Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 25 juillet 2018

Mesure de la puissance navale : le ratio tonnes/sabord

© CCTV. Henry K., "Et si le destroyer Type 055 n’a que 112 silos ?", East Pendulum, 4 octobre 2017.
Le nombre de silos - pourquoi ne pas parler de "sabords" ? - est devenu un des nouveaux critères permettant de mesurer la "puissance" affichée d'un bâtiment de guerre. Les systèmes permettant d' "ensiloter" des missiles dans des "tubes" recevant de manière quasi-universelle toutes les munitions existantes dans une marine assurent une certaine polyvalence aux unités. C'est peu ou prou le retour aux considérations tactiques de la stratégie des moyens des combats en ligne de file des marines à voiles. Si à la manière de Joseph Henrotin (Les fondements de la puissance navale au XXIe siècle, Economica, 2011, 496 pages) il s'agit de penser le bâtiment de guerre comme une plateforme dont le tonnage ne signifie plus la puissance - l'ancienne relation liée tonnage et puissance des canons - mais bien le rayonnement géographique, les plateformes navales "percées" de "x" sabords tendent à réinstaurer l'ancienne dialectique mêlant tonnage et puissance. Des effets de seuil sont d'ores et déjà perceptibles.


Les systèmes de lancement des missiles dans les marines de guerre procèdent de plusieurs rationalités dont les plus simples sont la capacité à lancer une salve de saturation ou bien à répondre à celle-ci et, explicitement ou implicitement, de permettre aux escorteurs d'être polyvalent. Dans un premier temps, les frappes de saturation obligées à dépasser les lanceurs mono-, bi-, quadruple-, etc... missiles qui émergent avec les premiers engins. Les croiseurs et cuirassés de la Deuxième Guerre mondiale refondus puis les nouveaux frégates, destroyers et croiseurs se hérissent de rampes. Et la salve se mesure aux nombre de missiles pendus sous les rampes et à la faculté de les recharger plus ou moins vite. Cela revient à dire que chaque rampe est spécialisée par mission puisque conçue autour d'une seule munition.

Le basculement vers un art de la guerre navale au cours des années 1970 et 1980 où la saturation devient un enjeu majeur des engagements oblige à repenser complètement la manière d'intégrer les engins - et dénommés par la suite missiles en France sur la période considérée - dans les plateformes navales. La disposition par cellule de lancement vertical permet alors d'avoir autant de missiles prêt à partir que de silos. Le tout dimensionnant les plateformes navales.

En conséquence de quoi, là, où la puissance navale s'échelonnait selon la capacité intrinsèque du bateau à porter certains calibres d'artilleries - typiquement, il fallait un cuirassé de plusieurs milliers à plusieurs dizaines de milliers pour porter les plus gros calibres et un bâtiment équivalent pour le combattre - et la cuirasse associée, la puissance était proportionnelle au tonnage. Mais le missile rompt la relation puisque le tonnage ne compte presque plus dans la faculté d'user d'un missile anti-navire qui peut prétendre à couler ou mettre hors de combat pratiquement n'importe quelle plateforme navale. Rien que quelques missiles assurent de bien meilleurs chances de succès, presque insolentes ou "neptuniennes", que bien des échanges de salves entre cuirassés. Pourtant, il demeure une relation au tonnage avec le missile puisque plus la portée du premier s'accroît, plus le bâtiment de guerre doit être volumineux pour assurer la direction de tir.

Dans cette perspective, le système de l'US Navy se centre progressivement sur l'utilisation du lanceur Mk 41 à même d'embarquer un nombre varié de munitions : SM-2, UGM-109 Tomahawk et ASROC. Plus tard, les SM-3, SM-6 les rejoignent puis probablement les LRASM et d'autres choses encore. Les bateaux deviennent bien plus polyvalent et il devient possible d'envisager un escorteur océanique générique dont la meilleur incarnation est le destroyer de type Arleigh Burke qui sera produit à plus de 70 unités à terme, voire plus encore.

Ici, le ratio entre le tonnage du bateau et le nombre de sabords s'établit à une moyenne de 93 tonnes par silo pour tous les "Flight" des Arleigh Burke. Ratio bien meilleur sur les croiseurs de classe Ticonderoga puisque chutant à 80 tonnes par sabord... ! En fait, seuls les Sud-coréens avec la classe Sejung le Grand (85,9 t/silo) tomberont sous le seuil des 100 tonnes par silo, tandis que toutes les autres marines seront au-dessus.

Dans le détail, ce ratio peut être très amélioré en jouant sur le nombre de munitions ensilotées dans un même silo. Par exemple, les Evolved Sea Sparow Missiles peuvent être groupés par quatre dans un seul tube du système Mk 41 : si bien que là, où, le destroyer F100 a un ratio de 133,3 t/silo avec son seul système Mk 41, c'est-à-dire percé à 48 sabords, il est virtuellement de 66,6 t/silo si l'on tient compte des ESSM qui lui permettent d'atteindre 96 missiles en tout et pour tout. Ce n'est rien de moins que le meilleur - mais virtuel - ratio. Une des rares manières de contourner notre problème d'architecture navale.

Néanmoins, face à la polyvalence qui semblait assurée aux plateformes navales avec l'intégration de silos verticaux, il y a de puissants effets de seuil qui limitent considérablement la portée de l'évolution dans la manière d'employer les missiles. Le cas des Frégates de Taille intermédiaire (FTI) est typique de ce sujet. Ces frégates françaises ne seront percées qu'à 16 sabords mais leur architecture assure de monter jusqu'à 32 si et seulement si aucune pièce au calibre supérieure de 76 mm n'est installée. Première limitation, il s'agit de choisir entre deux batteries. Vient alors la deuxième limitation puisque s'il fallait intégrer un deuxième type de salve après celles vouées à l'anti-aérien (Aster 15 et 30) et la frappe vers la terre (MdCN) comme par exemple une salve anti-navire (FMAN/FMC) alors la masse critique pour chaque salve ne serait plus atteinte. Pour assurer la défense propre du bateau dans une dimension ou produire un minimum d'effets tactiques, sans même évoquer une capacité à produire plusieurs fois ces effets pour tenter d'influencer l'adversaire, alors il faut un nombre minimum de munitions. Avec 32 missiles et trois, voire quatre types de salves : cela n'est plus possible. Il devient obligatoire de monter à 48 missiles pour espérer atteindre la polyvalence. Sous ce seuil, bien trop juste, les missions, voire les plateformes navales doivent se spécialisées temporairement ou définitivement.

Par rapport à la relation entre puissance et tonnage, si Joseph Henrotin relève le lien entre rayonnement géographique et tonnage, il apparaît aussi un lien entre tonnage et nombre de silos qui permet de jauger de l'aptitude du bateau à se défendre, défendre un groupe constitué dans toutes les dimensions du combat naval ou bien à projeter la puissance. Aux Etats-Unis, la question s'est semble-t-il réglée avec des Arleigh Burke percés à 90 puis 96 sabords contre 122 pour les croiseurs Ticonderoga. Et toutes les grandes unités de surface actuellement en service ou à venir ne descendent plus sous les 90 sabords.

Il y a donc un seuil minimal de 48 sabords pour une polyvalence réduire pour agir dans toutes les dimensions du combat naval et un seuil supérieur de 90 sabords pour soutenir de manière prolongée un engagement en mer et à terre. Au rayonnement géographique et à la polyvalence s'est ajoutée la problématique de la capacité à durer au combat, voire à engager plusieurs combats. Il n'est pas question d'oublier qu'il n'est pas encore possible de recharger les silos à la mer mais seulement au port, à la limité sur un plan d'eau bien abrité.

Sur le plan des qualités opérationnelles intrinsèques de toutes ces unités de surface, il s'agit de constater - rien que dans les habitudes françaises - que la disposition à l'avant de pratiquement toute l'artillerie héritée des croiseurs de bataille de classe Dunkerque et des cuirassés de classe Richelieu perdure encore de nos jours. Pas de manière continue puisque du temps des engins les rampes étaient disposées peu ou prou tout le long des frégates, destroyers et croiseur. Mais la tendance revient à une disposition plutôt à l'avant partout dans le monde. Mais le passage de frégates et destroyers percés à 32 à 48 sabords à de grandes unités de surface de 56 à 90 sabords, voire plus, invitent de plus en plus fréquemment à disposer d'une batterie principale disposant de deux bordées à l'avant et au milieu ou à l'arrière. Les bateaux peuvent de nouveau être conçus pour continuer à combattre par bordée là, où, un coup heureux sur l'avant pouvait espérer mettre hors de combat l'essentiel de l'armement.

Enfin, il convient de noter que la question du ratio entre le tonnage et le nombre de silos a une finalité stratégique : plus ce ratio est bon, plus la puissance d'un bâtiment de guerre est théoriquement moins coûteuse. En effet, 122 missiles sur un Ticonderoga de 9800 tonnes devrait logiquement coûter moins cher en construction et entretien qu'un destroyer Type 055 d'environ 13 000 tonnes pour 112 missiles. Le deuxième exige plus de puissance propulsive, etc. Sur le plan stratégique, plus ce ratio est bon, moins les plateformes devraient avoir un coût unitaire de production élevé à caractéristiques comparables avec d'autres productions. Et donc, pour un montant financier donné, cela revient à dire que le meilleur ratio assure à coûts égaux plus de navires par type de bâtiments de guerre.

C'est pourquoi un bon ratio entre le tonnage et le nombre de silos assure un tonnage plus élevé de toute la marine de guerre, autre facteur de puissance navale.

Voici un tableau qui tente de donner corps au propos proposé au fil des quelques remarques (cf. supra).


 
Classe
Type
 
 
Tonnage
(tonnes)
 
Sabords
(Silos/VLS)
 
Ratio
 
Gowind 2500
 
 
3100
 
16
 
193,7
 
Frégate de Taille intermédiaire
 
 
4250
 
32
(16 + 16 si pièce de 76 mm)
 
 
132,8
 
FREMM
Type Aquitaine
 

6000
 
32
 
187,5
 
FREMM Grèce
 

~ 6000

56
 
107,1
 
FREMM
Type Carlo Bergamini
 

6900
 
32
(16 + 16)

215,6
 
F100
Classe Álvaro de Bazán
 
 
 
6400
 
 
48
 
 
133,3
 
(96 missiles au total car 64 ESSM sont ensilotés par quatre dans 16 silos du Mk 41 : ratio « final » de 66,6)

Type Horizon
Classe Forbin


7050

64
(48 + 16)

110,15
 
FREMM-ER
 
 
7150
 
48
 
149
 
Type 052D
 
 
7500
 
64
 
117,2
 
Type 26
 

~ 8000

56

142,6
 
Type 45
 

8500

48

177,1
 
Project 22350M
Type Gorshkov
 

~ 8000

64 ?

125
 
Arleigh Burke Flight I
 
 
8315
 
90
 
92,4
 
Arleigh Burke Flight II
 
 
8400
 
90
 
93,3
 
Arleigh Burke Flight IIA
 
 
9200
 
96
 
95,8
 
Arleigh Burke Flight III
 
 
9800
 
96
 
102,1

Classe
Kongō


9500
 
90
 
105,5
 
Ticonderoga
 
 
9754
 
122
 
80
 
Classe Atago-gata Goeikan
 
 
10 000
 
96
 
104,2
 
Classe Sejong le Grand
Type KDX-III
 
 
 
11 000
 
 
128
 
 
85,9
 
Projet 1164 Atlant Classe Slava
 
 
11 500
 
64

179,7
 
Type 055
 
 
~ 13 000
 
112
 
116,1
 
DDG-1000
Classe Zumwalt
 
 
15 995
 
80
 
200
 
Project 23560
Classe Shkval
 
 
17 500
 
120

145,8
 
Projet 1144 Kirov
 
24 805
240
103,3


1 commentaire:

  1. Oui enfin entre un ESSM et un Aster 15, c'est pas vraiment le même emploi et les mêmes performances; de plus tous les silos ne peuvent pas embarquer les mêmes munitions; les qualités et le nombre des missiles disonibles sont importants; enfin, les capacités de détection, de suivi de situation sont prépondérantes.

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