Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





19 mai 2022

Patrouilleur Océanique : nouveau concept de lutte asymétrique et choix du radar de veille combinée

© FRIENDSHIP SYSTEMS - Naval Group. Le Multi-Purpose Ocean Vessel (2019 2020 ?) est l’esquisse d’un patrouilleur de haute mer, suivant la méthode HOLISHIP et dont les caractéristiques présentées ne sont pas sans rappeler un programme de la Marine nationale.

     Le programme Patrouilleurs Océaniques (PO) s’engouffre dans une fenêtre de vulnérabilités entre le désarmement (2024 - 2027) des six derniers avisos A69, reclassés PHM en 2008. Et donc par l'entretien de capacités de lutte Anti-Sous-Marine (ASM) par petits fonds, au profit de la sûreté des atterrages de la Force Océanique Stratégique (FOSt). D'où une pression accrue sur le calendrier prévisionnel des livraisons des futurs PO (2025 - 2029). Le « Patrouilleur Océanique » n’est plus un « Patrouilleurs de Haute Mer » (PHM ou Offshore Patrol Vessel (OPV) car il a été repositionné sur le segment « corvettes », avec l'intégration de spécifications opérationnelles, normes de construction militaire afférentes, du choix de ses principaux systèmes et équipements, dans une perspective de lutte asymétrique pour son futur cadre d'emploi : les conflits de « basse intensité ». D'où l'enjeu du choix du radar principal entre les deux modèles pressentis. 

     Dans un premier temps, il peut être intéressant d'essayer de resituer la trajectoire institutionnelle du programme Patrouilleurs Océaniques (PO) car les caractéristiques exprimées par la Marine nationale ont fondamentale évolué depuis le début des années 2000 jusqu'à l'orée de l'année 2015 qui marquerait le basculement entre « patrouilleur hauturier » et « corvette ». 

     Patrouilleurs Océaniques (PO) est le dernier artefact du programme BATiment de Surveillance et d'Intervention MARitime (BATSIMAR) – dont l'antériorité daterait, au plus tard, de 2005 – devant remplacer les patrouilleurs hauturiers, métropolitains et d'outre-mer, par une même classe, dégageant des économies d'échelle (acquisition, mise en œuvre opérationnelle, etc) : à la manière du programme Frégates Multi-Missions (FMM), devenu Frégates Européennes Multi-Missions (FREMM), à Euronaval le 25 octobre 2004, avec la signature avec l'Italie d' un accord de coopération sur le développement des 27 frégates.

La succession des avisos A69, dans la programmation, était visée par 14 frégates « F2 » (dites de « gestion de crise ») dont les caractéristiques étaient rapprochées des « F12 » (ASM) : la variante Action Vers la Terre (AVT) concédait une réduction de 14 F2 à 9 FREMM AVT mais obtenait des économies d’échelles (frais d’étude, acquisition, etc) avec les 8 FREMM ASM pour former une classe commune. 

BATSIMAR visait le spectre des missions allant de la police des pêches jusqu'aux missions dites « NARCOPS » (NARCOtrafic OPerationS). Non-inscrit à la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2009-2014 puis à la LPM 2014-2019, malgré l'actualisation décidée par le Président François Hollande et l'historique stabilisation des dépenses militaires françaises. BATSIMAR avait même été scindé :

Une 1ière fois, en 2013, avec les réflexions préliminaires puis la notification, en décembre 2014, de la commande des Patrouilleurs Légers Guyanais (PLG), commandés en 2015 - La Confiance (2017 - 2047 ?) et La Résolue (2017 - 2047 ?) - et la levée d'une option portant construction de La Combattante (2020).

Une 2ème fois, en 2016, l'Amiral Christophe Prazuck (13 juillet 2016 - 30 août 2020) affirmait que « remplacer les patrouilleurs métropolitains et les patrouilleurs outre-mer par une même classe de bateau. Je n’y parviens pas. Ce serait trop cher, me dit-on. Je propose donc de déployer outre-mer des bateaux deux à trois fois moins chers, pour les avoir plus vite. » (audition devant la commission de la Défense nationale et des forces armées, Assemblée nationale, 11 octobre 2017) La LPM 2019-2025 retenait la cible de 16 (2019) à 18 (2025) patrouilleurs : Patrouilleurs d'Outre-Mer (POM) et Patrouilleurs Métropole NG (PMNG). Au terme d'une procédure par appel d'offres : la DGA notifiait, le 24 décembre 2019, à SOCARENAM la commande de six POM.

Dès 2015, l'Amiral Bernard Rogel (12 septembre 2011 - 12 juillet 2016), à l'occasion d'une conférence prononcée à Lorient, révélait qu'il y avait eu des réflexions (2012 – 2015 ?) pour assurer la succession les Floréal (6) par une variante des Frégates de Taille Intermédiaire (FTI). Une esquisse avait été « dessinée à main levée » par Naval group, avec un PSIM (Panoramic Sensors and Intelligence Module) recevant la version radar tournant du SeaFire et des CLA (Conteneur Lanceur Autonome) pour MICA sur la plage avant. Une manœuvre similaire avait été imaginée dans les années 1980 avec une variante des frégates F70. Manière de dater une réflexion plus globale quant à l'avenir de ce qui avait été dénommé le « deuxième rang » : à la confluence de la succession des avisos A69, des frégates classes Floréal (6) et La Fayette (5) et du sujet de la montée en gamme sur le plan opérationnel.

Les Patrouilleurs Métropole NG (PMNG) puis Patrouilleurs de Haute Mer de Nouvelle Génération (PHMNG) recevaient finalement l'appellation de Patrouilleurs Océaniques (PO). Une 3ième scission manquait d'intervenir (2017 – 2018), distinguant six PO, comme équivalent métropolitain des POM, de trois à cinq corvettes appelées à succéder aux avisos A69 servant à assurer les atterrages de la FOSt grâce à leurs capacités de lutte ASM par petits fonds. Ces corvettes auraient été ajoutées à la participation française à la CSP/PESCO European Patrol Corvette : soit la succession des frégates de classe Floréal et de trois à cinq avisos A69.

La 3ième scission n’avait pas eu lieu : la cible du programme PO demeurait à 10 unités pour assurer la succession de sept avisos A69 et des patrouilleurs de service public de la classe Flamant (3) – souvent appelée par sa dénomination industrielle OPV 54 – dont toutes les unités sont basées à Cherbourg. Mais PO a donc été progressivement repositionné sur le segment « corvettes » puisqu'il ne s'agit plus de « Patrouilleurs de Haute Mer » (PHM ou Offshore Patrol Vessel (OPV). 

     La DGA communiquait, sur Twitter (5 mars 2020), quant à la préparation du « contrat des futurs patrouilleurs océaniques », soulignant que les travaux en plateau réunissaient l'Etat-Major des Armées (EMA), l'Etat-Major de la Marine (EMM), le Service de Soutien de la Flotte (SSF) et donc la DGA. La future contribution des PO à la dissuasion nucléaire et sa composante océanique justifiait de se dispenser de l’établissement d’un appel d’offres européen du fait de l’intégration d’un sonar de coque, des spécifications relatives à sa mise en œuvre et à la discrétion acoustique à conférer à la future plateforme navale.

Un accord-cadre « pour l’étude, le développement, la réalisation et le maintien en condition opérationnelle initial de dix patrouilleurs océaniques », signé le 20 octobre 2020, confiait la conception du Patrouilleur Océanique à Naval group,  notifié du contrat afférent le 15 octobre 2021. L’équivalent de l’avant-projet sommaire aurait été achevé, au plus tard, en juillet 2021 et Naval group aurait débuté les études détaillées de l’avant-projet définitif en octobre 2021.

Naval group devrait se voir notifier un contrat de prestations de suivi de la réalisation des PO par la SOciété CAlaisienne de REparation NAvale et Mécanique (SOCARENAM), les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) et les chantiers navals Piriou. L’architecture de la phase d’industrialisation ne serait pas encore arrêtée entre : des mises sur cale simultanées dans chaque chantier retenu ou bien la répartition des blocs à fabriquer entre chacune des sociétés de construction navale et le choix d’un site unique pour la mise sur cale des PO. Les difficultés du montage industriel ont d’ores et déjà occasionné plusieurs mois de retard.

© Marine nationale. Xavier Vavasseur, « Euronaval: First details of the Patrouilleurs Océanique (PO) platform unveiled », Naval News, 23 octobre 2020. Il s’agit d’un Avante 1800 (Navantia) ne servant qu’à illustrer la silhouette générale de ce que pouvait être un « Patrouilleur Océanique », à l’occasion de cette présentation.

 

     Dans un deuxième temps, les caractéristiques militaires de la future « corvette » issue du programme Patrouilleurs Océaniques (PO) matérialisent un bâtiment conçu aux normes militaires en termes de résistance aux chocs, de discrétion acoustique et il s'en déduit qu'il en ira de même avec le nombre de redondances dévolues à chaque installation du bord. Les spécifications des PO ont été orientées sur deux secteurs principaux de lutte : 

     Une capacité de lutte anti-sous-marine qui s'intègre dans le contexte global du segment lutte ASM de la Flotte, en particulier en tenant compte de la « trame frégates » car les sujets du calendrier de livraisons des Frégates de Défense et d'Intervention (FDI) et de l'emploi des Frégates La Fayette (FLF) Rénovées à Mi-Vie (RMV), ainsi que de celles dont la rénovation est toujours une option à affermir, affecte l'entretien, à Brest, au profit de la sûreté des atterrages de la Force Océanique Stratégique (FOSt), d'un « plot » lutte Anti-Sous-Marine (ASM) par petits fond.

La Marine nationale a demandé que les Patrouilleurs Océaniques (PO) soient pourvus de capacités de lutte ASM par petits fonds au titre de l'accomplissement de l'une de leurs missions : participer à la sûreté des atterrages de la Force Océanique Stratégique (FOSt). Et cela dimensionne la partie industrielle du programme PO.

Les avisos A69, basés à Brest – et bien les derniers bâtiments de ce type furent reclassés « PHM » – disposent toujours de leur sonar de coque panoramique de veille et l'attaque DUBA-25 (Thomson CSF), spécialisé dans la lutte ASM par petits fonds. En cela, les avisos A69 sont complémentaires des frégates ASM : les zones contiguës aux entrées et sorties des SNLE du goulet de Brest doivent être « blanchies » vis-à-vis des mobiles en situation d'attente à une certaine immersion, voire éventuellement posés sur le fond et insusceptible d'être traités par les moyens de guerre des mines car intrinsèquement capables de se soustraire à leurs sonars.

L'enjeu du « plot » lutte ASM par petits fond réside, notamment, dans le calendrier de désarmement des six avisos A69 : trois sont basés à Brest (Premier-Maître L'Her (1981), Commandant Blaison (1982), Enseigne de vaisseau Jacoubet (1982) et trois autres à Toulon (Commandant Ducuing (1983), Commandant Birot (1984) et Commandant Bouan (1984). Il y a un noyau irréductible de deux à trois avisos, selon l'état général et la disponibilité technique opérationnelle, pour armer ce « plot ». Les désarmements seront prononcés entre 2024 et 2027 : dont cinq avisos désarmés d'ici à 2026. Calendrier pouvant être bouleversé en cas de casse, pouvant survenir en raison de l'état général des bateaux dû à leur grand âge (39,33 ans de moyenne d'âge).

Il y a une fenêtre de vulnérabilités (2022 – 2026), selon la Marine nationale, avec le désarmement de cinq avisos pour la « livraison » - et non pas l'admission au service actif – de quatre Patrouilleurs Océaniques (PO). Toutefois, cela suppose qu'il n'y ait pas un nouveau glissement de la livraison du PO n°1, d'ores et déjà repoussée de fin 2024 à 2025. Et la préparation de la phase d'industrialisation du programme ne laisse entrevoir une entrée en phase de réalisation qu'en 2022, au mieux, ou plutôt 2023 : hypothèse jugée la plus réaliste.

Pour le Patrouilleur Océanique, DGA, Marine nationale et Naval group considéreraient le sonar de coque actif et passif à basse fréquence (BF) UMS 4120 BlueWatcher (Thales) qui est tout simplement le sonar FLASH du kit ASM des NH90 NFH Caïman Marine. Le sonar BlueWatcher avait été intégré sur la frégate Surcouf (1997 – 2027) à l’occasion d’un arrêt technique (2017 – 2018) pour mener une expérimentation à la mer de deux années, avec une troisième année en option qui a été affermie.

Rien ne présage que les capacités acoustiques puissent comprendre d'autres senseurs, comme par exemple une antenne linéaire remorquée ou un sonar remorqué à immersion variable : même si l'expérimentation du CAPTAS 1 par le BSAM Loire, depuis Brest, pour des besoins opérationnels très précis n'empêche pas d'être songeur : cette expérimentation ne servait-elle qu'à pallier certaines limites dans les capacités ASM disponibles à Brest ou bien était-ce une expérimentation déguisée au profit des Patrouilleurs Océaniques ? En outre, les PO mettront-ils en œuvre des torpilles légères Mu90 « hard-kill », au profit de leur auto-défense ? Et donc des leurres anti-torpilles ? 

     Une capacité de lutte anti-surface, au profit des Patrouilleurs Océaniques (PO), semble être considérée au titre de l'intégration du  « nouveau concept de lutte asymétrique ». Il s'agit d'intégrer les retours d'expérience issus des conflits survenus - mais toujours en cours - en Syrie et au Yémen – dont les tirs de missiles anti-navires subsoniques C-802 mais aussi l’emploi de Maritime Improvised Explosive Devices (MIED) intégrés à des engins télécommandés rase-mer – afin que les bâtiments puissent opérer dans des milieux non-permissifs, même si dans le cadre d'engagement dits de « basse intensité». Dans cette perspective : le programme PO ne peut pas ignorer les derniers engagements (vraisemblablement des missiles anti-navires subsoniques P-360 Neptun, l’établissement d’une veille aérienne en tenant compte de drones MALE) survenus en Ukraine : ajoutant, au minimum, le sujet latent – depuis la Seconde guerre du Haut-Karabagh (27 septembre – 10 novembre 2020) – de l’emploi de drones civils et militaires dont les conséquences opérationnelles n’avaient pas encore été observées en mer.

L'une des premières illustrations de ce « nouveau concept de lutte asymétrique » consiste dans l'armement des Bâtiments Ravitailleurs de Forces (BRF) qui devraient recevoir :

2 x SIMBAD (Système Intégré MISTRAL Bitube d'Auto-Défense) avec des MISTRAL (MIsile TRansportable Anti-aérien Légers) 3 - portée estimée d'environ 8 000 mètres. Opérationnel depuis 2016, cet affût a été retenu par, au moins, six marines étrangères qui ont très probablement contribué entièrement à son financement par leurs acquisitions. Le SIMBAD était un affût portant deux tubes contenants chacun un missile MISTRAL. Le SIMBAD RC (Remote Controled) est une évolution dispensant la pièce d'un servant par son asservissement au système de combat, voire depuis une console en passerelle.

2 x pièces RapidFire Naval 40 mm CTA (GME Nexter - Thales) - ayant une portée pratique de 2 500 mètres (obus APFSDS) et 4 000 mètres (obus A3B-T), pour une portée maximale de 5 000 mètres (obus A3B-T). Le 27 décembre 2020, la DGA annonçait avoir retenu le système au profit des « prochains navires de la Marine nationale [supposément les BRF, PO et le PA-Ng] » contre « les menaces modernes aériennes et de surface ». Il s'agit d'une navalisation du 40 CTA (Cased Telescoped Armament) des Jaguar (EBRC) de l'Armée de Terre.

Le 40 CTA est monté dans une tourelle : le RAPIDFire Naval. Pièce vue pénétrante lors de la construction du BRF n°1 Jacques Chevallier (2023 - 2063 ?) et située au-dessus d'un « roof » dont la hauteur dépend du type de bâtiment. La superstructure permet des tirs à très courte portée et fournit des magasins pour les obus supplémentaires. Un viseur optronique (voies télévision, infrarouge, lumière du jour, télémètre laser) gyrostabilisé colocalisé est intégré à la tourelle, permettant l'identification visuelle, le suivi de la cible avant l'engagement et l'évaluation en temps réel de l’interception. Les premières pièces seraient livrées dès 2022 pour montage sur le BRF n°1 Jacques Chevallier.

La munition la plus intéressante pour ce « nouveau concept de lutte asymétrique » est l'A3B-T (Anti-Aerial Airburst - Tracer) qui porte jusqu'à 4000 mètres de portée pratique. À proximité de sa cible, l'obus détonne et libère 200 billes de tungstène, fondant une capacité anti-missile selon l'industriel. Mais cet obus a échoué aux essais de lutte anti-missiles, en 2021. Les protagonistes du programme escomptent une première capacité opérationnelle en 2025. 

     Le Patrouilleur Océanique (PO) recevrait un exemplaire de chacun des deux systèmes précédemment énoncés. Mais il est à se demander s'il ne disposera pas des systèmes de lutte asymétriques observés sur les Patrouilleurs d'Outre-Mer (POM) de classe Félix Éboué (6) : à savoir des moyens d'avertissement visuels et sonores, un canon eau de mer téléopéré (150 m3/h, portée pratique > 75 mètres). Et il est, aussi, à se demander si un poste de commandement spécifique à la lutte asymétrique - à l'instar de celui intégré sur les FDI classe Amiral Ronarc’h (5) - sera-t-il physiquement et organiquement distingué du central opérations ? À moins qu'il ne se confonde avec celui-ci. 

     Les capacités de lutte sous la surface, sur la surface et au-dessus de la surface exigent, selon la Marine nationale, un système de combat adapté : il est supposé qu'il s'agisse du système de combat POLARIS® et le système de liaisons de données tactiques NiDl®. Les PO recevront la liaison de données tactiques L22, comme toutes les autres plateformes navales et aériennes de la Marine nationale. Ces deux systèmes étaient retenus pour le programme Patrullero oceánico de alta mar argentin, dont la traduction quasi-littérale, dans les communiqués de presse de Naval group, est « patrouilleur océanique multi-mission ».

Cela amenant la question des senseurs des PO (10). Ils recevront un système EO/IR (PASEO XLR ?), un IFF et un radar de veille combinée surface et aérienne. Pour ce dernier équipement, il s'opposerait deux systèmes distincts proposés par deux industriels étrangers avec des radars conçus et fabriqués à l’étranger, sur des gammes différentes :

  • Giraffe 1X (SAAB) ; 
  • NS50 (Thales Nederland).

 

© SAAB. Radar Sea Giraffe 1X combiné à un radar Sea Giraffe 4A FF, au sein d’une mâture intégrée destinée aux corvettes classe Pohjanmaa (4) de la Merivoimat.

      Le radar Sea Giraffe 1X (SAAB) a été retenu pour les corvettes classe Pohjanmaa (4) de la Merivoimat où il est combiné avec le Sea Giraffe 4A. C’est un radar 3D avec une antenne Active Electronically Scanned Array (AESA) avec une formation de faisceau numérique, pour une élévation supérieure à 70°. L’antenne a une rotation de 60 tours par minute. Et le radar travaille en IEEE X-band (NATO I-band) sur 360° ou sur un secteur. Il peut entretenir plus de 200 pistes de surface et plus de 100 pistes aériennes.

La portée pratique est donnée pour 75 km. Il a des capacités Sense and Warn/détection et l'avertissement, Very Short Range Air Defense (VSHORAD) et Counter Rocket, Artillery and Mortar (C-RAM). Mais sa portée intrinsèque ne le dispose pas à entretenir une veille aérienne.

Le poids total du radar est donné pour 150 kg dont 100 kg pour l'antenne. Le radar a été salué parmi les institutionnels et les industriels rivaux pour son encombrement et son poids réduits, en particulier en ce qui concerne les besoins en refroidissement et donc sa consommation d'énergie moindre (2,3 kW). Le faible encombrement rend le système 1X adapté aux patrouilleurs côtiers et hauturiers, aux vedettes et aux drones de surface.

Il en va de même quant à ses capacités opérationnelles, bien que, et à l'instar d'autres modèles, il ne faisait pas « de miracles » vis-à-vis micro-drones et mini-drones quant aux essais de ce radar dans une utilisation Ground-Based Air Defense (GBAD). Et il ne dispense donc pas de l'intégration d'autres capteurs dont une suite optronique.

 

© Thales Nederland. Radar NS50, au sommet d’une mâture destinée aux Mine Counter Measures Vessels (6 + 6) de la Composante Marine et de la Koninklijke Marine.

      Le radar NS50  (Thales Nederland) a été retenu pour les 12 Mine Counter Measures Vessels (MCMV). C’est un radar « 4D » Active Electronically Scanned Array (AESA), entièrement logiciel, multifaisceaux et double axe, développé par Thales Nederland. Il a un IFF modes 5/S. Sa conception entièrement logicielle offre l'opportunité d'évolutions à tout instant et en tout lieu, avec de simples modifications logicielles pour intégrer de nouvelles fonctionnalités. Le NS50 répond pleinement aux exigences actuelles de la cybersécurité. 

Il peut effectuer une veille combinée surface et aérienne. Il travaille en bande X (I/J), avec des portées annoncées de 80 km contre buts de surface et 180 km en veille aérienne, pour une élévation atteignant 70°. Son intégration implique une masse totale de 1430 kg (750 kg pour le radar et 680 kg pour les systèmes associés (baies de traitement, etc).

Il est dit « 4D » car c'est un radar, entièrement logiciel, multifaisceaux double axe, permettant d'entretenir des pistes portées, azimut, élévation et temps sur cible. Et il se distingue des radars 2D limités aux données de portée et d'azimut. La quatrième dimension désigne, selon l'industriel néerlandais, sa capacité à fournir un temps sur cible maximal, permettant d’évaluer l’ampleur de la menace et de mettre en œuvre les contremesures nécessaires, en offrant un tableau précis de la situation environnante et une acquisition rapide par les systèmes de contrôle de tir, pour le contrôle de tir des systèmes de missiles surface-air à courte portée « tire et oublie » et pour le contrôle de tir de l'artillerie embarquée contre des cibles de surface.

Le choix du radar devant équiper les Patrouilleurs Océaniques (PO) peut s’apprécier à plusieurs niveaux : opérationnel à l’échelle de la plateforme considérée, opérationnel à l’échelle de la flotte de surface, financier vis-à-vis de l’enveloppe dévolu au programme PO et financier à l’échelle systémique, c’est-à-dire en considérant les autres programmes concernés, et – enfin – de l’incidence du choix du radar quant au respect du calendrier prévisionnel du programme PO. 

     À l’échelle de la plateforme considérée et donc des caractéristiques opérationnelles demandées aux PO : le Giraffe 1X suffit amplement pour offrir une veille combinée surface et aérienne vis-à-vis des mobiles et très petits mobiles devant être détectés, caractérisés et engagés par la tourelle RapidFire Naval 40 mm CTA (GME Nexter - Thales) et l’affût système SIMBAD RC (MBDA). Les capacités supérieures du NS50 (Thales Nederland) dépassent largement les attendus opérationnels, bien qu’offrant un meilleur traitement des données et donc une meilleure situation tactique. Et en lutte anti-surface, les capacités du radar ne seraient pas plus exploitées avec des missiles anti-navires subsoniques MM40 Block 3C Exocet ou ANL (MBDA) car une capacité de tir au-delà de l'horizon impliquera toujours une désignation d'objectif par une tierce plateforme aérienne (H160M ou SDAM). 

     À l’échelle de la plateforme et de la flotte de surface à l’horizon 2040 : le NS50 (Thales Nederland) inviterait à intégrer à l’architecture des PO des « réserves » pour pouvoir intégrer des capacités de lutte anti-aérienne à moyenne portée, selon l’évolution du contexte international. Réserves pour un lanceur octuple SYLVER A50 pour ASTER 15 ou de CLA (Conteneur Lanceur Autonome) pour MICA-NG. Ce serait une acculturation française à la Distributed Lethality : 80 silos verticaux supplémentaires grâce au jeu des architectures C2 et de liaisons de données tactiques L16/22. Le Giraffe 1X (SAAB) pourrait servir à la désignation d’objectif des mêmes munitions mais sans pouvoir exploiter entièrement leur enveloppe de vol. Mais cela renchérirait le coût des plateformes par les coûts intrinsèques du NS50 (Thales Nederland), de l’anneau supplémentaire de coque, l’effet de son intégration sur la propulsion malgré l’amélioration du coefficient de finesse de coque. 

     À l’échelle du coût unitaire du radar considéré : le Giraffe 1X (SAAB) a un coût moindre d'environ 30%, ce qui est en rapport avec ses caractéristiques inférieures à celles du NS50 (Thales Nederland) issu de la gamme supérieure.

     À l’échelle du coût financier du choix du radar vis-à-vis de la construction de la flotte de surface à l’horizon 2030 : une commande française aurait un effet structurant sur le marché des radars embarqués, permettant d’assurer le lancement d’un modèle et de l’installer avec de solides références. L’équipement des PO (10) et des Bâtiments de Guerre des Mines (6) offre une tout autre perspective industrielle, permettant d’ajuster les offres au regard des effets d’échelles visés et du plan de charge obtenu. Et sachant qu’il serait logique qu’un industriel pousse sur la table une offre englobant la fourniture dudit radar aux Bâtiments Ravitailleurs de Forces classe Jacques Chevallier (4), en complément du radar 2D SCANTER 6002 (remplace le DRBN-34 (Racal-Decca).

Ainsi, le NS50 (Thales Nederland) pourrait se prévaloir de la commande effectuée pour le programme Mine Countermeasure Missions (MCM), au profit de la Koninklijke Marine et de la Composante Marine afin d’équiper les six Mine Counter Measures Vessels (MCMV) devant être livrés à chaque marine. Et soulever le symbole européen en supposant que la Marine nationale retienne pour le BGDM : le MCMV belgo-néerlandais. C'est supposer un achat en commun entre ces deux marines et la Marine nationale qui n'a pas eu lieu ou bien que l’industriel pourrait s’appuyer sur ce contrat binational pour ajuster son offre en France. Et les dernières réflexions semblent plutôt concerner un BGDM reprenant la moitié avant du Mine Counter Measures Vessels (MCMV) belgo-néerlandais et le Launch and Recovery Systems (LARS) de la partie arrière de la proposition non-retenue des Chantiers de l’Atlantique pour le MCM.

Enfin, il est à relever que plusieurs programmes navals étrangers combinent un radar bande X pour la veille combinée et les engagements à courte et très courte portées avec un radar bande S dédiée à la veille aérienne lointaine et aux engagements à moyenne et longue portée : c’est pourquoi le choix d’un radar bande X pour les PO pourraient fournir le futur radar bande X d’autres bâtiments de surface (HORIZON RMV, 2029 ?). 

     À l’échelle de la future phase d’industrialisation, le choix du radar sera dimensionnant : le Giraffe 1X (SAAB) est « immédiatement disponible », SAAB peut un livrer un exemplaire opérationnel avant la mise en chantier du PO n°1. Le NS50 (Thales Nederland) a un calendrier plus contraint, avec un risque calendaire de six à douze mois. L’affaire se complique au regard de la mâture considérée pour le programme PO : une mâture à vergues supposerait des essais d’intégration directement sur le PO n°1. Retenir le PSIM (Panoramic Sensors and Intelligence Module) – conçu par Naval group – permettrait d’intégrer les antennes des radar, l’IFF et de l’éventuelle suite de guerre électronique à cette superstructure afin de débuter, à terre, les essais de compatibilité électromagnétique pour réduire, voire supprimer les interférences et optimiser les plages de fonctionnement. Dans cette perspective, le Giraffe 1X (SAAB) permet de débuter ces travaux tandis que le NS50 (Thales Nederland) fait peser le risque d’un glissement calendaire de la construction du PO n°1.

La fenêtre de vulnérabilités opérationnelles identifiées par la Marine nationale (2022 - 2026), du fait du désarmement des six derniers avisos A69, est à rapprocher de l'entrée en phase de réalisation du programme Patrouilleurs Océaniques (PO) devant intervenir en 2022 – 2023, pour des livraisons échelonnées entre 2025 et 2029, à raison de deux unités chaque année. La livraison des PO n°1 et PO n°2 dès 2025 bénéficiera à Brest en priorité, selon la Marine nationale. Le choix du radar peut rigidifier un calendrier et devenir la source d’un nouveau glissement calendaire, obérant la livraison d’un ou deux PO en 2025. 

     Un nouveau glissement calendaire du programme Patrouilleurs Océaniques (PO) quant à la livraison des deux premières unités de 2025 à 2026, notamment du fait de l’établissement de l’architecture de la phase d’industrialisation et du choix du radar, pourrait exiger des mesures palliatives, en particulier vis-à-vis du « plot » lutte Anti-Sous-Marine (ASM) par petits fond servant à la sûreté des atterrages de la FOSt et du remplacement des avisos A69 au profit des missions Corymbe, avec ou sans accompagnement d’un PHA classe Mistral (3).

En 2012 – 2013, une solution semblait eue été identifiée pour succéder aux avisos A69 basés à Brest dans leur mission de lutte ASM par petits fonds : moderniser et baser deux frégates classe La Fayette (5) à Brest. Le sonar de coque actif et passif à basse fréquence (BF) UMS 4120 BlueWatcher (Thales) avait été intégré sur la frégate Surcouf (1997 – 2027) à l’occasion d’un arrêt technique (2017 – 2018) dans l’optique d’une expérimentation à la mer de deux années, avec une troisième année en option qui a été affermie. Rien n’indique que le sonar ait été conservé ou débarqué depuis. Il permettait d’essayer ce qui apparaîtra plus tard comme le très probable futur sonar des Patrouilleurs Océaniques.

Le programme Rénovation à Mi-Vie (RMV) des Frégates La Fayette (FLF) avait été notifié, le 2 mai 2017, à DCNS (aujourd’hui Naval group), pour une enveloppe totale de 575,126 M€ (2017) pour cinq frégates : comprenant une tranche ferme de trois frégates (La Fayette (1996 - 2031 ?), Courbet (1997 - 2031 ?) et Aconit (1999 - 2034 ?) et une tranche optionnelle pour deux autres frégates (Surcouf (1997 – 2027), Guépratte (2001 - 2035 ?).

L’affermissement de la tranche optionnelle est en discussions du fait de deux phénomènes distincts mais liés par la posture de lutte ASM de la Marine nationale : le glissement calendaire, pouvant éventuellement être répété du programme PO, et la signature du contrat FDI HN, le 24 mars 2022 : seront cédées sur cale les FDI n°2 Amiral Louzeau – et FDI n°3 - Amiral Castex au profit de la Ελληνικό ΠολεμικόΝαυτικό (ΠN). Cette dernière travaillant à l’affermissement de l’option d’une quatrième unité, il est à attendre que la FDI n°4 – Amiral Nomy (2028 – 2058 ?) puisse également faire l’objet d’une cession. En tous les cas, il y aura nécessité de mettre sur cale trois FDI MN/HN supplémentaires. Et Naval group s’est positionné sur le programme corvettes de la ΠN avec des propositions allant jusqu’à cinq corvettes (hypothèse d’une enveloppe de 2 000 M€) avec deux à trois mises sur cale à Lorient.

Athènes prendra sa décision à l’été 2022. Et le programme des mises sur cales à Lorient (Naval group) ne pourra être arrêté qu’à cette échéance. Un nouveau glissement du programme Patrouilleurs Océaniques peut être pallié par un affermissement de l’option de la RMV des Surcouf (1997 – 2027), Guépratte (2001 - 2035 ?) afin de pouvoir baser, à Brest, deux à trois FLF équipées d’un sonar de coque BlueHunter / Kingklip Mk2 (Thales) et deux à trois autres devant servir à remplacer les avisos A69 pour les missions Corymbe car la « trame frégates » sur le segment ASM sera fragilisé au regard de l’intense activité sous-marine constatée, avant et depuis l’invasion de l’Ukraine (24 février 2022).


8 commentaires:

  1. Pour la vente éventuelle de corvettes à la Grèce, nous déshabillons notre Marine Nationale. C'est à croire qu'il ne se passe rien en Mer d'Azov

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    1. Les ventes de corvettes à la Grèce ne nous déshabille pas, ce sont des navires neuf, pas des navires pris sur la dotation française. Au contraire, ces navires supplémentaires vendus font baisser le prix des navires construit pour la France.

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    2. les FDI grecques sont les FDI françaises 2 et 3, prélevées sur la ligne de production.
      Donc dans un sens si, la MN est déshabillée.

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    3. ... et retardant toujours plus le remplacement de nos fregates !

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  2. Autant mettre à niveau les 2 FLF résiduelles va avoir du sens pour pallier au manque de 1er rang.
    Autant devoir utiliser des FLF pour faire Corymbe reviendrait alors à utiliser des (pseudo) premier rang pour faire du boulot de PHM.
    A mon sens ilbserait plus judicieux de passer temporairement les POM en double équipage et de les muscler un peu (rapidfire au lieu du narwhal, un module PSIM de Mistral containeurisé, un Camcopter) et de les utiliser comme supplétif des PHM sur Corymbe et autre mission de faible intensité). Plutôt que de les déployer par deux d'emblée en OM.
    BPCs

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    1. Bonjour,
      Ou de profiter de cette nouvelle série de navires hauturiers en cours de construction (POM) pour consolider la composante "patrouilleur" déficiente de la marine Nationale en passant une nouvelle commande de 6 bâtiments. Je rappelle le coût du contrat avec Socarenam: 225m€ pour 6 unités. Sinon, un PLG de type Confiance coûte environ 20m€.
      Ne me dites pas que l'effort financier est insurmontable.
      Il s'agit uniquement de volonté.
      Merci.

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  3. Effectivement commander 3 POM ou 3 PAG de plus : ma suggestion de passer les POM en double équipage était une mesure d'urgence. Le narratif de la MN est un peu élastique et ne recouvre pas pleinement la réalité des besoins.
    Ainsi inclure les 3 PSP dans le paquet des 10 PO est un peu fort de café : leur remplacement relèverait plus d'un PAG que d'un PO.
    Et pendant ce temps, le programme PO patine, car il se murmure que les specs demandée ne rentrent pas dans l'enveloppe du budget.
    On n'est pas surpris que les specs des futurs PO soient assez pointues, car les remplacement des missions des A69 nécessite une vraie corvette et pas un OPV.
    Ne pouvait-on pas opter pour 7 PO + 3 optionnels et 3 PAG/POM pour garder des navires les plus efficaces en zone de guerre ... et les obtenir vite.

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  4. Et toujours pas une vraie force de garde cotes qui regrouperait la MN, la gendarmerie, la douane et les affamer, le tout sous commandement MN, style US COAST GUARD

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