Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





06 février 2026

« "Intellectual Rearmament" in the Third Nuclear Age – Refreshing the Conceptual Component of British Nuclear Deterrence »

     Daniel SKEFFINGSTON, Edward BARLOW, Harry HALEM et l'Air Marshal Edward STRINGER CB CBE (« "Intellectual Rearmament" in the Third Nuclear Age – Refreshing the Conceptual Component of British Nuclear Deterrence ») appellent l' « Intellectual Rearmament » du Royaume-Uni afin de forger de nouveaux outils pour manœuvrer dans le « sub-strategic space » et contrer des entreprises de coercition nucléaire, malgré le désengagement américain. Réflexion sans concession ni tabou qui redonne ses lettres de noblesse à un « paper policy» et pouvant peut être – enfin – déciller le regard de Français habitué aux vacuité et médiocrité de nos propres documents stratégiques.

     Les auteurs nous proposent un découpage didactique en trois âges nucléaires devant servir leur démonstration qu'il est advenu un nouveau temps de construction d'outils nucléaires souverains :

     La « Cold War » (1945 – 1991) englobant l'initiale unipolarité américaine puis la construction de la parité avec l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Il est rappelé que l'accession britannique à une « sovereign atomic weapon » par l'action déterminante du Prime minister Clement ATTLEE (26 juillet 1945 – 26 octobre 1951). Programme qui était la conséquence directe de la rupture de la coopération nucléaire américano-britannique née des Accords de Québec du 19 août 1943. « Attlee viewed a ‘British Bomb’ as a necessity, and one that would secure Britain’s political and military influence in the face of a worsening post-war economy, and permit Britian to draw down troops commitments in the Middle East and other far-flung theatres. » (p. 16) Premier essai nucléaire britannique le 03 octobre 1952.

Malgré le premier essai thermonucléaire le 15 mars 1957, le Royaume-Uni fait face à la menace des bombardiers soviétiques, avec un appoint nucléaire américain. Mais la V-bomber force en état d'obsolescence programmée à partir de 1960 du fait des progrès de la défense anti-aérienne soviétique. Londres engageait les programmes Blue Streak (IRBM) et son complément Blue Steel, un missile de croisière nucléaire à longue portée servant de « stop-gap » dans l'attente de mise en service du vecteur précédemment cité.

C'est le « moment Spoutnik » (04 octobre 1957) qui « led to the U.S. immediately rescinding the McMahon Act and negotiating the 1958 Mutual Defence Agreement (MDA) between London and Washington. » (p. 17) Blue Steel I/II était annulé en décembre 1959, Blue Streak en février 1960. Londres concluait un accord en mai 1960 pour acquérir 100 exemplaires du missile de croisière nucléaire à longue portée américain AGM-48 Skybolt : annulé par le Président John Fitzgerald Kennedy en 1962.

Crise diplomatique américano-britannique résolue lors de la « Nassau Conference » aboutissant au « Nassau Agreement », conclu le 21 décembre 1962 entre John F. KENNEDY, 35th President of the United States (20 janvier 1961 – 22 novembre 1963), et Harold MACMILLAN, Prime minister of the United Kingdom (10 janvier 1957 – 18 octobre 1963) après trois journées d'échanges diplomatiques sur l'île des Bahamas et permettant de clore la « Skybolt Crisis ».

Il en résultait l'acquisition d'UGM-27 Polaris A3T pour les futurs Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins de classe Resolution. Selon les termes dudit accord, cette capacité de frappe en second servira, en premier lieu, à faire de Londres un « second centre of decision » nucléaire car sa capacité de frappe en second est d'abord employé au bénéfice de l'OTAN et ultimement au service du Royaume-Uni si les « supreme national interests » devaient être mis en jeu. La doctrine nucléaire britannique est depuis dominé par la « minimun deterrence » au prisme du « Moscow criterion » : la capacité à atteindre et détruire les centres de pouvoir soviétiques par des « intolerable damage ». (p. 20) D'où le refus de rejoindre Américains et Soviétiques dans la course à l'armement.

Les auteurs soulignent que la doctrine nucléaire britannique a été complétée par une « British ‘sub-strategic’ capabilities were developed to guarantee proportionate options for this challenge, foreclosing options for nuclear coercion in the space between a more ‘strategic’ level system and high-end ‘conventional’ systems, such as cruise missiles. Weapons such as the British-designed WE.177 free-fall bomb, which entered service in 1966, were intended to fill this gap. » (p. 21) Et ils font singulièrement du « sub-strategic space » l'espace de manœuvre-clef afin de répondre à toute tentative de coercition nucléaire. La composante aéroportée était créée à cet effet durant cette période, démantelée après sa fin et transférée sur les vecteurs de la Continuous At Sea Deterrence (CASD) ou composante océanique avec certaines têtes nucléaires Holbrook à l'énergie modulée (« low yield »).

     Il s'ensuivait la « post-Cold War period » (1991 – 2014) qui est celle des mesures conventionnelles de désarmement, limitation et contrôle des armements nucléaires, avec les réductions mutuellement négociées entre Américains et Russes ou décidées unilatéralement, par exemple dans les cas britannique et français, opportunément rappelés ici. « The primary aim throughout the 1990s was therefore to reduce costs, whilst preserving an independent nuclear capability in extremis. » (p. 23) Nos auteurs écrivent « tout haut » ce que certains n'osaient pas ou plus relevés de l'autre côté de la Manche. « The deprioritisation of nuclear issues in Britain, even CASD, was demonstrated in the decision to cancel the Nimrod MRA4 Maritime Patrol Aircraft in the 2010 Strategic Defence and Security Review. The decision, controversial at the time and vocally opposed by many former military figures, left Britain’s nuclear SSBN fleet exposed, further reducing anti-submarine warfare and long-range aerial patrolling capabilities. Indeed, this was perhaps the only decision from the review that the U.S. took major umbrage with, as it reduced an already shrunken nuclear capability while increasing Britain’s reliance on U.S. assets to function effectively. [...] Nimrod cancellation further undermined U.S. confidence in Britain’s high-end deterrent capabilities.» (pp. 23-24)

En réalité, nos auteurs ouvrent les réjouissances ou plutôt les hostilités en adressant des critiques politiques d'une rare violence pour ce genre d'exercices. Ils mettent en parallèle l'exemple français - « France remains a sovereign nuclear power in its own right, advertising its know-how and large civil and nuclear programmes. French military officers are also educated with an understanding that French military power starts with, and flows from, its nuclear forces » (p. 24) – afin de souligner une sorte de désarmement intellectuel britannique : « Only Britain appears to have taken an equivocal position. Until recently, the most senior Professional Military Education course for aspiring British generals did not even mention nuclear weapons. In Britain, those who did look after the nuclear-related capability formed a secretive sect of autodidact specialists, almost exclusively comprised of Royal Navy submariners and policy officials in the MOD. As a result, Britain has degraded its official-level nuclear thinking outside of this specialist group, overlooking key developments in the nuclear doctrine of both its adversaries and allies. No other major nuclear power sees their strategic nuclear forces as the sole guarantor of their security, nor have they removed the nuclear question from battlefield operations ». (p. 24) Et ils en tirent la conclusion que c'est cette réduction des cercles dirigeants habilités et appelés à penser le rôle des armes nucléaires dans la politique britannique qui explique le soutien politique défaillant à l'entretien du rang nucléaire britannique.

D'où l'appel à un sursaut politique de grande ampleur : « Nuclear policy fell far down the Ministry of Defence’s institutional priorities, withering its institutional capacity to think coherently about deterrence: a small and overstretched cadre of officials were left to grapple with these problems, problems whose complexity was rapidly outpacing the resources available to address them. In this environment, Britain is not only facing a shortfall in its capabilities, but a deeper epistemic challenge: Britain must construct an entirely new theoretical framework to meet the transformative circumstances of the third age, much like Bernard Brodie in the wake of the first atomic bomb. This theoretical problem set has only grown as the U.S. distances itself from NATO, and the ties between Britain’s nuclear adversaries have deepened. The reasons for this distancing, and broader geopolitical shifts, form the core problem set for theorists and practitioners of British deterrence theory in the third nuclear age. » (p. 25)

     L'avènement du Troisième âge nucléaire est arbitrairement marqué par l'annexion de la Crimée ukrainienne par la Fédération de Russie en 2014. Ce n'est là qu'une précaution toute diplomatique car nos auteurs osent plus loin écrire que « the momentum of disarmament was already waning, as the global balance of power began to shift. U.S. Withdrawal from the Anti-Ballistic Missile Treaty in 2002 was among the earliest signals that this order would not last ». Qui osait depuis un peu plus de 20 vint années attribuer à Washington la responsabilité de la déstabilisation de l'ordre nucléaire mondial ? En continuant sur leur lancée, les auteurs dépeignent le tableau d'un Troisième âge nucléaire pouvant faire consensus, caractérisé par la contestation de la primauté nucléaire américaine et de la domination occidentale sur la société internationale par la République populaire de Chine et la Russie mais également les prétentions nucléaires de nouveaux acteurs dont la République islamique d'Iran et le Royaume d'Arabie saoudite.

Plus intéressant sont les développements américains relatif au ‘two peerconcern (p. 27) quant à la prétention américaine à équilibrer la Chine (passage de 300 à 1 000 têtes nucléaires d'ici 2030) et la Russie (nouveaux vecteurs nucléaires contournant les capacités ABM américaines), éventuellement avec leurs alliés iraniens et nord-coréens (‘Two-Peer Plusproblem, p. 27). Ils mettent particulièrement l'accent quant aux niveaux de coopération technologique atteints sur les armes, vecteurs et plateformes nucléaires mais également d'intrication des forces conventionnelles et nucléaires de Moscou et Pékin, rendue crédible par le nombre d'exercices militaires pratiqués. Sans le dire explicitement, c'est une nouveauté vis-à-vis du Premier âge nucléaire : non pas qu'il n'ait pas – déjà – existé des coopérations sino-russes. Mais pas à ces degrés d'intensité et de répétition et sans l'ombre aujourd'hui d'un schisme.

Aussi intéressant est l'étude des implications du pivot américain vers l'océan Pacifique, à l'aune du programme Golden Dome, dans toutes ses options et variantes, vis-à-vis du ‘two peerconcern. « Despite the significant cost and development timeline, such a system could significantly alter deterrence calculations and the American shift to the Indo-Pacific. If the Golden Dome provides the U.S. with enhanced homeland protection against nuclear and conventional missile attacks, it could partially offset the structural strains of tripolar nuclear competition. This would shift deterrence from retaliation to denial, potentially reducing the extent of reorientation away from Europe. » (p. 32) Si nos auteurs « consider any putative ‘Golden Dome’ to provide an arbitrary level of damage limitation, and do not expect it to fundamentally alter the requirement for a proper deterrence posture » (p. 33), c'est justement pour asséner la terrible conclusion politique : « In the context of emergent nuclear multipolarity, the 2025 NSS raises the prospect of precisely the scenario that British planners outlined during the first nuclear age: the possibility of a disengaged U.S. and the necessity of Britain deterring adversaries alone. The fact that German Chancellor Merz and other major European politicians are debating such issues indicates that, in the minds of the ‘deterees’ – the circle around Putin – are likely to sense that the previous compact has shattered. And if that is what they think, then in practice, it already has. » (pp. 33-34)

     Nous en arrivons alors à une explicitation du besoin de formuler une nouvelle doctrine nucléaire (cf. supra : commentaires de la p. 25) : les auteurs franchissent le Rubicon et osent critiquer la classe politique britannique pour écrire qu'elle n'est intellectuellement pas au niveau. « Similarly, the 2023 Defence Command Paper committed to bolstering the UK’s conventional and nuclear capabilities, explicitly in response to the growing number of nuclear threats, primarily from Russia. The same document stresses the importance of economic security, control over vital infrastructure, technological leadership and supply-chain security. These changes appear insufficient to meet the current threat environment. Successive defence reviews and strategies have not engaged with Britain’s nuclear strategy in depth. At one level, this is understandable - these areas are highly classified, and the government is often reluctant to speak about them openly. However, it may also reflect a lack of detailed political engagement with the government’s nuclear deterrence doctrine, indicative of the kind of psychological disarmament that has left Britain slow to recognise the decline of bipolar stability, or the U.S. pivot to the Pacific. Regardless, the government must significantly improve its intellectual capacity for thinking about nuclear weapons in a multipolar nuclear world. » (p. 34)

Ils concluent cette avant-dernière partie par une citation : « In 1911, the English naval historian Sir Julian Corbett wrote that ‘… whatever advantages lie in defence they depend on the preservation of the offensive spirit’. This dictum is worth recalling today. In the first nuclear age, Britain’s nuclear arsenal and deterrence doctrine were clearly underpinned by an ‘offensive spirit’. In the second, it shed its intellectual seriousness, refusing to engage in an offensive doctrine of nuclear thought. This absence of a coherent strategy stems from degraded institutional expertise and a lack of political will at senior levels of government. » (p. 35)

     Le policy paper se conclue pas une ultime partie explorant la nécessité de nouvelles « Sub-Strategic Options » car « Given its reliance on CASD and the inability to signal with this system, Britain has inadvertently ceded de facto nuclear primacy to France. This has made European states increasingly reliant on the French President’s guarantee to extend France’s sovereign nuclear shield. There is some truth to this, as noted above. However, beneath this lie broader political concerns. Many states in Europe are uncomfortable with leaving France as the sole nuclear power on the continent, given its historical ambivalence – even hostility – toward NATO nuclear cooperation. France is not a member of either the Nuclear Planning Group (NPG), NATO’s principal decision-making body for nuclear matters, nor the High-Level Group (HLG), which supports the NPG and acts as the senior advisory group on planning and posture issues. French absence from the NPG and HLG, coupled with a long-standing, post-Suez culture of self-sufficiency on defence matters, has left many uneasy about France’s current and future reliability as the main nuclear power in Europe, despite recent French overtures to the contrary. » (p. 37)

Nos auteurs explorent donc trois options afin de reconstruire une ou plusieurs capacités opérationnelles sub-strategic devant permettre de manœuvrer dans le « sub-strategic space » pour contrer toute tentative de coercition nucléaire.

     Concernant l'option de poursuivre avec les capacités dévolues à la dissuasion élargie amércaine en Europe, les auteurs ont déjà dit tout le mal qu'ils pensent du peu de crédibilité des garanties politiques américaines (« Rhetoric concerning European cultural “erasure” and demographic decline aside, the transactional tone of the NSS makes one question whether Washington would truly ‘swap Baltimore for Berlin’, let alone ‘Norfolk for Narva’ » (p. 33) et donc de l'inadéquation de se contenter du seul couple F-35A / B61-12.

     C'est pourquoi ils appellent opportunément à une « second option would be for the UK to deepen cooperation with European allies on nuclear issues » car « The lack of a non-U.S. tactical or sub-strategic option in Europe, coupled with broader European anxieties about U.S. retrenchment or even, in some cases, hostility, may open the door to reviving an Anglo-French nuclear weapons program » (p. 38) comme pilier européen de capacités nucléaires de l'OTAN. C'est à relier aux constats précédents relatifs à la « nuclear primacy to France »(p. 35) qui serait ainsi contre-balancée.

     Enfin, l' « option three: the development of a separate, second nuclear system, either sovereign in nature or co-developed » (p. 38) Ils rappellent aussi que « During the Cold War, the original rationale for Britain’s WE.177 class of weapons was built around a nexus of concerns, of which the overwhelming factor was Britain’s contribution to the NATO dual-capable airborne nuclear forces. This existed alongside London’s innate, low-level distrust of U.S. security guarantees in a crisis scenario: a perceived necessity for Britain to retain a sovereign sub-strategic system regardless of America’s vast arsenal. This was despite the relatively close alignment of Anglo-American interests throughout the Cold War, and the resumption of nuclear cooperation in 1958. Furthermore, Britain maintained sizable imperial commitments during the 1960s, such as in Southeast Asia and the Persian Gulf, which were beyond NATO’s sphere of interest. These were thought to require a limited nuclear toolset. This, coupled with the sunk costs of developing the weapon itself, meant WE.177 was retained throughout the Cold War and developed into three variants, which survived until 1998. » (p. 38)

Et vont peut-être même encore plus loin dans leurs réflexions : « Not only would this strengthen and complement the excellent ‘last resort’ option currently provided by CASD, but it would also provide additional complicating factors through Britain’s philosophical role as NATO’ssecond centre of decision’. Through dual-key arrangements, this could potentially create further ‘centres’ of decision, be that through French or European means, which align with British interests. This may create the further potential benefit of enhancing Britain’s influence in NATO nuclear policymaking and European security. Such a system could, subject to the specific technical details, reinforce Britain’s status as Europe’s preeminent nuclear guarantor and ensure that British strategic priorities are more deeply embedded in Alliance nuclear planning. » (p. 39)

     Au final, il nous semble possible de retenir que les auteurs sont imaginatifs et très souples dans les moyens matériels à mettre au service de l'un ou l'autre des systèmes, en insistant surtout sur la nécessité d'entretenir la volonté politique et différents moyens de manœuvrer avec la France ou sans elle au service de l'OTAN ou des seuls intérêts britanniques. Aussi, ils défendent la nécessité de créer – au moins – une nouvelle composante « sub-strategic » souveraine. Une composante aéroportée a leur préférence, explorant divers degrés opérationnels allant du signalement à la pénétration jusqu'à Moscou. Mais ils proposent aussi un 5ième SSBN classe Dreadnought employé exclusivement au service d'une patrouille « sub-strategic » afin de distinguer, et donc préserver, le volume de la salve de la capacité de frappe en second de l'éventuel emploi d'un SNLE au service d'une ouverture du feu, peut être même nucléaire, face à une entreprise de coercition nucléaire dans le « sub-strategic space ».


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