Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





16 mai 2026

Marine nationale : Océan Indien, transférer la charge logistique à un bâtiment spécialisé ?

© STM. Classe Luís de Camões.

La signature, le 10 décembre 1982, de la CNUDM1 transformait les marines « de guerre » qui recevaient de nouvelles responsabilités permettant l'appropriation (en particulier les nécessaires travaux d’hydrographie et d'océanographie) et surveillance d'espaces nouveaux (ZEE) mais également d'intervention pour faire respecter les nouvelles compétences souveraines à y exercer. L'émergence de nouveaux bâtiments de surface et aéronefs, pour l'essentiel des patrouilleurs hauturiers2, des hélicoptères et avions de surveillance maritime, sont généralement pensés à l'aune d'une ou plusieurs missions mobilisant de préférence un bâtiment de surface. Un paradigme rencontrant ses limites logistiques dans la grande profondeur océanique, à l'instar de l'exemple français en Océan Indien. Pourquoi ne pas transférer la « charge logistique » du patrouilleur hauturier à un bâtiment spécialisé ?

L'avènement de nouvelles responsabilités dévolues aux États côtiers découle d'un cycle de trois conférences sur le Droit de la Mer (1956 – 1982) ayant accouché de la signature (10 décembre 1982) puis de la ratification (16 novembre 1994) de la CNUDM, dites « Convention de Montego Bay ». L'un des objets juridiques nouveaux les plus marquants et étant peut être la matrice des plus grandes transformations organiques et donc matérielles des marines de guerre peut être proposé comme étant les ZEE, s'étendant depuis délimitation extérieure de la « mer territoriale » (12 milles nautiques depuis la « ligne de base ») et jusqu'à 200 milles nautiques plus au large (soit 188 milles nautiques de profondeur supplémentaire), pouvant être exceptionnellement prolongées le long du plateau continental jusqu'à 350 milles nautiques après décision de la Commission des limites du plateau continental (CLPC) de l'Organisation des Nations Unies (ONU).

Il existe une origine historique précise à cet objet, par le truchement de la « Déclaration sur la zone maritime » (dite, aussi, « de Santiago »), signée le 18 août 1952 par l’Équateur, le Pérou et le Chili qui affirmaient unilatéralement leur souveraineté sur des zones de pêche allant à 200 milles nautiques des côtes, c'est-à-dire aux limites du plateau continental. Un des points intéressant de cet objet allant rencontrer un grand avenir puisque devant être consacré par le Droit de la Mer est qu'il résultait d'un ensemble de conflits halieutiques, à l'instar du « conflit de la langouste entre la France et le Brésil » (1961-63). Il y avait un rapport de force tournant à l'avantage des « puissances » sud-américaines puisque capables d' « empêcher de faire » (Serge SUR) et amenant un début de légitimité politique à cette nouvelle prétention.

Sur le plan organique, il est apparu nécessaire d'apporter des modifications à l'organisation opérationnelle afin d'adapter l'emploi du capital matériel à des missions relevant de ce qui est aujourd'hui théorisé comme étant la « gunboat diplomacy » et même « diplomatie navale » sous nos latitudes. Dans le cas français, c'est l'exemple des avisos-escorteurs de la classe Commandant Rivière dont les neuf unités servirent lors de déploiement et même en tant que stationnaires, en raison de deux facteurs principaux : la fermeture du canal de Suez (1967-75) puis les guerres du golfe arabo-persique (1980-91).

Mais c'est bien la signature de la CNUDM (10 décembre 1982) et surtout sa ratification (16 novembre 1994) qui emportait les conséquences matérielles ayant transformé les marines de guerre mais également provoqué l'apparition de nouvelles marines ou l'expansion d'existantes aux moyens jusqu'alors modestes car les ZEE adressaient un défi d'appropriation de ces espaces nouveaux aux États. Les flottes de surface avaient chacune un « capital » se partageant entre, pour certaines, un reliquat des bâtiments encore hérités de la Seconde Guerre mondiale, et pour la plupart des forces conçues selon les rationalités du conflit Est-Ouest (1947 – 1991). Le renouvellement ou la création du « capital » s'étalait dans le courant des années 1990 et 2000, au prisme de la déflation militaire des uns – la prise des « dividendes de la Paix » - et des difficultés à créer des budgets (navals) nouveaux pour les autres. Il en ressortait principalement l'avènement de « patrouilleurs hauturiers », conçus généralement selon les normes marine marchande.

La mobilisation du cas français au prisme de la structuration du besoin opérationnel dans l'Océan Indien et de sa traduction matérielle est intéressant à plus d'un titre. L'avènement de « patrouilleurs hauturiers » conçus généralement selon les normes marine marchande sous la forme du programme frégates de surveillances, ayant donné la classe Floréal, n'était pas le résultat d'études d'état-major. Celles-ci visaient par le programme « Frégate Légère de 2500 tonnes » (FL. 25) dont l'avatar de 1984 était une version réduite (2 500 tonnes lège et 3 000 à pleine charge) des frégates de type F70 classe Georges Leygues. Les rationalités politiques de sa conception découlent de la décision d'André GIRAUD, Ministre de la Défense (20 mars 1986 - 12 mai 1988), d'imposer à la Marine nationale la construction de frégates par les Chantiers de l'Atlantique qui subissaient alors un creux de charge, et donc selon les compétences industrielles de cette société : à savoir les normes de construction navale de la marine marchande. La Marine nationale s'était contentée de faire rejoindre le « produit », en amendant les spécifications , avec le besoin opérationnel identifié.

Il en ressort une spécification opérationnelle, c'est-à-dire une autonomie de 9 000 à 10 000 milles nautiques à la vitesse de marche de 15 nœuds (classe Floréal : 9 000 milles nautiques à 15 nœuds), pouvant être considérée comme la « vitesse de croisière économique » permettant à un bâtiment de surface stationnaire à Port des Galets (La Réunion), probablement afin de pouvoir opérer jusqu'à l'archipel des Kerguelen, distant de 3 500 milles nautiques, pour y assurer une mission (avec 3 000 milles nautiques d'autonomie : soit un peu plus de 8 jours à 15 nœuds) quelque soit l'état de mer, tout en étant en capacité de revenir à la base navale par ses propres moyens.

Dans le cadre de la Coopération Structurée Permanente (CSP) ou Permanent Structured Cooperation (PESCO) European Patrol Corvette (EPC), un premier besoin d’état-major était exprimé par les Marine nationale et Marina Militare dans l'optique de pourvoir au remplacement des classes Floréal (6) et Comandanti (4). Et l'EPC était retenu dans la 3ième vague des CSP par la décision du Conseil européen en date du 12 novembre 2019. L’Espagne rejoignait le projet, possiblement pour remplacer cinq à six des corvettes des classes Descubierta et Serviola, par une demande officielle émise en ce sens, le 20 mars 2020, et acceptée le 02 avril 2020. Il émergeait des besoins opérationnels espagnol et français le besoin d'une forte autonomie à la mer, débouchant la version « Long Range Multi Mission » apparue en 20213 dans le cadre du « call 1 » et ayant reçu à ce titre un financement du Fonds européen de Défense. L'autonomie à la mer de ladite version atteignait 9 000 milles nautiques, supposément à 12 ou 15 nœuds. La version est désormais dénommée « Long Range Multipurpose » (LRM).

Version de l'EPC pouvant sembler être abandonnée dans le cadre du « call 2 » ou « phase 2 » de la CSP/PESCO European Patrol Corvette.

En effet, Navantia signait un protocole d'entente (Memorandum of Understanding (MoU)) avec Naviris le 26 février 20264 devant permettre de « to jointly manage and execute the programme through a joint venture that will be open to participation from other project partners. In addition, both companies will drive the progress of the programme by collaborating on the design of the EPC’s Full Combat Multipurpose version and collaborate to commercialise it to other European partners. »

Du côté français, le contrat devant permettre aux industriels engagés dans les études détaillées de la version alors franco-espagnole « Long Range Multipurpose » (LRM) n'a pas été attribué. Et du fait de l'absence de la Critical Design Review (CDR), il est logiquement apparu un désacouplage calendaire mais aussi opérationnel par absence de la version pré-citée. C'est pourquoi le Député Yannick CHENEVARD relevait5 que « les différentes informations que votre rapporteur a collectées pendant ses travaux sont pour le moins contradictoires »6. Et ce qui était confirmé par l'audition de l'Amiral Nicolas VAUJOUR, Chef d'état-major de la Marine nationale, le 23 octobre 2025. Il y affirmait accepter « un certain report du programme, que l’état de nos frégates de surveillance nous permet heureusement d’envisager ».

La publication du « Projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense »7 permettait de relever que le programme Corvettes Hauturières (CH) était effectivement décalé « à droite ». Le projet de loi ne vise aucune CH construite sur la période de la programmation (2024-30), ni même sur le fameux « Horizon 2035 » qui est, s'il fallait le rappeler, hors période.

Il apparaît que l'idée de manœuvre par décalage-abandon du programme Corvettes Hauturières (CH) est une extension de la série des unités produites par le programme Patrouilleurs Hauturiers (PH), par une version allongée d'une vingtaine de mètres, permettant d'augmenter l'autonomie de la version métropolitaine (6 000 nautiques à 12 nœuds), très probablement pour atteindre les 9 000 nautiques. Aurons-nous l'occasion d'en découvrir une maquette au salon EuroNaval 2026 ? Et le Député Yannick CHENEVARD de conclure que « le coût du remplacement des frégates de surveillance serait ainsi bien inférieur à ce que coûteraient les EPC, comme celui de leur MCO, l’effet de série jouant à plein dans les deux cas. En outre, ces bateaux, probablement plus petits que les EPC, pourraient aisément et sans aménagements compliqués stationner dans les ports ultramarins. »8

Il s'agissait au terme de ces développements d'essayer de relever la focalisation organique, opérationnel et donc matérielle sur une seule et même plateforme navale depuis l'avènement de « patrouilleurs hauturiers », hier construits aux normes marines marchande et depuis les années 2010 de plus en plus souvent conçus selon les normes militaires. Il y a cette spécification opérationnelle, c'est-à-dire une autonomie de 9 000 à 10 000 milles nautiques à la vitesse de marche de 15 nœuds (classe Floréal : 9 000 milles nautiques à 15 nœuds) qui demeure d'un programme l'autre. Et illustre précisément la « charge logistique » obligeant les conception et production de plateformes navales spécifiques à un théâtre. Notons même que les « Frégate Légère de 2500 tonnes » (FL. 25) selon son avatar de 1984 (2 500 tonnes lège et 3 000 à pleine charge), Corvette Hauturière « Long Range Multipurpose » (3 200 tonnes à pleine charge (2021)) et Patrouilleur hauturier « allongé » atteignent ou dépassent de peu les 3 000 tonnes.

Il existe, encore et toujours, une alternative à cette spécification opérationnelle qui est le transfert de la charge logistique, dans l'exemple en l'espèce, du Patrouilleur hauturier « allongé » à un bâtiment spécialisé dans le Ravitaillement A la Mer (RAM) : autrement dit, un pétrolier-ravitailleur. Une telle unité pourrait servir à ravitailler des points d'appui, missions scientifiques – polaires durant l'été austral ? - dans les différentes îles françaises de l'Océan Indien, tout comme être en mesure de RAM au bénéfice d'unités stationnaires ou ponctuellement en mission dans l'Océan Indien. Et l'existence de bâtiments logistiques entièrement dévolus à la tâche augurerait d'une possibilité de remplacer le Marion Dufresne II dont le successeur pourrait opportunément être recentré sur les seules missions scientifiques.

Prenons l'exemple des deux unités (classe Luís de Camões) conçues par Savunma Teknolojileri Mühendislik ve Ticaret A.Ş. (STM) pour le compte de la Marinha Portugesa, en vertu d'un contrat signé le 17 décembre 2024 et d'une valeur indiquée de 100 millions d'euros, soit débarassé de toutes ses annexes (lot de pièces de rechange, formation, etc) : un coût unitaire de l'ordre des 40 millions d'euros. Les capacités de cette classe excède le besoin opérationnel. Mais servent d'appui à cette interrogation : ne serait-il pas encore plus économique d'entretenir une paire de pétrolier-ravitailleurs dans les océans Indien et Pacifique et d'étendre la série des Patrouilleurs Hauturiers (PH) au remplacer des frégates de surveillance classe Floréal, sans mise à l'étude d'aucune version particulière ?

Il se dessine une fenêtre d'opportunité méritant peut être considération. Le coût du remplacement des six frégates de surveillance de la classe Floréal par six Corvettes Hauturières (CH), en alléguant un coût unitaire de production d'un minimum de 250 millions d'euros pour une plateforme Gowind 2500 « NG » (par la « phase 2 » de l'EPC) aurait été de l'ordre de 1 500 millions d'euros. En repositionnant le remplacement par le programme Patrouilleurs Hauturiers (PH) au coût indiqué de 900 millions d'euros lors de la commande des premières tranches contractuelles - dont sept unités (au coût unitaire de l'ordre de 120 millions d'euros) - par la DGA, le 17 novembre 2023, le coût global baisse dans l'absolu. Il peut être intéressant de choisir et donc de renoncer à - au moins - un PH, allongé ou non, afin de financer deux pétrolier-ravitailleurs, voire peut-être trois.

 

 

 

 

1  Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) ou United Nations Convention on the Law of the Sea (UNCLOS) en Anglais.

2  Patrouilleurs Hauturiers (PH) ou Offshore Patrol Vessel (OPV) en Anglais.

3  Augusto CONTE DE LOS RIOS, « La EDA y el programa de la corbeta europea », Global Strategy, 15 janvier 2021, URL : https://global-strategy.org/eda-programa-corbeta-europea/, consulté le : 16 mai 2026.

4  « Navantia and Fincantieri strengthen their cooperation to advance the European Patrol Corvette (EPC) programme », Navantia, communiqué de presse, 26 février 2026, URL : https://www.navantia.es/en/news/press-releases/navantia-and-fincantieri-strengthen-their-cooperation-to-advance-the-european-patrol-corvette-epc/, consulté le : 16 mai 2026.

5  Yannick CHENEVARD, Député, « Défense – Préparation et emploi des forces : Marine », Avis sur le projet de loi de finances 2026, Assemblée nationale, Commission de la Défense nationale et des forces armées, 29 octobre 2025, URL : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_def/l17b2048-tv_rapport-avis, consulté le : 16 mai 2026.

6  Ibid., p. 13.

7  « Projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense », URL : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b2630_projet-loi.pdf, consulté le : 16 mai 2026.

8  Op. Cit., Yannick CHENEVARD, Député, 29 octobre 2025, p. 13, URL : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_def/l17b2048-tv_rapport-avis, consulté le : 16 mai 2026.

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