Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 28 février 2018

Tentara Nasional Indonesia - Angkatan Laut : de 2 à 8 sous-marins

© DSME. Le KRI Nagapasa lors de la cérémonie de lancement en mars 2016.
Pendant tout le conflit Est-Ouest, l'Indonésie avait le grand rôle stratégique de commander le passage de l'océan Pacifique à l'océan Indien. La force sous-marine indonésienne, depuis le début des années 1980, avait le mérite d'exister et de constituer une capacité opérationnelle résiduelle permettant à la marine indonésienne (Tentara Nasional Indonesia - Angkatan Laut (TNI-AL) ou Armée Nationale Indonésienne - Force Navale (ANI - FN) de posséder une capacité à dénier l'accès à ses eaux à un éventuel adversaire. L'ambition affichée est de porter le nombre de sous-marins de 2 à 12, en 2006, avant de revenir à 8 unités en 2017. Un premier contrat pour l'achat de sous-marins avec transferts de technologies était signé - le précédent l'avait été il y a une quarantaine d'années - avec le sud-coréen DSME (Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering) en 2011. La première unité livrée augure assez mal la montée en puissance...

Créée en 1945, dans la foulée de l'indépendance indonésienne, la Tentara Nasional Indonesia - Angkatan Laut (marine indonésienne) prend ses marques pendant les premières années. Ce n'est finalement qu'au tout début des années 1980 que la sous-marinade indonésienne perçoit ses deux premiers bateaux et que la TNI-AL ajoute une nouvelle dimension du combat naval à ses capacités stratégiques. Deux U209/1300 étaient commandés par la TNI-AL à l'industriel allemand au milieu des années 1970. Les deux sous-marins furent mis sur cale en novembre 1977 et juillet 1978 pour une admission au service actif en 1981 :
  • KRI Cakra (401) ;
  • KRI Nanggala (402).

La construction des deux bateaux étaient effectuée en Allemagne. Toutefois, au fur et à mesure des grands carénages et des refontes, le lieu pour effectuer ces opérations s'est délocalisé depuis l'un des chantiers HDW en Allemagne pour l'un de ceux de DSME en Corée du Sud. 

Au début des années 2000, concomitamment à l'énoncé du "dilemme de Malacca" par le président chinois Hu Jintao et de l'essor de la course à l'armement naval - et plus particulièrement sous-marin - dans la région Indo-Pacifique, l'Indonésie fait connaître successivement son intention d'acquérir six sous-marins par la voix de l'Amiral Bernard Kent Sondakh. Mais en 2006, c'est un plan portant sur l'acquisition de douze unités dont il est question et les pays-constructeurs visés étaient la Corée du Sud, la Chine et la Russie. Ce chiffre ne soit révisé à huit sous-marins en 2011. Ce plan est le Minimum Essential Force (MEF) dont le segment sous-marin a donc été âprement discuté pour être finalement révisé. Le terme de ce plan des capacités opérationnelles à acquérir possèdent un terme en l'année 2024. 2011 est aussi l'année où le premier contrat est signé avec l'industriel sud-coréen DSME pour trois unités. Elles sont une version améliorée de la classe Chang Bogo (mis en chantier entre 1993 et 2001), une série de neuf U209/1200 construits pour la marine de la Corée du Sud, la Daehanminguk Haegun (marine sud-coréenne, plus connue sous l'acronyme anglais de ROK (Republic of Korea Navy).

Ce programme sud-coréen est remarquable et concerne indirectement l'Indonésie. Un tel volume d'unités - neuf qui deviendront les KSS (Korean Attack Submarine) I - avait suscité bien des convoitises au niveau mondial et le marché voyait s'affrontait les constructeurs allemand, français, russe. À ce détail près qu'il s'agissait d'un consortium germano-turc qui candidatait et non pas une pure structure allemande. La Turquie avait déjà bénéficié de la construction sous licence d'une série d'U209 via la classes Atılay (six U209/1200 (admis au service actif entre 1976 et 1989) et poursuivait son effort avec la mise sur cale de la classe Preveze (quatre U209/1400 (armés entre 1994 et 1999) pendant sa participation à la candidature germano-turc en Corée du Sud puis l'industrialisation des bateaux sud-coréens. L'intention sud-coréenne est bien l'acquisition d'une autonomie stratégique en matière de conception et de production de sous-marins. DSME obtenait les compétences afférentes de TKMS via ce programme KSS-1 (U209-1200) puis le KSS-2 (U214). La consécration de cette progressive et méthodique montée en puissance des chantiers sud-coréens sera consacrée par la conception nationale d'un sous-marin océanique : le programme KSS-3). Sans compter quelques exercices industriels plus circonstanciés aux opérations spéciales et côtières.

Dans le cas indonésien, l'appel d'offres pour le marché portant sur les trois premiers sous-marins commandés depuis les années 1970 voyait l'affrontement des offres entre, le futur vainqueur, DSME pour la Corée du Sud et le retour du consortium turco-allemand. Entre temps, c'est-à-dire depuis le début des années 1990, la Turquie construisait, non seulement, la classe Preveze (quatre U209/1400 (armés entre 1994 et 1999) mais, par la suite, une version mise à jour par la classe Gür (quatre unités admis au service actif entre 2003 et 2007). 

Si l'appel d'offres est remporté par la Corée du Sud en décembre 2011 pour la modique somme de 1,1 milliards de dollars, l'annonce faite d'une hausse unilatérale du prix contenu dans l'offre sud-coréenne de 300 millions de dollars, relevant le contrat de 1,1 à 1,4 milliards de dollars, voit le consortium germano-turc relançait - fort logiquement - sa candidature avec sa dernière et meilleure offre. Cette drôle de manière de procéder de la part de Séoul amène à remarquer que l'Allemagne affrontait avec un partenaire stratégique librement choisi - la Turquie - un partenaire de moindre importance. Est-ce que Berlin avait inséré dans le contrat pour les neuf Chang Bogo construits en Corée du Sud sous licence, et donc au bénéfice d'un ensemble de transferts de technologies, une ou plusieurs clauses contractuelles ayant trait à la vente d'unités supplémentaires à des tiers ? La seule réponse que l'auteur de ces lignes ait à sa disposition est que la vente sud-coréenne de trois unités dérivées des Chang Bogo n'a pas été bloquée. Mieux encore, la troisième unité sera construite par PT. PAL, l'industriel naval indonésien de référence dans la construction navale militaire.

Ces trois unités sont :
  • KRI Nagapasa admis au service actif en août 2017 (403) ;
  • KRI Ardadedali qui devrait rejoindre la TNI-AL en 2018 (404) ;
  • KRI Alugoro, de facture indonésienne, rejoindra la flotte en 2019 (405).

Suivant son cours,  l'industrialisation de la version améliorée des KSS I (classe Chang Bogo) se déroule bien sur le papier. La première unité, le KRI Nagapasa, après 16 jours de transit entre le chantier DSME d’Okpo est arrivée à la base navale de Surabaya (Est de l’île de Java) le 28 août 2017. Cependant - et selon des sources internes à l'industrie de la défense indonésienne - le sous-marin Nagapasa  ne répond pas aux spécifications techniques du cahier des charges. Quelques "petits défauts" viendraient faire douter de la valeur militaire du bateau. Entre autres petites choses, la vitesse maximum théorique à atteindre en plongée tout comme l'immersion maximale n'ont pas été atteintes lors des premiers mois à la mer. Le bateau ne pourrait pas plus lancer ses armes. Et son équipage l'apprécierait autant qu'un cercueil, ce qui prend une toute autre mesure après le naufrage de l'ARA San Juan

Ce n'est pas la première fois qu'un bâtiment de conception allemande est refusé pour défaut de conception : outre les F125, cela rappelle furieusement l'affaire de l'U214 Y-2 Papanikolis (Παπανικολής). À la remarque près que l'affaire indonésienne est relativement compliquée dans la mesure où l'Allemagne n'a pas assisté les transferts de technologies opérés par Séoul à destination de l'Indonésie. En outre, DSME, par sa version plus modifiée qu'améliorée des U209/1200 de la classe Chang Bogo, a agrandi la longueur du modèle initialement transféré sur plans et sous assistance par l'Allemagne. Mais, et toujours selon des sources internes à l'industrie de la défense indonésienne, l'industriel sud-coréen a négligé le dimensionnement des ballasts suite à des modifications architecturales. Cela n'est pas sans rappeler le calvaire espagnol quant au S-80. Mais du côté allemand, ils auraient une certaine responsabilité quant aux plans des U209/1200 transférés aux Sud-coréens. Quid de la responsabilité de PT. PAL, en particulier, sur la future troisième unité ? 

Ce programme sud-coréen - la classe Chang Bogo ou KSS I - est remarquable dans la mesure, où, le consortium turco-allemand a été battu en Indonésie par l'ancien bénéficiaire des transferts de technologie qu'est la Corée du Sud. Et suite aux déboires de la classe Nagapasa, l'Indonésie réfléchit, toujours selon des sources internes à l'industrie de la défense indonésienne, à faire appel à la Turquie qui a bien mieux réussi les deux évolutions successives de la classe Atılay : c'est-à-dire les classes Preveze et Gür. La Turquie serait, alors, dans une situation privilégiée pour abonder l'objectif 2024 du plan du MEF (Minimum Essential Force) indonésien et de prétendre à proposer l'U214 qu'elle construit sous licence allemande : proposition déjà faite en 2017 pour des U214 avec AIP.

La Corée du Sud, faute d'avoir eu une réaction énergique, traîne désormais la mauvaise réception du premier sous-marin qu'elle a exporté à l'étranger : sa première vitrine. La Turquie s'est grande engouffrée dans la brèche ainsi ouverte - et le faisait déjà en 2012 - et une victoire sur le marché indonésien lui ouvrirait grandes les portes de toute l'Asie : de l'Inde jusqu'à l'Indonésie en passant par l'Arabie saoudite. Les deux premiers sous-marins indonésiens quitteront très bientôt le service : de cinq à trois sous-marins alors que l'objectif 2024 est à huit. Le Japon pourrait pouvoir - enfin, après avoir manqué l'Inde et l'Australie - exporter ses sous-marins, la Chine monte en puissance parmi ses clients stratégiques. La France avait déjà proposé à l'Indonésie lors de la première décennie du XXIe siècle, de lui vendre le SMX-23 Andrasta qui aurait été assemblé sur place et pour lequel l'Indonésie aurait même pu l'exporter à des pays tiers. 

Dans cette perspective, l'affaire indonésienne est assez représentative d'une mésaventure sud-coréenne qui illustre, à plus d'un titre, ce que pourrait être le XXIe siècle dans les affaires navales. La diffusion des technologies sous-marines via la multiplication des pays pouvant assembler, produire voire concevoir les sous-marins - grâce aux transferts de technologies - diminue les capacités d'amortissement des risques et coûts puisque les plans de charge ne sont pas ou plus alimentés que par des commandes nationales et très peu de commandes étrangères.

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