Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





23 avril 2026

« FDI 48 VLS », saisir une opportunité matérielle pour satisfaire un besoin stratégique

© Kostas SARIKAS, « Φρεγάτες FDI: Eκτοξευτές SylverA50 με Αster 30 σε όλα τα πλοία και στο βάθοςοι στρατηγικοί πύραυλοι ELSA », On Alert, 07 octobre 2025.

     La possibilité de faire évoluer la « définition matérielle » de la Frégate de Défense et d'Intervention (FDI) en sa version Marine nationale (MN) afin de porter le nombre de lanceurs du Système de Lancement Vertical (SLV) de quatre à six est apparue lors de la campagne menée en Suède, dans le cadre du programme Ytstridsfartyg 2030 (YSF 2030). Cette évolution architecturale peut répondre à un besoin stratégique français d'augmenter le volume de la salve des bâtiments de surface et des groupes navals ponctuels et constitués, tant pour la « défense aérienne élargie » que pour la frappe dans la profondeur. Et offrir de nouveaux arguments, au bénéfice de la FDI, devant des marines où elle a été immédiatement – mais poliment – rejetée.

     L'annexion de l'oblast ukrainien de Crimée par la Fédération de Russie voyait en Suède un consensus s'établir pour la qualifier de plus grand défi depuis 25 ans pour l'architecture de sécurité européenne et la sécurité mondiale. Et l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, eu notamment pour conséquence majeure de provoquer le débat quant à l'adhésion à l'Alliance atlantique qui fût rapidement suivi du lancement de la procédure d'adhésion (11 avril 2022 - 07 mars 2024) au traité de Washington (1949).

Et cette adhésion provoquait un réalignement capacitaire suédois, par exemple, au prisme de l'Integrated Air-and-Missile Defense system (IAMD) ayant bousculé les fondamentaux du programme Ytstridsfartyg 2030 (YSF 2030). En effet, la Försvarets materielverk (FMV) et la Svenska Marinen redéfinissaient manifestement le besoin militaire exprimé dans l'YSF 2030 car la future « corvette » seront spécialisées dans la lutte anti-aérienne avec des missiles anti-aériens devant avoir des capacités similaires aux « missiles Patriot »1 et opérer un hélicoptère de lutte anti-sous-marine embarqué. La « poutre-navire » initialement considérée, c'est-à-dire la Visby Generation 2 ou Visby G2, était abandonnée au profit de l'ArrowHead 120 (AH120) par l'accord de coopération stratégique signé entre SAAB et Babcock, signé le 12 septembre 2023.

     Il était apparu l’existence de discussions franco-suédoises relatives à la FDI dès le 07 avril 20252 et dont le périmètre était le programme YSF 20303, ce qui fût officiellement confirmé plus tard, le 07 juillet 2025, par la FMV qui révélait avoir mis à l’étude des « alternatives » ou une « procédure alternative » dans l'acquisition de nouveaux bâtiments de surface. La nouvelle « compétition » qui n'en porte pas le nom comprend désormais Naval group (FDI, possiblement dans une adaptation au besoin suédois) et Navantia (Alfa 4000). La mise en concurrence de SAAB-Babcock avec la FDI de Naval group peut être interprétée comme devant satisfaire au « momentum » diplomatique franco-suédois depuis la signature d’un partenariat stratégique le 30 janvier 2024, en équilibrant les acquisitions françaises en Suède – dont l’emblématique GlobalEye – par une volonté française de bénéficier de contre-parties navales.

     C’est dans ce cadre précis que les échanges entre Naval group et la Försvarets materielverk (FMV) faisaient apparaître certaines demandes suédoises, notamment dans le renforcement du volume de la salve de missiles anti-aériens. Il a été exploré les possibilités d’aller au-delà des possibilités alors permises par un Système de Lancement Vertical (SLV) composé de quatre lanceurs octuples SYLVER A50. Au moins deux solutions sont apparues dans ces échanges :

  • porter le nombre de SYLVER de quatre à six ;

  • mise à l’étude d’un « cold launcher »4 par Naval group devant être disponible en 2030 et manifestement inspiré par l’ExL de Lockheed Martin.

     La première solution, évoquée comme étant la « FDI 48 VLS » consiste, selon différentes sources proches du dossier et des discussions franco-suédoises, dans une modification (« reengineering ») partielle de la partie avant nécessitant soit d’allonger l’étrave, soit reculé le fronton du bloc passerelle ; obligeant dans le cas à modifier les équilibres des masses, rendant l’exercice difficile pour aboutir au résultat escompté sans modifier les centres de gravité et de carène. Mais tous s’accorde à dire que c’est techniquement réalisable. Il n’a pas été précisé comment serait disposé les six lanceurs octuples SYLVER. L’allongement considéré suggère, nous semble-t-il, trois rangées de deux plutôt que deux rangées de trois, probablement en raison de l’étroitesse de la partie avant.

     L’insertion de la « section modulaire » (+ ~09,00 mètres), allongeant la poutre-navire de 121,6 à ~130 mètres depuis son milieu, est pourtant la solution la plus aisé en architecture navale. Et permettrai d’intégrer deux à quatre lanceurs octuples SYLVER supplémentaires, ouvrant la perspective d’un Système de Lancement Vertical (SLV) allant de six (48 « armes longues ») à huit lanceurs octuples (64). Il faut et il suffit de prévoir leur intégration dès la conception de la « section modulaire » et de vérifier que les différents écarts (poids, etc) n’engendrent pas de difficultés supplémentaires.

Il pourrait être nécessaire d’augmenter à la marge la puissance nécessaire pour soutenir la vitesse maximale (27 nœuds « fond »). Mais les FDI sont tellement courtes qu’une augmentation de la longueur pourrait ne pas dégrader le comportement hydrodynamique et même améliorer le rendement propulsif. Et ce serait l’unique occasion d’augmenter une autonomie à la mer beaucoup trop basse.

     Il n’a pas été possible de comprendre pourquoi, en revanche, pour parvenir au résultat escompté la solution la plus simple sur le plan architectural et la moins onéreuse n’ait pas été considérée. Le programme YSF 2030 semble être corseté, au point que Babcock ait eu à proposer l’AH120 en Suède alors que cette poutre-navire avait été écartée au Royaume-Uni du programme General Purpose Frigate (GPFF) ou Type 31 (2017-18) pour être remplacée par l’AH140. Serait-ce en raison de la taille des bassins ? D’un tirant d’eau à ne pas dépasser pour serrer au maximum les côtes suédoises ? D’une fiche-programme ne pouvant être modifiée sans faire tomber toute la procédure ?

     La « FDI 48 VLS » ne peut demeurer être un objet ayant servi seulement à répondre aux demandes suédoises pour être remisées au placard. L’actuelle salve des frégates de premier rang des programmes FREMM et FDI, et donc à l’exclusion du cas particulier du programme Horizon, a été bâtie par un ensemble de réflexions et d’études. Il s’agissait alors de concevoir un Système de Lancement Vertical (SLV) permettant notamment d’intercepter une salve de missiles anti-navires jusque dans les hypothèses d’engagement les plus exigeantes puis de permettre une salve de missiles de croisière depuis l’abandon de la FREMM AVT (2008). L’ambition initiale était alors de transférer cette configuration de la salve du SLV (soit 16 ASTER 15/30 + 16 MdCN) des FREMM aux FDI.

L’évolution de la conflictualité a vu l’émergence des arsenaux comprenant un fort volume de munitions dites « aérobalistiques » qui ne sont pas l’apanage des pays les plus industrialisés. Au contraire car même la République islamique d’Iran dont l’économie nationale est contrainte par un ensemble de régimes de sanctions internationales depuis 1979 est parvenu à un certain état de l’art en matière de portée, de précision et même dans la faculté à concevoir une version anti-navire, supposant des qualités manœuvrières et de ciblage autonome de la cible. Capacité opérationnelle pouvant être transposé à un groupe armé non-étatique comme le mouvement Houthi.

Il s’agit rien de moins que d’une ré-invention de la diffusion du missile anti-navire subsonique à vol rasant des années 1970-1990 à des acteurs pouvant bénéficier d’un processus de ciblage au-delà de l’horizon grâce à des alliances diplomatiques. Sinon, il en coûtera l’impossibilité aux bâtiments de surface de naviguer dans certains théâtres maritimes sans que la France ait obtenu, au préalable, la « permission » ou bien que nous soyons asservis à tout acteur politique en capacité de contrôler un détroit par lequel transiterait une route maritime mondiale. Le degré d’imbrication de l’économie mondiale nous dispensant de nous interroger si cette route sert l’économie nationale ou une autre.

C’est pourquoi la salve initialement conçue ne peut tenir dans la durée sans recevoir un lot de missiles intercepteurs de munitions hypersoniques (types Hypersonic Glide Vehicle (HGV) et Hypersonic Cruise Missile (HCM) et balistiques (portée supérieure à 1 500 km). La difficulté étant que ne peut pas consister dans l’augmentation de l’enveloppe des ASTER 30 mais suppose des munitions d’interception spécialisées dans la « défense aérienne élargie »5 qui seront dérivées des travaux consentis dans le cadre de l’Hypersonic Defense Interceptor Study (HYDIS²) et du missile Aquila (MBDA) qui est supposément une « arme longue » (~07 mètres).

     In fine, il y a deux conséquences matérielles requérant des décisions politiques sur la période le LPM 2024-30. La première est la redéfinition de la salve de la « trame frégates », notamment vis-à-vis de la place devant être prise par la Marine nationale sur les sujets de la « défense aérienne élargie » et de la frappe dans la profondeur tant pour les besoins de l’action navale dans le cadre de la politique étrangère de la France que pour mettre en œuvre la « Dissuasion avancée », dans la mécanique d’une escalade stratégique pouvant nécessiter une participation d’unités navales. La deuxième est le sujet « SYLVER Mk2/NG » avançant à bas bruit en Grèce et en Italie. Autrement dit, le sujet du SYLVER A70 « universel », permettant d’ensiloter indifféremment des ASTER que des MdCN, sans oublier les futures « armes longues », à savoir le résultat d’ HYDIS²/Aquila et peut être celui du programme European Long-Range Strike Approach (ELSA) pouvant être notamment le MBT.

Les deux sujets matériels sont liés car il pas possible d’élargir la salve de la « trame frégates » à la « défense aérienne élargie » et de la frappe dans la profondeur sans SYLVER A70 pouvant ensiloter autre chose qu’un MdCN. C’est pourquoi les deux solutions évoquées, à savoir la « FDI 48 VLS » et la FDI allongée par la « section modulaire », sont les rares perspectives matérielles accessible au cadre budgétaire défini par l’actualisation de la LPM 2024-30. Solutions permettant de modifier la définition matérielle du Système de Lancement Vertical (SLV). Les FDI MN n°4 Amiral Nomy et FDI MN n°5 Amiral Cabanier – voire même la FDI n°3 Amiral Castex – devant être livrées en 2031 et 2032 peuvent voir leurs plans modifiées pour faire évoluer leur définition matérielle par l’une ou l’autre des deux solutions. Les FDI MN restantes pouvant être livrées à une marine étrangère.

     L’emploi de l’une ou l’autre des deux solutions, voire même leur emploi combiné sur une seule et même poutre-navire permettant de corriger deux, et peut être même trois, défauts majeurs de la FDI MN, à savoir l’autonomie à la mer, le nombre limité de lanceurs octuples SYLVER et le nombre de modules par panneau du radar SeaFire (12, au lieu des 20 du GF300 par exemple). Il en ressortirait une frégate qui n’aurait pas l’heur de déplaire aux pays s’étant vu proposer la FDI, notamment pour des missions dites de « défense aérienne élargie », qui l’avaient immédiatement rejetée, en particulier et à tout hasard : l’Arabie saoudite.

 

 

 

1 Astrid NYBLOM, « Försämrat säkerhetsläge stoppar utvecklingen av nya Visbykorvetter », Blekinge Läns Tidning, 15 février 2023, URL : https://www.blt.se/karlskrona/forsamrat-sakerhetslage-stoppar-utvecklingen-av-nya-visbykorvetter/, consulté le 15 décembre 2025.

2 Robin HÄGGBLOM, « Naval Group takes on the Nordic European countries », Naval News, 07 avril 2025, URL : https://www.navalnews.com/naval-news/2025/04/naval-group-takes-on-the-nordic-european-countries/, consulté le : 23 avril 2026.

3 Robin HÄGGBLOM, « Sweden looking at alternatives for Luleå-class heavy corvettes », Naval News, 04 juillet 2025, URL : https://www.navalnews.com/naval-news/2025/07/sweden-looking-at-alternatives-for-lulea-class-heavy-corvettes/, consulté le : 23 avril 2026.

4 Vincent GROIZELEAU, « La FDI pourra embarquer jusqu’à 48 CAMM en plus de 16 Aster, soit 64 missiles antiaériens », Mer et Marine, 12 décembre 2025, URL : https://www.meretmarine.com/fr/defense/la-fdi-pourra-embarquer-jusqu-a-48-camm-en-plus-de-16-aster-soit-64-missiles-antiaeriens, consulté le : 23 avril 2026.

5 Emmanuel MACRON, Discours du Président de la République sur la dissuasion nucléaire de la France, 02 mars 2026, URL : https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-26067-fr.pdf, consulté le : 23 avril 2026.

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