Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





19 janvier 2026

Marine nationale : « Distributed Lethality », l'enjeu d'un système vertical sur les patrouilleurs hauturiers d'outre-mer

© Inconnu. Corvette Grad Sviyazhsk (Izd. 21630).

     L'actuelle « maquette » de la Marine nationale induite par, feu, la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024 – 2030, entretenait l' « ambition opérationnelle » d'introduire, sur la période, la première « Corvette Hauturière » (CH) devant entamer le remplacement des frégates de surveillance classe Floréal, pour l'achever en 2035. Le remplacement desdits bâtiments, louvoyant entre « patrouilleurs » et « corvettes », gagnerait à recevoir un système de lancement vertical, conçu pour les « munitions complexes » les plus longues car ce sont les seules à détenir la profondeur opérationnelle permettant de produire un effet stratégique par l'introduction de nouvelles plateformes navales dans les outre-mer français.

     L'enjeu central n'est plus de savoir par « quoi » seront remplacées les frégates de surveillance classe Floréal. Mais de remarquer que depuis, environ, 2015, le franchissement des seuils de violence en Mer a obligé la Marine nationale, à l'instar de la plupart des marines, a des réflexions intenses concernant les principes architecturaux de la future flotte de surface. Il y a eu un passage des logiques de surveillance et de contrôle, héritées de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) aux franchissements progressifs de seuil de violence consacrant un retour de l'offensive stratégique.

     La formalisation du programme BATSIMAR (BATiment de Souveraineté et d'Intervention MARitime), c'est-à-dire une grande série de patrouilleurs hauturiers, peut être regardée comme l'incarnation archétypale du renouvellement des marines militaires au prisme de l'avènement des nouvelles responsabilités des États côtiers découlant de la signature (1982) puis ratification (1994) de la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer, dites « Convention de Montego Bay ». La nécessité de montrer le pavillon, en assurant une présence navale et en exerçant la responsabilité étatique par des missions dites de police invitait à décuirasser, ajuster le choix des armements, tout en recherchant un nombre de plateformes navales en cohérence avec la permanence ou le taux de revisite recherché.

     Le durcissement de la conflictualité en mer par le fait de logiques criminelles transnationales, du soutien toujours accordé dans la fourniture d'armements à des groupes armés non-étatiques mais aussi de la multiplication des manifestations physiques d'une résurgence des projets de puissance d'un ensemble d'État aboutissait à devoir reconnaître une extension de l' « offensive stratégique » qui n'est plus seulement réservée à l'opacité de certains espaces. Il s'ouvrait, plus largement, et sur une période bornant – environ – entre 2015 et 2025, un débat quant à la « militarisation » des plateformes navales afin de s'opposer aux logiques de pillages, voire de prédation territoriale.

La focale devait se rétrécir pour tenter d'apprécier l'ampleur des réflexions agitant l'état-major de la Marine. Il ne s'agissait plus seulement du programme BATSIMAR ni de l'ensemble des moyens navals pré-positionnés en outre-mer, devant faire respecter ultimement la souveraineté de la France. Mais d'englober certains besoins opérationnels métropolitains relevant des mêmes logique de « sea control » et pouvant aboutir aux mêmes plateformes navales. Autrement dit, l'intensification de la conflictualité aboutissait à proposer des réponses matérielles identiques à des besoins opérationnels autrefois diamétralement opposés.

     Dans un premier temps, la « trame frégates » a été intégrée à la réflexion. Il a été imaginé de dériver une version outre-mer des Frégates de Taille Intermédiaire (FTI). L'idée n'était pas neuve : l'une des premières esquisses (circa 1984) de la FL 25 (Frégate Légère de 2 500 tonnes) était justement dérivée des corvettes C 70 (classes Georges Leygues et Cassard). Sans nous perdre en digressions : c'est l'idée ancienne, remontant au temps de la Marine Royale, d'envoyer des bâtiments en « station lointaine ».

La réflexion s'est étendue à l'ensemble de la flotte de surface depuis l'apparition de la « corvette », environ, en 2017. Le « véhicule » principal employé à cet effet était la Coopération Structurée Permanente (CSP ou PErmanent Structured COoperation (PESCO) European Patrol Corvette. Contrairement à ce que laisse entendre genèse et développement de cette coopération : l'objectif d'état-major (juin 2019) visait bien le remplacement des frégates de surveillance de classe Floréal (6) mais ne s'y limitait pas. Dès 2018, il avait été poussée l'idée que trois à cinq unités de ce type de bâtiments puisse être acquis afin de remplacer les avisos A69 dans leurs missions militaires, notamment de lutte anti-sous-marine aux abords des bases navales et pour assurer les atterrages de la FOSt. C'est la formalisation du programme Patrouilleurs Océaniques (PO) qui a sanctionné la fin des « corvettes » en métropole.

     Dans un deuxième temps, il est à remarquer qu'il y a eu succession de positions contradictoires dans la formalisation des principes architecturaux devant innerver la construction de la flotte de surface future. Il y a deux pôles idéels qui s'affrontent dans la constitution de forces navales pré-positionnées loin de la métropole : la constitution de forces de police ou bien de groupes navals indépendant, pouvant répondre aux ambitions rivales. Sans s’appesantir sur l'histoire navale, nous disions qu'il existe l'idée ancienne, remontant au temps de la Marine Royale, d'envoyer des bâtiments en « station lointaine ». Notons que le contexte stratégique peut inciter à concentrer la Flotte en métropole ou bien sur un théâtre, face à la menace principale. L'enjeu est donc la jonction entre le « pivot » de la Flotte et les unités les plus éloignées, dans un jeu de « sûretés stratégiques » (CASTEX) à prendre mais pouvant être prises en défaut.

     Nous le disions au début de notre réflexion, l'enjeu central n'est plus de savoir par « quoi » seront remplacées les frégates de surveillance classe Floréal : cela aurait pu être le programme « Corvette Hauturière » (CH), cela pourrait être un Patrouilleur Hauturier (PH) allongé. Peu importe finalement la proposition matérielle car l'enjeu central est bien d'essayer de formaliser une proposition matérielle, devant répondre à toute ou partie du besoin opérationnel, malgré un contexte stratégique en pleine recomposition.

L'enjeu central pourrait finalement être d'essayer d'apprécier quelles dispositions matérielles permettraient de renforcer une position défensive, au point de compliquer la tâche d'un agresseur. Dans ce cadre de réflexions, peu importe définitivement qu'il s'agisse d'un patrouilleur, d'une corvette ou d'une frégate : le « flotteur » ne détermine, au mieux, que le rayon d'action géographique et la capacité à encaisser, si la dénomination reflétait une réalité matérielle.

     La doctrine américaine de la « Distributed Lethality » peut constituer un postulat intéressant notre sujet. C'est une réponse à comment la United States Navy pourrait conserver le « sea control » alors que la la 中国人民解放军海军 prétend lui contester le « Command of the Sea » selon une posture A2/AD dans l'océan Pacifique. Pour conserver l' « offensive sea control », le Vice-Amiral. Thomas S. ROWDEN1 ambitionne de transférer une partie du potentiel offensif depuis les Carrier Strike Groups (CSG) jusqu'aux « Surface Action Groups » (SAG). « We are moving to a concept of dispersed lethality in the Surface Force, one that presents an adversary with a considerably more complex operational problem. »

 Le cas français, dans l'océan Pacifique – mais c'est reproductible à l'océan Indien et même à la Mer des Antilles où les terres françaises furent confrontées à la prédation américaine dans l'entre-deux-guerres –, se différencie seulement en sa position de départ qui est défensive là où elle est offensive dans le cas américain. Et encore que cette appréciation est contestable car, pour citer Carl von CLAUSEWITZ : l'US Navy doit agir « offensivement » sur le plan tactico-opératif car sa position stratégique est « défensive », conserver la liberté de navigation et donc d'action malgré une intervention chinoise, par exemple à Taiwan. En ce sens, les cas français et américain se rejoignent dans des conditions presque identiques en principes.

En revanche, il existe une différence mineure mais aux conséquences majeures dans le cas français : cela suppose, comme condition de la planification stratégique, que l'intervention du groupe sur lequel repose la concentration navale française en métropole soit permise par sa disponibilité stratégique et sa capacité à se rendre sur ledit théâtre.

Le plus intéressant dans la « Distributed Lethality » est l'incertitude induite par la diffusion d'armements offensifs sur des bâtiments de surface, en dehors des Carrier Strike Groups (CSG) dans le cas américain et donc du Groupe Aéronaval (GAn) dans le cas français. La thèse de la dispersed lethality, rebaptisée « Distributed Lethality » depuis, a été confrontée dans le cadre d'une série de kgriegsspiele (ou « wargames », pour les plus jeunes générations) au Naval War College dès 2014. Dans une opposition entre deux « joueurs », le fait de conférer « a medium-range surface-to-surface missile » à des Littoral Combat Ships (LCS) voyait la force bleue « immediately began to employ the LCS differently in the scenarios, moving from a niche presence role to an offensive warfighting role » tandis que la force rouge subissait ce changement du potentiel offensif qui « added stress and complexity to the red force commander, who had to spend precious ISR resources trying to find these upgunned ships, ships that now represented a far more serious threat to his own fleet »2.

     Pour reprendre très précisément notre réflexion : un Patrouilleur Hauturier (PH) allongé gagnerait à recevoir un système de lancement vertical, conçu pour les « munitions complexes » les plus longues. Par exemple, profiter de cet allongement, obligeant à reprendre les études détaillées, permettrait d'intégrer deux lanceurs octuples SYLVER A70 Mk2/NG au sein du bloc passerelle, à la place d'une niche latérale ou même au début du hangar aéronautique. Le volume de la salve (16 « munitions longues ») ainsi conféré au bâtiment de surface est à même de modifier temporairement le rapport de force.

Le bâtiment de surface ainsi pourvu ne possède pas les installations et systèmes permettant de tirer l'une des munitions pouvant être considérées, à savoir des missiles anti-aériens ASTER 15/30, des Missiles de Croisière Naval (MdCN) et des missiles anti-navires Stratus RS. En revanche, une plateforme aérienne tel que le Dassault Aviation Falcon 2000 LXS Albatros, pourrait détenir les capacités permettant le tir de missiles anti-navires. Comment mésestimer une salve allant jusqu'à seize missiles anti-navires ?

Une frégate de premier rang, déjà présente sur zone ou ayant pu la rejoindre, pourrait bénéficier d'une profondeur tactique nouvelle avec un bâtiment de surface pouvant positionner des munitions complexes à un point différent du sien sur le théâtre et être apte à les tirer par le jeu des liaisons de données. Le porteur desdites munitions peut même prétendre à avancer masquer et servir de « piquet GE » sans jamais se dévoiler.

L'intérêt majeur de cette modification matérielle est l'idée de posséder une « réserve stratégique », permettant de déployer des arguments offensifs qui sont les seules à détenir la profondeur opérationnelle permettant de produire un effet stratégique par l'introduction de nouvelles plateformes navales dans les outre-mer français. L'incertitude induite sur l'agresseur n'amène pas la décision, ni ne préserve de son entreprise. Mais celle-ci devient autrement plus compliquée, au prix d'une « sûreté stratégique » au montant significatif à l'échelle du programme mais au coût stratégique dérisoire.

Il s'agit bien de maîtrise des mers.

 

 

 

1RADM Thomas S. ROWDEN, « Surface Warfare: Taking the Offensive », CIMSEC, 14 juin 2014, URL : https://cimsec.org/surface-warfare-taking-offensive/, consulté le : 08 janvier 2026.

2Megan ECKSTEIN, « Navy Studying Implications of Distributed Lethality in Wargames Series », USNI News, 09 juillet 2015, URL : https://news.usni.org/2015/07/09/navy-studying-implications-of-distributed-lethality-in-wargames-series, consulté le : 08 janvier 2026.

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