Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 18 novembre 2009

Consolidation du secteur terrestre en Europe : scénarios possibles

© Inconnu.
Suite à mon article sur les rapprochements évoqués par le DGA entre Thales et Nexter, le marquis de Seignelay nous livre son analyse relative à la consolidation de l'industrie européenne de défense terrestre, en détaillant quelques scénarios d'évolution possibles. Bien évidemment, ses propos n'engagent que lui.

Le temps est venu en France de faire un choix sur les premiers rapprochements du secteur industriel de défense terrestre. Les premières manœuvres ont déjà étaient faites en interne. Mais il est l'heure qu'elles se déploient à l'échelle européenne. Elles ont été réalisées dans l'aéronautique avec le succès, parfois mitigé, que l'on sait : EADS. Et sont en cours dans le naval : DCNS, HDW et leurs coopérations et implications en Europe. Dans le terrestre, tout reste à faire.

On n'a pas encore décidé en France s'il fallait faire un champion unique français rassemblant tout le secteur (Renault Trucks Defense (RTD, propriétaire d'Acmat), Nexter, Auverland (propriétaire de Panhard), Thales) ou s'il fallait partager le "marché" en constituant par exemple deux pôles terrestres avec d'autres Européens. Le débat semble au même point en Allemagne avec Rheinmetall et Kraus-Maffei-Weggmann (KMW). Les choix seront lourds de conséquences pour l'avenir. Le couple franco-allemand aura un rôle à jouer, c'est certain. Néanmoins, il faudra compter avec des entreprises espagnoles (Santa Barbara Sistemas (filiale de General Dynamics) et GTD), italiennes (Iveco, Oto Melara, Fincantieri) et finlandaise (Patria) pour les principales.

L'hypothèse anglaise a disparu dès lors que le VBCI n'a pas été retenu pour le programme FRES. De plus, l'implication de BAE Systems aux États-Unis le dispense de tout besoin de rapprochement européen pour atteindre une masse critique. Pour y voir plus clair dans ce méli-mélo européen (dont la liste est loin d'être exhaustive), il faut voir qu'il existe d'une part la volonté franco-allemande. Et d'autre part, si elle faisait défaut, il existe pour nos deux pays d'autres solutions pour consolider le secteur européen. Tout dépend de la volonté politique. Et des choix de structure industrielle ! Veut-on simplement des industriels terrestres ? Ou des conglomérats électroniciens/plate-formistes sur le modèle de BAE Systems et Boeing ?

Scénario franco-allemand 1

Suite à l'échec de la candidature du VBCI, qui a tué un possible rapprochement avec BAE, l'idée d'une vente par appartement de Nexter est apparue. Une offre conjointe menée par Thales et RTD consisterait à ce que ce dernier reprenne l'activité véhicule tandis que Thales récupérerait les activités électroniques. Ce scénario exclut donc Auverland qui n'y est pas intégré. De plus, on se retrouverait dans la même situation que le secteur naval français : Thales avec une participation (de plus) dans un plate-formiste terrestre "unique". Ce n'est rien de moins que la constitution d'un BAE Systems à la française.

Mais quelle serait la réaction des Allemands ? Ils auraient deux options majeures : soit rassembler leur industrie de défense, soit la garder séparée en deux pôles mais en les faisant grossir par le biais d'autres acquisitions européennes. Il est presque certain qu'ils ne laisseront pas l'industrie de l'armement terrestre aux seuls Français en Europe. Ils devront choisir. D'autant plus qu'un champion français aurait une masse critique confortable pour discuter avec les Allemands, surtout s'ils restent divisés. Tout comme un champion franco-allemand écraserait la concurrence en Europe. C'est toute la volonté politique commune qui fera la différence. Depuis EADS, des griefs sont passés par là. Le non-rapprochement de DCNS et HDW laisse planer des doutes.

Scénario franco-allemand 2

Une offre autonome de Thales (sans RTD) sur Nexter qui aboutirait au même résultat que le premier scénario, un BAE Systems français. Mais quelle place pour RTD et Auverland à ce moment là ? Ce n'est pas à l'ordre du jour, mais si cela arrivait, comment exclure la constitution d'un autre champion français ? RTD se sentant éventuellement floué pourrait essayer de grossir avec Auverland pour commencer, car il ne ferait pas le poids par rapport au couple Nexter/Thales tant dans sa gamme que dans sa taille industrielle. Et en l'absence de rapprochement allemand, ce serait imaginable. Le couple Nexter/Thales continuerait sur sa lancée en s'associant à Rheinmetall comme le signale JGP. A charge au possible autre champion français de se positionner pour Krauf-Maffei-Wegmann et de profiter du complément de gamme pour tenter d'atteindre l'ampleur du premier. Pour RTD/KMW la gamme serait des plus complètes, du léger au plus lourd avec deux clients obligés, les armées française et allemande. Et dans le cadre du programme Scorpion par exemple, Thales/Nexter pourrait se rapprocher de la FN belge pour combler les lacunes en armes légères. Tandis que RTD/KMW se rapprocherait de Glock par opposition.

L'avantage de cette option est de constituer deux groupes moins lourds, ce qui laissera une souplesse d'action pour se rapprocher d'autres Européens. In fine, les deux groupes franco-allemands pourraient structurer le reste de l'Europe autour d'eux.

Ces deux scénarii sont remplis d'incertitude, que ce soit un ou deux champions franco-allemands, cela implique une volonté de rapprocher les industries de nos deux pays. Les programmes de transformations terrestres feraient le reste (FN, Glock, PGM par exemple).

Mais, dans le reste de l'Europe, reste un ensemble d'options qui, quelle que soit la volonté franco-allemande, aura raison des certitudes les mieux établies en proposant des alternatives puissantes.

Scénario EADS

C'est ce qui va compliquer la donne. Le groupe franco-allemand possède une participation dans le finlandais Patria, très actif dans le secteur terrestre. EADS désire depuis des années militariser ses activités pour s'échapper des seuls cycles civils. La consolidation du secteur terrestre en Europe lui donne un grande chance de le faire. C'est un groupe qui pourrait forcer la porte des options franco-allemandes. Une première option consisterait à imaginer EADS qui absorberait un certains nombre d'entreprises allemandes et françaises (RTD/KMW de notre hypothèse). En opposition au regroupement de Thales/Nexter/Rheinmetall. Cela aboutirait à deux électroniciens/plate-formistes, ce qui pourrait rassurer les Allemands.

Une deuxième option serait qu'EADS absorbe les européens non-concernés par RTD/KMW et Thales/Nexter/Rheinmetall. Polonais, Finlandais, Espagnols, Suisses... seraient autant d'options pour un grand pôle terrestre dans EADS. L'avantage ? Un deuxième ou troisième acteur franco-allemand. Politiquement ce serait ingénieux puisqu'en Europe le terrestre, au moins, serait dans le giron franco-allemand.

Scénario italien

La France peut-elle rester indifférente à l'offensive italienne au Brésil ? Français et Italiens sont alliés dans le naval. Il a déjà été relevé par la lettre TTU l'évocation d'un rapprochement entre Fincantieri et Thales. Les réalisations franco-italiennes sont concrètes (torpilles, FREMM, Horizon). Mais les choix italiens s'inscrivent en porte-à-faux vis-à-vis de la philosophie française. Nos industriels misent sur les grands pays émergents alors que les Italiens, comme les Anglais, misent sur le marché américain pour beaucoup. Les deux choix sont-ils compatibles ? D'autant plus que le symbole de la réussite, ou de l'échec, de ce choix sera le vainqueur de l'appel d'offres des avions ravitailleurs américains. Il sera inutile de s'investir aux États-Unis si le marché n'est pas plus sincère, et donc par ricochet dans une société pariant sur ce marché.

Scénario espagnol

Évoquons le cas espagnol, avec la possibilité d'un rapprochement de Nexter avec un industriel ibérique si le VBCI perçait dans ce pays. Une fois encore, le dossier naval (Scorpène) complique la donne. Le Scorpène a autant été le symbole de la réussite d'une coopération européenne que celui du risque américain en Europe. C'est bien ces derniers qui ont ruiné l'avenir de cette réussite.

Permettons-nous ici une petite digression sur ce dossier. Le sous-marin est conçu par la DCNS et ce qui deviendra Navantia. Les Espagnols sont passés de la réalisation de sous-marin français en transfert de technologie à la conception. Après les succès à l'export du sous-marin, il était question que l'Armada commande au moins 4 Scorpène. Il n'en fut rien, l'État espagnol prit la décision que le sous-marin serait de conception espagnole, avec un système de combat américain, une propulsion AIP américaine et des tubes de lancement de missiles de croisière américains (Tomahawk en lieu et place du Scalp naval). Ainsi est né le S80, et le divorce fut consommé. On n'a pas eu d'explication publique convaincante sur ce revirement. Une volonté américaine de trouver un chantier européen pouvant concevoir et construire des sous-marins diesel électrique pour Taïwan ? Un positionnement dans le même registre que l'Italie et l'Angleterre sur le marché américain ? Il est certain que les liens entre Espagnols et Américains dans le naval militaire ont été sous-estimés. Le succès export de Navantia en Australie (2 BPE, 3 frégates F100) n'a pas déplu aux Espagnols, c'est certain aussi. Par contre, leur volonté de renouer avec la DCNS a marqué un tournant. On n'a pas entendu, depuis le S80, de déclaration de responsable français voulant renouer le partenariat, au contraire de Navantia. Vous avez dit divorce ?

Récemment, l'Espagne a abandonné le Tomahawk. Il est raisonnablement imaginable de penser que le Scalp naval fera parler de lui. D'autant plus que la version proposée du missile américain était limitée à 300km (contre 1000 pour le Scalp, 1600 pour le missile américain dans sa version la plus endurante). Va-t-on vers un renouveau de ce partenariat ? En attendant, le S80 est toujours proposé contre le Scorpène. Le succès du Brésil a montré que la France peut se passer de l'Espagne. Dans ces conditions, est-ce possible de s'allier à elle de manière durable et non pas ponctuelle ? L'aventure du Scorpène montre que les industriels espagnols manquent de poids pour constituer une alternative pleinement suffisante aux Allemands.

En guise de conclusion

Il a été vu la multiplicité des options de rapprochement en Europe entre Allemands et Français. Ce débroussaillage n'a pas pu pleinement tenir compte des munitionnaires, des producteurs de poudre ni, dans une moindre mesure, des producteurs d'armes légères, tant le dossier est complexe. Il l'est d'autant plus que l'électronique en est le point central. Les transformations exigées dans les programmes FRES et Scorpion, pour ne citer qu'eux, impliquent un haut degré de cohésion technologique pour réaliser la guerre en réseau. L'enjeu industriel se situe dorénavant sur le terrain de l'intégration électronique. C'est pourquoi il est de plus en plus courant de voir des électroniciens agréger autour d'eux des entreprises réduites à de simples "plateformistes" (DCNS dans le giron de Thales, les divisions navales, terrestres et aériennes de BAE Systems). C'est pourquoi les mouvements et rapprochements éventuels franco-allemands dans le terrestre toucheront forcément les dossiers navals... Ou pas. Tout dépendra des électroniciens de référence.

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