01 juin 2022

Marine nationale : avant-projet de croiseur anti-aérien CA 2 (1948)

© Worlf of Warships. Croiseur « Bayard », figurant un achèvement du croiseur De Grasse (1956 - 1973) avec quatre tourelles triples de 152 mm (CA ?) et vint canons de 57 mm en tourelles doubles et en affûts simples. Ce serait donc une hybridation entre les « croiseurs lourds » et les projets CA 1 / CA 2.

     L'étude du 20 juin 1945 demandait, pour la « Force d’Intervention », douze croiseurs dont six « croiseurs lourds » et six « croiseurs légers». Les croiseurs lourds se répartissaient entre trois croiseurs anciens (classe Duquesne (Duquesne (1929 - 1955), Tourville (1929 - 1962), croiseur Suffren (1930 - 1972) ?) ; trois autres de facture neuve : « projet de croiseur à quatre tourelles triples de 152 mm, demandé le 11 mars 1945, est établi en 1945. » (Jean Moulin, Le croiseur Colbert, Rennes, Marines éditions, 1996, p. 14). Et les croiseurs légers devaient être des croiseurs anti-aériens dont il n'existait aucun représentant dans la Marine nationale. Le 30 janvier 1948, l'état-major demandait l'étude d'un tel bâtiment de 5 000 à 6 000 tW. Un projet d'un croiseur anti-aérien, en deux variantes - CA 1 et CA 2 - était présenté. La variante CA 2, portant du 152 mm, aurait été abandonné en 1948, au profit de la variante CA 1 portant du 127 mm ; et cela aurait engagé la fin de l'avant-projet de croiseur lourd (1945 - 1948).

     Dès l'Occupation (25 juin 1940 - 9 mai 1945), le gouvernement du régime de Vichy avait étudié un « Plan d'équipement national » (3 octobre 1942) dont l'objet, en ce qui concernait la Marine, était la reconstruction de la Flotte après la guerre ; celle-ci ayant été mise à mal par l'opération Catapult (2 - 3 juillet 1940), divers engagements face à la Royal Navy, l'US Navy. Plan proposé avant le coup le plus mortel porté à l'encontre du dernier édifice naval de la IIIième République : le Sabordage de la Flotte (27 novembre 1942), à Toulon dont la responsabilité incombe à l'incurie de Vichy.

Le « Plan d'équipement national » (3 octobre 1942) prévoyait, au 1ier janvier 1953, que ne resterait sous l'âge que le croiseur Algérie, le croiseur mouilleur de mines et conducteur de flottille de contre-torpilleurs Émile Bertin (1935 - 1959) et les croiseurs légers classe La Galissonnière (6) de 7 600 tW. Selon Jean Moulin, et dans ces conditions, « il aurait fallu prévoir la construction de six croiseurs de 10 000 tW et de sept croiseurs de 8 000 tW. » (Jean Moulin, Le croiseur Colbert, Rennes, Marines éditions, 1996, p. 14)

     En 1944, l'état-major de la Marine à Alger demandait à Washington la fourniture de « quatre grands contre-torpilleurs [ou destroyers, pour l'US Navy] ou croiseurs légers », sans autre précision relevait Jean Moulin (Ibid., p. 14).

     Le Comité de Défense nationale (16 décembre 1943) décidait, le 2 octobre 1944, d’entreprendre l’examen de la composition des forces armées d’après-guerre (Jean Doise et Maurice Vaïsse, Diplomatie et outil militaire 1871 - 1969, pp. 389 et s. cité dans Philippe Quérel, Vers une Marine Atomique – La Marine française (1945-1958)).

« Projet de Réarmement Naval et Aéronaval »

     La Marine s’y attelait par la production d’une série d’études et de projets. Le vice-amiral Lemonnier, chef d’état-major général de la Marine (18 juillet 1943 - 12 janvier 1949), remettait ainsi à Louis Jacquinot, secrétaire d’Etat à la Marine (9 novembre 1943 - 22 octobre 1947), un rapport intitulé « Statut naval d’après-guerre » qui était lui-même suivi le 28 juin 1945, par un projet d’ordonnance.

En conséquence de quoi, le 4 juin 1945, le même Comité de la Défense nationale prenait une série de décisions concernant l’organisation future des forces armées. La Marine était chargée d'établir un « Projet de Réarmement Naval et Aéronaval » pour la période allant du 1er juillet 1945 au 31 août 1946.

« Force d’Intervention »

     À cette date, il s’agissait autant de réorganiser la Défense nationale que de poursuivre la Guerre contre le Japon, de protéger les voies de communication, notamment celles avec l’Empire, d’assurer la police dans les eaux de celui-ci et d’apporter son concours à une force internationale.

Le pivot de cette organisation sera une « Force d’Intervention », issue de l'étude du 20 juin 1945, et devant être constituée (Philippe Quérel, Vers une Marine Atomique – La Marine française (1945-1958), p. 48) de :

  • 2 cuirassés,
  • 4 porte-avions de combat, 
  • 6 porte-avions d’escorte, 
  • 12 croiseurs (6 lourds, 6 légers), 
  • une trentaine de torpilleurs ou escorteurs rapides, 
  • une trentaine de sous-marins océaniques.

     Ceci nécessitait une Marine de 400 000 tonnes : soit la moitié des 800 000 tonnes de bâtiments de combat à flot en 1940, tonnage jugée alors indispensable au cours de l'entre-deux-guerres. Et, en l'espèce : la Marine nationale avait 19 croiseurs en service, au 3 septembre 1939, jaugeant 154 502 tonnes.

Mais, en 1945 et à la Libération : la Marine nationale ne jaugeait plus, environ, que 360 000 tonnes dont neuf croiseurs, totalisant 72 431 tonnes. Et il convient de noter que l'équilibre des forces (navales) a été totalement modifié au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Comité d'état-major : « Force d’Intervention »

     L'article 47 du chapitre VII de la Charte des Nations unies ou Charte de San Francisco (signée le 26 juin 1945, entrée en vigueur le 24 octobre 1945) prévoyait la mise en place d'un comité d'état-major « chargé de conseiller et d'assister le Conseil de sécurité pour tout ce qui concerne les moyens d'ordre militaire nécessaires au Conseil pour maintenir la paix et la sécurité internationales, l'emploi et le commandement des forces mises à sa disposition, la réglementation des armements et le désarmement éventuel » à son alinéa 1ier.

Dans cette perspective, la « Force d’Intervention », proposait dès l'étude du 20 juin 1945, consistait pour la Marine nationale, de non seulement procéder à la reconstruction de la Flotte, mais d'agencer le futur édifice dans le cadre des forces à mettre à disposition de l'Organisation des Nations Unies (ONU).

Dès novembre 1947, les éléments d'une « Marine future » prévoyait une force navale pour l'ONU (op. cit., p. 14) dont une task force pourvue de trois à quatre croiseurs, dans le cadre de l'étude du 20 juin 1945 : c'est-à-dire six croiseurs dont trois anciens - les « croiseurs lourds » - auxquels devaient s'ajouter six croiseurs anti-aériens - les « croiseurs légers », demeurant donc dans le cadre établi par l'étude.

Croiseur anti-aérien

     Le 30 janvier 1948, l'état-major demandait donc l'étude d'un croiseur anti-aérien de 5 000 à 6 000 tW, probablement au Service Technique des Constructions Navales (STCN). Précision d'une importance capitale, à deux titres :

     Premièrement, cela oblige d'observer qu'il ne s'agissait ni d'un projet d'achèvement de la coque du croiseur De Grasse (1956 - 1973), ni même d'une reprise de l'avant-projet de croiseurs 8 000 tW - ayant donné la classe De Grasse (3) : le déplacement demandé infirme cette hypothèse.

     Deuxièmement, cette demande d'étude d'un croiseur anti-aérien de 5 000 à 6 000 tW est faite au titre des six « croiseurs légers » demandés par l'étude du 20 juin 1945 : confirmant ainsi que les « croiseurs lourds » contenus dans le même document ne pouvait être que d'un autre acabit.

     Le STCN a très probablement répondu, au terme des premiers travaux consentis, que les caractéristiques opérationnelles demandées, devant figurer un avant-projet de croiseur anti-aérien, dépassaient allègrement ce que permettaient un déplacement de 5 000 à 6 000 tW.

Par voie de conséquence, l'état-major général recevait la proposition d'un projet d'un croiseur anti-aérien, en deux variantes :

CA 1

     Déplacement d'essai de 6 968 tonnes, ce qui devait donner un déplacement standard de 6 150 tW et approximativement un déplacement à pleine charge de 7 815 tonnes. L'armement consistait en six tourelles doubles de 130 mm (6 x II 130 mm), disposées en deux groupes (AV (3) + AR (3) et six affûts doubles de 57 mm (6 x II 57 mm) dont deux matériels sur chaque bord (au milieu + vers la tour) et deux autres matériels sur la plage arrière.

     Le CA 1 aurait une variante subséquente car le 127 mm retenu pour le CA 1 était, en réalité, un canon de 130 mm dont l'étude en tourelle double a été demandée le 24 septembre 1945. Pour ce même matériel avait été demandé sa transformation, le 6 juin 1947, en canon de 127 mm afin de s'aligner sur le calibre employé par l'US Navy.

Variante CA 1 précisée le 21 juillet 1948 mais le déplacement de 6 150 tW générait toujours des difficultés pour installer les machines et les logements.

CA 2

     Déplacement d'essai de 7 368 tonnes, ce qui devait donner un déplacement standard de 6 550 tW et approximativement un déplacement à pleine charge de 8 215 tonnes. L'armement consistait en deux tourelles triples de 152 mm CA (2 x III 152 mm) - canon de 152 mm modèle 1936 ? - et quatre affûts doubles de 57 mm (4 x II 57 mm).

     Ce qu'il conviendrait de qualifier de variante semble apparaître, le 4 juin 1948, dans le cadre des études sur l'artillerie consenties pour ce projet de croiseur anti-aérien, avec la considération d'un 152 mm CA en tourelle(s) double(s) pour un croiseur anti-aérien.

 

     En parallèle, l'achèvement du croiseur De Grasse (1956 - 1973), issu de l'avant-projet de croiseurs 8 000 tW - ayant donné la classe De Grasse (3), est considéré. Un 152 mm CA, en tourelle triple, est prévu à cette fin, le 4 juin 1948. Mais le nombre de tourelles n'est pas précisé : trois tourelles triples, reprenant l'arrangement initialement retenu pour la classe De Grasse (3) ?

 

« Croiseurs de 7 000 t »

     Les éléments d'une « Marine future » (novembre 1947), prévoyant une force navale pour l'ONU (op. cit., p. 14), visaient les commandes des croiseurs anti-aériens en 1949 (1), 1950 (1), 1952 (1), 1954 (1) et 1956 (1) tandis que la sixième unité devait être constituée par l'achèvement du croiseur De Grasse (1956 - 1973).

     Un « croiseurs de 7 000 t » était toujours envisagé dans un mémoire du 2 juin 1949 : il était considéré de passer commande en 1951 ou 1952 d'une première unité, devant être achevée en 1956, et d'une deuxième unité en 1955, achevée en 1959 (op. cit., p. 14). Et le « projet de statut naval du 29 août 1949 » prévoyait toujours six croiseurs anti-aériens de 7 000 tonnes.

     Du fait des difficultés constatés dans l'étude de la variante CA 1, précisée le 21 juillet 1948, le déplacement était porté à 8 000 t tandis que le nombre d'unités était réduit de six à cinq croiseurs anti-aériens. L'achèvement du croiseur De Grasse (1956 - 1973), comme croiseur anti-aérien issu de la variante CA 1, était commandé par le budget 1951. Un type amélioré - croiseur anti-aérien de 8 500 tW - sera commandé avec le budget 1953 : le croiseur Colbert (1959 - 1991).

     La variante CA 2, portant du 152 mm, aurait été abandonné en 1948, au profit de la variante CA 1 portant du 127 mm ; et cela aurait engagé la fin de l'avant-projet de croiseur lourd (1945 - 1948) dont les six unités devaient être commandées en 1954 (3 ?) et 1956 (3 ?), en parallèle des croiseurs anti-aériens CA 1 (5) et de l'achèvement du croiseur De Grasse (1956 - 1973), selon les éléments d'une « Marine future » (novembre 1947).

 

     C'est donc à dire que l'achèvement du croiseur De Grasse (1956 - 1973), comme croiseur anti-aérien issu de la variante CA 1, commandé par le budget 1951, et la commande d'un type amélioré - croiseur anti-aérien de 8 500 tW - par le budget 1953 - le croiseur Colbert (1959 - 1991) - ne signifiait pas l'abandon de la série demandée de six « croiseurs légers » par l'étude du 20 juin 1945, c'est-à-dire des croiseurs anti-aériens : série qui sera poursuivie par les « croiseurs-escorteurs » qui aboutiront au croiseur C60 et donc aux « Frégate Lance-Engins » (FLE) classe Suffren (2). La 3ième unité abandonnée en 1964 sera remplacée par la modernisation du croiseur Colbert (1959 - 1991) en croiseur lance-missiles, avec le système MASURCA. Et ce sont les trois corvettes C67 qui achèveraient la série.

     Et les six « croiseurs lourds » de l'étude du 20 juin 1945 ? S'il fallait croire la démonstration contenue dans la thèse de doctorat de Philippe Quéré (Vers une marine atomique - La marine française (1945 - 1958)) et Patrick Boureille (La marine française et le fait nucléaire (1945 - 1972)) : les PA54 - Clemenceau (1961 - 1997) - et PA55 - porte-avions Foch (1963 - 2000) - remplaçaient les croiseurs lourds de l'étude du 20 juin 1945...

 

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