Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





jeudi 1 mars 2018

Onderzeedienst : succession des Walrus

Trois des quatre unités de la classe Walrus.
La Koninklijke Marine (Marine Royale) est l'une des plus anciennes marines européennes - si ce n'est la plus ancienne. L'OZD (Onderzeedienst - Service sous-marin) n'a pas bénéficié de la mise sur cale d'un sous-marin de facture neuve depuis 1992. Les quatre unités de la classe Walrus quitteront le service de manière échelonnée entre 2025 et 2029. Cette force sous-marine au passé prestigieux et toujours ambitieuse bénéficiera d'un ensemble de choix pour un programme très ouvert puisque la pertinence du renouvellement même de la capacité a été âprement discuté.

Comme dans de nombreux pays, la fin progressive du conflit Est-Ouest (1947 - 1991), depuis la chute du mur de Berlin jusqu'à la dissolution du Pacte de Varsovie, mettait un terme à bien des postures militaires. La Koninklijke Marine alignait au début des années 1980 les sous-marins suivants :
  • Type Dolfijn :
    • sous-classe Dolfijn :
      • Hr. Ms. Dolfijn (1960 - 1980) ;
      • Hr. Ms. Zeehond (1961 - 1994) - le bateau servi aux essais d'un système AIP pour l'ex-future classe MORAY ;
    • Sous-classe Potvis :
      • Hr. Ms. Potvis (1965 - 1994) ;
      • Hr. Ms. Tonijn (1966 - 1991).
  • Classe Zwaardvis :
    • Hr. Ms. Zwaardvis (1972 - 1994) ;
    • Hr. Ms. Tijgerhaai (1972 - 1995).

Le Type Dolfijn - réputé pour avoir fournir des "sous-marins à trois cylindres" - a ceci de remarquable qu'il s'agit de la première classe de sous-marins hollandais de conception et construction nationale depuis l'entre-deux-guerres. Avant cela, 45 unités étaient sorties des chantiers bataves. Le dernier conflit mondial avait arrêté l'ensemble des programmes en raison de l'invasion du pays : cela n'empêcha pas, toutefois, les ingénieurs des anciennes Provinces-unies de continuer à réfléchir à des avant-projets de sous-marins modernes.

La classe Zwaardvis tranche avec une partie des choix architecturaux du Type Dolfijn, cette classe Zwaardvis s'inspire grandement de la dernière série de sous-marins à propulsion classique américains : la classe Barabel (1959 - 1990). La caractéristique majeure qui inspire les Hollandais est la "coque en goûte d'eau" dont les premiers essais interviennent sur USS Albacore (1953 - 1972). Ce dernier bateau popularise, donc, la "coque Albacore".

La Koninklijke Marine après avoir envisagé significativement la construction de Sous-marins Nucléaires d'Attaque (SNA) dans les années 1950 abandonne un temps cette montée en gamme stratégique. C'est pourquoi un léger décalage s'observe entre les deux "sous-classes" du Type Dolfijn et, aussi, pourquoi la sous-classe Potvis n'entraîne pas d'évolution significative. La marine royale hollandaise s'interrogera, une nouvelle fois, sur l'opportunité d'acquérir des SNA quand elle s'intéressera au SNA 72 français.

Classe Walrus :
  • Zr. Ms. Walrus (1992 - ...) ;
  • Zr. Ms. Zeeleeuw (1990 - ...) ;
  • Zr. Ms. Dolfijn (1993 - ...) ;
  • Zr. Ms. Bruinvis (1994 - ).
 
Par la suite, le programme portant les futurs Walrus est décidé, en 1978, dans la foulée de l'admission au service actif des Zwaardvis. Les quatre unités de la nouvelle classe doivent permettre le remplacement de celles du Type Dolfijn. De dimensions similaires à la classe Zwaardvis, les Walrus en reprennent la double coque en goûte d'eau. Là, où, les Zwaardvis introduisaient la coque Albacore, les Walrus intègrent les barres de plongée - non pas en "croix de Saint André" - en "x". Une configuration qui tend à se généraliser dans le monde depuis la classe Sjöormen (toutes les unités ont été revendues à Singapour dont l'une pour être cannibalisée) de la Svenska Marinen. En outre, la coque des Walrus utilise l'acier français MAREI/MAREL (80 ou 100 HLES ?) leur permettant de plonger 50% plus profondément que les Zwaardvis.

La genèse de ce programme est très difficile : le Walrus est sur cale de 1979 pour être lancé en octobre 1985. En raison d'un incendie en août 1986, il est remis sur cale en 1986 afin d'être réparé et achevé. Les essais à la mer interviennent en 1990 et 1991. Et c'est finalement la deuxième unité - le Zeeleeuw - qui est admis le premier au service actif en 1992. Deux unités de plus furent envisagées afin de permettre, conjointement, le remplacement des Dolfijn (4) et Zwaardvis (2).

Le remplacement des Zwaardvis est alors envisagé par le programme MORAY (Multi Operational Requirement Affected Yield). Cette évolution des Walrus peut être considérée comme l'ultime développement de la classe Zwaardvis, justement. Le Zeehond (classe Dolfijn) sert aux essais du module AIP qui aurait équiper les MORAY. En outre, la propulsion devait aussi bénéficier d'une coopération avec BAE Systems. L'ensemble propulsif aurait alors formé le SPECTRE (Submarine Power for Extended Continuous Trial and Range Enhancement).

Les deux Zwaardvis sont désarmés prématurément et ne seront finalement jamais remplacés ni par deux Walrus, ni par deux MORAY. Et ce dernier, après une active campagne internationale et malgré les deux déclinaisons proposées (1400 et 1800 tonnes), ne parvient pas à trouver preneur. Il est remarquable que l'une des candidatures les plus significatives ait été portée jusqu'en Malaisie, marché remporté par la France avec le Scorpène. Les Pays-Bas proposaient même une capacité opérationnelle initiale autour des deux Zwaardvis, tout comme la France usera du Ouessant pour la formation des sous-mariniers malaisiens. Par la suite, et le chassé-croisée mérite d'être relevé, le couple Zwaardvis/MORAY concourra même en Indonésie qui accordera sa confiance, finalement, à la Corée du Sud avec la version améliorée des Chang Bogo (U209/1400).

Rotterdamse Droogdok Mij (RDM) ferme en 2004, le chantier emportant avec lui les capacités de conception et de production de sous-marins du pays batave. Le MORAY étant logiquement abandonné malgré une intense promotion internationale.

Le module AIP développé à partir des essais menés sur le Zeehond (classe Dolfijn) n'est pas totalement abandonné avec le MORAY. La première version (2007 - 2011) du lourd programme de modernisation des Walrus devait les voir bénéficier de l'intégration de ce module AIP. Finalement, cette dernière caractéristique n'est plus contenue dans la refonte à mi-vie mais l'espérance de vie des quatre bateaux est portée de 25 à 35 ans. Ces refontes s'étalent de 2013 à 2019. Il est remarquable que la torpille lourde employée à bord soit la Mk48.

Par contre, la succession des quatre bateaux de la classe Walrus fait l'objet d'une très difficile gestation et le débat politique oscille entre l'abandon de la flotte sous-marine jusqu'à l'acquisition d'unités océaniques. En tous les cas, en 2014, le principe du remplacement des Walrus est acté. L'arrêt du chantier RDM amène la Hollande à s'interroger entre un achat sur étagère à un constructeur tiers jusqu'à une construction sous licence. Le choix de la forme du partenariat est aussi une troisième dimension de l'affaire puisque ce programme de remplacement est associé, un temps, aux programmes norvégien et polonais jusqu'en 2016. Finalement, la Norvège choisit l'offre allemande en février 2017 tandis que la Hollande a jusqu'à la fin de la décennie.

Globalement, le budget hollandais consacré au remplacement des quatre Walrus tutoierait les 2500 millions d'euros permettant d'envisager de nombreux solutions aux paramètres différents dans la mesure où une telle enveloppe permet tout autant un remplacement nombre pour nombre à partir d'un sous-marin océanique que le changement dans la continuité avec un nombre plus important de sous-marins - de quatre à six, par exemple.

Ce qui peut apparaître comme le deuxième point de fixation est la renaissance de Kockums grâce à son rachat par SAAB en 2014 sur demande du gouvernement suédois afin d'éviter une disparition pure et simple orchestrée par l'allemand TKMS qui l'avait acquis en 1999. Les ambitions industrielles suédoises en matière de sous-marins ont été contrariées, faute, aussi, d'avoir réussi à mener à terme le programme de sous-marins Viking. C'est dans cette perspective qu'il s'agit de considérer la renaissance de Kockums grâce à son rachat et le lancement du programme A26 pour deux premières unités alors que la cible finale pourrait plutôt être de cinq bateaux. Le premier bâtiment serait livré en 2022, ce qui concorde avec le calendrier hollandais. SAAB Kockums, de concert avec l'industriel hollandais Damen, fera une proposition à la marine hollandaise aux alentours de l'année 2020.

Un troisième élément vient structurer le futur des capacités sous-marines des anciennes Provinces-unies par le truchement du rapprochement entre Naval group et SAAB Kockums annoncé en décembre 2017 au sujet du remplacement de la classe Walrus. Il n'est pas encore dit qu'une société commune soit créée pour la vente de sous-marins à l'exportation dans laquelle la France proposerait ses solutions quand aux sous-marins océaniques (Scorpène, Shortfin Block 1A) tandis que la Suède avancerait ses propositions pour les sous-marins côtiers (une version raccourcie du A26 ?). Tout du moins, ce serait plutôt l'opportunité de participer conjointement au gré des opportunités qui serait l'axe finalement retenu par les deux sociétés. Et dans le cas hollandais, cela écarterait l'A612, proposition de sous-marin océanique de la part de SAAB Kockums...

Le gouvernement hollandais ne parvient pas à fixer sa ligne directrice quant aux capacités attendues dans le cadre de ce programme. Il sera très intéressant d'observer si la Hollande maintient simplement le format de sa sous-marinade, s'il en modifie les paramètres opérationnels avec l'adjonction ou non de nouvelles capacités ou s'il en modifie le volume à la baisse comme à la hausse. Cela sera un bon indicateur de la perception des menaces sous-marines dans l'océan Atlantique. À titre d'illustration, la Norvège lançait en février 2017 le processus d'acquisition de quatre U212A pour débuter la signature des contrats en août de la même année. L'U212A a un tonnage de près du double que les six unités de la classe Ula (U210 dont TKMS propose toujours une évolution mise à jour).

Naval group paraissait en très mauvaise position pour candidater au marché hollandais. Les anciens arsenaux remporteraient un accès facilité aux chantiers de Damen si, d'aventure, la Hollande souhaitait une construction sous licence. Par ailleurs, en cas de choix d'une capacité océanique, Naval group s'offre le luxe de ne pas donner l'occasion à la Suède de développer l'A612, réduisant autant que possible l'apparition d'un concurrent pour les contrats les plus systémiques. Et il n'est pas à exclure un tel choix pour une unité océanique dans la mesure où, par deux fois, la Hollande envisageait sérieusement d'acquérir des sous-marins à propulsion atomique.
Mais en cas de demande d'un sous-marin plus "côtier" alors Naval group aurait réussi à favoriser le retour d'un concurrent très sérieux pour TKMS qui verrait son plan de fourniture de l'U212 à toutes les marines baltiques et de la mer du Nord en échec relatif après sa victoire en Norvège. Faisant d'une pierre deux coups puisque l'entreprise suédoise ne peut survivre avec la seule commande nationale (deux à cinq unités). Et une victoire en Hollande abonderait la trésorerie mais assez peu le plan de charge si et seulement si les Hollandais souhaite une construction locale. Un assemblage d'éléments produits toute ou partie en Suède limiterait considérablement l'horizon industriel et maintiendrait une pression féroce pour que l'ensemble survive après la livraison du dernier A26 vers 2028-2032. TKMS se délesterait bien de sa branche sous-marine et a risqué l'étranglement après sa défaite en Australie. Par ailleurs, il est à noter que le SMX-23 Andrasta est un échec commercial et la Pologne souhaite des missiles de croisière pour ses futurs sous-marins (deux à trois unités). 

Mais, il y a une certaine fragilité dans l'offre allemande dans la mesure où, pour vendre les Type 210 à la Norvège Berlin s'était - déjà - engagé à acheter un certain nombre d'unités pour réduire le coût d'acquisition pour la marine cliente. Sans honorer sa promesse. Bis repetita en Norvège en assurant cette fois que le pays bénéficierait de l'acquisition d'un nouveau sous-marin développé à partir de l'U212A. Exactement comme en Italie : cela revient à dire que Berlin, à moins d'honorer intégralement sa promesse et de s'engager dans le développement d'un nouveau sous-marin côtier à ses seuls frais, a besoin de remporter un contrat en Italie ou en Norvège pour assurer l'autre.
Naval group sortirait complètement gagnant en devant le chantier de sous-marins autour duquel s'articulerait tous les autres, pouvant ainsi se tourner vers l'Italie en position de force, ajoutant de nouveaux arguments à sa proposition d'acquérir le Scorpène, en lieu et place des U212A, fragilisant un peu plus TKMS. Ainsi est l'importance du marché hollandais alors que le marché norvégien n'est peut-être pas complètement perdu : d'où la position prudente de Naval group au lendemain de sa défaite...


Bibliographie :

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