16 avril 2019

European Patrol Corvette

© Naval group. Sea Patrol présenté à EuroNaval 2018.
Le plan Poséidon (Vincent Groizeleau, "La JV de Naval Group et Fincantieri devrait vite voir le jour", Mer et Marine, 10 avril 2019) devant rapprocher les chantiers navals italiens de Fincantieri de ceux français de Naval group (cf. supra : le Sea Patrol présenté à EuroNaval 2018) devrait se décliner selon une société commune dont le capital sera détenu à parts égales par les deux protagonistes et trois comités conjoints. L'un d'eux sera dédié aux projets binationaux et aux offres communes pour des programmes étrangers. Après l'abandon de la European Light Frigate (ELF) de 4500 tonnes en raison, notamment, d'un fort rejet français, l'un des premiers projets binationaux serait la European Patrol Corvette (EPC) de 3000 tonnes qui intéresserait bien plus la programmation des Marina militare et Marine nationale.


Quand émergea l'ELF en 2017, la Marina militare réfléchissait à une réduction de la cible du programme PPA de 7 (2 Light, 3 Light + et 2 Full) de trois unités (1 Light, 2 Full). Les 3 derniers PPA souhaités (7 + 10) n'auraient pas été mis sur cale dans cette perspective. Le revirement français sur cette ELF de 4500 tonnes aurait eu pour conséquence notable de confirmer la marine italienne dans ses choix initiaux et donc de continuer la série au moins jusqu'à sept PPA. Le chef d'état-major de la Marina militare n'évoquait pas quant à lui d'amputation de ce programme qui prolonge les 2 Horizon, 10 FREMM et par les 7 PPA qui serviront à remplacer nombre de corvettes.

L'ELF repositionné comme EPC de 3000 tonnes ouvre de nouvelles perspectives pour l'Italie pour le programme PPX dont l'objectif est de remplacer les patrouilleurs hauturiers des classes Comandanti (4 unités, 1500 t), Sirio (2 unités, 1500 t) et Cassiopea (4 unités, 1500 t). Seule la classe Comandanti est citée dans les journaux français mais la logique veut que la question soit posée au sujet du périmètre de l'EPC : sera-t-il étendu aux six autres patrouilleurs ?
 
Il est remarquable que du côté italien toujours il soit évoqué quelques caractéristiques souhaitées pour les EPC : un système de défense aérienne à moyenne portée reposant sur les missiles CAMM-ER (~ 50 km de portée) ou Mica NG et un sonar remorqué.

En France (Michel Cabirol, "Fincantieri/Naval Group : un programme de frégates légères attendu vers 2020 ?", La Tribune, 23 avril 2018), l'ELF est rejetée. DCNS devenu Naval group avait obtenu une réduction de la série des FREMM (11 à 8) au bénéfice de l'alimentation de son outil industriel par le programme des cinq frégates FTI (Frégate de Taille Intermédiaire). Celles-ci permettront d'atteindre le format défini par le Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale de 2013 de 15 frégates de premier rang (2 Horizon, 8 FREMM et 5 FTI) après le déclassement des cinq La Fayette du 1er au 2e rang en 2015. "Les FTI ne pourvoient donc pas au remplacement des frégates de type La Fayette (FLF). Il s’agit plutôt de développer un nouveau type de bâtiment pour arriver au chiffre total de quinze frégates de premier rang tel qu’il est prévu par le Livre Blanc." (Audition Amiral Bernard Rogel, projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2015 à 2019, commission de la Défense nationale et des forces armées, 27 mai 2015) Et ce, sans même évoquer la possibilité d'augmenter la cible du programme FREMM (2 Horizon, 13 FREMM) qui avait la préférence de la Royale. 
 
L'ELF de 4500 tonnes (2017-18) supposait l'annulation partielle du programme FTI (3 des 5 frégates ?) tout en visant le remplacement des frégates de surveillance de classe Floréal (6 unités, 2950 t) et les frégates La Fayette (5 unités, 3600 t). Avant l'ELF, il était d'ores et déjà officieusement envisagé par la Marine nationale une prolongation de la série des FTI afin de remplacer les Floréal, ce qui aurait porté la série à 11 frégates. 
 
Le passage en 2018 de l'ELF à l'EPC change en France, comme en Italie, le périmètre de la programmation navale visée par la coopération franco-italienne sur ce programme. Simultanément le programme BATSIMAR a lui ausi évolué puisqu'il a été scindé en deux parties. Le Chef d'État-Major de la Marine s'en expliquait fort bien le 11 octobre 2017 :

"Après plusieurs années de bataille pour avoir des BATSIMAR outre-mer, j’ai proposé de différencier ce programme. J’avais initialement l’intention de remplacer les patrouilleurs métropolitains et les patrouilleurs outre-mer par une même classe de bateau. Je n’y parviens pas. Ce serait trop cher, me dit-on. Je propose donc de déployer outre-mer des bateaux deux à trois fois moins chers, pour les avoir plus vite."
Amiral Christophe Prazuck, audition devant la commission de la Défense et des forces armées, Assemblée nationale, 11 octobre 2017.
La première est constituée des Patrouilleurs d'Outre-Mer (POM) au nombre de six pour lesquels un appel d'offres a été lancé et dont les livraisons sont attendues entre 2022 et 2024. Six POM qui prolongent les trois Patrouilleurs Antilles Guyane (PAG) : La Confiance (2017), La Résolue (2017) et La Combattante (2019).
 
La deuxième partie se matérialise par les Patrouilleurs Océaniques (PO) qui doivent remplacer les Patrouilleurs de Haute Mer (PHM), c'est-à-dire les avisos A69 adaptés à cette nouvelle configuration. Les livraisons seraient attendues entre à partir de 2024. Les 10 PO sont visés par le projet EPC (Vincent Groizeleau, "La construction des futurs ravitailleurs français peut-elle finir en Italie ?", 29 mai 2018).
 
Ce qui revient à dire que les Floréal et La Fayette sont sorties de l'équation, très probablement pour deux raisons :
 
La première est que leur remplacement ne se rattacherait pas à un programme validé politiquement et publiquement dans la programmation. Le contrat opérationnel des livres blancs 2008 et 2013 reposent sur 18 puis 15 frégates de premier rang - la Revue stratégique de Défense et sécurité nationale de 2017 ne s'engageant pas - avec l'absence notable de considérations quant au deuxième rang alors que le nombre de missions navales et déploiements dépassent structurellement le même contrat opérationnel. Et les formats des groupes navals ont significativement changé à l'aune des catalyseurs syrien et yéménite.
 
La deuxième raison est qu'il n'y aurait pas d'intérêt industriel à faire pour l'EPC ce qui manquait de pertinence pour le programme FREMM : si bien qu'il serait plus logique, au motif aussi d'une nouvelle loi de programmation militaire (2026 - 2031), et pour anticiper le renouvellement des frégates du programme Horizon que de lancer une nouvelle série de frégates. Le programme Navire de Combat du Futur (NCF) en est probablement l'archétype.
 
Il y aurait donc un besoin identifié entre 14 et 20 European Patrol Corvette (avec ou sans le remplacement des classes Sirio et Cassiopea) pour les Marina militare et Marine nationale. Les premières unités sont attendues dès 2024 tant du côté italien que français. Il s'agirait alors de lancer le programme au plus tard en 2021. En France, il est même espéré de le faire dès 2020, voire 2019. Cette jonction des efforts des chantiers navals italiens et français autour d'un bâtiment de 3000 tonnes ne seraient pas sans conséquence quant aux corvettes Gowind 2500 et 3000 : rationalisation des catalogues et remplacement d'un bateau dont les études débutaient au tout début des années 2000 ?
 
Rome a soumis le projet EPC comme candidat à l'ouverture d'un nouveau chantier des coopérations structurées permanentes après les 17 déjà sélectionnés. Il manque un troisième pays pour formaliser le chantier. Les calendriers français et italiens correspondent bien avec ceux de la Roumanie (4 corvettes mises sur cales à partir de 2024).


2 commentaires:

  1. Mes respects Mr le Marquis
    Ce serait pourtant assez cohérent en terme de mécano industriel de remplacer d'un coup A69, FS puis FLF avec une série de 21 navires pour les français, sans compter la dizaine d'italiens.
    La rentabilité financière serait au rendez-vous si on se rappelle le coût près de deux fois plus bas des 17 fremm initiale !
    La vraie pierre d'achoppement serait sur le remplacement des FLF, car dans celui-ci réside le moyen pour la MN de repasser à 18-20 unités de premier rang.
    Les coursives murmurent que la MN hésiterait entre 3 vrais premiers rangs et des 2d rangs boostés.
    L'article de Meretmarine décrivant la Gowind maintenant comme ayant une capacité de frégate régionale du fait des équipements embarquables (Aster voire MdCN, radar AESA, captas).
    On voit sur l'image du Sea Patrol que ce successeur du Gowind pousserait le bouchon potentiellement plus loin en intégrant le travail de la DGA sur la réduction des interactions électromagnétiques en adoptant le "chapeau" coiffant le château que l'on avait vu sur la XWind 4000. Si l'on se rappelle que les actuelles FLF ont une autonomie actuellement supérieure aux Fremm, on peut se dire qu'une version boostée de ce Sea Patrol remplirait les caractéristiques pour égaler un 1er rang du type des FDI.
    La question serait alors de savoir si un "vrai" premier rang apportera effectivement un plus comme par exemple la gestion de drones à ailes fixes comme suggéré sur les images du très bel Ocean Avenger de Naval Group.
    Et si cette capacité deviendra un élément incontournable de la définition d'une unité de premier rang.

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    1. La reponse à votre question, à savoir si un vrai premier rang comme la Frégate FDI de classe "Amiral du XXè siècle" apportera effectivement un plus, vous est fournie par Madame la Ministre de la Défense, Florence Parly, en accord avec le Chef d'Etat, Emmanuel Macron, que nous avons élu.

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