Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





14 mars 2026

Menace de débarquement de vive force sur l'île de Kharg : prise d'un gage territorial pour forcer la décision ?

© Johnson Space Center, 13 février 2010.

     Donald J. TRUMP, 47th President of the United States (20 janvier 2025), voudrait faire croire ou acroire l'idée que son gouvernement a fait planifier un débarquement de vive force sur l'île de Kharg. Le scénario de la prise d'un tel gage territorial était formalisé par certains avant-même le déclenchement de l'intervention israélo-américaine à l'encontre de la République islamique d'Iran (28 février 2026). Malgré l'évidente prise de risques, pareille action stratégique ne serait pas sans rappeler les rationalités ayant présidé à l'intervention au Venezuela (02 – 03 janvier 2026). Et aurait valeur de « démonstration » de la capacité de l'USMC et l'US Navy à appréhender le théâtre Indo-Pacifique par l'USMC et l'US Navy.

Le 13 mars 2026, Donald J. TRUMP se félicitait de la réussite d'un raid aérien accompli par l'U.S. Central Command (CENTCOM) à l'encontre de l'île iranienne de Kharg. « One of the most powerful bombing raids in the History of the Middle East, and totally obliterated every MILITARY target in Iran’s crown jewel, Kharg Island.1 » La déclaration revendique la destruction des capacités défensives de l'île de Kharg. Plus intéressant encore est la difficulté à représenter ce qu'il en est des capacités militaires iraniennes sur les côtes jouxtant l'île et pouvant venir renforcer les positions littorales, voire sur l'île elle-même.

La proposition politique faite à la République islamique d'Iran est aisée à saisir tant elle est explicite dans la déclaration écrite de Donald J. TRUMP. « I have chosen NOT to wipe out the Oil Infrastructure on the Island. However, should Iran, or anyone else, do anything to interfere with the Free and Safe Passage of Ships through the Strait of Hormuz, I will immediately reconsider this decision. »

Les restrictions de navigation se sont mises en place dans le détroit d'Ormuz depuis le déclenchement de l'intervention israélo-américaine à l'encontre de la République islamique d'Iran (28 février 2026). La multiplication des actions militaires contre des bâtiments de commerce – 09 pétrolier attaqués à date du 1ier mars – conduisait l'Organisation Maritime Internationale (OMI) à qualifier de « zone d'opérations de guerre » le détroit d'Ormuz, le 05 mars 2025. Il y a une situation de quasi-blocus imposée dans le détroit par Téhéran car certains navires continuent de le franchir, pour l'essentiel par des navires affiliés à la République islamique d'Iran (26 %), à la Grèce (13 %) et à la République populaire de Chine (12 %)2. Pékin voyant 40 à 60% de son approvisionnement en pétrole transité par ledit détroit.

La stratégie iranienne essaye manifestement d'imposer des coûts maximaux, en particulier financiers et économiques, afin d'essayer de forcer les soutiens de l'intervention israélo-américaine à l'encontre de la République islamique d'Iran (28 février 2026) de modifier leurs positions diplomatiques à l'égard des États-Unis d'Amérique afin de réduire leur liberté de manœuvre par restriction d'accès à toute ou partie des bases avancées et facilités militaires octroyées dans chacun de ces États de la région mais également en essayant de « renverser » le semblant de coalition ne s'étant pas opposé ou de manière pas suffisamment caractérisée à cette intervention afin que ces mêmes États pressent Washington d'en hâter la fin au plus vite.

Pour tenter de contre-balancer la stratégie iranienne, Washington a manifestement œuvré à essayer d'en limiter drastiquement les effets par les décisions de libération de grandes réserves de produits pétroliers, c'est-à-dire les réserves dites « stratégiques » détenues par les États et certains opérateurs (soit, environ, 400 millions de barils de pétrole) qui sont progressivement mises sur le marché depuis le 11 mars 2026 et la levée de sanctions américaines, pesant sur les produits pétroliers russes stockés en mer avant le 12 mars 2026 (soit, environ, 124 millions de barils de pétrole), par l'octroi d'une « licence » dont le terme échu au 11 avril 2026.

Un deuxième temps stratégique semble avoir été lancé et publiquement avalisé par la déclaration (13 mars 2026) pré-citée de Donald J. TRUMP dont l'enjeu est d'obliger Téhéran à désescalader en laissant la libre navigation s'exercer à nouveau dans le détroit d'Ormuz. Il y a du côté américain un choix offert entre la menace explicite de destruction des installations pétrolières de l'île de Kharg et la menace implicite d'un débarquement de vive force afin que l'île de Kharg soit prise comme gage territorial.

La menace de destruction des installations pétrolières de l'île de Kharg n'a pas pu être formulée à la légère car cela s'est déjà produit dans le courant de l'année 1984, à l'instigation de l'Irak. Il avait fallu un peu plus de dix années pour rebâtir les infrastructures économiques. C'est en écrivant cela que l'entièreté de la menace est citée.

L'idée semblant être de forcer Téhéran à laisser la libre navigation reprendre dans le détroit, à moins de subir une interruption de ses propres exportations de pétrole au regard de la prétention américaine de forcer le blocus par des escortes prodiguées par l'US Navy et peut-être d'autres marines. La menace explicite de destruction des installations pétrolières de l'île de Kharg (13 mars 2026) voulant écarter l'échec américain.

Pour ce faire, le Tripoli's Amphibious Ready Group (ARG) qui évoluait initialement en Mer des Philippines a reçu ordre de se mettre en route3. Il y aurait pour, très environ, 14 jours de navigation à 15 nœuds afin de parcouru les 5 000 nautiques depuis le détroit de Luçon, entre le Sud de Taiwan et le Nord des Philippines où le LHA-7 USS Tripoli était repéré le 12 mars 2026 jusqu'au détroit d'Ormuz. Cet ARG se compose également des LPD-22 USS San Diego et LPD-18 USS New Orlean et porte la 31st MEU, forte de 2 200 à 2 500 Marines. L’ensemble ayant reçu sa « certification » aux opérations en février 2026.

Le Tripoli's Amphibious Ready Group (ARG) rejoindra les Carrier Strike Group 12 (CSG-12) et Carrier Strike Group 3 (CSG-3) centrés, respectivement, sur CVN-78 USS Gerald R. Ford et CVN-72 USS Abraham Lincoln. L'ensemble est susceptible de former un Expeditionary Strike Group (ESG) par réunion d'un ARG et d'un CSG.

Dans le cadre de ce que nous avons identifié comme étant la « stratégie iranienne » d'imposer des coûts maximaux aux États tolérant, d'une manière ou d'une autre, l'intervention israélo-américaine, nous citions la possible volonté d'essayer de réduire la liberté de manœuvre des États-Unis par restriction d'accès à toute ou partie des bases avancées et facilités militaires octroyées dans chacun de ces États de la région. Dans cette perspective, il est – aussi – à relever que la potentielle formation d'un ESG, ici à deux CSG, peut être regardée comme possédant une partie des « assets » permettant de dispenser les États-Unis du recours à toute ou partie des bases avancées et facilités militaires possédées dans la région. Mais également que la saisie de l'île de Kharg, soit notre hypothèse principale, peut permettre, dans l'hypothèse d'une action militaire réussie, d'offrir un gage territorial pouvant également servir à soutenir les opérations, grâce à ses infrastructures portuaires, dont certaines abritées, et aéroportuaires.

 Il serait intéressant de pouvoir reprendre le déroulé des opérations américaines menées à l'encontre de la République islamique d'Iran depuis le 28 février 2026. Il y a eu certaines marques d'intérêts l'égard de l'île de Qeshm, au Nord du détroit d'Ormuz et réputé abriter un ensemble d'infrastructures censées servir à soutenir et permettre des opérations militaires par sous-marins côtiers classe Gadhir, embarcations rapides et drones de surface. L'île représente ou représentait l'une des « clefs » de la stratégie iranienne pour contrôler le détroit d'Ormuz. Mais dans la perspective de opérations navales devant forcer le blocus, est-ce que sa possession demeure impérative pour permettre la liberté de navigation ? La décision ne semble pas y être trouvée.

Il en va tout autrement de l'île de Kharg, au fond du Golfe Persique. Les installations pétrolières pré-citées servent à l'exportation de 90 à 95% du pétrole brut iranien, soit une capacité journalière de l'ordre des 3 à 5 millions de barils de pétrole selon les contraintes imposées par les opérations de guerre. À l'Est de l'île se retrouve un terminal pétrolier en eau profonde, pouvant servir jusqu'à huit pétroliers à la taille non-précisées tandis que, au Nord de l'île, se retrouve une piste d'aviation et un port abrité.

L'éventuelle action de saisie de l'île suppose plusieurs décisions politiques :

La première est de permettre les conditions de l'obtention de la supériorité aérienne face à la principale menace : le soutien de salves de missiles balistiques, une partie d'entre-eux pouvant être anti-navires. Il ne s'agirait donc pas seulement d'intercepter lesdites munitions mais peut-être surtout de rechercher et détruire les lanceurs, sites de stockage, etc.

La deuxième est de permettre les conditions devant empêcher le maintien et la reconstitution de capacités militaires pouvant essayer d'empêcher ou de soutenir une occupation de l'île. Cela suppose d'exercer une influence opérationnelle jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres à l'intérieur des terres afin d'éviter la mise en batterie de systèmes d'artillerie, de systèmes de feux dans la profondeur et de tout moyen naval et maritime pouvant essayer d'empêcher les opérations navales.

La troisième découle des deux premières, à savoir que le franchissement du détroit d'Ormuz, au moins par le Tripoli's Amphibious Ready Group (ARG), est logiquement indispensable. Cela revient à déclencher des opérations devant interdire toute opération de minage offensif dans le Golfe Persique. Aussi, il paraît difficile – mais pas impossible – de se dispenser de l'accompagnement de l'ARG par l'un des deux CSG. La conduite d'opérations aériennes depuis les bases avancées et facilités des États-Unis d'Amérique pour une éventuelle tentative de saisie de l'île de Kharg pourrait très probablement excéder les capacités d'assentiment politiques des pays accueillant ces infrastructures militaires. En outre, le caractère « hyper-critique » d'une opération amphibie suppose le maximum de « play-time » des aéronefs engagés, donc directement in situ. Et l'engagement au combat dans une mer semi-fermée comme le Golfe Persique d'un bâtiment à propulsion navale nucléaire n'est pas une mince affaire politique.

En 1991, le LPH-10 USS Tripoli servait de « navire-amiral » d'une force anti-mines, opérant notamment depuis ses installations aéronautiques six MH-53 Sea Dragon remorquant le système EDO MK 105 Airborne Minesweeping devant faire détonner les mines par influence magnétique et permettre un « passage en force ». Cela n'empêchait pas le bâtiment de « sauter » sur une mine de fond irakienne, le 18 février 1991. Il reprit pourtant les opérations et fût remplacé par les LPH-11 USS New Orleans et AGF-3 USS Lasalle seulement quelques jours plus tard, pour passer en cale sèche à Bahrein. Le CG-59 USS Princeton l'accompagnait sautait sur deux mines, le même-jour, au moment même où son commandant prévenait l'équipage du danger.

La dimension temporelle est probablement à hauteur du trajet à parcourir entre le franchissement du détroit d'Ormuz et l'atteinte de l'île, soit très environ 500 nautiques, représentant plus ou moins une journée de navigation à 15 nœuds. Hélicoptères et chalands pourraient être lancés jusqu'à environ 200 nautiques du point d'arrivée. Mais il paraît difficile d'exclure qu'une véritable « bataille » sera nécessaire pour détenir une supériorité aérienne, locale et temporaire, nettoyer la côte jusque dans la profondeur des terres et mettre un corps aéroterrestre à terre, pouvant être appelé à se maintenir sur place.

Tout du moins, c'est la menace implicite mise sur la table. Les éventuelles conduite et réussite d'une telle opération amphibie auraient une incidence certaine quant à l'appréhension du théâtre Indo-Pacifique par toutes les parties, démontrant ce que USMC et US Navy seraient encore capables d'accomplir, en cohérence avec les doctrines énoncées.

 

 

 

1Donald J. TRUMP, P, Truth, Truth Social, 13 mars 2026, URL : https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/116224324444349237, consulté le : 14 mars 2026.

2Bridget DIAKUN, Lloyd’s List Intelligence in in AFP, « 77 navires ont traversé Ormuz depuis le début de la guerre », L'Orient le jour, 13 mars 2026, URL : https://www.lorientlejour.com/article/1498987/77-navires-ont-traverse-ormuz-depuis-le-debut-de-la-guerre.html, consulté le : 14 mars 2026.

3Lara SELIGMAN, « Pentagon Is Moving Additional Marines, Warships to the Middle East », The Wall Street Journal, 13 mars 2026, URL : https://www.wsj.com/livecoverage/us-israel-iran-war-news-2026/card/pentagon-sends-marine-expeditionary-unit-to-middle-east-WeoODg0XIIe31W3np2aI, consulté le : 14 mars 2026.

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