21 septembre 2016

L'abandon du deuxième porte-avions par Nicolas Sarkozy ?

© Sylvain Parouty. Modèles 3D des porte-avions Charles de Gaulle et du PA2 en sa version CVF-FR Richelieu.

Dans la foulée des propositions navales de Bruno Le Maire et Jean-Frédéric Poisson, le regard se porte sur celles de Nicolas Sarkozy, autre candidat à la primaire du parti politique "Les Républicains". Le 8 mai 2016, il brossait à grands traits les décisions qu'il prendrait en matière de Défense nationale. Sans esprit partisan, il nous semble opportun de discuter de ces propositions, tout comme nous pourrions le faire d'un autre candidat de cette primaire ou d'une autre, ou de tout candidat déclaré à l'élection présidentielle.

Les grandes orientations de M. Nicolas Sarkozy se retrouvent dans l'entretien accordé le 8 mai ainsi que dans le projet présenté par le parti "Les Républicains" (21 pages dédiées à sa partie Défense sur un document de 374 pages). Après quelques échanges, il s'avère que la partie Défense du projet de ce parti découle en très grande partie des travaux des équipes du candidat Sarkozy.

Le budget de la Défense nationale serait progressivement relevé de 1,5% du PIB, niveau attribué par ce parti à la dépense moyenne constatée pendant le mandat du président Hollande (hors pension, norme OTAN v2, p. 226) jusqu'à 1,85% de PIB en 2022. Le souhaitant étant d'accrocher les 2% en 2025. 

Une revue stratégique serait menée dès 2017 en préparation de la LPM sans que la rédaction d'un nouveau livre blanc ne soit évoquée. Elle "se traduira par un audit  précis humain, un investissement dans des besoins capacitaires non pourvus  (porte-avions, frégates, drones...)." (p. 221) Plus loin, il est dit qu'il "s’agira d’évaluer avec précision les modalités entourant les commandes de  matériels neufs, l’impact des contrats d’exportation sur le fonctionnement  des armées, ainsi que les engagements opérationnels de nos forces armées,  leurs conséquences et leurs implications." (p. 222)

La LPM serait votée dès 2017 pour la période 2018-2022. Cette LPM dite "courte" serait complétée par une autre dite "longue" couvrant dix ans (2018-2028).Le financement des OPEX serait pris en compte (intégralement ?) par l'interministérielle "pour ne pas peser sur les ressources financières de la Défense." (p. 223). Une demande de participation financière serait adressée à l'Union européenne.

La dissuasion nucléaire serait confortée en ses deux composantes, avec une hausse concomitante de 2 milliards d'euros pour assurer sa modernisation (à partir de 2021) en plus de la dépense moyenne annuelle de 3,5 milliards d'euros consacrée à la dissuasion.

S'il fallait strictement lire cette prose alors le lecteur pourrait comprendre que dans les besoins capacitaires non-pourvus ("porte-avions, frégates") il y a le deuxième porte-avions (PA2), voire les BATSIMAR (frégates de troisième rang renvoyées à la LPM 2020-2025). Les besoins en frégates de premier rang sont pourvus si tant est que la trajectoire actuelle soit financée de bout en bout (FREMM, FTI). 
C'est pourquoi les lignes suivantes se concentrent exclusivement sur la question du deuxième porte-avions eu égard à ses anciennes responsabilités de Chef des Armées et l'engagement qu'il avait pris pendant la campagne de 2007 vis-à-vis de ses propositions en 2016.

PA2

Pendant la campagne présidentielle de 2007, M. Nicolas Sarkozy s'était engagé le 7 février 2007, depuis la frégate La Fayette, a commandé le deuxième porte-avions car il "permettrait d'en avoir en permanence un opérationnel, compte tenu des contraintes qui sont celles de l'entretien." Il s'en était suivi une polémique avec la candidate socialiste, M. Ségolène Royal, suivi d'une autre sur le nombre de sous-marins français.

Devenu Président de la République, M. Nicolas Sarkozy retient sa décision jusqu'en décembre 2007. L'accumulation des grands programmes, faute d'une programmation régulière et suffisante depuis 1989, laisse peu de marges de manœuvre. Les Britanniques n'attendent pas les français et confirment la construction des deux Queen Elizabeth en juillet 2007.

En février 2008, les députés MM. Bernard Cazeneuve (PS) et Jean-Michel Fourgous (UMP) dans un rapport avancent que le coût du PA2 serait de l'ordre de 3,5 milliards d'euros. S'ils arguent de discussions avec les responsables de la DGA et de DCNS pour relever l'hypothèse de 2,5 milliards (actualisation du coût unitaire de production du Charles de Gaulle par la DGA) - guidant toutes les discussions depuis 2004 - à 3 milliards d'euros, ils retiennent, finalement, un coût de 3,5 milliards sans l'ombre d'un argument et c'est pourtant le chiffre médiatiquement diffusé

Le livre blanc de 2008 sonne le glas du CVF-FR (2006-2008), le PA2 développé en coopération avec les Britanniques. Le Président de la République annonce que "pour le second porte-avions, on a un peu de temps, puisque la décision devrait être prise aux alentours de 2011-2012".

Il était fatalement trop tard pour assurer la permanence puisque le Charles de Gaulle entrait en cale sèche pour sa première IPER en juillet 2007 pour la quitter en décembre 2008. La prochaine IPER s'annonce alors pour 2015. La non-commande du CVF-FR acte en réalité l'abandon du CVF-FR. Le débat sur le choix de la propulsion est relancé par l'Amiral Forissier, alors CEMM, le livre blanc prévoyant lui-même un tel réexamen. 

Le deuxième porte-avions n'est pas inséré dans le plan de relance de 2008-2009 qui bénéficie à un troisième BPC (non-désiré dans les besoins de la Marine nationale qui souffre d'un manque de frégates) devant soulager la difficile situation des Chantiers de l'Atlantique. Le 4 mai 2010, lors de la révélation de l'Aquitaine à Lorient, tête de série du programme FREMM, le Président de la République est questionné par le syndicat UNSA sur le sort du PA2. Il réaffirme alors son souhait d'engager le programme mais que la conjoncture économique n'était pas encore suffisamment favorable. 

DCNS propose un nouveau dessin de PA2 fin 2010 : le DEAC RXX (2010-2016). La nouvelle étude commandée fin 2008 sur le PA2 est bouclée en 2011, elle portait, notamment, sur les modes de propulsion. L'atome conserve la faveur des sous-mariniers (qui conservent le post de chef d'état-major sous les amiraux Forissier (4 février 2008 - 12 septembre 2011) et Rogel (12 septembre 2011 - 13 juillet 2016). Les raisons économiques mais également opérationnelles et de diplomatie navale invitent à considérer plutôt une propulsion classique. 

Finalement, la décision annoncée pour 2011 ou 2012 ne sera jamais prise par le Président de la République. Il se fera même surprendre à répondre dans une séquence filmée par Le Petit journal (23 février 2011), en réponse à un étudiant lui demandant un deuxième porte-avions, déclarer : « Un porte-avions, pour quoi faire ? Je veux bien faire un porte-avions mais pour quoi faire ? ».
C'est après l'élection de François Hollande (qui n'avancera aucune volonté de commander un deuxième porte-avions, le livre blanc de 2013 ne l'évoquant même pas contrairement à ceux de 1994 et 2008) que le CEMM Rogel déclare (18 juillet 2012) au sujet du PA2 devant la commission de la Défense et des Forces armées à l'Assemblée nationale qu'il ne réclamera pas "entre 3 et 5 milliards d’euros à cet effet, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas indispensable ! Quand on n’en a qu’un, on prend nécessairement le risque de n’en avoir aucun disponible à certaines périodes ! Pour autant, il serait inopportun de déséquilibrer la cohérence de nos armées afin d’acquérir cet équipement." 

Dans l'entretien accordé au Figaro le 8 mai 2016, sur une question l'invitant à considérer plus de coopération entre européens en la matière, il avance cette proposition : "Sur une base bilatérale, nous pourrions répondre à la question du deuxième porte-avions en Manche et en Méditerranée…". 
Proposition qui mériterait quantité de propositions puisque seuls les Britanniques possèderont deux unités STOVL (sans brins d'arrêt ni catapultes) ce qui interdit d'y opérer des Rafale M pouvant décoller à la seule poussée de leurs réacteurs mais ne pouvant pas apponter et s'arrêter sur 280 mètres (au demeurant, la piste oblique avec brins d'arrêt était inventée pour éviter de telles opérations avec des avions motorisés par des réacteurs.  

Finalement, en cas de victoire de M. Nicolas Sarkozy à la primaire du parti "Les Républicains" et à l'élection présidentielle de 2017, la situation serait la même sur ce dossier qu'en 2007. Le Charles de Gaulle entrera en cale sèche pour sa deuxième IPER en février 2017. Il y aurait au moins les FTI qui ne sont pas encore totalement financées (analyse du parti "Les Républicains"). Il s'agirait de maintenir un effort financier ascendant pour absorber l'ensemble des dépenses programmées et soutenir la modernisation de la dissuasion nucléaire. A l'heure où sont écrites ces lignes, le PA2 n'est plus un engagement de campagne de M. Sarkozy.

1 commentaire:

  1. La réponse est simple.
    La situation était largement plus favorable en 2007 qu'en 2017, et Mr Sarkozy président pour 5 ans n'a pas lancé le projet, alors que la précédente équipe (Chirac + MAM) avait beaucoup œuvré en ce sens.
    Je ne parle pas du passage des La Fayette en frégate de 1er rang (énorme enfumage !!!) et de la réduction de la cible des FREMM.
    Je ne suis pas certain de l'engagement de Mr Sarkozy envers la Marine.
    La parole est toujours dure, mais (en pleine crise certes, c'est moins facile) les actes l'ont été beaucoup moins.

    Nuançons tout de même avec l'équipe actuelle (2012-2017) qui aura été complètement à côté de la plaque sur les sujets militaires (pas de PA2 du tout, pas de Rafale, replacer les FREMM par les FTI ...).

    Point positif néanmoins, commun à plusieurs candidats (y compris hors du parti LR/UMP), l'augmentation du budget des armées vers les 2%, sous réserve de croissance probablement, mais qui au moins permet de lancer de nombreux débat et programmes.

    QC

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