Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





03 février 2013

"Guerre des codes et guerre navale" de Guy Malbosc et Jean Moulin


http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/3/5/7/4/9782357431133FS.gif

L’ouvrage reçu de Marines Editions nous offre encore une excellente étude. Celle-ci mériterait même de figurer dans n’importe quelle bibliothèque type d’une personne qui s’intéresse à la stratégie navale, voire à la stratégie tout cours.

Récemment c’était l’ouvrage d’Olivier Kempf - «Introduction à la Cyberstratégie» - qui se chargeait de nous introduire dans une stratégie particulière qui transcende tous les milieux. Plus précisémment, l’auteur nous disait que le cyberespace est né et vit par l’apparition et le développement de la spère électromagnétique.

C’est bien pourquoi l’ouvrage de Guy de Malbosc et de Jean Moulin complète le dispositif puisqu’il va être question de comprendre concrètement les enjeux de cette sphère électromagnétique pour les communications tactiques. En effet, en temps de guerre comme en temps de paix, il faut pouvoir assurer le secret des communications entre les ambassades, pour les services de renseignement et pour les mouvements des Armées et des Flottes afin qu’elles soient toujours en contact avec leur pouvoir politique.
Pour ce faire, il est nécessaire de coder d’une quelconque manière les communications. «Guerre navale et guerre navale» nous offre ainsi une belle introduction sur l’apparition des premiers moyens de codage jusqu’aux enjeux du chiffrement de la seconde guerre mondiale.

Mais l’on entre dans le vif du sujet quand les auteurs abordent les enjeux des codes de la première, mais avant tout de la seconde guerre mondiale.

Le premier théâtre d’action reprend la bataille menée par les Alliés pour déchiffrer les communications allemandes. Ainsi, depuis l’apparition de la machine Enigma en sa version commerciale jusqu’à celle de l’Enigma M4 de la Kriesgmarine, la lutte fut permanente. Combat qi commença en Pologne où les premières recherches pour déchiffrer cee que codait une machine furent entreprises avec un certain succès. Il faut dire que cela remet à l’honneur le travail des services secrets polonais qui appportèrent aux Alliés les premières pierres en la matière, si ce n’est les plus importantes.
On y découvre aussi le rôle important des services français : non, ils ne se sont pas contentés d’être des passeurs entre le travail des SR polonais et les anglais. Oui ils ont eux aussi pu apporter des informations indispensables pour réussir à vaincre Enigma par l’intermédiaire d’un allemand retourné. Guy Malbosc n’hésite pas à dire que pour lui c’est l’espion du cercle car on ne trouve pas mieux que cette source qui transmet des documents stratégiques avec la certitude de leur valeur et de la provenance de leur contenu...

La seconde bataille est la poursuite de la guerre par  l’Angleterre. L’enjeu de la guerre des codes apparaît ici car il y a une lutte permanente entre les flottes, et finalement surtout entre Royal Navy et Kriegsmarine, pour déchiffrer le traffic radio de l’autre. Enjeu essentiel pour les allemands afin de connaître l’ordre de bataille et le déplacement des groupes de combat de la marine anglaise. Enjeu non moins essentiel pour la marine anglaise pour pouvoir dérouter un convois si jamais un U-Boat est dirigé dessus.

La troisième bataille se situe dans le Pacifique, théâtre généralement oublié alors que le capitaine de vaisseau (R) Eudeline rappelait récemment («Les sous-marins d’attaque dans l’action navale») que c’est pourtant le théâtre où une guerre des communications fut réussi : les sous-marins américains coulèrent à eux-seuls 55% de la flotte de commerce japonnaise. L’étendue du Pacifique et le temps nécessaire aux mouvements justifiaient une attention toute particulière aux communications. Mais il y avait ce raté de Pearl Harbor : un message japonais annonçant plus ou moins l’attaque avait été déchiffré mais non exploité.

C’est finalement une des leçons essentielles du livre de Guy Malbosc et de Jean Moulin : il n’y a de richesse que d’hommes.
Le premier enjeu humain de la guerre des codes est ainsi industriel et scientifique : il faut des têtes bien faites pour comprendre ce qu’ils se passe, comment se code les messages adverses et imaginer des parades. La présentation des «bombes» (qui renvoie à la lutte pour obtenir les premiers "calculateurs" et la lutte qui s'amorça ensuite pour disposer de supercalculateurs en grand nombre) montre combien cette guerre a besoin d’imagination et d’inventivité.
Le second enjeu humain renvoie directement aux organisations humaines : une fois qu’il est possible de déchiffrer le traffic de l’adversaire, nécessité est de pouvoir exploiter le renseignement obtenu. Et là, l’on atteint la partie la plus difficile de la lutte puisqu’il faut adapter des schémas administratifs en pleine guerre pour analyser et diffuser des renseignements tous en protégeant les sources alors que l’intertie propre des administrations peut être contre cet objectif.

Enfin, l’on observera de la lutte permanente entre offensive et défensive :
  • attaquer les codes adverses,
  • sécuriser les siens. 
De là s'observe une certaine victoire anglaise puisque le dernier code de la Royal Navy restera inviolé par les allemands.

04 janvier 2013

Vers un renouveau des moyens amphibies ? -2/2


Je vais maintenant décrire le TCD NG tel que je l’avais défini précédemment (début de l’article ici):

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/TCD-NG.jpg
© Frost.

Quelle conception pour un tel navire ?

Le TCD NG distinguerait par :
- une bonne capacité d’emport en carburant ;
- un radier plus grand que celui du Mistral (environ 110 m de long pour l’accueil de 3 EDAR, ou 2 EDAR XL ou 2 SMX-26 ou 2 patrouilleurs d’environ 50 m) ;
- une capacité d’emport en personnels supérieure à celle du BPC (environ 900 personnes) ;
- une capacité aéronautique inférieure (de 4 à 10 appareils) ;
- aucune ou très peu de capacités en matière de commandement ou médicales ;
- un espace pour l’emport de conteneurs (comme sur le BRAVE).

Voici le TCD NG tel que je le verrais :

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/TCD-NG2.jpg
© Frost.

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/TCD-NG3.jpg
© Frost.

Maintenant si on détaille un peu :

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/TCD-NG4.jpg
© Frost.

Le pont d’envol (noir) a été fractionné en deux parties :
• la première, la plus basse permet la mise en oeuvre de 4 aéronefs avec 2 spots d’appontage,
• la seconde possède trois spots pour 6 aéronefs.

La raison ? Dans son rôle de TCD auxiliaire, le navire permettra la mise en œuvre de 10 hélicoptères moyens, mais quand il sera utilisé en mode navire atelier, ravitailleur ou encore navire humanitaire, cette capacité sera superflue et le pont d’envol supérieur pourra servir d’aire de stockage pour des conteneurs ou des modules.

La partie atelier (violet) communique avec le pont d’envol et le radier par l’ascenseur du navire. Elle accueille diverses machines-outils pour la maintenance des navires de la flotte (mais pas celle des aéronefs, assurée à bord des BPC). Les ateliers permettent aussi la maintenance des équipements du détachement de l’armée de Terre.

La zone de stockage des véhicules (orange) communique avec le radier par deux rampes (seule l’une est visible, l’autre est cachée par la coupe). Un quai de chargement situé le long du radier du côté des rampes permet le chargement des chalands par transbordage.

Le radier (bleu) mesure 110 mètres de long et peut donc accueillir 3 EDAR, 2 sous-marins SMX-26, 2 EDAR XL (d’environ 50 mètres de long) ou encore deux patrouilleurs (d’environ 50 mètres de long). Sa largeur est d’environ 20 mètres pour permettre l’accueil des patrouilleurs ou des SMX-26.

La zone d’habitation (jaune) permet de loger deux fois plus de personnes qu’un BPC et dans des conditions de confort similaires, grâce au bossage situé à l’avant et récupérant l’emplacement du spot numéro 1.

La coque est quasiment identique sauf pour la largeur, en augmentation pour contenir le radier agrandi, le quai de chargement et les réservoirs de fluides/stocks de pièces, de munitions et de vivres. L’appareil propulsif est le même.

L’armement comprendrait :
- 4 mitrailleuses de 12.7 mm (repérées en vert)
- 2 canons de 20 mm (repérés en rose)
- 1 CIWS à base d’un canon RapidFire de 40 mm (voir article) et de missiles MICA VL (plus performants que les Mistrals) implanté à l’emplacement orange. Ce CIWS sera éventuellement complété par des lanceurs Simbad ou Tetral.

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/TCD6.jpg
© Frost.

Ce navire peut donc être considéré comme un mélange entre le BPC-moins de Benoist Bihan et un ravitailleur-navire de débarquement comme le Karel Doorman de la marine néerlandaise.

Quel pourrait être le rôle de ce navire ?

Les missions actuelles des BCR :
- sa mission principale est de ravitailler à la mer en combustible, vivres ou munitions divers navires
- une autre mission est d’accueillir un État-major (seulement pour les trois derniers navires).

Les missions du bâtiment-atelier Jules Verne :
- le soutien technique (maintenance, assistance en cas d’avarie de combat)
- le ravitaillement (pièces de rechange, en munitions et gazole)
- le soutien médical (un hôpital complet de 240 m2 : 1 bloc opératoire, 16 lits, un caisson de décompression).

Les missions des BSM :
- soutien guerre des mines
- soutien mécanique et électricité
- soutien médical
- à mentionner aussi, des missions de soutien électronique et de soutien de sous-marins (je dis à mentionner, car si c’était la mission initiale, ces bâtiments ont surtout été utilisés en tant que navires-ateliers)
- il est important de dire que tous ces bâtiments avaient des capacités additionnelles de ravitaillement.

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/Loire.jpg

Le soutien médical est pris en charge par les BPC et leur hôpital très performant (750 m2 de pont, comprenant 2 salles d’opération, une salle de radiologie et 69 lits), de même que les fonctions de commandement. À la limite, une zone comme le Hangar hélicoptère pourra être configurée pour ces missions additionnelles.

Reste donc :
- le ravitaillement (carburant, vivres, eau, munitions et pièces détachées)
- le soutien technique avec divers ateliers
- le soutien auprès d’un groupe de guerre des mines.

Maintenant il y a deux possibilités :
  1.  sacrifier le BPC 4 et un BRAVE : dans ce cas, l’objectif serait d’acheter 3 TCD NG, un par BPC. Les 3 ravitailleurs classiques restant serviraient au soutien du ou des GAN, du groupe de guerre des mines et éventuellement des grosses opérations amphibies.
  2. L’autre option est de sacrifier un BRAVE supplémentaire pour acheter quatre exemplaires du BPC-moins, les 3 premiers opérant de concert avec les BPC et le dernier étant utilisé soit en autonomie, soit pour le soutien du groupe des mines. Cette proposition est motivée par le fait avéré que nous n’aurons jamais plus de deux porte-avions dans la Marine Nationale et jamais les avions pour en équiper deux à la fois au maximum de leurs capacités (32 Rafale et 3 E-2 pour le PA2) (cf. article). Dans ce postulat, deux ravitailleurs (a fortiori plus grands que les classes Durance actuels) devraient suffire au soutien du/des groupes aéronavals.
Quel que soit le choix qui sera fait, on est assuré (du moins avec la commande de deux PA pour remplacer le Charles-de-Gaulle) d’avoir en permanence un groupe aéronaval et deux groupes amphibies complets : presque de quoi gérer un conflit majeur et une crise mineure – ce qui a failli se produire entre la crise de Côte d’Ivoire (décembre 2010/janvier 2011) et l’opération Harmattan (mars 2011/octobre 2011).

Vers une nouvelle doctrine d’emploi pour la guerre amphibie ?

Le but affiché est de permettre par l’union dans une même escadre d’un BPC, d’un TCD et de deux frégates de projeter et surtout de soutenir plus efficacement une opération amphibie :
  • les ateliers internes permettent la maintenance des navires du groupe amphibie. Le bâtiment en assure aussi le ravitaillement ce qui permet à l’escadre de durer à la mer ;
  • les logements supplémentaires permettraient d’embarquer potentiellement un GTIA entier, ce que ne pouvaient faire deux BPC, limités par un faible emport de troupes (les San Antonio américains embarquent par exemple 1,5 fois plus d’hommes que les BPC plus légers il est vrai de 5000 tonnes). Au cumul des capacités, il serait sans doute possible d’atteindre 1200 personnes embarquées soit quatre SGTIA ;
  • la surface des hangars des deux bâtiments permet d’emporter énormément de matériels. Or tout matériel en plus que ce soit des munitions, des vivres ou encore des véhicules augmente tout autant l’efficacité des troupes débarqués. De plus, on constate dans le secteur terrestre un alourdissement général des matériels (le VBMR de 20 tonnes est prévu pour remplacer un VAB en pesant 15). Le passage à ce type de structure en atténuera les effets ;
  • les deux navires étant assez semblables, on peut imaginer que durant une phase molle de l’opération, un des deux navires quitterait l’escadre pour aller échanger des troupes ou du matériel depuis un port allié (où ils auraient été acheminés par voie aérienne). L’autre bâtiment étant suffisant pour soutenir les troupes déjà engagées.
On assisterait en fait à une remise en cause de la stratégie amphibie : le TCD deviendrait le navire central de l’opération durant la partie débarquement (notamment grâce à son grand radier) et il cèderait cette place au BPC durant la partie soutien aux troupes débarqués à cause de ses absences pour aller se ravitailler afin de lui-même pouvoir ravitailler. Cette structure serait même potentiellement plus économique car elle requerrait 2 navires (BPC et TCD) contre 3 pour une structure classique (BPC, BPC ou TCD et ravitailleur).

Maintenant, revenons sur les configurations de ce bâtiment :
  • le soutien aux BPC, dans ce cas, Le bâtiment accueille 10 hélicoptères de l’ALAT, 3 EDAR classiques ou 2 EDAR XL (d’environ 50 mètres de long) ainsi que divers matériels et personnels de l’Armée de Terre ; 
  • le soutien à une opération de déminage, dans ce cas, le radier accueille 2 chasseurs de mines Tripartites ou plus tard des drones. Les divers espaces de stockage abritent des locaux médicaux (soin aux plongeurs-démineurs), du matériel de déminage et des ateliers capables de la maintenance des chasseurs de mines (notamment de leur coque en fibre de verre). Le TCD a aussi une fonction de ravitaillement et de commandement des unités de guerre des mines. Les BCR ont aussi parfois cette mission.
http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/Pegase-Loire-Berneval.jpgRavitaillement la mer en 1986 pour le chasseur de mines tripartites Pégase et le dragueur océanique Berneval. Au centre, le Bâtiment de Soutien Mobile Loire.

  • une configuration où le bâtiment est seul ou navire principal de l’escadre est aussi possible (dans le cadre de la mission Corymbe, de la mission Atalante ou encore de la mission Jeanne d’Arc), même si les futurs BMM seront sans doute mieux dimensionnés pour cette mission. Il aurait dans ce cas, une mission de ravitaillement et/ou de commandement ; 
  • enfin, il y a une possibilité d’action en zone littorale : emport de deux sous-marins de poche type SMX-26 (si toutefois le radier le permet) qui pourraient permettre d’économiser nos précieux SNA, malheureusement sur-utilisés comme le reste de la Marine (qui avait dû accepter de ne pas déployer de SNA dans l’Océan Atlantique pendant Harmattan), de commandos et éventuellement de missiles de croisière conteneurisés à travers des modules placés sur le pont d’envol. Les SNA pourraient peut-être même être soutenus par ce bâtiment.
http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/SMX-26.jpg
© DCNS. Le SMX-26, nouveau concept de sous-marin de DCNS. Les SMX-26 ou d’autres submersibles/sous-marins pourraient-ils constituer tout ou partie
du futur programme NCF de remplacement des La Fayette ? (cf. article)

Maintenant que le concept est défini, il serait peut-être possible de l’appliquer à l’échelon inférieur avec les programmes BATSIMAR, BMM et le remplacement des Floréals. Peut-être l’objet d’un prochain billet ?

Aurélien Joncour / Frost


Le Fauteuil de Colbert tient à remercier Frost de nous faire part de sa réflexion et est bien content de le voir publier ici, mais surtout sur le portail de  l'Alliance Géostratégique. Mais également, je remercie vivement Clarisse, la présidente d'AGS, pour l'aide apportée pour la publication du billet, qu'elle soit remerciée encore une fois.

03 janvier 2013

Vers un renouveau des moyens amphibies ? -1/2


Lycéen intéressé depuis toujours par les questions militaires, Frost a eu un jour l’occasion de commenter un article du Marquis de Seignelay (Le Fauteuil de Colbert) sur la logistique navale ; ce billet en deux parties est le développement de sa réflexion à partir de cette idée.

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, les Alliés débarquaient sur les plages de Normandie. La flotte qui permit de réaliser ce qui fut et est toujours considéré comme la plus grande opération amphibie de tous les temps comportait 6939 navires, dont 4126 navires de transport et 1600 navires de soutien.

Si aujourd’hui les grands débarquements de ce type ne sont plus à l’ordre du jour, la composante amphibie d’une marine est toujours considérée comme un important vecteur de force, à l’image du groupe aéronaval. De ce point de vue-là, la France dispose de capacités confortables avec les BPC Mistral, Tonnerre et Dixmude et dans une moindre mesure le TCD Siroco. Je dis dans une moindre mesure, car si ses capacités d’emport en véhicules sont supérieures (il embarque près d’une centaine de véhicules dont une vingtaine de chars lourds contre près de soixante véhicules et treize AMX-Leclerc pour le Mistral et ses sister-ships) et ce malgré un tonnage inférieur de moitié, le Mistral est bien mieux pourvu au niveau aéronautique (capacité d’accueil de 16 hélicoptères et 6 spots de décollage, contre 4 spots et un hangar pour 4 hélicoptères sur le Siroco), ainsi que pour les fonctions de commandement et de centre de soins.

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/pc_mistral-copie.jpg
© Ministère de la Défense. Le PC du Mistral.

Cependant, on peut s’interroger sur la pertinence pour la Marine Nationale d’avoir un 4e BPC (le Livre Blanc de 2008 dit la chose suivante: « En outre, elle [la Marine] renforcera ses moyens de déploiement naval et d’action amphibie à l’occasion du renouvellement des bâtiments, en se dotant de quatre bâtiments de projection et de commandement »). Pourquoi donc ? Plusieurs raisons à cela : • un 4e BPC n’apporterait aucun avantage significatif au niveau de la projection. Par exemple, est-il utile de disposer de 4 centres de commandement, gâchant ainsi 850 mètres carrés qui seraient mieux employés à transporter plus de troupes ou plus de matériels ?

• les installations aéronautiques paraissent elles aussi un peu surdimensionnées, en regard du nombre d’appareils de L’ALAT. Si 3 BPC étaient utilisés au maximum de leurs capacités aéronautiques, ils monopoliseraient plus du tiers du parc de NH-90 et plus du quart du parc de Tigres (si l’on excepte les éventuelles réductions de commandes ou mises sous cocon)

• toujours dans cette optique de comparaison avec un TCD, les deux navires ont la même capacité d’emport de troupes (de 450 à 500 hommes), même si le Siroco est moitié moins volumineux. Ne vaudrait donc-t-il pas mieux réduire un peu certaines capacités propres au BPC, pour concevoir un navire plus polyvalent (en fait la fusion des TCD et des BPC) ?

Un autre format possible

C’est bien la pensée de Benoist Bihan, rédacteur de la revue Histoire et Stratégie, qui, dans le DSI hors-série sur la maritimisation, disait : « la densification des capacités amphibies [...]: une structure à 3 BPC plus 3 « BPC moins » délaissant Hôpital et PC pour une capacité d’emport en troupes et matériels supplémentaire, destinés à opérer en binôme avec les premiers, serait à terme sans doute plus performante qu’une structure à 4 BPC ».

Il s’agit de sacrifier les capacités n’ayant pas besoin d’être doubles au sein d’une même escadre (Poste de Commandement et Hôpital) ou celles qui, au vu de la situation de l’armée de Terre, paraissent inutiles (l’emport en hélicoptères), au profit d’autres capacités plus ou moins abandonnées avec le retrait des TCD (une plus forte quantité de véhicules et de troupes qui, pour l’instant, demeurent assez nombreux dans la Grande Muette).

Cependant cette proposition n’est à mon sens pas exempte de défauts : par exemple, le dernier DSI insiste lourdement sur la réduction des effectifs de l’armée de terre. Il faudrait donc peut-être réduire le volume de troupes embarquées au profit d’un meilleur soutien pour ces dernières (échanger de l’espace pour du temps, soit réduire les effectifs pour les amener à durer dans le temps). Ce sera l’objet d’un prochain point.

La proposition de Benoist Bihan basée sur 3 BPC-moins ou encore 3 TCD NG (Nouvelle Génération) opérant en binôme avec les 3 BPC classiques permettrait donc de former 3 groupes amphibies. Cette proposition est intéressante car elle rassemble de grandes unités amphibies qui se soutiennent mutuellement (on retrouve bien ici la sempiternelle expression «le tout est plus que la somme des parties»).

Trop de porte-hélicoptères et pas assez de bâtiments de débarquement ?

Si l’on compare nos capacités avec celles d’autres pays européens :
• la Grande-Bretagne dispose d’un LPH (Porte-Hélicoptère d’Assaut) l’HMS Ocean, qui serait l’équivalent de nos BPC, et de 5 LPD (Transport de Chalands de Débarquement) 2 classe Albion et 3 classe Bay, tous plus grands que leurs équivalents français de classe Foudre ;
• l’Italie a, en plus de son navire amiral le Cavour (LHA : Porte Hélicoptère d’Assaut apte à la mise en œuvre d’appareils STOVL), 3 LST (Bâtiments de Débarquement de Chars) moitié moins grands que le Siroco ;
• l’Espagne possède elle aussi un LHA : le Juan Carlos et 2 Transport de Chalands de Débarquement de taille similaire aux LPD français.

On voit donc bien que le «tout LHD» n’a été adopté par aucun pays européen. C’est une chose logique, car la doctrine classique en matière de guerre amphibie est d’avoir un navire doté d’un pont plat (porte-avion, LHA, ou LHD) qui soit apte à la mise en œuvre d’aéronefs ou d’hélicoptères de combat. Son rôle est de soutenir le débarquement, en étant à la fois PC, hôpital et appui-feu.

Les autres bâtiments (l’escorte mise à part) sont des LPD, des LSD ou des LST. Ils sont les clefs de voûte de l’opération, en concentrant hommes et matériels. La structure française apparaît donc déséquilibrée. La presse spécialisée ne s’y trompe pas : DSI soulignait récemment que « LSD et LPD sont les compléments indispensables aux porte-hélicoptères amphibies, une leçon que plusieurs marines européennes négligent ».

Avons-nous donc raison seuls contre tous ?

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/expeditionary_strike_group.jpg
© Global Security.
Expeditionary Strike Group 3
, une des Marine Expeditionary Unit.

L’exemple en la matière est américain, ci-dessus un Marine Expeditionary Unit (Groupe amphibie américain) typique : un LHD classe Wasp, un LSD classe Harpers Ferry et un LPD classe Austin. Les Américains disposent d’un outil efficace et bien rodé. Certes, il y a une différence notable au niveau du budget et les LHD sont sans doute le meilleur compromis pour une marine ne pouvant se payer qu’un type de bâtiment. Ils permettent à la France d’être un des pays les plus capables en termes de capacités amphibies, un peu comme l’aéronavale où les Français restent parmi les meilleurs au monde (en fait deuxièmes derrière l’US Navy). Toutefois, l’absence de LPD/LST déséquilibre les capacités de projection françaises.

Un possible recoupement avec la flotte logistique ?

Un groupe amphibie a des besoins logistiques et est donc traditionnellement constitué de bâtiments d’escorte, du ou des navires principaux mais aussi de navires de soutien. Les seuls navires de soutien encore utilisés par la Marine Nationale de nos jours sont les pétroliers ravitailleurs de classe Durance, mis en service entre 1980 et 1990. Leur remplacement est actuellement engagé et le favori pour ce programme est le concept BRAVE de DCNS. D’après le site Mer et Marine, « les futurs navires français doivent non seulement remplacer le PR et les BCR, mais également compenser le désarmement, en 2009, du bâtiment de soutien mobile Loire et du bâtiment atelier Jules Verne. Le nouveau BL devra donc être à même de disposer de locaux aptes à effectuer des réparations.»

Mais de nombreux autres bâtiments de soutien étaient encore usités il y a peu par la Marine :
Le Rhin, le Rhône, la Rance, la Garonne et la Loire précédemment citée. Ces cinq navires forment les Bâtiments de Soutien Mobile (BSM).

C’est donc bien une perte de capacité car les 4 BRAVE devront remplacer les 4 pétroliers ravitailleurs classe Durance (5 construits mais le plus ancien cédé à la marine chilienne), le Bâtiment-Atelier Jules Verne et les 5 BSM. La France n’aura donc plus d’ateliers hauturiers dédiés (les Américains en ont même pour leurs SSGN). Certes les BRAVE seront polyvalents, auront une meilleure disponibilité et seront plus gros, ce qui permettra de loger plus de personnels et d’équipements, mais il n‘auront sûrement pas le don d’ubiquité (on parle quand même de remplacer 11 navires par 4).

Si on se base sur une disponibilité de 66%, on a en permanence à la mer 2 BPC ; 2,6 BRAVE ; 0,6 PA et 0,6 TCD. Soit à peu près 2,5 navires de soutien pour 3 groupes (amphibies ou aéronavals) potentiels. Et ce sans compter que, parfois, les BCR (Bâtiments de Commandement et de Ravitaillement) sont utilisés seuls (la Marne était la participation française avec la frégate Aconit à l’opération européenne Atalante). On peut bien sûr regrouper des navires (2 BPC ou 1 TCD et 1 BPC par exemple), mais ce n’est pas la solution optimale en matière de souplesse d’utilisation.

Par contre, s’il était possible de regrouper les fonctions de navire atelier, de navire ravitailleur et de TCD auxiliaire en un seul bâtiment, il fournirait un soutien très appréciable au groupe amphibie de par ses capacités logistiques, tout en étant un multiplicateur de force au niveau de la projection. Dans une configuration en solitaire, ses ateliers et entrepôts permettraient à un ou deux SGTIA de durer à la mer, les moyens de débarquement/aéroportés permettant d’apporter les consommables nécessaires à la mission (soutenir deux SGTIA prépositionnés dans le Golfe de Guinée dans le cadre de la mission Corymbe, par exemple).

La Marine garderait des ravitailleurs «classiques» (comme le BRAVE) pour le soutien du ou des GAN et commanderait des bâtiments logistiques/de projection destinés à opérer en binôme avec les 3 BPC.

Enfin, la construction rapide de ces trois ou quatre navires, de surcroît reprenant la base éprouvée du BPC, pourrait sans doute raisonnablement se faire avec les fonds prévus pour le BPC 4 et un ou deux BRAVE (avec donc des économies d’échelle à la clef).

La question de l’escorte

Les BPC sont traditionnellement accompagnés d’une frégate, souvent de classe Georges Leygues.

Or le nouveau groupe amphibie comprend deux vecteurs de force. Vu l’absence totale d’autoprotection des BPC, leur construction aux normes civiles et la quantité de matériels coûteux qu’ils transportent, on peut supposer qu’une seule frégate ne suffira pas à la protection de tout le groupe.

Il est de notoriété publique que le nombre et l’équipement des frégates de la Marine Nationale sont insuffisantes au vu des missions qui leurs sont allouées. Le format prévu pour 2020 consiste en effet en :
– deux frégates de défense aérienne classe Horizon
– deux frégates anti-aériennes de classe Cassard, remplacées plus tard par deux FREDA
– neuf frégates de lutte anti-sous-marine de classe Tourville et Georges Leygues remplacées progressivement par les FREMM ASM.
– cinq frégates furtives de classe La Fayette.

Tous ces bâtiments doivent assurer des missions aussi diverses et nombreuses que la protection de la FOST, des groupes aéronavals, amphibies et de guerre des mines, la patrouille dans la ZEE ou encore la représentation à l’étranger et ce, sans compter les périodes d’entretien et de modernisation. Si le programme NCF comprend un volet sous-marin classique, on pourra peut-être se permettre de ne plus baser que trois frégates (donc deux en permanence) ASM à Brest. Il en faut 4 pour la protection des GAN, il nous en reste donc deux.

De plus, si les futurs PA2 et 3 sont équipés d’Aster 15 comme le CDG, les deux Horizons pourraient suffire pour les groupes aéronavals. Il resterait là aussi deux FREDA. L’idéal serait peut-être de commander une frégate ASM et une FREDA supplémentaires pour pouvoir en poster une par groupe amphibie. Si, en plus, les FREDA sont aptes à la lutte antibalistique, on pourrait distinguer deux échelons de protection : le premier en temps de paix avec seulement la frégate ASM (les FREDA sont alors utilisées en tant que piquet antibalistique dans le cadre du bouclier anti-missiles européen) ; le second en temps de guerre, où cette dernière vient renforcer le groupe amphibie en lui procurant une protection antiaérienne supplémentaire.

http://alliancegeostrategique.org/wp-content/uploads/2013/01/FREMM_ER.jpgLa FREMM ER – crédits : DCNS.

Le cas du TCD Siroco

Celui-ci serai plutôt basé à Djibouti où, après quelques transformations, il serait utilisé en Bâtiment-Base de la Flotte de l’Océan Indien, avec pourquoi pas, entre une et trois frégates La Fayette pour servir d’escorte. Les quelques transformations seraient par exemple une réduction du radier, l’installation de réservoirs de carburant et de portiques de ravitaillement pour donner des capacités additionnelles de support logistique. Il y aurait également, parmi les transformations, l’installation d’un Poste de Commandement identique à celui des BPC à l’exemple de l’USS Ponce.


3 ou 4 exemplaires de ce navire, associés aux 3 BPC, permettraient de former autant de groupes amphibies autonomes sur le plan logistique.
Avec les deux pétroliers-ravitailleurs classiques type BRAVE, ils permettraient de remplacer les 4 pétroliers-ravitailleurs classe Durance, le 4e BPC et le Bâtiment-Atelier Jules Verne.
(partie 1/2 – à suivre)

Le Fauteuil de Colbert tient à remercier Frost de nous faire part de sa réflexion et est bien content de le voir publier ici, mais surtout sur le portail de  l'Alliance Géostratégique. Mais également, je remercie vivement Clarisse, la présidente d'AGS, pour l'aide apportée pour la publication du billet, qu'elle soit remerciée encore une fois.

29 décembre 2012

Un nouveau triptyque pour l'Archipel et l'action de la France ?


http://tinyurl.com/cxfbyvj


Accepter la géographie de son pays n'est pas une chose si aisée. Bien des personnes se complaisent à croire que la France est un hexagone. D'autres répondent que les « territoires français d'Europe » forment, effectivement, une telle figure géométrique à six côtés. Mais, poussant plus loin le regard sur la carte, ils ne peuvent s'empêcher de montrer que la France est un Archipel présent sur tous les océans ou presque (manque l'Arctique), sur tous les continents ou presque (manque l'Asie). Le barycentre de cette construction politique (et même démocratique car bien des îles ont voté une fois, voire deux fois, leur rattachement à la France) serait l'île de la Réunion.

Nôtre construction géographique nationale, qui s'est donc faite aussi bien par le sang et les larmes que par la bulletin de vote, est donc un Archipel entouré par maints océans et maintes mers. Qui plus est, notre assise principale se situe sur un continent, l'Europe (même si notre plus longue frontière terrestre est en Amérique du Sud). Bien des soubresauts ont fait que la construction de cet archipel dépendait de la préservation du socle français en Europe des invasions, des menaces et surtout de l'encerclement. La menace des Habsbourg se matérialisera à nouveau à l'issue de la Bataille de France de 1940 quand l'Allemagne avait envahi la moitié Nord du pays, l'Italie tentait d'entrer par les Alpes et Espagne et Angleterre nous étaient hostiles pour diverses raisons. La seconde guerre mondiale une fois achevée, et la Guerre froide révolue, une première historique se produisit : grâce à la paix, grâce à la construction européenne, gage de paix, la France s'est construite une insularisation artificielle en Europe. A la manière des longs murs de l'Antique Athènes, l'Archipel France a achevé d'être entièrement maritime quand la menace continentale européenne a disparu à la chute du Mur de Berlin.

Cette construction géographique suppose une défense. Là, c'est une exigence constitutionnelle1. Héritage des dynasties royales qui ont gouverné la France, la Révolution n'a en rien enlevé au chef d'Etat républicain la responsabilité, plus que de défendre les intérêts de la France et des français, le soin de préserver l'intégrité territoriale du royaume, puis de la République. Cette dernière est une et indivisible.
Et pour Défendre la France, Paris a à sa disposition plusieurs forces armées :
  • la Gendarmerie nationale2 (huit siècles d'histoire),
  • l'Armée (de Terre, dont l'histoire remonte à la levée d'une armée royale permanente sous Charles VII au XVe siècle),
  • la Marine nationale (remontant à Richelieu (XVIe siècle, ou à moins qu'il ne faille remonter au XIVe siècle et la Guerre de Cent ans),
  • l'Armée de l'Air (1934).
Ces quatre forces armées principales se sont organisées de diverses manières au cours de l'Histoire afin de préserver tout ce qui était Franc, puis France.

A l'heure actuelle, et donc depuis la chute du Mur de Berlin, il s'agit d'articuler ces forces pour ne plus se défendre contre une invasion continentale, mais bien pour porter le glaive là où la menace apparaît. En effet, si les dangers ne sont plus aux frontières, ils n'ont pas pour autant disparus. Qui plus est, il s'offre alors deux choix :
  • soit se replier géographiquement sur l'Archipel ou, pire, sur les seuls territoires français d'Europe,
  • soit de s'attaquer au centre de gravité des crises qui apparaissent pour éviter qu'elles dégénèrent, voire de les étouffer.
Après trois livres blancs (1972, 1994 et 2008), et bientôt un quatrième (2013), et une pratique de l'usage de la force assidue depuis 1945, il apparaît clairement que la défense en avant est un choix constant en France. Qui plus est, il s'est mêlé depuis 1945 les guerres de décolonisation avec celles, plus ou moins officielles, plus ou moins clandestines, destinées à la protection de nos intérêts de part le monde (non pas que les guerres de décolonisation ne concernaient pas nos intérêts). Dans cette perspective, il y avait un triptyque qui était utilisé :
  • la diplomatie de défense (initiée par la signature des accords et partenariats de défense avec nombre d'anciennes colonies africaines).
  • le prépositionnement des forces de par les colonies,
  • le positionnement d'un contingent lors d'un conflit déclaré.

Bien entendu, cette disposition ne plus durer : les colonies ne sont plus et le prépositionnement des forces a été revu à la baisse, souvent plus par raisons budgétaires que par choix. La réduction de notre voilure territoriale en Afrique n'est pas sans conséquence sur nos modes d'actions. Par exemple, l'entretien du 2e Corps d'Armée en Allemange (force de réserve de l'OTAN) se produit peu de temps après la fin de presque toutes les indépendances de nos colonies. Les moyens qui lui étaient adjoints pour assurer son action étaient adaptés à une action centre-européenne. En plus, en France, les processus militaire, économique et politique font que le matériel choisit l'est pour toutes les unités, souvent. Un décalage est apparu et s'est alors élargi au fur et à mesure des décolonisations et de la réduction de voilure en matière de prépositionnement. La profondeur d'action allouée au 2e Corps d'Armée, ce n'est pas la même échelle que la projection ou le déplacement d'unités en Afrique. Si bien que de 1962 à 1978, la mobilité de nos forces ne fera que se confronter à des bases de moins en moins nombreuses pour une allonge presque inchangée en matière de projection aérienne, entre autre exemple. Un appareil comme le Transall est d'une utilité certaine pendant l'opération Manta (1983-1984) au Tchad :
  • pour relier l'aéroport de Ndjamena aux forces déployés,
  • mais certainement pas pour relier cet aéroport à la métropole où il faudra faire appelle aux gros porteurs des compagnies sous pavillon national et étrangers.

Il manquait là un avion de charge au rayon d'action stratégique. Tout comme la détention pendant ce conflit par les forces françaises envoyées au Tchad de missiles balistiques de courte portée à charge conventionnelle (système Pluton), aurait été une menace à prendre en compte par Tripoli contre ses bases aériennes (du contournement de la puissance aérienne) et concentrations de forces (le pouvoir libyen soutenait alors les forces adverses).

http://i34.servimg.com/u/f34/11/14/78/36/nbc_pl11.jpg
© Inconnu.

C'est justement dans cette problématique que nous trouvons l'Archipel France : il y a la nécessité absolue (à moins de violer la Constitution) de préserver l'intégrité du territoire national. La Guerre des Malouines nous donne une démonstration effroyable de ce que cela signifie :
  • quand l'archipel britannique de l'Atlantique Sud était envahi à la « surprise » générale,
  • la Prime minister craignait une action espagnole contre Gibraltar.
Plus généralement, en dehors de ce « devoir premier de l'Etat » comme disait le général De Gaulle, il y a nécessité de préserver les îlots d'intérêts français de par le monde.

De tout cela, il découle que la défense l'Archipel France suppose que :

Les unités de ces forces armées sont dispersées à travers l'Archipel France. Il s'agit donc de parvenir, pour agir, à résoudre le problème de la concentration qui agite les stratèges depuis Sun Tzu ou Sun Bim jusqu'aux penseurs contemporains (soit 2500 ans de réflexions). L'économie des forces de Foch nous enseigne une leçon bien utile à la plasticité qui est exigée par la stratégie de l'action (général Beauffre) menée depuis un Archipel :

« Le principe de l'économie des forces, c'est au contraire l'art de déverser toutes ses ressources à un certain moment sur un point ; d'y appliquer toutes ses troupes, et pour que la chose soit possible, de les faire toujours communiquer entre elles, au lieu de les compartimenter et de les affecter à une destination fixe et invariable. Puis, un résultat obtenu, de 1es faire de nouveau converger et agir contre un nouveau but unique ».

C'est pourquoi, au final, il faut pour défendre l'Archipel France un front mêlé de vaisseaux, d'aéronefs et de régiments, dispersés à travers tous les territoires de France. Lorsqu'une crise survient, ils doivent pouvoir, à partir de leurs structures d'actions et de forces, pouvoir concentrer le volume de forces et de feu à l'épicentre de la crise. Cet exercice exigeant, car d'ampleur mondial, appelle donc à un nouveau triptyque :
  • diplomatie de défense,
  • prépositionnement « fixe » des forces, soit les bases sur le territoire national (qui peut se trouver à la jonction de la préservation de nos frontières et de nos intérêts à l'étranger) et celles entretenues à l'étranger,
  • le prépositionnement « dynamique des forces ».

La diplomatie de Défense permet d'entretenir des forces étrangères à des volumes et niveaux qui doivent nous permettre, indirectement par un allié, dissuader toutes tentations de déstabiliser un état de fait qui nous est favorable. C'est un ensemble de travaux qui a été le fait des unités de l'action clandestine pendant un temps. Puis, ce sont les forces spéciales qui ont héritées de ce type de missions5. Mais, les hommes de l'action clandestine comme ceux des actions spéciales font face à des tâches qui dépassent leur maigre volume de forces car unités d'élites. C'est pourquoi il serait plus judicieux, selon la pensée des auteurs d'un rapport fait pour l'IRSEM sur la formation des forces armées étrangères6, de confier ces formations à des unités conventionnelles. Celles-ci, détentrices de savoir-faire très spécifiques (du parachutage des forces à l'action amphibie) auront le volume nécessaire pour le faire (et ainsi décharger les unités aux missions très spécifiques précitées). Les unités conventionnelles bénéficieront de retours d'expériences et de la possibilité à démultiplier leur forme de forces grâce à cette capacité à s'injecter dans une armée alliée (là où les coalitions de circonstance sont d'une solidité toute relative).

Le prépositionnement fixe de nos forces permet de raccourcir, par leur déconcentration, les délais pour les mettre en œuvre. Cela nécessite un savant maillage de nos bases, les matériels nécessaires pour les relier entre elles (d'où le passage du Transall à l'A400M) et suffisamment d'hommes et de femmes pour armer ces points. Le dosage est particulièrement exigeant puisqu'il faut pouvoir dégarnir ponctuellement plusieurs bases pour en renforcer une ou créer un point d'action. C'est ce qui se passe pour, avec une grande réactivité, constituer une force française de manœuvre en République Centrafricaine.
Généralement, la concentration réactive des forces prépositonnées passent par l'assaut vertical.

http://www.meretmarine.com/objets/500/33905.jpg
L'avenir des forces amphibies est-il à la constitution de groupes constitués autour d'un BPC et d'une unité navale mêlant capacités amphibies et logistiques, à l'instar du Karel Doorman néerlandais ?

Le prépositionnement dynamique des forces est une chose nouvelle. Il s'agit d'utiliser des groupes navals de la Marine, non pas pour constituer une ceinture dynamique de « forts mobiles » pour préserver nos frontières, mais bien pour créer de véritables bases flottantes donc mobiles servant à la projection de forces. Ce n'est ni plus ni moins qu'une base, mais qui est capable de se mouvoir d'un point à l'autre du globe. Cette souplesse permise par la mer sert aussi bien à renforcer le dispositif de bases ou à combler un manque que, et c'est tout aussi important, de s'affranchir des contraintes imposées par l'adversaire. C'est tout l'intérêt du groupe aéronaval, par exemple, mais aussi de l'action du Tonnerre pendant la crise ivoirienne. Le navire amphibie permettait d'entretenir des forces aéromobiles en mer dont l'action ne pouvait être entravée par les institutions ivoiriennes, comme celles de la Force Licorne.
Si le temps de la mer est long, la possibilité de positionner ces forces au large de la crise permet donc de raccourcir le délai d'intervention. L'assaut peut être autant horizontal (opération amphibie) que vertical (offensive aéromobile via les hélicoptères de manœuvre (d'où les craintes liées aux déficits en la matière).
La maîtrise de ces opérations nécessitent un tel savoir-faire qu'il existe un corps dédié à l'amphibie aux Etats-Unis par exemple : l'US Marines Corps. Des voix se font entendre pour proposer une réforme des Troupes de Marines afin d'aller dans ce sens.

La concentration des forces dans l'Archipel exige donc cette plasticité pour détendre nos unités aux endroits judicieux pour préserver le territoire national et nos intérêts jusqu'au moment où il faut tendre le dispositif vers un point de concentration.
La Marine tient une place particulière puisqu'elle trouve dans ce dispositif son rôle historique de préservation des voies de communication (navales mais aussi aériennes, spatiales et cybernétiques), mais avec l'Armée de l'Air, elle partage les missions de projections de puissance et de forces vers la Terre. Si la puissance navale peut aider à forcer obtenir la décision en réduisant la liberté de manœuvre de l'adversaire ou en le tournant, ce sont bien les forces terrestres qui vont la chercher, cette décision, à terre.



1 "La Marine nationale, première force armée garante de l'intégrité territoriale de la France", le Fauteuil de Colbert, 30 août 2012.
2 "Archipel France : action combinée entre Marine et Gendarmerie", Pas d'argent, pas de Suisses pour le Fauteuil de Colbert, 13 décembre 2012.
3 " La question de la base française au Niger cache-t-elle celle de l'avenir de l'Armée de Terre ?", le Fauteuil de Colbert, 1er août 2012.
4 "L’insécurité peut-elle ruiner l’essor des outre-mer ?", une tribune du CE Romain Champenois", Lignes de Défense, 14 décembre 2012. 
5 " La France et les opérations spéciales", Eric Dénécé et Nicolas Warney, ISC.
6 " Réinventer notre diplomatie de Défense – Faire autrement pour faire faire", Georges-Henri Bricet des Vallons & Nicolas Mazzucchi, Alliance Géostratégique.