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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 14 février 2018

Croiseurs De Grasse et Colbert : refonte Terrier ?


L'achèvement du croiseur De Grasse (10 septembre 1956 - 1973) ainsi que la construction du croiseur Colbert (5 mai 1959 - 1991) relèvent de décisions dont les rationalités méritent d'être explorées dans la mesure où ces bateaux étaient obsolètes dès leur mise en service. Et c'est pourquoi le fait qu'une demande de livraison - gratuite - de systèmes d'arme RIM-2 Terrier aux États-Unis d'Amérique ait été aussi facilement écartée mérite d'être présentée avant d'entamer des recherches complémentaires.

Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la Marine nationale est reconstruite sur des bases analogues au plan naval du projet de loi du 13 janvier 1920 de Georges Leygues. Il en restera le grand artisan. C'est-à-dire que le curseur est mis, dans un premier temps, sur les unités légères. Avec le soutien de commandes "offshore" américaines, des classes entières d'escorteurs d'escadre sont lancées. Pour accompagner l'arrivée des deux porte-avions modernes - aptes à employer des jets - dont la nécessité se fait particulièrement criante depuis la guerre d'Indochine et encore plus depuis la crise de Suez, les Clemenceau (22 novembre 1961 - 1er octobre 1997) et Foch (15 juillet 1963 - 15 novembre 2000), il s'agit de leur donner des escorteurs.

Ils doivent avoir être dotés de certaines qualités dont l'endurance et la polyvalence. Il s'agit de bien comprendre qu'un escorteur moderne apte à lutter contre des jets est un bateau lance-engins. "Missile" apparaissait alors comme un vocable trop américain - un comble, pour un mot français. La Flotte de la IVe République est le dernier hommage à la chapelle du canon. Le système d'arme principal des avisos, escorteurs côtiers, escorteurs, escorteurs rapides et escorteurs d'escadre est alors le canon qu'il soit en 57, 100 ou 127mm. Ces bateaux déclassent progressivement et puissamment les restes et autres survivants de la dernière Flotte de la IIIe République, c'est-à-dire torpilleurs, contre-torpilleurs et autres croiseurs. 

S'ils sont nombreux, ils ne sont plus modernes, tout particulièrement en matière de lutte anti-aérienne. Le 21 octobre 1967, le destroyer israélien Eilat est atteint par un SS-N-2 Styx au large de Port Said. Si les Israéliens argueront qu'il a été surpris, le résultat n'en demeure pas moins là. L'heure n'en est plus à débattre entre les différents calibres afin de trouver la pièce idéale contre buts marins et aériens comme pendant l'entre-deux-guerre. Mais bien à doter les bateaux et nouvelles frégates d'engins.

Sous la férule de l'Amiral Nomy, la Marine lance la première classe de Frégates Lance-Engins (FLE). Les Suffren (20 juillet 1968 - 20 septembre 2001) et Duquesne (1er avril 1970 - 2008) rejoignent alors la Marine nationale. La difficile décision à prendre quant à mettre en chantier une troisième frégate de cette classe ou commander 44 F-8E (FN) Crusader est relativement bien documenté, les intercepteurs l'emportent. 

Mais la Marine ne dispose alors, en tout et pour tout, que d'une seule frégate moderne, de premier rang pourrions-nous dire, en 1968 tandis que les porte-avions Clemenceau (22 novembre 1961 - 1er octobre 1997) et Foch (15 juillet 1963 - 15 novembre 2000) sont déjà en service. L'affaire de l'Eilat n'est vieille que d'une année. La deuxième Frégate Lance-Missiles (FLM, nouvelle appellation), le Duquesne, n'intègre la flotte de surface qu'au cours de l'année 1970. 

C'est pourquoi il était si précieux sur le plan opérationnel que la Marine nationale bénéficie de l'aide américaine, particulièrement quant à la livraison de systèmes RIM-24 Tartar. L'ensemble pèse dans les 450 tonnes. Les escorteurs Bouvet, Kersaint, Dupetit-Thouars, Du Chayla bénéficient de cette refonte salutaire entre 1961 et 1965. Ils permettent d'éviter que le groupe aéronaval ne soit partiellement obsolète dans un contexte technico-opérationnel dépourvu d'avions de guet aérien. Les TBM-3W Avenger ne sont pas remplacés, les Bréguet Br. 1050 Alizée ne servent pas encore dans cette fonction. Ni même d'intercepteurs de grande endurance guidé par radar (programme - abandonné - Tactique A Longue Portée (TALP).

C'est pourquoi il nous faut revenir à la question des croiseurs anti-aériens De Grasse (10 septembre 1956 - 1973) et Colbert (5 mai 1959 - 1991). Pour un ensemble de raisons, ces croiseurs mis sur cale, respectivement, en 1937 et 1953, vrais-faux frères jumeaux, sont achevé et construit. Admis au service actif en 1956 et 1959, ils sont obsolètes puisque non-dotés d'engins. Le Colbert ( demeurera d'une valeur militaire toute relative jusqu'à sa refonte Marsurca (1970-1972) tandis que le De Grasse (10 septembre 1956 - 1973) sera refondu pour servir de navire de commandement quant aux essais nucléaires dans le Pacifique.

Une étude fut pourtant menée, en 1957, afin de modifier le croiseur Colbert (5 mai 1959 - 1991) dans l'optique de le doter du système d'arme RIM-2 Terrier. À l'instar des RIM-24 Tartar, ils sont proposés en livraison gratuite par les États-Unis d'Amérique afin que les marines de l'OTAN puissent, plus rapidement, entrer dans l'ère des engins. L'Ingénieur Général Maurice Brunet relate que "l'étude avait montré que c'était possible [d'intégrer un système RIM-2 Terrier sur le Colbert] et que ce n'était pas tellement coûteux, mais la Marine n'a pas donné suite" (Maurice Vaisse (dir.), Armement et Ve République : Fin des années 1950, fin des années 1960, Paris, CNRS éditions, 2002, 576 pages).

Ce dernier passage est bien curieux : pourquoi refuser la livraison d'un système d'arme gratuit, en plus des RIM-24 Tartar ? Pourquoi se priver d'un croiseur anti-aérien moderne afin d'accompagner le groupe aéronaval ? Et pourquoi ne pas inclure le De Grasse (10 septembre 1956 - 1973) dans la liste des demandes ? La suite est encore plus intéressante car "le Colbert n'était pas tout à fait en service et il a paru anormal de se lancer dans une refonte de ce bâtiment avant même qu'il ne soit achevé." (Maurice Vaisse (dir.), Armement et Ve République : Fin des années 1950, fin des années 1960, Paris, CNRS éditions, 2002, 576 pages)

Pourtant, le fait de désarmer le cuirassé Jean Bart (1955 - 1957) achevé pour 5 milliards de francs (en lieu et place d'une conversion de la coque en tant que porte-avions) après seulement deux années de service actif est passé "comme une lettre à la poste". 

C'est pourquoi cette "pudeur" à ne pas modifier sur cale le Colbert (5 mai 1959 - 1991) et à refondre le De Grasse (10 septembre 1956 - 1973) avec le Terrier est étonnant. Un élément à replacer dans le contexte de l'achèvement, réparations, modernisations divers et variés des cuirassés Richelieu et Jean Bart et des croiseurs De Grasse (10 septembre 1956 - 1973) et Colbert (5 mai 1959 - 1991). C'était autant pour des questions de prestige, de rassemblement de la Marine nationale après les affres de la Deuxième Guerre mondiale que de rentabilisation de l'existant pour soutenir la reconstruction navale tricolore. Il y avait matière à reconsidérer la pertinence de conserver ces quatre unités pour ne finalement qu'en doter une seule d'engins : le Colbert (1970-1972).

À quoi aurait pu bien ressembler cet achèvement différencié, cette refonte ? 

Dans un premier temps, il est regrettable qu'une ou deux tourelles triples de 152 mm n'aient pas été conservées sur la plage avant - le De Grasse (10 septembre 1956 - 1973) devait en porter trois dans les plans de 1938, deux en chasse et une en retraite - tandis que le programme Malaface (1954 - 1959) n'aboutissait pas à un engin opérationnel. Les moyens de lutte anti-navires, hormis la présence d'un porte-avions, se résumait au canon. Le 152 modèle 1930 aurait été plus convainquant que le 127 sur la plage avant. Et quitte à toucher au prestige à travers ces deux croiseurs, autant intégrer une tourelle triple disponible sur bon nombre d'autres unités désarmées ou à désarmés. 

Il est fort probable que la plage arrière aurait été aménagée avec le système RIM-2 Terrier, à la manière du système Masurca. Ce dernier s'inspirant beaucoup du premier. C'est plutôt du côté des superstructures qu'il y aurait lieu de s'interroger. Les Suffren (20 juillet 1968 - 20 septembre 2001) et Duquesne (1er avril 1970 - 2008) inauguraient un mât-cheminée. Un achèvement différencié du Colbert (5 mai 1959 - 1991) aurait pu être l'occasion d'essayer les futures superstructures des FLE sur le Colbert (5 mai 1959 - 1991), voire peut-être aussi le De Grasse (10 septembre 1956 - 1973). Rien n'indique dans la construction des Suffren (20 juillet 1968 - 20 septembre 2001) et Duquesne (1er avril 1970 - 2008) qu'un autre arrangement aurait pu être trouvé quant aux radars illimunateurs et pointeurs. Il serait plus difficile de savoir quel radar aurait été envisagé : une suite américaine, française et laquelle ?

En tous les cas, il est bien dommage d'avoir manqué de deux unités modernes, lance-engins ou missiles, dès les années 1958-1962 afin d'accompagner l'admission au services actif des PA54, PA55 et PA58/59 puisqu'il demeurait un projeter de troisième porte-avions. Les quatre escorteurs d'escadre T47 refondus Tartar et les cinq autres refondus Malafon auraient été puissamment appuyés par deux croiseurs anti-aériens. Cela aurait amené à poser la question de la répartition des tâches entre les unités légères et moyennes quant à la formation d'une défense aérienne multi-couches. Les Masalca et RIM-8 Talos étaient plutôt destinés à la lutte anti-aérienne longue portée.

Ce qui apparaît comme une occasion manquée est une voie de plus à explorer dans la manière dont a été construite la Flotte qui deviendra celle de la Ve République, bien que largement pensée pendant la IVe République finissante. Existait-il la crainte de perdre les FLE dans une telle modernisation sur cale ou par refonte des deux croiseurs anti-aériens ? La question se pose dans la mesure où les FLE devenues FLM devaient permettre d'amener la flotte atomique portée par l'Amiral Nomy.

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