Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





26 mai 2022

Force opérationnelle atomique : MALAFACE atomique pour sous-marins stratégiques ?

© Société industrielle d'aviation Latécoère. Photographie à l'origine inconnue mais supposée être issue de la documentation Latécoère.

     Le contre-amiral Bernard Estival (2S) et l'ingénieur Jean Guillot (L'extraordinaire aventure de l'Exocet, Paris, Éditions de la Cité, 1988, 149 pages) brossaient l'historique (1951 - 1960) du programme LATE-258 / MALAFACE (MArine LAtécoère surFACE) jusqu'à citer l'intégration sur bâtiments de surface et donc les études consenties au profit d'une rampe orientable « mais également à un projet de rampe cylindrique étanche destinée aux sous-marins (le missile, dans ce cas, avait des ailes repliables) » (p. 19) : au profit des deux sous-marins stratégiques issus du rapport en date du 20 octobre 1956 de l'Amiral Nomy - chef d'état-major de la Marine (26 octobre 1951 - 1er juillet 1960), à l'attention du ministre de la Défense nationale et des forces armées, M. Maurice Bourgès-Maunoury, portant demande d'inflexion du Statut naval de 1955 (Patrick Boureille (La marine française et le fait nucléaire (1945 - 1972), thèse, annexes, p. ). Et donc à charge militaire spéciale : atomique ?

     MM. Philippe Quérel (Vers une marine atomique - La marine française (1945 - 1958)) et Patrick Boureille (La marine française et le fait nucléaire (1945 - 1972)) narrent dans leurs travaux de thèse la naissance du sous-marin atomique français. Le Statut naval de 1955 définissait la demande d'un tonnage global de 540 000 tonnes de bâtiments de guerre qui se répartit comme suit :

  • 450 000 tonnes de bâtiments de combat, 
  • 20 000 tonnes de bâtiments amphibies, 
  • 70 000 tonnes de bâtiments auxiliaires.

     La Marine souhaitait se dégager du rôle qui lui était alors progressivement assigné : c'est-à-dire réduite à se disperser lors des premières frappes atomiques puis à se concentrer sur la protection des convois traversant l'océan Atlantique et des débarquements. Au contraire, elle souhaite tirer tout le parti des tranches navales à venir de la deuxième phase du statut naval afin de repositionner une partie de ses futures capacités opérationnelles sur un appoint naval à la future force de représailles. Ce besoin est étalé en trois deux phases :

  • La première (360 000 tonnes) devait atteindre les objectifs définis en termes de tranches navales en 1963. 
  • La deuxième phase (180 000 tonnes) serait atteinte, quant à elle, en 1970.

     En ce sens, l'Amiral Nomy - chef d'état-major de la Marine (26 octobre 1951 - 1er juillet 1960) - rédigeait un rapport, en date du 20 octobre 1956, à l'attention du ministre de la Défense nationale et des forces armées, M. Maurice Bourgès-Maunoury, portant demande d'inflexion du Statut naval de 1955 (Patrick Boureille (La marine française et le fait nucléaire (1945 - 1972), thèse, annexes, p. ).

Il vantait les mérites de la propulsion atomique comme démultiplicateur de la valeur militaire des navires de surface et sous-marin. L'atome confère une autonomie presque illimitée qui accroît sans commune mesure les mobilités tactique et stratégique. Il demande une vitesse d'ensemble de 40 nœuds et que les navires soient équipés de la même tranche réacteur (puissance de 60 000 CV). Il y aurait eu à bord autant de tranches que nécessaire pour atteindre la puissance désirée.

     Il ne s'agissait ni plus ni moins que de constituer une force navale dotée d'engins atomiques, similaire par sa structure et ses bâtiments, à un « strike group » américain. La vitesse visée devait permettre de marcher à la même vitesse que les futurs bâtiments de l'US Navy et donc permettre à la France de peser dans l'Alliance atlantique et donc au sein des travaux discutés à l’OTAN grâce à cette capacité navale nouvelle.

L'un des premiers vecteurs nucléaires était alors le missile de croisière Regulus I (500 nautiques de portée). Il embarquait sur 4 croiseurs, 10 porte-avions (occasionnellement, en réalité) et 5 sous-marins. En France, il semblait alors possible de disposer à l'échéance de la réalisation de cette partie du programme naval d'un missile balistique d'environ 3000 km de portée.

     Cette force opérationnelle atomique telle que conçue en 1956 devait comprendre les bâtiments suivants (le vocabulaire est du CEMM) :

  • 2 sous-marins stratégiques (Q244, une deuxième unité) ; 
  • 4 sous-marins tactiques d'accompagnement ; 
  • 2 « Capital-Ships » : soit deux porte-avions stratégiques (2 x 30 000t ; 4 réacteurs chaque), soit deux croiseurs lance-engins de destruction massive (2 x 15 à 20 000t ; 2 réacteurs chaque) ; 
  • 6 croiseurs escorteurs (6 x 5 ou 6000t ; 1 réacteurs chaque) ; 
  • 2 bâtiment-ravitailleurs (2 x 10 000t).

     Dans cette perspective, l'Amiral Nomy proposait de modifier la programmation au sujet de la deuxième phase du plan naval, devant être achevée en 1970 : sur les 180 000 tonnes, 120 000 serviraient à la constitution de la « force opérationnelle atomique » tandis que 60 000 seraient constituées de bâtiments de soutien.

Le CEMM propose alors deux périodes triennales (1961 - 1963 ; 1964 - 1966) par lesquelles seront commandés, au sein de chacune : un porte-avions ou croiseur lance-engins, trois croiseurs escorteurs, deux sous-marins atomiques et un bâtiment base atomique.

Cette programmation semble avoir été adaptée par un document du 7 novembre 1958 qui établissait deux plans quinquennaux (1959 - 1964 ; 1965 - 1969) qui devaient très probablement achever les 180 000 tonnes pendantes du Statut naval de 1955. Et il s'agissait peut-être de s'adapter à la future Loi de programme à la période quinquennale dont il était peut-être d'ores et déjà question dans les coursives, en 1958.

     La thèse de Patrick Boureille (La marine française et le fait nucléaire (1945 - 1972)) expliquait globalement le programme du Q244. La filière nucléaire retenue (uranium naturel modéré à l'eau lourde) mena à une impasse. L'organisation politico-administrative ne réunissait pas tous les protagonistes de l'amont à l'aval du projet : au final, la hauteur du réacteur dépassait nettement le diamètre de la coque. Le deuxième sous-marin stratégique devait adopter une autre filière nucléaire à choisir entre un réacteur au plutonium (B) ou à l'uranium enrichi (C) et être mis en chantier en 1959.

     Aucun détail au sujet des sous-marins tactiques d'accompagnement ne semble les catégoriser comme sous-marins à propulsion navale nucléaire. La programmation (ci-dessus) déclare la construction d'un total de quatre sous-marins atomiques. Les deux premiers sont, par recoupements, les Q244 et QXXX (C). Mais qui sont les deux autres ? En outre, aucun des sous-marins classiques de l'époque ne dépassait 30 nœuds. Dans le cas français, aucun classique ne file jusqu'à 20 nœuds avant l'Agosta (1977 - 1997). La première expression officielle de la Marine du besoin d'un « sous-marin HP » (sous-marin haute performances : comprendre à propulsion nucléaire dans ce contexte spécifique) n'est formulée qu'en 1964 par le Conseil Supérieur de la Marine (CSM).

     Les sous-marins stratégiques (Q244, QXXX (C)) auraient emporté un engin de conception nationale puis de facture américaine dans une « valise sèche » sur le pont : le contre-amiral Bernard Estival (2S) et l'ingénieur Jean Guillot évoquaient un projet, pour lequel des études (préliminaires ?) avaient abouti, à une rampe cylindrique étanche destinée aux sous-marins, devant permettre d'embarquer le MALAFACE : le LATE-258-H ? Le récit du programme MALAFACE (MArine LAtécoère surFACE) proposé par les deux auteurs ne permet pas de dater les études consenties pour cette installation.

La photographie (cf. illustration), supposée être issue des archives Société industrielle d'aviation Latécoère, peut être considérée comme étant la preuve que, au minimum, deux maquettes figurant l'installation précitée et une version adaptée au MALAFACE pour servir à bord des sous-marins, a été construite. Rien ne permet d'affirmer qu'il s'agissait d'un matériel d'expérimentation, voire un prototype. Ni de l'affirmer, en l'état.

     La prose des deux auteurs s'arrête alors qu'il semble impératif de la replacer dans le contexte de la « force opérationnelle atomique » : le MALAFACE étudié pour emploi sur sous-marin était le LATE-258-H. S'agissant d'un engin expérimental devant vérifier le domaine d'emploi du MALAFACE depuis un sous-marin et par cette rampe cylindrique étanche, il peut raisonnablement être supposé qu'il s’agît d'un LATE-258 dont l'architecture avait été retravaillée afin d'intégrer des ailes repliables. Mais les deux tirs réussis du MALAFACE, c'est-à-dire « MALAFACE-10 » (16 juin 1958) et « MALAFACE-15 » (mars 1959) atteignaient, au minimum, 16 km de portée (16 juin 1958), voire la portée maximale du système (mars 1959) : 40 km.

Portée « tactique » intéressante pour la lutte anti-surface par missile anti-navire subsonique à charge conventionnelle, l'essence même de ce programme, mais ne correspondant pas à la finalité de la « force opérationnelle atomique » : mettre en œuvre des engins portant des charges militaires spéciales, c'est-à-dire atomique.

     C'est pourquoi il est à se demander si l'engin destiné aux sous-marins stratégiques (Q244, QXXX (C)) n'était pas plutôt le LATE-259 / MALAFACE 258 E (LATE-258 E ?), bénéficiant d'une propulsion conçue autour du turbo-réacteur MARBORE II (Turbomeca) de 3,9 kN de poussée. La portée aurait été comprise entre 250 et 800 km, selon les sources, et probablement selon la version considérée du MARBORE II : le 31 mars 1960, Latécoère présentait au ministre des Postes et Télécommunications, M. Michel-Maurice Bokanowski, le projet LATE-110 capable de porter sur une distance de 800 km une charge de 500 kg de courrier dans une soute de 1,40 m3, à une altitude de 9 000 m pour une vitesse de croisière de l’ordre de 870 km/h, avec un MARBORE II.

Portées compatibles, cette fois-ci, avec un emploi stratégique. L'engin ayant une charge utile de 700 kg, il se devine que son volume devait être compatible avec une charge militaire nucléaire... alors que la France n'avait pas encore fait détonner Gerboise bleue (13 février 1960). Cette variante aurait été sérieusement considérée, rien que pour un programme d'essais car la Marine avait financée l'acquisition d'un turbo-réacteur MARBORE II (L'extraordinaire aventure de l'Exocet, Paris, Éditions de la Cité, 1988, p. 19).

     Rien ne semble pouvoir étayer pourquoi une première capacité opérationnelle de lancement d'engins nucléaires depuis un sous-marin en surface aurait été nationale, avant de basculer sur l'acquisition d'engins américains (Chance Vought SSM-N-9 Regulus II) et donc des installations associées. Les limites opérationnelles d'engins comme le MALAFACE sont évidentes : le rôle stratégique ne pouvait être atteint puisque 800 km de portée ne permettait pas d'atteindre des centres de décisions et restreignaient l'emploi à une stratégie anti-forces, ce qui était - au demeurant - l'objectif assigné à la « force opérationnelle atomique ». Il y avait un monde entre, au mieux, les 800 km du LATE-259 et les 1 852 km du Chance Vought SSM-N-9 Regulus II, justifié par des dimensions pas similaires.

     La fonction dévolue au LATE-258-H / LATE-259 est difficile à discerner car la nomenclature des projets de la Société industrielle d'aviation Latécoère conserve la trace des deux projets dont l'un devait servir à expérimenter l'emploi d'engins mer-mer depuis un sous-marin tandis que l'offre devait permettre d'effectuer des frappes mer-sol. Mais rien n'indique, avec ces bribes d'informations, la présence d'une charge nucléaire. Fait peut étonnant s'il fallait rappeler que la mise à l'étude d'un bombardier atomique, programme aboutissant au Générale aéronautique Marcel Dassault Mirage IVA, n'abordait jamais la finalité opérationnelle de la fiche-programme, même si tout le bureau d'étude dédié à l'élaboration de l'appareil avait parfaitement compris de quoi il s'agissait. Et la Marine nationale ne faisait pas mystère de ses intentions.

     Mais la Force opérationnelle atomique était abandonnée : en raison non seulement de l’échec du programme Q244, prononcée en 1958, mais aussi de l’abandon du programme SSM-N-9 Regulus II (Chance Vought) qui devait équiper les « sous-marin stratégiques » mais également les « porte-avions stratégiques » : l’avant-projet PA59 mais aussi les PA54 et PA55. Et la mise sur cale en 1958 du futur SSBN-598 USS Georges Washington (1959 - 1985) achevait de convaincre de l’inanité du concept initial de « sous-marin stratégique ».


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