Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





08 janvier 2026

Marine nationale : « Distributed Lethality » en sa proposition mineure, amplification possible des salves à l'horizon 2030

© US Navy, 2003.

     Il ne semble pas avoir eu la « grande rencontre », culturelle et intellectuelle, entre Marine nationale et United States Navy (USN ou US Navy). La culture stratégico-tactique historique de la première est pourtant reprise, redéfinie sous d'autres rationalités, par la seconde. Tout comme il n'y a pas eu d'adhésion française à la doctrine de la « Distributed Lethality » alors que ses conséquences matérielles recèlent le potentiel de densifier le feu à bord des bâtiments de surface, contre-balançant les salves limitées héritées des définitions matérielles des flotteurs, voire de démultiplier les groupes navals constitués, plus particulièrement les « Surface Action Groups » (SAG) dès l'horizon 2030.

La culture stratégique de la Marine nationale peut se définir à l'échelle historique, du Grand siècle jusqu'à la fin du XIXième siècle, comme la préférence pour l'action stratégique dite « périphérique » car visant à déconcentrer un adversaire ayant longtemps été la Royal Navy et constamment supérieur et quantitativement et qualitativement. D'où la recherche en un temps et un lieu (un plagiat par anticipation de Julian S. CORBETT ?) de la supériorité locale afin d'amoindrir le corps de bataille adverse jusqu'à égaliser les chances de succès contre lui dans l'optique de l'éventuelle bataille de rencontre pouvant devenir « décisive ».

L'enjeu stratégique est mû par une culture tactique à l'aune des choix faits à l'échelon supérieur afin que l'engagement de forces fractionnées sur des théâtres périphériques n'aboutissement pas à une attrition des forces antagonistes à son propre détriment. Pour renforcer les chances d'obtention de gains successifs au fil des escarmouches et autres actions secondaires provoquées, l'agressivité tactique se matérialise par deux caractéristiques majeures et remarquables : la recherche de la surprise et le déversement sur l'adversaire désemparé un feu d'un volume et d'une cadence propre à l'assommer dans l'espoir de le mettre hors de combat, voire l'annihiler. C'est le lieutenant de vaisseau Raoul CASTEX dédiant un ouvrage entier à la La Manoeuvre de La Praya 16 avril 1781, étude politique, stratégique et tactique (Paris, Fournier, 1912, 436 pages).

C'est une Marine nationale cultivant le culte de l'action stratégique périphérique, servi par une agressivité tactique pouvant être qualifiée ailleurs d'être « à outrance », n'opérant aucune distinction de rang ni de valeur entre un chef d'escadre ou un grand corsaire, malgré les pudibonderies de certains héritiers du Grand corps. Et c'est pourquoi il est furieusement étonnant de ne pas observer une appréhension, voire une adhésion radicale à la doctrine de la « Distributed Lethality ».

La United States Navy (USN ou US Navy) s'est bâtie depuis la fin du XIXième siècle sous la férule des thèses mahaniennes de la recherche de l'obtention du « command of the Sea » par la recherche de la bataille décisive. La construction d'un outil naval a procédé en cohérence. Malgré les « naval holidays » de l'entre-deux-guerre imposées par le Traité naval de Washington (06 février 1922) et les textes conventionnels subséquents jusqu'à leur terme américain et définitivement universel : le 31 mars 1937 quand il était décidé que les cuirassés prévus au Vinson‐Trammel Act (1934) porteraient finalement du 406 mm et non pas du 356 mm. La Seconde guerre mondiale achevée, seule Военно-морской флот (ВМФ) СССР fût à même de contester l'hégémonie navale américaine. La dépositairesse de l' « empire depuis » 1945 est à nouveau contestée par la 中国人民解放军海军, avec des arguments au moins égaux à ceux de la devancière du « Grand frère » soviétique, aujourd'hui disparu.

Comment préserver la « Vraie Religion » dont l'unique Évangile proclame à l'univers qu' « il n'y a qu'un Dieu : Poséidon, l'US Navy est son Eglise et l'Amiral Mahan est son prophète » d'un État communiste à la recherche de l'hégémonie mondiale ?

Le Vice-Amiral. Thomas S. ROWDEN écrivait l'un des articles1, en 2014, proposant une nouvelle direction à donnée au combat naval « de surface » à partir de réflexions menées par son équipe – également publiées – sous sa direction d'OPNAV 96 : « Director of Surface Warfare ». Pour conserver l' « offensive sea control », il devient impérieux selon lui de se saisir de « pieces of ocean will come to be seen as strategic, like islands and ports, and we will offensively “seize” these maritime operating areas to enable further offensive operations ». Il propose donc de recomposer le potentiel offensif de l'US Navy, presque exclusivement ordonné autour du « carrier-based air power », afin de l'adapter à cette décentralisation des opérations devant permettre cette conquête de bases : donc à transférer une partie du potentiel offensif depuis les Carrier Strike Groups (CSG) jusqu'aux « Surface Action Groups » (SAG). « We are moving to a concept of dispersed lethality in the Surface Force, one that presents an adversary with a considerably more complex operational problem. »

La thèse de la dispersed lethality, rebaptisée « Distributed Lethality » depuis, a été confrontée dans le cadre d'une série de kgriegsspiele (ou « wargames », pour les plus jeunes générations) au Naval War College dès 2014. Dans une opposition entre deux « joueurs », le fait de conférer « a medium-range surface-to-surface missile » à des Littoral Combat Ships (LCS) voyait la force bleue « immediately began to employ the LCS differently in the scenarios, moving from a niche presence role to an offensive warfighting role » tandis que la force rouge subissait ce changement du potentiel offensif qui « added stress and complexity to the red force commander, who had to spend precious ISR resources trying to find these upgunned ships, ships that now represented a far more serious threat to his own fleet »2. Et selon le Vice-Amiral. Thomas S. ROWDEN, ce n'était là qu'une conséquence partielle car l'engagement était « sub-optimal » car l'action tactico-opérative n'avait pas été reconstruite entièrement au prisme de ses idées.

 Depuis 2014, la « Distributed Lethality » (DL) proposant une nouvelle direction à la Surface Warfare s'est élevée à la formalisation d'une doctrine nouvelle dès 2015, reprenant toutes ses rationalités : la Distributed Maritime Operations (DMO) :

Dans un théâtre façonné par un ensemble de dispositifs A2/AD – de la stratégie géométrique chinoise ? –, l'avantage stratégique détenu par les Carrier Strike Groups (CSG) est réduit, voire annulé par l'insoutenabilité des salves de missiles aérobies ou balistiques anti-navires (donc munitions « de précision » ou Precision-Guided Munition (PGM)) pouvant être lancés depuis la terre. D'autant plus que la localisation d'un porte-avions amène, in fine, à positionner approximativement l'ensemble du dispositif opérationnel l'encadrant et facilitant d'autant sa poursuite. Il en ressort que sont repoussés d'autant que la portée des missiles adverses le permet loin au large les porte-avions et empêchant les Carrier Air Wing (CVW) de toute action opérationnelle significative.

Pour éviter de subir l'attrition promise par l'adversaire et regagner la liberté de manœuvre, les DMO doivent permettre de démultiplier les points d'entrées dans le théâtre, complexifiant d'autant le choix des actions adverses, comme démontré dans les wargames, car augmentant l'incertitude quant au point d'application de l'effort principal ou des principaux points d'effort. En outre, cela permet aux forces offensives de découvrir l'ensemble des dispositifs A2/AD adverses par des actions ISR et d'établir la portée du Maritime Domain Awareness (MDA). La conquête de différentes bases doit permettre de regagner l' « offensive sea control ». L'action opérationnelle devant être dominée par une politique restrictive d'émission électronique (EMission CONtrol (EMCON)) au prisme des enseignements des opérations Opérations Haystack et Uptide (1969 – 1972) : réduisant l'exposition des CSG d'un côté, réduisant la capacité des soutiens aux dispositifs A2/AD de les cibler. La contrainte, pour la force bleue, résidant la difficulté de coordonner les actions tactico-opératives et renforçant d'autant la nécessité d'une forte autonomie au profit des forces distribuées à l'échelle du théâtre.

L'entrée en vigueur de la Distributed Maritime Operations (DMO) s'accompagne d'évolutions de la définition matérielle des bâtiments de surface de l'USN, avec une proposition majeure et une proposition mineure plus difficile à exécuter. La majeure est donc la distribution des armements offensifs des CSG jusqu'aux Small Surface Combattants (SSC) et Large Surface Combattants (LSC) afin de leur conférer des capacités de lutte anti-surface et d'actions vers la terre au-delà de l'horizon. Un corollaire de cette proposition est la volonté de doter la Marine américaine de grands drones de surface devant portée la « Distributed Lethality » à son paroxysme.

Mais il y a également tentation de renforcer la proposition majeure par une mineure : une « Distributed Lethality » étendue aux bâtiments habituellement insérés dans un groupe naval constitué mais généralement dépourvu d'armements dépassant l'auto-défense à très courte portée. C'était l'idée, explorée un temps, de disposer de lanceurs octuples Mk41 Strike Lenght (munitions « longues » telles que des BGM-109E Tomahawk Land Attack Missile (TLAM-E Block IV)) ou de Ex-31 RAM à bord de LPD 17 Flifht II, à partir du LPD-30 USS Harrisburg (ASA 2026 ?). Une réflexion activement reprise dans la Royal Navy dans les études versées au programme Multi-Role Strike Ship (MRSS

 ). Il serait logique que cette proposition mineure puisse être étudiée à l'échelle des bâtiments de soutien intégrant des groupes navals constitués ou temporairement formés et participant activement à des opérations offensives, comme par exemple des pétrolier-ravitailleurs.Il y a donc cette « grande rencontre » qui ne semble toujours pas avoir eu lieu entre entre Marine nationale et United States Navy. L'une entretient une culture stratégico-tactique défendant une action stratégique « périphérique » face à la Royal Navy détenant l'empire de la Mer et supposant une agressivité tactique « à outrance ». La seconde aujourd'hui encore détentrice de ce même empire de la Mer en vient pourtant à défendre également une action stratégique aux périphéries (DMO) afin de le conserver face à son actuelle rivale chinoise. La position des deux marines par rapport à l'hégémon est antagoniste mais procède de la même idée d'obliger l'adversaire à éclater son potentiel offensif afin de qu'il subisse principalement l'attrition consécutive à autant de rencontres.

C'est pourquoi la « Distributed Lethality » est un concept intéressant pour une Marine nationale plagiant par anticipation Julian S. CORBETT et la Distributed Maritime Operations (DMO). L'étiolement du capital naval depuis 1945 est un constat devant nous obliger à nous interroger sur les voies matérielles accessibles pour tenter d'en contre-balancer les effets, notamment les salves limitées héritées des définitions matérielles des flotteurs. Et ces derniers sont très restreint quant au nombre de ceux portant des missiles anti-navires ou un Système de Lancement Vertical (SLV).

La « Distributed Lethality » est intéressante dans sa « proposition mineure » pré-citée vis-à-vis de la Marine nationale. Les principales données sont un SLV fort de 48 silos sur deux frégates HORIZON, 32 silos sur le porte-avions Charles de Gaulle

 , huit FREMM et les trois dernières FDI, 16 silos sur les deux premières FDI. De quoi armer les deux groupes navals constitués dans la « Marine du Statut » (naval depuis celui de 1949) : à savoir le Groupe Aéronaval (144 silos avec une FDA et deux FASM) et le groupe amphibie (16, 32 ou 48).Pourquoi ne pas considérer d'intégrer un Système de Lancement Vertical (SLV) à des bâtiments qui en sont aujourd'hui dépourvus (PHA, BRF et PH) ? Concernant les premiers, ce serait un renfort tactique intéressant où le PHA se ferait porteur de « munitions complexes » (ou « longues », par analogie avec ce qui précède), augmentant le volume de feu disponible et permettant à la frégate accompagnant le PHA une liberté d'action tactique nouvelle. Dans le même ordre d'idées, un BRF bénéficiant lui aussi d'un SLV formerait ponctuellement un groupe naval (voire un SAG ?) avec la frégate l'escortant et déplaçant à eux d'eux, à l'échelle du théâtre, une capacité offensive ou défensive. Une mesure d'autant plus nécessaire que l'agressivité tactique de la Marine nationale suppose des ravitaillements potentiellement « sous le feu ». Concernant les Patrouilleurs Hauturiers (PH), l'existence rien que d'un lanceur octuple SYLVER à bord de chacun d'eux les transformerait en « piquet » offensif ou défensif, complexifiant la valeur accordée par l'adversaire à leur présence et pouvant alors réellement renforcer l'action tactique d'une frégate.

 

 

 

1RADM Thomas S. ROWDEN, « Surface Warfare: Taking the Offensive », CIMSEC, 14 juin 2014, URL : https://cimsec.org/surface-warfare-taking-offensive/, consulté le : 08 janvier 2026.

2Megan ECKSTEIN, « Navy Studying Implications of Distributed Lethality in Wargames Series », USNI News, 09 juillet 2015, URL : https://news.usni.org/2015/07/09/navy-studying-implications-of-distributed-lethality-in-wargames-series, consulté le : 08 janvier 2026.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire