possible de changer en pleine mer les caissons, ou le grand caisson de Marine lui-même.

Cela pourrait faire une notable différence à l'encontre d'un adversaire en faisant peser une menace "immédiate" où qu'une frégate FREMM se trouve dans le monde.

Multiplication des feux et souplesse tactique

Tout l'intérêt du grand caisson de Marine est d'intégrer dans un premier temps les deux munitions phares des LRM : la roquette M-31 et le missile balistique de courte portée MGM-140E. La première munition permettrait d'atteindre des objectifs hors de portée des canons de marine, ou de détruire des cibles durcies inaccessible à une pluie d'obus, même guidée précisément sur la cible. Elle serait un excellent complètement ponctuel. Le missile (300km) allongerait la portée du feu d'une frégate au-delà d'un missile de croisière Exocet (180km de portée) mais en deça d'un missile de croisière naval (1000km) qui s'avérerait trop précieux pour la cible à atteindre. L'utilisation de "missile balistique" serait un plus pour la lutte contre les défenses aériennes ennemies afin de les contourner.

L'intérêt de l'emport de ces munitions, depuis leur caisson standardisé, est de profiter d'une place disponible à bord des frégates, à côté des Exocet. Et des futures munitions développées pour ce système.

Dans un second temps, et si cela été possible, le grand caisson de marine permettrait donc l'emport des munitions développées pour MLRS et HIMARS, mais également des munitions devant être habituellement emportées par les lanceurs Sylver, des frégates de classe Aquitaine. In fine, la capacité d'emport en engins ne serait plus limité à 32 unités, mais à un nombre bien plus grand, selon qu'il soit possible d'installer :
  • un unique grand caisson de marine allongé entre la mâture et le bloc passerelle de commandement,
  • deux grands caissons de marine au même endroit,
  • trois grands caissons de marine s'il était possible de placer le troisième sur le toit du hangar aéronautique.
Ce dispositif permettrait donc d'augmenter le nombre d'engins embarquer par une frégate. Cette multiplicité des feux offrirait une souplesse seulement égalée par les escorteurs disposant d'un grand nombre de silos à lancement vertical. Il serait possible d'envisager l'emport de toutes les munitions actuelles et à venir pour les LRM des armées de Terre, de même que toutes les munitions présentes et à venir pour Sylver A70.

Avec le grand caisson de Marine, les frégates pourraient traiter un objectif avec la juste quantité de feu requise, sans être contrainte par un emport en munitions beaucoup trop faibles. Cette modulation du feu implique une modulation financière : une juste quantité d'explosifs, c'est une juste quantité de crédits budgétaires pour traiter la cible (qui peut être aussi bien une corvette qu'un véhicule tout-terrain civil). Si le caisson de Marine pouvait bénéficier de la même logistique simplifiée que celle de son aîné terrestre et s'il pouvait être déplacé de la métropole au théâtre par avion de transport et sous élingue jusque à la frégate, il ne serait même pas nécessaire que le navire soit chargé à plein en permanence.

Les frégates de la Royale pouvant emporter un ou plusieurs grands caissons de Marine engendreraient une certaine dissuasion conventionnelle puisque du jour au lendemain, et presque partout dans le monde, elle pourrait devenir de véritables arsenaux flottants.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire