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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





jeudi 29 août 2013

Les six porte-avions de l'étude du 20 juin 1945

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© 1940 - Et si la France avait continué la guerre ?

 

Le Comité de Défense nationale décide, le 2 octobre 1944, d’entreprendre l’examen de la composition des forces armées d’après-guerre (Diplomatie et outil militaire, pp. 389 et s., Jean Doise et Maurice Vaïsse, cité in Vers une Marine Atomique – La Marine française (1945-1958) par Philippe Quérel).

 

La Marine s’y attèle par la production d’une série d’études et de projets. Le vice-amiral Lemonnier, chef d’état-major général de la Marine, remet ainsi à Louis Jacquinot, secrétaire d’Etat à la Marine, un rapport intitulé « Statut naval d’après-guerre », suivi le 28 juin par un projet d’ordonnance.  Par la suite, le 4 juin 1945, le même Comité de la Défense nationale prend une série de décisions concernant l’organisation future des forces armées. La Marine doit établir ainsi un « Projet de Réarmement Naval et Aéronavale » pour la période du 1er juillet 1945 au 31 août 1946. A cette date, il s’agit autant de réorganiser la Défense nationale que de poursuivre la Guerre contre le Japon, de protéger les voies de communication, notamment celles avec l’Empire, d’assurer la police dans les eaux de celui-ci et d’apporter son concours à une force internationale.

 

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© Inconnu. Le Béarn à la mer peut être au cours de ses essais de vitesse (cliché cité et commenté par Clausewitz sur Marine Forum).

 

Le pivot  de cette organisation sera une Force d’Intervention constituée (note page 48) de :

  • 2 cuirassés,
  • 4 porte-avions de combat,
  • 6 porte-avions d’escorte,
  • 12 croiseurs  (6 lourds, 6 légers),
  • une trentaine de torpilleurs ou escorteurs rapides,
  • une trentaine de sous-marins océaniques.

Il faudrait donc une Marine de 400 000 tonnes (contre près de 800 000 avant guerre !), dont 150 000 tonnes de porte-avions (quatre de 23 000 tonnes et six d’escorte –page 49). Ces derniers doivent permettre de constituer deux task forces, échelle d’organisation des forces navales héritée de la guerre du Pacifique, entre autre.

 

D’une manière ou d’une autre, nous arrivons au projet de doter la Marine de 6 porte-avions d’ici à 1950 pour lequel le contre-amiral Barjot s'est illustré. Le Conseil supérieur de la Marine propose, via une étude de juin 1945, une Flotte armée de six porte-avions pour 1950. Cette proposition a suscité bien des polémiques sur son caractère réaliste au lendemain de la seconde guerre mondiale. La Marine était à reconstruire, mais la France également.

 

Pourtant, dès la fin de la guerre en Europe, l’état-major général de la Défense nationale tire les leçons du conflit :
« Quatre ans de guerre aéronvale ont montré que le navire porte-avions ne devrait pas être considéré comme un auxiliaire mais comme une pièce maitresse d’une flotte »
(SHM, 3BB8/C.S.M. ; Etude sur le programme d’aviation navale. Paris, 20 juin 1945. Origine ; E.M.G.D.N. – page 55).

L’EMG de la Défense nationale prend même soin de ne pas répéter les terribles erreurs commises par les italiens et les allemands de laisser leurs armées de l’air contrôler tout ce qui vole, et ainsi priver leurs marines de tout développement aéronaval : aussi bien basé à terre qu’embarqué ! C’est pourquoi l’Aquila (arrivé tardivement celui-ci) et le Graf Zeppelin ne prendront pas la mer pour des missions opérationnelles, ni que les U-Boat disposeront de suffisamment d’heures de FW-200 Condor.

Et donc, l’EMG de la Défense nationale, c’est-à-dire une structure inter-Armées qui a vécu la seconde guerre mondiale, affirme :

« Un programme sain d’aviation navale doit être fondé sur le navire porte-avions ».

 

Sous-entendu, il faudrait croire que l’EMGDN n’a pas du tout était convaincu par le concept de « porte-avions terrestre », tel que la Sicile ou les îles japonaises, sur le plan opérationnel. Cette forte déclaration d'amour au porte-avions n'empêchera nullement que la France se retrouve sans porte-avions moderne, au final.

 

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© 1940 - Et si la France avait continué la guerre ?


Dans Le Béarn et le Commandant Teste (Jean Moulin, Lucien Morareau et Claude Picard, Marines éditions, page 160-161), il est posible d'avoir le détail des six navires projetés en 1945. C'était loin d’être hors de portée des moyens de l’époque. Il ne s’agissait pas de construire six navires neufs, mais bien de refondre les survivants de la guerre.

 

Cette étude propose donc une flotte de six porte-avions, tel que :

-          le Béarn (2 flottilles, premier porte-avions français),

-          le Dixmude, (1 flottille, porte-avions d’escorte donné à la France par les Alliés),

-          le Commandant Tete (1 flottille, ex-porte-hydravions),

-          le Duquesne (1 flottille, ex-croiseur), 

-          le Tourville (1 flottille, ex-croiseur),

-          le Jean Bart (3 flottilles, ex-cuirassé).

 

Seuls les porte-avions et hydravions Béarn et Commandant Teste survivent à la seconde guerre mondiale. Les Joffre et Painlevé, mis sur cale, sont définitivement abandonnés. Il n'a pas été trouvé de commentaires sur la refonte envisagée du Béarn pour qu'il redevienne un porte-avions.

 

Le Dixmude entre en service dans la Marine nationale dès 1945, prêté par les alliés.

 

Il est à noter que même la refonte du croiseur de batailles Strasbourg en porte-avions fut étudié par le Conseil supérieur de la Marine mais rien n'est dit sur ce qu'il est envisagé, pas même le nombre de flottilles.

 

Pour le Commandant Teste, les travaux doivent conduire à lui conférer un pont d'envol continu de 166,50m de long pour 25,30m de large. Le hangar aurait eu une hauteur de 7,30m. Le navire aurait été prêt dès 1948 selon les estimations de l'époque.

 

La question de la conversion des croiseurs Tourville et Duquesne n'est pas nouvelle. Un ouvrage y faire référence (Les porte-avions Foch et Clemenceau, Jean Moulin, Marines éditions, page 18). Dès l'entre-deux-guerres, il nous est dit que dès 1935 cette refonte des deux unités est envisagée. Il leur est reproché un manque presque total de protection. Quatre formule de refonte sont alors proposées selon que le navire conserve (solutions 1, 2 et 4) :, ou non (solution 3), l'artillerie de 203mm. La capacité devait être de 12à 14 avions.

 

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© Inconnu.

 

Finalement, de juin 1945 à la fin de cette année, toutes ces conversions sont peu à peu abandonnées faute de budgets et probablement d'infrastructures. Au lieu des six navires projeté par le Conseil supérieur de la Marine, le Dixmude sera complété par l’Arromanches (1946) et le La Fayette (1951).

 

Ce projet était loin d’être farfelu. Il s’agissait de refondre des navires existants. A titre d’exemple, la conversion du Commandant Teste était estimée à 720 millions de francs alors que la construction d’un porte-avions d’escadre moderne est donné pour 4 à 5 milliards de francs. Sur le plan financier, il n’aurait pas été illogique de soutenir la reconstruction des arsenaux et des chantiers privés par de tels contrats.

 

De plus, cette flotte de porte-avions projetée était constituée en son écrasante majorité de porte-avions légers (hors Jean Bart donc). Ces navires sont particulièrement adaptés à l’escorte des convois, et la France, bientôt engagée dans l’OTAN, se prépare à cette mission essentielle.


C’est également en raison de l’absence de porte-avions que le Richelieu, après avoir assisté à la signature de la capitulation japonaise en baie de Singapour, est envoyé en Indochine pour prêter main forte lors de la reconquête de la colonie. Par la suite, ce sont tous les porte-avions disponibles en France qui iront soutenir les troupes au sol. Dans cette configuration, la mobilité du navire associé à son invulnérabilité en mer face à une guérilla dépourvue de moyens navals en feront des plateformes intéressantes pour soutenir tout mouvement de troupes.

 

Qui plus, ces six plateformes n’auraient pas été de trop pour accompagner la synthèse de l’art de la guerre amphibie de la seconde guerre mondiale et de l’apparition de l’hélicoptère sur les champs de batailles (en Indochine pour la France). Les anglais mettent ainsi en service des « commando carrier » et les américains des LPH (le Guam étant le premier ex-CVE à être ainsi refondu).

 

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© Compagnie des Arts Photographiques - Paris. Carte postale du Commandant Teste dans les années 30 avec au premier plan un hydravion Gourdou-Lesseure GL 812/813.

Un peu plus loin encore, c’est également de porte-avions que la France manquera pendant la crise de Suez (1956), et surtout d'un porte-avions « moderne » : c’est-à-dire apte à mettre en œuvre des avions embarquée à réaction. C’est pourquoi il est étonnant que le Conseil supérieur de la Marine en 1945 ne se penche que sur la seule conversion du Jean Bart en porte-avions, seul navire ayant la taille suffisante pour être dotée des nouvelles avancées de l’aéronavale à venir (piste oblique et catapultes). De la même classe de ce cuirassé, il y avait le Richelieu et le Clemenceau (dont seule la coque était construite).

 

La Marine n’eut pas d’autres choix que de compter sur le bon vouloir des Alliés pour lui prêter, louer ou données des navires qu’ils avaient en trop. Ainsi, les Dixmude, Arromanches et La Fayette seront complétés par le Bois Belleau (1953, sistership du La Fayette). Tous ces navires seront remplacés par les Clemenceau (1961) et Foch (1963). Entre temps, la Marine nationale est demeurée sans plateforme aéronavale moderne de 1939 (avec le porte-avions Béarn) jusqu’à 1961.

 
Au final, la Marine proposait que la France se dote de six plateformes aéronavales (1 lourde et 5 légères) d’ici à 1950. La seule possession du porte-avions Jean Bart aurait évité à Paris son embarras de compter sur la seule aéronavale de la Royal Navy pour entrer en premier sur le théâtre de l’opération Mousquetaire (intervention de Suez, 1956). Le fait de compter sur des navires franco-français auraient peut être inciter à réaliser les travaux nécessaires pour adapter les porte-avions légers à la guerre aéroamphibie et le lourd à la guerre aéronavale moderne.

1 commentaire:

  1. 12-14 A pour un Tourville contre 30 pour un La Fayette ; quand au Jean-Bart, son emport (1 seul hangar) possible ne devait pas dépasser de bcp celui de l'Arromanches.
    Finalement, le choix fait fut le plus logique et le plus réaliste.

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