14 février 2021

Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό : l'EPC Oceanic Surveillance pour remplacer les Combattante IIa, III et IIIb ?

© Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό. P-23 ΤΠΚ Troupakis - classe Laskos ou La Combattante III - tirant un MM38.

     Il est peut être possible de découvrir, par des éliminations successives au sein du tableau déniché par Augusto Conte de los Ríos (« La EDA y el programa de la corbeta europea », Global Strategy, 15 janvier 2021), la version mise à l'étude au profit de la Marine de guerre hellénique (Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό (ΠN). Elle ne se reconnaître que par des caractéristiques opérationnelles dont celles de lutte anti-aérienne et à par la volonté grecque de remplacer lesdits patrouilleurs rapides lance-missiles. Ce choix acterait un remaniement de la « ligne » par une évolution de la doctrine, au détriment de la vitesse tactique, et donc à profit de l’endurance grâce à l’émergence d’une composante qui aurait été qualifiée de « médiane » à terre, sous la forme de corvettes.

     La Coopération Structurée Permanente (CSP) ou PErmanent Structured Cooperation (PESCO) European Patrol Corvette (EPC) s'inscrira pour la Marine de guerre hellénique (Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό (ΠN) dans la perspective d'une flotte de surface dont la quasi-totalité des bâtiments est à renouveler. Cette flotte de surface, forte aujourd'hui de 32 unités, se compose de :

13 frégates réparties dont les :

  • classe Elli (9) – classe hollandaise Kortenaer ou S-class (7) dont une sous-classe (2) dont les unités ont une moyenne d'âge de 38,3 ans ; 
  • classe Hydra (4) dont une sous-classe (2) dont les unités ont une moyenne d'âge de 22,75 ans.

19 patrouilleurs rapides lance-missiles de la même flotte de surface appartenant aux classes :

  • classe Votsis - La Combattant IIa (3) dont les unités ont une moyenne d'âge de 47,33 ans ; 
  • classe Laskos - La Combattante III (4) dont les unités ont une moyenne d'âge de 43,75 ans ; 
  • classe Kavaloudis - La Combattante IIIb (5) dont les unités ont une moyenne d'âge de 40,40 ans ; 
  • classe Roussen (7 + 2) pour laquelle une huitième unité devrait pouvoir être admise au service actif et dont les sept premières ont une moyenne d'âge de 9,28 ans.

Cette flotte de surface, forte de 32 unités, ne peut compter que sur 20 d'entre-elles pourvues en capacités anti-aériennes. Et encore : seuls 11 bâtiments possèdent des missiles anti-aériens modernes. En outre : aucun de ces bâtiments n'a de capacités permettant la défense aérienne d'un groupe naval constitué.

     L'enjeu géostratégique pour la Grèce est de soutenir et maintenir la partie navale avec la Turquie dont la flotte de surface sera forte de 16 frégates neuves ou modernisées auxquelles s'ajouteront 10 corvettes et 18 patrouilleurs rapides lance-missiles : soit 44 unités.

     Le sujet « corvettes » s'était d'ores et déjà invité dans les discussions bilatérales entre la France et Grèce. Dès 2006, Athènes marquait son intérêt pour le programme FREMM (FREgates Européennes Multi-Missions) puis, actant la volonté de Paris ne plus proposer ce bâtiment à l'exportation afin de lui préférer la nouvelle frégate issue du programme FTI (Frégates de Taille Intermédiaire), les discussions reprenaient sur ces nouvelles bases, dans le cadre du « plan 2 + 2 » formalisé aux alentours du 31 mars 2018.

Paris avait même proposé en 2018 la corvette Gowind 2500 tandis que DCNS, aujourd'hui Naval group, avait fait montre de sa prétention à pouvoir décliner une variante rapide du même bâtiment, dénommée FastWind, apte à marcher à plus de 40 nœuds selon les propositions avancées à direction de la Géorgie et les Émirats Arabes Unis. Il était donc logique, voire attendu, que la France présente – si cela n'avait pas d'ores et déjà été fait depuis 2018 – le projet European Patrol Corvette à Athènes.

     Le 11 décembre 2017, le Conseil européen a adopté une décision établissant une Coopération Structurée Permanente (CSP ou PErmanent Structured COoperation (PESCO) entre les États membres qui remplissent des critères plus élevés de capacités militaires, au sens de l'article 1er du protocole n°10, et qui ont souscrit des engagements plus contraignants en la matière, au sens de l'article 2 dudit protocole, en vue des missions les plus exigeantes et de contribuer à atteindre le niveau d'ambition de l'Union. Cette décision est assortie de la liste des États membres engagés dans cette démarche. À partir de trois États participants son budget peut être abondé par les fonds européens jusqu’à hauteur de 20%. Rome proposait à l'été 2019 le projet European Patrol Corvette pour les CSP/PESCO. Le Conseil européen a retenu l’EPC dans la 3ième vague des CSP par sa décision du 12 novembre 2019.

Le drapeau de la Grèce est apparu sur le site internet du CSP/PESCO EPC le 12 janvier 2020. La participation grecque signifiait que le CSP/PESCO atteignait alors le seuil fatidique des trois États-membres de l’Union européenne et donc que le projet pouvait bénéficier d’un financement issu des fonds européens dédiés si une décision était rendue en ce sens par le Conseil européen.

     La European Patrol Corvette devrait être selon la typologie de l'OTAN un « navire de deuxième ligne » (« Limited Warship Unit ») d'un déplacement à pleine charge d'environ 3500 tonnes. Les coques seront longues d'environ 110 mètres pour un tirant d'eau inférieur ou égal à 5,5 mètres. L'acceptation et l'officialisation de la participation espagnole à la CSP/PESCO European Patrol Corvette permet d'apprendre que l'avatar actuel est décliné en trois versions distinctes (Carrascon, « España entra en el programa de la corbeta europea », InfoDefensa.com, 11 mai 2020) en 2020.

Et c'est la plume d'Augusto Conte de los Ríos (« La EDA y el programa de la corbeta europea », Global Strategy, 15 janvier 2021) qui nous apprenait que le programme avait mis à l'étude deux versions supplémentaires et que toutes étaient détaillées dans ce tableau :

© Naviris - Navantia. Augusto Conte de los Ríos, « La EDA y el programa de la corbeta europea », Global Strategy, 15 janvier 2021.


     À l'occasion de la conférence Defence iQ OPV International 2020 (28 - 30 septembre 2020), et donc avant la conférence commune tenue par Naviris et Navantia le 21 octobre 2020 à l'occasion de l'édition numérique du salon EuroNaval 2021, fut présenté le CSP/PESCO European Patrol Corvette, selon les visions et besoins de cette coopération par les marines des quatre pays participants.

Selon ce qui avait été compris par Luca Peruzzi (« The PeSCo’sEuropean Patrol Corvette (EPC) programme gains momentum », EDR On-Line, 19 octobre 2020), il était alors toujours des trois versions dévoilées par la presse espagnole pour le programme EPC. Et dans cette perspective, il était compris que la Grèce souhaitait une version, non seulement apte au combat et qui pouvait se confondre avec les besoins espagnol et italien, mais aussi « rapide » (plus de 28 nœuds avec une propulsion COmbined Diesel And Diesel (CODAD), ce qui pouvait la conduire à la distinguer.

Pareilles caractéristiques inciteraient à conclure que la Grèce serait à l'origine de l'une des trois versions détenant une option pour une vitesse tactique supérieure à 26 nœuds et apte à lutter dans les trois milieux. Après élimination logique de la version qui ne peut que correspondre au besoin Marine nationale (Long Range Multi Mission) par le détail de l'autonomie demandée, c'est un autre détail qui invite à éliminer la version Multi-domain engagement car clairement destinée à l'Italie. Ne resterait plus que la version Multifunction combat ? Cette dernière semble être spécifique au besoin Armada Española.

 

Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό : la Grèce dans la coopération structuréepermanente European Patrol Corvette ?

Le projet franco-italien European Patrol Corvette (EPC) recevait l'aval du Conseil européen le 12 novembre 2019 et était donc intégré à la troisième vague des Coopérations Structurées Permanentes (CSP) ou PErmanent Structured Cooperations (PESCO). Paris et Rome espèrent qu'un ou plusieurs autres États membres s'y joignent. En raison des difficultés de la nécessaire reconstruction de sa flotte de surface, et de la tenue du format de la « trame frégates » (13 unités), afin de soutenir la comparaison avec la Turquie (16 frégates à terme), le CSP/PESCO apparaît comme l'une des rares opportunités pour Athènes de combiner son effort militaire le combinant avec une initiative politico-militaire européenne et donc que l'un légitime l'autre.


Et il avait été supposé, ici même, en novembre 2019 que la Grèce pouvait trouver son intérêt dans le fait de rejoindre le CSP/PESCO EPC vis-à-vis de sa stratégie des moyens, en tant que composante de sa stratégie militaire, car une telle plateforme navale pourrait correspondre au début du renouvellement des 9 patrouilleurs rapides lance-missiles les plus âgés (classes Laskos (4) et Kavaloudis (5). Mais aussi se combinait à une évolution de la structure de la Marine de guerre hellénique car réduire la place des patrouilleurs rapides lance-missiles permettrait de viser une réorientation de la doctrine navale grecque afin de tenir compte du décrochage quant au nombre de sous-marins détenus par la Grèce et la Turquie. C'est-à-dire que l'introduction de bâtiments pouvant être spécialisés dans la lutte anti-sous-marine serait une sorte de contre-mesure stratégique, complétant par le bas les plateformes navales dédiées à ces missions que sont les frégates des classes Hydra (4) et Elli (9). 

     En prenant le risque de se tromper, il s'agirait peut être d'une autre des cinq versions : celle baptisée Oceanic Surveillance. Par pure supposition, la Grèce a peut être abandonné le souhait de trouver par le CSP/PESCO EPC un patrouilleur rapide lance-missiles en raison du déroulement de l'année 2020 qui, après avoir inversé l'ordre des priorités entre les programmes FDI et Rafale, a peut être souligné l'absence d'une composante navale pouvant être qualifiée de « médiane », apte aux missions de longue durée et donc de présence sur zone car ce n'est ni la doctrine d'emploi des patrouilleurs rapides lance-missiles, ni la disponibilité relative des frégates de classe Elli qui permettra de soutenir la diplomatie navale grecque.

C'est le détail de l'armement retenu pour cette version Oceanic Surveillance qui pourrait tendre à corroborer cette hypothèse car un SAM (Surface-to-Air Missile) SR (Short Range) est intégré dans les systèmes d'armes pouvant être installés jusqu'à atteindre les capacités maximales permises par l'architecture de la corvette. Il ne s'agit donc pas d'un système de lancement vertical. La courte portée du système visée invite fortement à considérer le RAM Mk 31 Guided Missile Weapon System (GMWS). Système composé d'un lanceur - le Mk-144 Guided Missile Launcher (GML) - et de 21 RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM) qui ont une allonge d'environ 9 km pour une vitesse supérieure à Mach 2. Systèmes qui équipent les patrouilleurs rapides lance-missiles de classe Roussen et qui sont peut être l’avatar de ce que souhaite la Grèce en termes de capacités de lutte anti-aérienne pour ses unités légères.

L'artillerie principale visée - 40 mm ou 57 mm -, tout comme la catégorie de missiles anti-navires à courte portée détonnent. Cela ne discrimine pas un participant en particulier. À la remarque près que :

La Marine de guerre hellénique avait retenu le 76 mm/62 calibres STRALES avec obus DART (2004) d'OTO-Melara dans le cadre de la négociation quant à l’adaptation de la version Marine nationale du programme FDI. La version STRALES se distingue par sa capacité à tirer au coup par coup ou par rafale d'obus guidés, d’où une faculté à tirer des coups multiples contre un seul et même missile assaillant, permettant à la pièce de prétendre concurrencer les CIWS (Close-In Weapon System).

C’est pourquoi voir apparaître un 57 mm – à moins qu’il ne s’agisse de celui du 57 de BAE Systems tirant l’obus 3P ayant impressionné la Marine nationale en 2016, au point d’hésiter à retenir la pièce pour les FDI.

Finalement, le 40 mm envisagé en tant que pièce d'artillerie principale peut-il être considéré comme, éventuellement, un RapidFire Naval 40 mm CTA (GME Nexter - Thales) qui serait l'objet de discussions entre la France et la Grèce dans le cadre d'un partenariat industriel autour du programme FDI ? La DGA, la Marine nationale et le GME Nexter – Thales ne déspèrent pas de pouvoir mettre au point l’obus A3B-T (Anti Aerial Airburst-Tracer) devant intercepter les missiles.

Deux lanceurs doubles de missiles anti-navires à courte portée peuvent rappeler dans une certaine mesure l'armement d'unités grecques portant des MM38 Exocet ou bien des RGM-84 Harpoon.

     La version Oceanic Surveillance du CSP/PESCO EPC peut être interrogée comme étant la possible version mise à l'étude pour la Grèce dont la doctrine navale évoluerait de la garde prête à parer un coup de force turc par patrouilleurs rapides lance-missiles interposés dans des missions d'interdiction à une composante navale « médiane » matérialisée par des corvettes ayant troqué la vitesse pour l'endurance, voire les capacités d'observation afin de contrer des escarmouches dans les zones économiques exclusives plus ou moins lointaines. La Marine de guerre hellénique (Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό (ΠN) étant aujourd'hui dépourvue de toute capacité de patrouille hauturière. Et cela rapprocherait sa doctrine d'emploi de celles de la Marine nationale, de l'Armada Española et de la Marina Militare qui ont, avant elle, fait émerger une composante apte aux missions de basse intensité.

Seule la cible est difficile à déterminer car le remplacement au nombre de coques des classes Votsis - La Combattant IIa (3), Laskos - La Combattante III (4) et Kavaloudis - La Combattante IIIb (5) exigerait un maximum de 12 corvettes. Tenir une ou deux stations navales en mer Égée, et plus particulièrement entre la Crète et Chypre, n’exigerait pas moins de six coques.

 

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