12 septembre 2016

Deuxième porte-avions, plus de frégates ?

© Inconnu. Les porte-avions Clemenceau et Foch à la mer.

Revenons sur cette remarque souvent prononcée quand il s'agit d'évoquer l'éventuelle construction d'un deuxième porte-avions afin de parfaire le Groupe Aéronaval (GAn). Les conséquences comporteraient, notamment, un besoin d'accroître le format de la flotte de surface. Assénée comme une vérité qui serait volontairement cachée, cette assertion ne résiste pas à l'épreuve de l'expérience pratique des porte-avions Clemenceau (1961 - 1997) et Foch (1963 - 2000). 

Le format en escorteurs de la Marine nationale pendant le service actif de ses deux porte-avions de la classe Clemenceau a largement évolué. Avant leur lancement, la Flotte se reconstruit autour de la protection des routes maritimes, suite à une deuxième bataille de l'Atlantique plus les problématiques méditerranéennes. Une grande flotte d'escorteurs, notamment financé par les commandes offshore américaines, est permise par les travaux de la IVe République. 

Cependant, cette flotte de surface doit être adaptée aux contingences de la "servitude technologique" pour reprendre les mots de l'Amiral Castex. Les "engins", ou missiles dans le vocabulaire actuel, deviennent indispensables pour lutter au-dessus et sous la surface autant par l'avantage déterminant qu'ils confèrent que pour suivre les avancées technologiques dans la propulsion des aéronefs et des sous-marins. 

Le service des deux ponts plats est découpé arbitrairement en deux périodes distinctes afin de souligner le passage d'une flotte d'escorteurs à une autre dans la Marine nationale. Ce focus s'intéresse tout particulièrement sur les unités hauturières pouvant, en plus de combattre dans un ou plusieurs milieux pour assurer sa défense, participer à la protection collective d'un groupe de navires. 
Les unités qui pourraient être recouvertes par le vocable de frégates de deuxième rang et servant essentiellement à l'éclairage de la Flotte ne sont pas directement concernées par ce propos bien que l'éclairage demeure une capacité fondamentale mais pas indispensable à l'escorte rapprochée.

1960 - 1980 

Dans un premier temps, la Marine nationale cherche à adapter sa flotte d'escorteurs héritée de la IVe République aux nouvelles exigences des lutte anti-aérienne et anti-sous-marine avec des engins. Ces premiers travaux doivent permettre de dégager du temps et des crédits afin de lancer une flotte moderne de frégates lance-engins devant permettre à la Royale de s'engager pleinement dans les exigences de la guerre aéronavale moderne. 

C'est le programme des Frégates Lance-Engins (FLE) et de leur dérivé à vocation anti-sous-marine que sont les F67. Ce premier programme que de grands vaisseaux ambitionne de remplacer toute ou partie des escorteurs par six FLE et dix-huit frégates anti-sous-marine F67. 

Finalement :
  • seules deux FLE (Suffren et Duquesne) rejoignent le service ;
  • ainsi que trois F67 (Tourville, Duguay-Trouin et De Grasse) ;
  • sans oublier la seule F65 (Aconit) ;
  • la première C70 (Georges Leygues). 
Elles sont renforcées par :
  • cinq escorteurs d'escadre refondus ASM (T47 : D'Estrées, Maillé-Brézé, Vauquelin, Casabianca, Guépratte ; T56 : La Galissonnière) ;
  • quatre refondus AA (Dupetit-Thouars, Du Chayla, Kersaint et Bouvet). 
  • Enfin, le croiseur Colbert refondu (1972) peut assurer l'escorte anti-aérienne d'une escadre.
Sur les 24 FLE (6) et F67 (18), seules 5 unités sont admises au service actif. 

La valeur de l'Aconit (F65) ainsi que, justement, celle des escorteurs, est relative dans la mesure où ils n'emportent pas d'hélicoptères (sauf sur La Galissonnière et Duperré). Les voilures tournantes sont devenues indispensables à la lutte ASM. Aussi, la portée des Tartar est plus faible (environ 32 km) que celle des Marsurca (un peu plus de 60 km). Les deux combinés permettent une défense de zone à deux couches.

Ce format à 17 escorteurs principaux en 1980 reflète une gestion de vingt années bien que les escorteurs d'escadre refondus le soit dès les années 1960 tout comme le lancement des deux FLE. 


Au cours des deux décennies suivantes, les frégates continuent à monter en puissance pour remplacer la majeure partie des escorteurs qui tendent à disparaître de l'inventaire de la Flotte. En 2000, tous les escorteurs ont quitté le service actif et il ne reste plus que des frégates et des avisos A69 (éclairage). 

La classe Georges Leygues est la deuxième tentative d'un grand programme de vaisseaux depuis 1945. Par rapport aux classes Suffren et Tourville, les caractéristiques sont revues à la baisse. L'embarquement permanent d'un hélicoptère dédié à la lutte ASM est prévu dès l'origine. 12 navires de lutte ASM sont prévus pour prendre la succession des derniers escorteurs d'escadre non-refondus. 
Le remplacement des escorteurs d'escadre refondus Tartar se greffe sur le développement de la classe Georges Leygues via une version dédiée à la lutte anti-aérienne. Ce sera la classe Cassard. 6 navires sont alors prévus. 
9 unités de ce type sont réceptionnées sur les 18 espérées.

Finalement, les deux FLE deviennent FLM (Frégates Lance-Missiles) et les trois F67 constituent toujours le haut de la flotte de surface. Le type C70 renommé F70 constitue la nouvelle ossature par les classe Georges Leygues (7 unités) et Cassard (2 unités) à dominante anti-aérienne pour cette dernière. 

En 2000, la flotte de surface se resserre autour de 13 frégates.

Parenthèses PA58 et PH75 

Pour expliquer les objectifs des deux grands programmes de vaisseaux (FLE/F67 et F70) qui peuvent apparaître, il nous faut revenir à deux Flottes espérées qui ne furent pas. Dans un premier temps, avant le lancement des SNLE, la Marine nationale pensait se dotait d'un troisième porte-avions au service de la dissuasion (PA58), d'un plus fort tonnage et pouvant embarquer des Mirage IVM ou des SO 4060 Vautour. Après avoir espéré un troisième Clemenceau, le projet est définitivement abandonné. Mais il aurait motivé un plus grand nombre d'escorteurs eu égard à une permanence aéronavale consistant en un porte-avions en permanence à la mer.

Le Plan Bleu de 1973 visait non plus trois porte-avions mais deux à propulsion nucléaire bien que dans au moins un parti politique (UDI) l'idée d'un troisième pont plat soit soutenu officiellement pendant un temps. Ce plan contenait également deux porte-hélicoptères à propulsion nucléaire (PH75) qui auraient justifié, là aussi, un allongement du nombre d'escorteurs océaniques.

PA2, plus de frégates ? 

Le format de la flotte de surface se construisait pendant presque un demi-siècle autour de la notion de permanence aéronavale à la française. Il ne s'agissait non pas d'assurer un porte-avions en permanence à la mer mais bien un pont plat disponible en permanence pour prendre la mer s'il n'y était pas déjà. Cet impératif opérationnel, fournir le GAn en escorteurs, un parmi d'autres, devait se satisfaire d'un flux d'escorteurs culminant à 17 unités (1980) avant de retomber à seulement 13 unités (2000).

Nous étions déjà en-dessous de l'objectif des 15 frégates de premier rang (livre blanc 2013) même s'il faut préciser qu'en quinze années (2000-2016), le nombre de frégates de deuxième rang a fondu avec la vente de huit avisos A69 à la Turquie et le passage, pendant quelques années, des FLF du deuxième au premier rang. Les escorteurs de premier rang sont donc sur cette dernière période distraits de leur rôle fondamental. Si les frégates de deuxième rang peuvent leur permettre de se concentrer sur la constitution de groupes navals, ces premières ne peuvent pas les remplacer dans ce rôle.

In fine, non, une permanence aéronavale à la française centrée sur deux porte-avions n'implique pas la mise en service de frégates supplémentaires. L'expérience pratique tend à accréditer l'assertion initiale dans le cas où une troisième unité pourrait être commandée.

Avec une flotte de surface dimensionnée autour de 15 frégates de premier rang, la Flotte n'aurait alors pas besoin d'escorteurs supplémentaires en cas de commande du PA2.
 

1 commentaire:

  1. PA2 = permanence à la mer= permanence d'au moins 2 frégates avec le GAN
    tout dépend alors des zones de déploiement : si l'on opère en Méditerranée cela est relativement aisé, pour un déploiement aux limites orientales de l'arc de crise cela n'est possible qu'en déployant le GAN avec le soutien d'une véritable base logistique et industrielle afin d'éviter les rotations de frégates. Les Emirats (Abu Dhabi et Dubai) sont suffisant pour le temps de paix mais beaucoup trop exposés aux menaces potentielles dès le temps de crise. Par ailleurs, les besoins dans les approches métropolitaines (FOST notamment) font que le format à 15 frégates ne peut être tenu qu'avec un taux de disponibilité excellent, un renouvellement qui n'attend plus les 35 ans de vie et donc une politique de défense qui ne soit plus erratique. On peut toujours l'espérer et oublier l'histoire récente.

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