Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





14 mai 2026

Programme FDI : conséquences nationales d'un éventuel succès en Suède

© Naval group.

     Le contre-amiral Johan NORLÉN, Marinchef (MC) de la Svenska Marinen, aurait exprimé sa préférence pour la proposition industrielle soumise par Naval group, c'est-à-dire la « FDI MN » (Frégate de Défense et d'Intervention version Marine Nationale), en raison du calendrier proposé : le programme Ytstridsfartyg 2030 (YSF 2030) sollicitait deux livraisons sur les années 2029-30 puis deux autres sur les années 2034-35. Naval group proposerait une livraison dès 2028 puis probablement une deuxième dès 2029 grâce à des FDI MN construites pour la Marine nationale et donc cédées sur cale. Quelles conséquences pour la « trame frégates » ?

Karolina PALUTKO MACÉUS1 écrivait que « selon les informations recueillies par Afv, le chef d'état-major de la marine suédoise, Johan Norlén, privilégierait l'acquisition de frégates françaises »2. Cette préférence n'aurait pas été démentie. « Qui ne dit mot consent » selon une expression française. L'atout majeur de la proposition industrielle soumise par Naval group résiderait dans sa capacité à livrer dès 2028 par cession d'une FDI MN « quasiment prête, mais pas encore en service, que la Suède pourrait acquérir »3. Comparativement aux autres propositions, c'est une livraison pouvant être effectuée au minimum de deux années plus tôt que les propositions de Navantia (quatre unités livrées sur les années 2030-31) et de Babcock (début années 2030). Mais cela peut, aussi, accréditer l'idée que les arguments déployées par Navantia publiquement depuis janvier 2026, en particulier sur le calendrier de livraisons, ont porté car ayant obligé la proposition française à améliorer son avantage comparatif en dévoilant cette possible cession sur cale.

La « source » employée par Affärsvärlden met en exergue le besoin naval suédois, c'est-à-dire les missions OTAN en Mer Baltique et même dans l'océan Atlantique Nord. « Si la Suède veut avoir la moindre chance de mener à bien les missions pour lesquelles ces frégates sont destinées, elle doit commencer les travaux, idéalement au plus vite »4. Et de mettre en exergue que ces deux années gagnées permettront d'avancer leur introduction dans le service opérationnel suédois, notamment la formation des équipages.

Entre parenthèses, il y a matière à relever que la préférence prêtée au contre-amiral Johan NORLÉN, Marinchef (MC) de la Svenska Marinen est contenue dans le papier du 12 mai 2026. Par ailleurs, Babcock international était tenu légalement de publier des informations légales le 13 mai 2026, certaines faisant état d'une provision pour charges à hauteur de 161,1 millions€, au titre du programme Type 31 exécuté à coûts fixes et dont les sur-coûts sont à la seule charge de l'industriel. Cela résulte des constructions des HMS Venturer (lancement : 14 juin 2025) et HMS Active (lancement : 21 mars 2026) partiellement exécutées « in the wrong sequence »5, forçant à des reprises nombreuses. Un lien de corrélation n'est pas un lien de causalité mais notons que le papier d'Affärsvärlden était publié au meilleur moment possible pour souligner les difficultés de Babcock à livrer en temps et en heure.

Sur le plan politique, la Svenska Marinen deviendrait ainsi le deuxième protagoniste du programme Ytstridsfartyg 2030 (YSF 2030) en faveur de la proposition française.

La Försvarets MaterielVerk (FMV), c'est-à-dire la Procurement Agency du Ministère suédois de la Défense (Försvarsdepartementet), peut être regardée comme le premier acteur suédois favorable à la proposition française. En effet, la FMV est dépositaire du versant Défense du partenariat stratégique signé entre la Suède et la France le 30 janvier 2024. Et c'est cette administration qui introduisait la FDI dans le programme YSF 2030. Dans un premier temps, il était sous-entendu que la FMV entretenait des discussions relatives à la FDI, au plus tard, dès avril 20256, malgré un démenti du 08 avril 2024. Mais dès le 04 juillet 2025, l' « étude d’alternatives » à la proposition Babcock-SAAB était officiellement confirmée7.

Pour proposer l'investigation des conséquences sur la « trame frégates » de la Marine nationale du choix éventuel de Naval group par le gouvernement suédois, reprenons le papier de Karolina PALUTKO MACÉUS publié dans Affärsvärlden le 12 mai 2026. Il est effectivement question d'une cession sur cale d'une FDI MN « quasiment prête, mais pas encore en service, que la Suède pourrait acquérir »8. En l'état actuel du programme FDI, il ne peut s'agir que de la FDI n°2 Amiral Louzeau. La cérémonie de découpe de la première tôle était effectuée le 12 juillet 2023. La mise sur cale intervenait courant 2025. La mise à l'eau pourrait être exécutée courant mai ou juin 2026, dans l'optique d'une livraison début 2028 à la Marine nationale.

Nous pouvons déduire plusieurs choses de cette information livrée par l'Affärsvärlden. Il serait logique que la proposition française comprenne une deuxième cession sur cale, à savoir la FDI MN n°3 Amiral Castex. La cérémonie de découpe de la première tôle était effectuée le 04 octobre 2024. La mise sur cale interviendrait courant 2026. La mise à l'eau pourrait être exécutée courant 2026 ou 2027, dans l'optique d'une livraison entre 2029 et 2030 à la Marine nationale. Cette imprécision sur la date de livraison n'est pas le fruit de rationalités industrielles mais de la possibilité que cette frégate puisse justement être cédée sur cale afin d'accélérer un éventuel calendrier de livraisons9.

Autrement dit, la proposition française s'articule avec la possibilité offerte d'accélérer le calendrier du programme Ytstridsfartyg 2030 (YSF 2030) avec non plus deux livraisons sur les années 2029-30 mais bien sur les années 2028-29. Navantia proposait quatre livraisons sur les années 2030-31 (deux années chaque année). Est-ce que Naval group peut soutenir après 2029 la cadence de livraisons par la production d'unités de facture neuve ?

Naval group engageait, sur les années 2018-22, le plan « C20 – F30 » devant permettre à Naval group Lorient de parvenir à construire une corvette de type Gowind 2500 sous 20 mois et une frégate type FDI sous 30 mois, au lieu de respectivement 24 et 36 mois. Et il est à noter que l'optimum industriel est atteint quand deux FDI sont simultanément en construction à Lorient (ce que nous nommons : « cadence 2 »), permettant deux livraisons annuelles tous les 30 mois donc.

La FDI MN n°1 Amiral Ronarc'h était construite en 33 mois. Toutefois, il est à noter que le temps séparant la découpe de la première tôle du début des essais à la mer étant d'environ 59 mois. Les difficultés rencontrées paraissent ne pas faire de la tête-de-série un cas entièrement représentatif. Le délai de construction est tombé à, environ, 31 mois pour la FDI HN n°1 F-601 HS Kimon et FDI HN n°2 F-602 HS Nearchos et devrait s'établir à seulement 30 mois pour la FDI HN n°3 F-603 HS Formion.

En outre, une accélération (ramp-up) par la mise sur cale simultanée de trois FDI (nommé par nous « cadence 3 ») est prévu. Le bassin 2 de Lorient serait employé et des discussions avec ses sous-traitants furent tenues pour préparer la capacité à augmenter la production.

Pour revenir au cas suédois, Naval group est donc bien en capacité de livrer quatre FDI à la Suède, dont deux FDI MN sur les années 2028-29 puis deux autres unités à partir de 2029-30. C'est sur la deuxième partie du calendrier de livraisons proposé par Naval group à la Suède qu'il serait possible de discerner une confirmation de l'existence du « plan 2+2 » : c'est-à-dire la livraison accélérée de deux FDI MN afin de satisfaire le besoin opérationnel suédois puis d'un deuxième lot de production dont la définition matérielle devrait être adaptée à l'intégration de certains matériels suédois, à l'exemple des pièces d'artillerie de Marine de 57 mm L/70 Bofors (BAE Systems) et de 40 mm, les missiles anti-navires RBS-15, les torpilles 47 et des dispositions conservatoires pour le « cold launcher » de Naval group. Et peut-être même l'intégration du système de combat (CMS) « 9LV » de SAAB. C'est pourquoi le deuxième lot de production ne suivrait peut-être pas immédiatement le premier lot de frégates cédées sur cale, selon les délais nécessaires aux études devant permettre cette évolution de la définition matérielle.

Que résulte-t-il de ce qui précède sur la « trame frégates » de la Marine nationale ?

Les éventuelles cessions sur cale des FDI n°2 Amiral Louzeau et FDI MN n°3 Amiral Castex signifieraient que la la FDI n°1 Amiral Ronarc'h demeurerait la 11ième frégate de premier rang livrée (17 octobre 2025) et admise au service actif dans la Marine nationale (été 2026). Se pose alors la question, en cas d'acquisition suédoise des FDI MN n°2 et 3, d'une remise sur cale de nouvelles constructions et du calendrier de livraisons afférent pour la Marine nationale.

Aussi, nous n'explorons pas l'hypothèse des conséquences d'un nouveau succès subséquent de Naval group au Danemark car le programme de nouvelles frégates est regardé comme pouvant être partiellement lié au choix suédois mais rien d'automatique dans la configuration politique de celui-ci car il y a deux programmes effectivement considérées dont l'un de frégates de défense aérienne. C'est pourquoi il n'est pas explicitement abordé dans les développements suivants mais conservé à l'esprit, notamment pour l'hypothèse « cadence 3 » et de la FDI avec section modulaire.

En supputant un choix suédois « dans les prochaines semaines »10 selon l'Affärsvärlden, cela renverrait le choix d'un soumissionnaire, au plus tôt, à juin 2026. Le deuxième semestre de l'année 2026 serait consacré aux négociations contractuelles exclusives, dans l'optique d'une signature début 2027.

Il est alors à supposer que Paris pourrait décider d'enclencher la planification afférente à la situation, c'est-à-dire d'engager la construction de nouvelles coques de FDI destinées autant à la Suède (2) qu'à la Marine nationale (2 + 2) courant 2027, pour des livraisons devant s'étaler au maximum entre 2030 et 2033 s'il s'agissait d'étaler le plan de charge à raison d'une unité par année. En sachant que les FDI MN n°4 et n°5 dont la construction devait être engagée aux 1ier et 2ième semestre 2026, pour livraisons en 2030 et 2031, ne semble pas avoir reçu de commencement d'exécution. Ouvrant la possibilité d'une recomposition totale du plan de charge de Naval group Lorient sur les années 2026-33.

Il en résulterait alors une coupure nette quant aux livraisons de frégates de premier rang à la Marine nationale puisqu'aucune n'interviendrait depuis 2025 jusqu'à 2030, au plus tôt. Dans le cadre d'une reconstruction du plan de charge de Naval group Lorient, toujours au prisme d'un éventuel choix suédois en faveur de la FDI, l'une des rares possibilités de faire « glisser à gauche » les livraisons au bénéfice de la Marine nationale, c'est-à-dire consisterait dans le déclenchement de ce que nous avons baptisé la « cadence 3 ».

Toutefois, le contexte budgétaire français, c'est-à-dire l'examen du « Projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 », déposé le 08 avril 2026 et dont l'examen débutait le 12 avril à l'Assemblée nationale, au prisme des opérations extérieures menées depuis la Mer Méditerranée jusqu'à la péninsule arabique et donc l'océan Indien ayant générées un minimum de 1 000 M€ de dépenses supplémentaires, laissent entrevoir la possibilité qu'un décalage « à droite » des FDI MN n°2 et 3 puissent permettre de générer de rares marges de manœuvre sur la période de la LPM 2024-30 actualisée pour les années 2026-30. Tout en respectant l' « ambition opérationnelle 2035 » entretenant l'objectif de la livraison de cinq FDI sur la période légale (LPM 2024-30) étendue réglementairement (rapport annexé à la LPM 2024-30) à 2035.

Il n'en demeure pas moins que la Marine nationale stagnerait à seulement onze frégates de premier rang. Le rapport annexé au projet de loi portant actualisation de la LPM 2024-30 maintient la maquette de la Marine nationale presque en l'état, dont une « trame frégates » à 15 frégates de premier rang. Toutefois, le détail proposé en note de fin de tableau11 nous précise que ce format s'appuie exclusivement sur les « FREMM, FDA, FLF ». Plus largement, en ce qui concerne le programme FDI : absolument aucune occurrence, ni de « FDI », ni de « frégate de défense et d'intervention » dans le même rapport annexé.

La conséquence principale pour la « trame frégates » de la Marine nationale est donc que quatre FDI peuvent, en cas de choix suédois de la proposition française pour le programme Ytstridsfartyg 2030 (YSF 2030), glissées « à droite » avec livraisons sur les années 2030-34, à raison d'une unité par année à « cadence 2 » et donc en conservant à l'esprit les éventuelles mises sur cale de FDI SE, voire FDI DK. C'est dans cette perspective qu'il ait possible d'ouvrir des réflexions quant à l'état de la définition matérielle de la FDI afin d'aller au-delà de l'adoption des évolutions matérielles des configurations grecques « 2+ » et « 2++ » des FDI HN. Et donc étudier la possibilité d'un allongement de la FDI MN par la section modulaire proposée par Naval group, devant améliorer l'autonomie à la mer mais aussi le nombre de SYLVER A70 (frappes dans la profondeur) par une nouvelle version devant permettre d'ensiloter des munitions exerçant une plus forte poussée au lancement (Missile Balistique Terrestre (MBT), intercepteur de munitions hypersoniques (HYDYS²)) et le nombre de modules (12 à 20, comme sur le GF300) par panneau du SeaFire 500.

 

 

 

 

1  Karolina PALUTKO MACÉUS, « Källa: Marinen ratar Saab – vill ha franska fregatter », Affärsvärlden, 12 mai 2026, URL : https://www.affarsvarlden.se/artikel/kalla-marinen-ratar-saab-vill-ha-franska-fregatter, consulté le : 14 mai 2026.

2  Ibid., « Därför vill Sveriges marinchef Johan Norlén helst ha fregatter från Frankrike, enligt uppgifter till Afv ».

3  Ibid.

4  Ibid.

5  Jonathan LEAKE, « Navy’s new frigates hit by setback after being built in wrong order », The Telegraph, 13 mai 2026, URL : https://www.telegraph.co.uk/business/2026/05/13/defence-giant-takes-hit-after-assembling-royal-navy-frigate/, consulté le : 14 mai 2026.

6  Robin HÄGGBLOM, « Naval Group takes on the Nordic European countries », Naval News, 07 avril 2025, URL : https://www.navalnews.com/naval-news/2025/04/naval-group-takes-on-the-nordic-european-countries/), consulté le : 14 mai 2026.

7  Robin HÄGGBLOM, « Sweden looking at alternatives for Luleå-class heavy corvettes », Naval News, 04 juillet 2025, URL : https://www.navalnews.com/naval-news/2025/07/sweden-looking-at-alternatives-for-lulea-class-heavy-corvettes/, consulté le : 14 mai 2026.

8  Op. Cit., Affärsvärlden, 12 mai 2026.

9  Vincent GROIZELEAU, « Actualisation de la LPM : quelles conséquences pour les forces armées françaises ? », Mer et Marine, 13 avril 2026, URL : https://www.meretmarine.com/fr/defense/actualisation-de-la-lpm-quelles-consequences-pour-les-forces-armees-francaises, consulté le : 14 mai 2026.

10  Op. Cit., Affärsvärlden, 12 mai 2026.

11  « Projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense », p. 83, URL : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b2630_projet-loi.pdf, consulté le : 14 mai 2026.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire